BONAV., c. x
à vous de m'instruire, répliqua modestement François; c'est à moi d'écouter. — Père, reprit le docteur, j'ai déjà consulté les savants sur ces paroles d’'Ezéchiel; mais je serais heureux d’avoir votre avis là-dessus. » Alors le saint Patriarche, cédant aux instances du docteur, répondit : « S'il faut les entendre dans un sens universel, voici comment pour ma part je les interpréterais. Le serviteur de Dieu doit se comporter de telle sorte, en face de l’iniquité, que sa vie soit une lumière et que ses exemples fassent entendre une voix accusatrice. De cette manière, il sera, au sens du prophète, la condamnation des impies. » Le docteur se retira fort édifié, et il ne put s'empêcher de dire aux compagnons de l’apôtre ombrien : « Vraiment, mes frères, la théologie de cet homme, portée sur les deux ailes de la pureté et de la contemplation, a le vol de l'aigle, tandis que la nôtre se traîne dans un pénible terre à terre (1). »
Ce n’est pas dans les écrits des philosophes, remarque saint Bonaventure, que François puisait cette profondeur de pensées, ces vues intuitives sur la vérité. Il ouvrait un livre meilleur, il écoutait un maître plus sûr. C'était au foyer même des sciences qu'il allumait la flamme de son génie (2), et de la bouche même du Verbe incarné qu'il entendait, dans une extase, cette réponse qui renferme tout le secret