‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 204 sur 260 · F'ioretti, première considération sur les stigmates · texte numérisé non relu

F'ioretti, première considération sur les stigmates

vient d'en faire jaillir pour te désaltérer. » Cet homme crut à la parole du Saint; il le regardait comme un nouveau Moïse tout-puissant sur le cœur de Dieu. Il courut à l'endroit indiqué et y trouva, en effet, une eau fraiche et délicieuse. Lorsqu'il eut étanché sa soif, la fontaine miraculeuse cessa de couler et disparut pour toujours (1).

Nos voyageurs atteignirent enfin la crête de la montagne, et le bonheur d'être arrivés leur fit oublier les fatigues de l'ascension. François s’assit sous un hêtre aux rameaux touffus, et, contemplant de là l'immense panorama qui se déroulait sous ses yeux, il fut ravi de la beauté du site. La solitude de l’Alverne lui plut; l’austère majesté des montagnes l'enchanta. Au même moment une nuée d'oiseaux s’abattirent autour de lui, voltigeant sur sa tête, sur ses mains, sur ses épaules, et lui souhaitant la bienvenue par leurs cris et leurs battements d'ailes. Quoique habitué à leurs caresses, il fut tout émerveillé de ce spectacle, et dit à ses compagnons : « Je vois qu'il nous faut rester ici, puisque notre arrivée cause tant de joie à nos frères les oiseaux (2). »

Orlando, ayant appris que François était sur les hauteurs de l’Alverne, y accourut en toute hâte, accompagné de ses hommes d'armes et muni des provisions nécessaires. [1 trouva les

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. II, c. xv; et BONAv., C. VIL 2. BONAV., ©. vit.

SUR L'ALVERNE 375

religieux en prière. Le saint Patriarche se leva aussitôt pour aller au-devant de son noble visiteur, et le conduisant sous un très beau hêtre, à un jet de pierre environ des cellules des autres Frères : « Merci, lui dit-il, de nous avoir fait don de cette sainte montagne! Et maintenant, si vous voulez mettre le comble à vos bienfaits, construisez-moi une petite cabane faite de branchages et qui ait pour voûte les rameaux de cet arbre. » Le comte donna immédiatement ses ordres pour satisfaire au désir du Saint. On comprend combien un tel oratoire, ayant pour piliers les troncs vigoureux d’un hêtre séculaire, pour ogives les branches entrelacées de l'arbre, pour parure un feuillage aux mille nuances, doré par le soleil couchant, pour tapis le gazon émaillé de renoncules d’or et d’anémones bleues, et laissant une échappée sur l’azur du ciel, devait plaire à un esprit contemplatif comme celui de François d'Assise. Le soir, quand vint l'heure du départ pour lecomte Orlando, notre Bienheureux le remercia en termes chaleureux de sa visite et de son dévouement, et le bénit, ainsi que tous les travailleurs. Au moment du dernier adieu, le gentilhomme, prenant les religieux à part, leur dit: « Je ne veux pas que, sur cette montagne sauvage, les nécessités de la vie vous empéchent jamais de vous livrer tout à votre aise à la méditation des choses célestes. Je veux, et je vous le dis une fois pour toutes, je veux que vous veniez chercher dans ma maison tout ce dont

vous aurez besoin. Si vous agissiez autrement, j'en éprouverais beaucoup de peine. » Il dit, et il descendit l'Alverne avec ses hommes pour regagner le château de Chiusi (1).

Après son départ, Léon, Rufin, Ange et Masséo vinrent s'asseoir sur la mousse, auprès de leur bienheureux Père, pour recevoir ses instructions. Depuis longtemps déjà, le soleil avait disparu derrière la cime des Apennins; les étoiles scintillaient au firmament et envoyaient à la terre leur lueur vacillante; une brise légère s'était élevée et rafraichissait les visages; les bruits du monde venaient s'éteindre au pied de la montagne. Ici, l'âme se sentait plus près de Dieu. Les Frères gardaïient le silence, comme s'ils eussent craint de réveiller les échos de la montagne ou de troubler l’oraison de leur Père. Enfin, celui-ci prit la parole : « Mes Frères, leur dit-il, ne faites pas trop de fond sur la généreuse proposition du seigneur Orlando, de peur de porter atteinte à votre vœu de pauvreté. Soyez sûrs que si vous êtes de vrais pauvres, le monde aura compassion de vous. Si vous embrassez étroitement la sainte pauvreté, on vous fournira libéralement le pain de chaque jour, aulieu que si vous vous en écartez, on vous délaissera. N'est-ce pas Dieu qui vous a appelés à cette forme de vie pour la conversion des peuples? Et dès lors, n'y a-t-il pas comme un pacte implicite entre vous et lui, qui oblige éga-

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