TH. DE CELANO, Vita secunda, p. 1H, c: CXxxvI
amant de la pénitence était en même temps un miroir de doweur, de eourtoisie et d’aimable gaieté.
Plus on étudie sa vie et ses œuvres, plus on voit reluire et s'harmoniser en lui toutes les grandeurs morales, magnanimité de caractère et modestie, héroïsme et simplicité, 2èle et prudence, force et douceur. Et alors on ne s'étomne plus que le Créateur, trouvant une âme si docile à ses inspirations, l'ait enrichie des dons les plus précieux, tels que le discernement des cœurs, l'esprit de prophétie, et le pouvoir de commander aux démons, aux maladies et à la mort. Pour nous, nous admirons ces féveurs célestes; maïs ïl est un don qui nous parait préférable encore, don plus caché, mais plus excellent, parce qu'il est la source des autres : c’est le don d’oraison. François le posséda au plus sublime degré. Il est rare de trouver dans le même homme la vie contemplative de Marie et la vie active de Marthe; presque toujours l’une des deux domine aux dépens de l'autre. C’est le privilège du Patriarche d'Assise d'avoir su réunir en lui l’une et l’autre, et de les avoir, pour armnsi dire, fait marcher de pair.
Thomas de Célano et saint Bomaventure nous racontent avec quelle diligence il faisait valoir ce don de Dieu. L'’oraison était Le fond de son existence, la respiration de son âme, l'échelle spirituelle par laquelle il allait des hommes à Dieu et de Dieu aux hommes. Il n’entreprenait rien sans y avoir recours, et c'est à elle
qu'il attribuait tout le succès de ses prédications, toutes ses victoires sur les puissances infernales, tous ses progrès dans la science des saints. Aussi lui consacrait-il tout son cœur; mieux encore, il lui consacrait tout son temps. Il priait sans cesse, avec tant de ferveur, dit Thomas de Célano (1), qu'à le voir agenouillé devant le tabernacle, on l’eût pris pour l’ange de la prière; avec tant de fruit, ajoute saint Bonaventure (2), quil s’éleva rapidement aux plus hauts degrés de l'oraison affective. Il nourrissait son âme de la méditation des saintes Écritures; il en pénétrait le sens caché; et souvent, dans le commentaire qu'il en faisait, il lançait des éclairs. C'est ce qui lui arriva à Sienne, au rapport de Thomas de Célano. *
Pendant qu'il séjournait dans cette ville, il reçut la visite d'un Frère Prêcheur, homme versé dans la spiritualité et docteur en théologie. Ils eurent ensemble un long et délicieux entretien, au cours duquel le docteur l'interrogea sur ce texte d'Ezéchiel : Si tu n’avertis pas l’impie qu’il ait à sortir de la voie de ses iniquités, tu me rendras compte de son âme. « Père, lui dit-il, je connais bon nombre de personnes qui vivent dans l'habitude du péché mortel; je ne leur reproche pas toujours leurs désordres. Serai-je responsable de leur perte? — C'est
1. « Totum illi non solum cordis, sed temporis dedicabat..., non tàäm orans quàm oratio factus. » (Vita secunda, p. HI, c. XXxvIH1.)