OZANAM, les Poëtes franciscains, p
historiens de François, si attentifs à nous dépeindre le fondateur de l'Ordre, le thaumaturge et le saint, n'ont jeté que quelques traits épars et comme au hasard sur cet intérieur de famille, l'enfance de notre Saint et le rôle qu'y joue l'épouse de Pierre Bernardone. Toutefois, il nous est facile d'entrevoir, à travers leurs impressions, dans quelle atmosphère chrétienne ils nous transportent. Les trois compagnons et le poète contemporain qui chanta l'épopée franciscaine louent sans réserve la piété douce et simple de Pica (1). Seul, Thomas de Célano, dans sa première Légende, enveloppe d'un blâme énergique l'éducation molle, sensuelle de l’époque, sans excepter celle de François; mais, dans sa seconde Légende, il semble se rétracter et s'accorde à dire avec les autres biographes que si Pica entoura le berceau de son fils de toute la tendresse d’une jeune mère pour son premier-né, ses actes furent imprégnés de toute la piété d'une chrétienne qui prépare une âme pour le ciel. Il l’appelle une dame accomplie et très vertueuse (2). N'est-ce pas déclarer en termes implicites qu'envisageant la maternité comme une sorte de sacerdoce limité au foyer domestique, elle en accepta Îa charge aussi bien que les honneurs ? N'est-ce pas avouer qu'elle rem-
1. « Matrem honestissimam. » (Tres soctii, c. 1.) — « Mater honesta, simplex et clemens. » (Poema, c. v.)
2. « Quæ mulier, totius honestatis amica, quoddam virtutis insigne præferebat in moribus. » ( Vita secunda, p.I,cC. 1.)
plit consciencieusement les hautes obligations qui s'imposent avec autorité à toute mère digne de ce nom, et qu'aucune ne peut trahir impunément ? Nourrir elle-même son fils, habituer ses lèvres à la prière, développer les heureuses inclmations qu'elle remarquait en lui, sans les contrarier Jamais, mettre son innocence à l’abri du souffle empesté du vice, en un mot veiller avec soin sur de dépôt que le Ciel venait de lui confier solennellement, tous ces devoirs furent donc, on n'en saurait douter, l'objet de ses constantes préoccupations. Justes et fécondes soicitudes quitrouvaient, pour ycorrespondre, une nature vive et enjouée,une intelligence précoce., un cœur ardent! Dès l’aube de la vie, l'âme de l’angélique enfant s’ouvrait avec bonheur aux doux enseignements de sa mère, comme la fleur ouvre son calice aux premiers rayons du soleil; et déjà l’on pouvait prévoir que cette plante bénie porterait un jour des fruits délicieux. :
Nos lecteurs ont vu la part active de Pica dans l'éducation de notre Saint. Le peu que nous en avons dit suffit à sa gloire; car les vertus du fils sont avant tout l’œuvre de la mère,instrument naturel de la Providence dans le travail du développement moral. Si donc plus tard f'ramçois devient l'amant passionné des pauvres, si l’amabilité forme le trait saillant de sa physionomie, s’il se montre toujours attaché par toutes les fibres de son âme au Pontife de Rome, si enfin le Fils de Dieu, l’honorant des
stigmates de sa Passion, peut les imprimer sur une chair virginale, nous n’hésitons pas à le dire, c'est à Pica qu’en revient tout d’abord la gloire! Heureuses les familles qui conservent ainsi les traditions chrétiennes et placent l'honneur et la vertu au-dessus des richesses! Heureuse la mère qui se souvient que l'impulsion donnée dans l'enfance se fait sentir jusque sous les glaces de la vieillesse, et qui s'attache en conséquence à former le cœur de ses enfants; le cœur, c’est-à-dire le principal ressort de la vie, ce qui imprime à nos actes leur direction bonne ou mauvaise, ce qui crée les sublimes dévouements ou les odieuses abjections! Plus heureux encore le fils à qui la Providence donne une telle mère ! Et quand ce fils s’appelle François, on doit supposer qu'il sut reconnaître le dévouement de Pica, et que les sublimes expressions de gratitude qui débordaient de l'âme de saint Augustin se pressèrent plus d'une fois sur ses lèvres : « Soyez béni, ô Dieu éternel, de m'avoir donné une telle mère! Car c'est d'elle que j'appris, tout enfant, à vous aimer. Déjà, dans ce lait, qu’elle me dispensait sans mesure, comme elle le recevait sans mesure de votre main, je buvais avec délices l’adorable nom de Jésus, votre Fils et mon Sauveur ; et ce nom pénétra si avant dans mon âme, que tout livre d’où il était absent n'avait plus de charmes pour moi (1). »