‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 205 sur 260 · Fioretti, deuxième considération sur les stigmates · texte numérisé non relu

Fioretti, deuxième considération sur les stigmates

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lement les deux parties contractantes? À vous donc d'offrir aux peuples le pain de la vérité et le spectacle de vos vertus; aux peuples, qui sont ici les mandataires de Dieu, de vous donner en échange le pain matériel. Soyez fidèles à remplir vos obligations, et gardez la pauvreté évangélique, parce qu'elle est la perfection et le gage des richesses éternelles (1). »

Les cellules des Frères, n'étant que de feuillage, ne pouvaient les protéger suffisamment contre l’intempérie des saisons; d’ailleurs, ils n'avaient point d'habitation convenable pour y loger le Dieu de l'Eucharistie. Le saint Patriarche songea donc à bâtir une église et un petit couvent ; et dès qu'Orlando revint sur la montagne, il lui fit part de ses desseins. Le comte les approuva; il amena, peu de jours après,quelques ouvriers des environs, et fit exécuter le plan tracé par le Saint.

Pendant qu'on travaillait à cette construction, François parcourait la montagne dans tous les sens, recherchant de préférence les endroits les plus favorables à la contemplation. Bientôt il se trouva en face de roches granitiques aux larges déchirures, dont il ne pouvait s'expliquer l'origine. Selon son habitude, il eut recours à Celui pour qui la nature n'a pas de secrets, et il lui fut révélé que ces phénomènes s'étaient produits au moment du tremblement

1. F'ioretti, deuxième considération sur les stigmates. — Cf. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. xvi; et BERNARD DE BESSE, De laudibus, c. 1v.

de terre qui accompagna la mort du Sauveur (1). Alors il descendit de cette roche tourmentée, plein d'admiration pour un si grand souvenir, mais sans se douter qu'elle offrirait bientôt au monde une plus saisissante image du Calvaire.

C'est au comte Orlando qu'il devait la forêt de l’Alverne et un couvent si bien approprié à ses goûts. Il ne pouvait manquer de lui en témoigner sa reconnaissance. Îl le fit à sa manière. Dans une autre de ses excursions sur la montagne — probablement en 1222, au lendemain de la création du Tiers-Ordre — il l’agrégeu à sa famille spirituelle et voulut lui-même lui imposer la tunicelle grise des Pénitents (2).

L'ermitage de l’Alverne, comme celui de la Portioncule, était devenu pour le Patriarche d'Assise un lieu sacré. Il y retourna cinq fois. Son sixième voyage, qui est le dernier, mérite plus encore que le premier d’être raconté tout au long; car il marque l'apogée de la gloire et des grandeurs mystiques de notre héros.

C'était au mois d'août 1224. François, âgé de quarante-deux ans, exténué de veilles et de fatigues, mais de plus en plus avide de lumière et d'amour, fut poussé par l'Esprit de Dieu à gagner de nouveau les hauteurs de l’Alverne.

Malgré les chaleurs excessives, il partit sur-lechamp de Notre-Dame des Anges, emmenant

1. Fioretti, deuxième considération sur les stigmates. 2. Bullar. francise., t. IV, p. 156. — Le Bullaire ne fixe pas l'époque.

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avec lui ses deux compagnons ordinaires, Léon et Rufin (1). Décidé à s’envelopper d'ombre et de silence pour se livrer sans réserve aux mouvements de la grâce, il s'enfonça dans l’épaisseur de la forêt et se fixa dans une grotte isolée, la plus sauvage qu'il put découvrir sur la pente australe de la montagne. Durant le long séjour qu'il y fit — de la fête de l'Assomption à celle de l'Exaltation de la Croix — il fut plus que jamais favorisé de communications surnaturelles, parmi lesquelles nous relevons les suivantes.

La première concerne un de ses deux compagnons, «< homme d'une piété angélique », remarque saint Bonaventure : désignation un peu vague, que précisent Thomas Eccleston et les Fioretti (2). Il s'agit du Frère Léon. Caché, lui aussi, dans un creux de rocher, il y fut assailli par une tentation qui lui mit l'esprit à la torture pendant plusieurs jours, et qu’il n'osait découvrir à son bienheureux Père. Il désirait seulement avoir quelque pieuse sentence écrite de sa main, persuadé qu'il serait délivré par ce moyen de la tentation qui l'obsédait. Le saint Patriarche, connaissant par révélation l'épreuve et le désir du Frère, écrivit la bénédiction suivante, qu'il parafa de la lettre Thau : « Benedicat tibi Dominus, et custodiat te; ostendat

1. « Léon et Masséo », disent les Fioretti. — ‘TH. Ec- CLESTON, mieux informé, nomme Léon etRufin (coll. x111).

2. BONAV., c. xIi1; ‘TH. ECCLESTON, coll. x111; et Fioretti, troisième considération sur les stigmates.

faciem suam tibi, et miseratur tui; convertat vultum suum ad te, et det tibi suam pacem. T. Dominus benedicat te, Frater Leo. Que le Seigneur te bénisse et te garde; qu'il te montre sa face, et qu'il ait pitié de toi; qu'il tourne son visage vers toi, et qu'il te donne sa paix. T. Que le Seigneur te bénisse, Frère Léon. » — « Prends cette feuille, lui dit-il, et conserve-la toute ta vie. » Frère Léon ne l'eut pas plus tôt reçue que la tentation s'évanouit (1). Ce ne fut pas, au témoignage de saint Bonaventure, une grâce isolée, et plusieurs malades furent, dans la suite, miraculeusement guéris au seul contact de ce parchemin.

Quelques jours après, un ange apparut assis sur le bloc de pierre où le Saint prenait son repas, et il s’entretint familièrement avec lui, comme un ami avec son ami. À la suite de cette vision, François, tout pénétré du sentiment de la majesté divine, appela le Frère Rufin et lui dit : «Il faut laver cette pierre sanctifiée par la présence d’un ange et l’oindre d'huile (2). » Et aussitôt, ajoutent les Fioretti (3), le saint Pa-

1. Fioretti, deuxième considération sur les stigmates. — TH. DE CELANO (Vita secunda, p. II, c. xvi11) et saint Bonav. (c. vil1) rapportent le même fait, moins le nom du Frère etla formule de bénédiction. — On conserve au Sagro-Convento le précieux autographe de cette bénédiction, avec la note explicative et l'attestation du Frère Léon lui-même. — Voir notre Saint François d'Assise illustré, p. 233.

2. TH. ECCLESTON, coll. x111 (déposition du Frère Léon devant le Frère Pierre, provincial d'Angleterre).

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