‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 191 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. cxxix · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. cxxix

lui vinrent d'en haut, nous ne savons en quelle année. Un jour qu'il était en prière, un ange lui apparut et, lui montrant un vase plein d’une eau plus limpide que le cristal, lui dit : « Regarde, François : l’âme du prêtre doit étre plus pure encore (1).» Cette vision lui fit prendre une détermination conforme à ses craintes :

comme saint Etienne, comme saint Laurent, comme saint Ephrem, il resta toujours diacre.

Nous ne pouvons résister au plaisir de faire connaître à nos lecteurs un autre trait d’humilité que nous empruntons à Thomas de Célano.

C'était l’an 1220, au retour de la mission d'Orient. Notre Bienheureux, succombant à la fatigue, fut obligé de se servir d'une monture pour achever le long trajet qui sépare Bologne de Pérouse. Son compagnon, Frère Léonard d'Assise, qui le suivait péniblement, eut alors une pensée tout humaine, au souvenir du pas- Sé. « Autrefois, se dit-il, en lui-même, ma famille avait le pas sur la sienne. Aujourd’hui les rôles sont renversés : c’est lui qui se sert d'une monture, et moi qui le suis à pied. »

À peine ce murmure intérieur s'était-il élevé de son esprit, que le Saint, qui avait reçu d'en haut dans une si large mesure le don de lire au fond des cœurs, descendit de sa monture et dit à son compatriote : « Tu as raison, mon fils. Il ne convient pas que je voyage de la sorte, et que je te laisse aller à pied; car, dans le siècle,

1. MARC DE LISBONNE. — On ne sait en quelle ville ni Par qui saint François fut ordonné diacre,

tu étais plus noble et plus puissant que moi. » Le Frère, étonné et confus de se voir découvert, se jeta tout en pleurs aux genoux de son bienheureux Père, pour lui faire l’humble aveu de sa faute; et François lui en octroya gracieusement le pardon, sans aucun mélange de blâme ni d’aigreur (1).

La mortification des sens achevait en saint François l’œuvre commencée par l'humilité. Ce n'est pas en vain qu'il avait voulu dans le principe que ses disciples prissent le nom de « Pénitents d'Assise ». Ne demeura-t-il pas toujours le grand pénitent de l'Ombrie,etne sommes-nous pas autorisé à dire qu'il fut un des plus grands ascètes du moyen âge, avant d'en être un des plus grands apôtres ? Ses premiers pas dans les àpres sentiers de la pénitence épouvantent la nature; son jeûne dans l’île du lac de Pérouse rappelle les austérités des solitaires de la Thébaïde. A Notre-Dame des Anges, il égale saint Benoît se roulant dans les épines et saint Bernard se jetant dans un étang glacé; et lors même qu'à force de flageller sa chair, il en a comprimé les derniers cris, les derniers essais de rébellion, il ne se départ point de l'esprit de pénitence qui l’a animé, dès la première heure de sa conversion, d’un souffle nouveau, violent, irrésistible. Au rapport de saint Bonaventure, il traitait sa chair comme on traite un ennemi, ne lui accordant que ce qu'il ne pouvait lui

Page 1