‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 199 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. XLHI · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. XLHI

corbeaux; les lions du désert venaient lécher les pieds d’'Andronicus et se coucher devant Vite, Modeste et Crescence; saint Gall commandait aux ours des Alpes; saint Colomban, traversant la forêt de Luxeuil, était réjoui par le chant des oiseaux, et voyait les écureuils descendre des arbres pour se poser sur sa main; mais aucun n'a égalé le thaumaturge de l'Ombrie. Cet ancien empire de l'homme avant sa chute, François l'exerçait, non en passant, mais d’une manière permanente; et c’est un fait acquis à l'histoire, qu'il commandait en maitre à toute la nature, et que toute la nature lui obéissait comme si elle eût été douée d'intelligence.

Lorsqu'il sortait du couvent de Notre-Dame des Anges pour parcourir les plaines de l’'Ombrie, les animaux saluaient en lui le roi de la création. N'apercevant plus que l’empreinte divine sur cette figure amaigrie, où il n’y avait plus rien de terrestre, et n'éprouvant plus dès lors cette horreur instinctive que leur inspirent notre état de déchéance et notre dureté, ils entouraient le Saint pour l’admirer et le servir. Les lièvres et les lapins se réfugiaient dans les plis de sa robe. Traversait-il un pâturage, les brebis, s’entendant saluer du doux nom de sœurs, levaient la tête et accouraient vers lui, laissant les bergers stupéfaits. Et lui-même, sevré depuis si longtemps des jouissances de la compagnie des hommes, prenait plaisir à ces fêtes que lui faisaient les animaux des champs.

362 SAINT FRANÇGIS D'ASSISE

Sur les bords du lac de Riéti, un pêcheur lui offrit un oiseau fluvial vivant; François l’accepta de grand cœur, le tint quelque temps dans ses mains, puis les ouvrit pour lui rendre la liberté. Mais l'oiseau ne s’en vola point. Alors, le Saint, dans un transport de reconnaissance et d'amour envers Dieu, lewa les yeux au ciel et demeura plus d'use heure en extase. Étant revenu à lui, il bénit son frère le petit oiseau, et lui commanda de gagner les plaines de l'air, pour y chanter les louanges du Créateur; et aussitôt l'oiseau battit des ailes et s'enfuit dans une joyeuse envolée.

Sur ce même lac, un batelier lui présenta un jour un gros poisson qu'il venait de prendre. François garda quelque temps le poisson entre ses mains, puis le remit à l'eau. Au lieu de se sauver, le poisson demeura au même endroit, jouant à fleur d'eau en présence du Saint, comme s’il n'eût pu se séparer de lui. il ne plongea au fond du lac que sur l'ordre du séraphique Père et après avoir reçu sa bénédiction (1).

Prêchant dans le village d’'Alvanio, et ne pouvant se faire sntendre à cause des hirondelles qui avaient leurs nids près de là, François leur dit : « Hirondelles, mes sœurs, vous avez assez parlé. Laissez-moi parler à mon tour. Écoutez la parole de Dieu, et gardez k silence pendant Le temps que je prêcherai. »

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