Troisième considération sur les stigmates
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triarche, à l'exemple de Jacob. consacra cette pierre au Seigneur. en y versant de l'huile eten prononçant ces paroles : « Vraiment, c'est ici l'autel de Dieu! » Cette pierre est exposée à la vénération des peuples dans un oratoire dont elle fait le seul ornement.
L'apparition de l'ange fut accompagnée d'importantes révélations dont le Bienheureux emporta le secret dans la tombe. Il fit seulement connaitre trois promesses relatives à l'avenir de sa famille spirituelle : promesses inoubliables et trop consolantes pour que nous n'en donnions pas le texte authentique, tel que nous le recueillons des lèvres du Frère Léon, l’'heureux dépositaire de cette confidence. Le saint Patriarche lui dit : « Voici trois promesses que le Seigneur m'a faites. Notre Ordre subsistera jusqu'à la fin des temps, dégagé de la scorie des scandaleux qui n’y pourront persévérer. Ses persécuteurs ne vivront pas longtemps. Enfin, de ceux qui l’aimeront sincèrement, aucun ne sera damné (1). » Ne croirait-on pas entendre un écho lointain de la voix puissante de Jéhovah appelant Abraham et lui disant :
« Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront. »
La première des trois promesses divines, cet
1. « Multa revelata.. Et dixit ei (Leoni) quod Ordo suus duraret usque ad finem mundi et nullus malæ voluntatis diù diurare posset in Ordine, et quod nullus odiens Ordinem diù viveret, et quod nullus veraciter amans Ordinem suum, malum finem haberet. » (Déposition du Frère Léon, apud TH. ECCLESTON, coll. vit).
air de radieuse jeunesse imprimé au front de l'institut séraphique, cette bénédiction s’étendant aux âges les plus reculés, une pareille faveur ne pouvait échapper à l'attention de notre vieux chroniqueur, d'ordinaire si bien renseigné, Thomas de Célano. Il l’a consignée, en effet, dans sa seconde légende. Voici les paroles qu'il place dans la bouche de Notre-Seigneur : « François, ton Ordre subsistera jusqu'à la fin des temps, renfermant dans son sein quelques hommes d’une vertu héroïque, à côté de beaucoup d’imparfaits. Et que cette pensée ne te trouble pas; car l'éclat jeté par les premiers fera oublier les autres, comme le soleil, en montant à l'horizon, dissipe les vapeurs du matin (1}).»
Une seconde apparition suivit de près celle de l'ange. Le Frère Léon, étant venu vers minuit frapper à la porte de François, et n’entendant point de réponse, eut la curiosité de s'avancer et de regarder à travers les planches de la porte ce qui se passait. O prodige! La grotte était mondée d’une clarté céleste. François était à genoux, les bras croisés sur la poitrine, selon sa coutume. Un vif rayon de lumière, tombant du ciel, éclairait son front; et ses yeux étaient fixés sur un être invisible dont ils ne pouvaient se détacher, comme s'ils eussent rencontré Celui qu’il chantait dans ses vers. Le Maître et le serviteur échangeaient
1, Vita secunda, p. Ill, C. XCIV.
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quelques paroles; mais le Frère Léon ne pouvait saisir le sens de ce divin dialogue. Il remarqua seulement que le Saint répétait de temps à autre : « Qui êtes-vous, Seigneur, et qui suis-je? » Puis ille vit se relever, mettre la main dans sa poitrine, à trois reprises différentes, et l’'étendre chaque fois vers la flamme mystérieuse. Après quoi les voix se turent, la lumière disparut, et tout rentra dans le silence et les ténèbres.
Le Frère Léon éprouva comme le sentiment d’un homme ébloui par les éclairs qui sillonnent la nue dans une journée d'orage. Il regarda autour de lui. C'était toujours le même paysage; les hétres allongeaient leurs ombres effrayantes, les roches grisâtres reflétaient les rayons argentés de l'astre des nuits, les étoiles scintil- * laient au firmament; mais tout lui parut plus terne, plus sombre qu'auparavant. Il reporta ses yeux sur la caverne; elle avait repris son aspect austère, et nulle trace n’y était restée de la visite divine : ellé n'était plus la porte du ciel. |
Le Frère, ayant conscience de son indiscrétion, voulut seretirer sans bruit; mais François, qui l'avait entendu, l’appela et lui adressa ce doux reproche : « Chère brebis du bon Dieu, pourquoi as-tu cherché à connaître ce qui devait rester caché? » Le Frère avoua sa faute, et en ayant obtenu le pardon, il ajouta : « De grâce, mon Père, pour la plus grande gloire de Dieu, expliquez-moi le sens de la vision que
vous avez eue. » Le Saint y consentit par esprit d'obéissance et d’humilité; l'angélique Léon était son confesseur et son confident. « Mon Frère, lui dit-il, le Seigneur m'est apparu dans cette flamme que tes yeux ont aperçue. Il m'a communiqué une si haute connaissance de ses perfections et de mon néant, que je n’ai pu m'empêcher de m'écrier : « Mon Dieu, qui êtes- « vous et qui suis-je? D'où vient que vous dai- « gnez abaisser vos regards sur moi qui ne suis « qu'un ver de terre? » Le Seigneur Jésus m'a dévoilé des mystères si élevés que l'esprit humain ne peut les comprendre. Avant de remonter au ciel, il m'a dit pour adieu : « François, « en échange de tous les biens que tu as reçus de moi, offre-moi quelque présent. — Eh!
Seigneur, vous savez que je n'ai plus rien au monde, et que depuis longtemps je vous ap- :
partiens sans réserve. — Mets la main dans ton sein, et donne-moi ce que tu y trouve- « ras. » J’ai obéi; trois fois j'ai mis la main dans ma poitrine, et chaque fois j'en ai retiré une belle pièce d'or, que je me suis hâté de lui offrir. Stupéfait, je lui ai demandé ce que signifiaient ces trois pièces d'or miraculeuses. « Elles « sont, m'a-t-il répondu, le symbole des trois « vœux de pauvreté, d'obéissance et de chas- « teté, que tu as su garder à l'abri de toute « souillure. » Et il a rempli mon âme d’une telle abondance de grâce, que je ne veux cesser de le louer et de le bénir pour les bienfaits dont il m'a comblé. »
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Ayant achevé ces mots, François congédia son compagnon, en lui défendant de jamais divulguer le secret de ses apparitions et de chercher désormais à voir ce qui se passait entre Dieu et lui (1).
Grâce à ces révélations, l'Alverne était devenu un autre Thabor, mais un Thabor momentané; car la vie des saints ne se compose pas seulement de délices spirituelles, mais aussi et bien plus de cet esprit de sacrifice et d'immolation dont le Calvaire demeure à jamais le modèle et le foyer. Aussi est-ce là, sur la montagne des douleurs, que le saint Patriarche revenait toujours, au sortir de ses extases. Il y montait en esprit et se tenait au pied de la croix, abimé dans le souvenir de la Passion; et plus il pénétrait avant dans les plaies béantes de l'Homme-Dieu, plus son cœur devenait une brillante fournaise d'amour; plus en un mot, il se sentait enflammé du désir de ressembler à son divin exemplaire. Ayant appris de la bouche d’un ange qu'il trouverait dans les oracles de l'Évangile ce que le Seigneur attendait de lui, il fit venir le Frère Léon. Trois fois Léon ouvrit le livre des Evangiles, et trois fois il tomba sur la scène de la Passion de Jésus-Christ. Dès lors, François comprit qu'après avoir imité le Sauveur dans sa vie cachée et dans son apostolat, il devait lui ressembler encore dans son ineffable martyre, et