Fioretti, loc. cit. — Cf. BoNAv., c. xl
2. Le jour même de la fête, d'après BARTHÉLEMY DE Pise (liv. IIE, fr. 3).
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n'était point par le martyre du corps, mais bien par le feu de l'amour quil devait se transformer entièrement en son Bien-Aimé.
« La vision disparut, mais elle laissa dans son cœur une ardeur merveilleuse. et dans sa chair la trace non moms merveilleuse de l'empreinte divine. Tout aussitôt. en effet. apparurent sur ses membres les canq plaies qu'il venait d’adorer dans l’Apparition. Ses mains et ses pieds semblaient transpercés par de gros clous, dont la tête ronde et noire était très visible, et dont la pointe, longue et comme rabattue, dépassait le dessus des mains et la plante des pieds. La plaie du côté, large et béante, laissait voir une cicatrice de couleur vermeille, d’où le sang découlait souvent sur les vêtements du Saint.
« Il portait donc les sacrés stigmates, visiblement imprimés sur sa chair. Cette faveur du Ciel le jeta dans une grande perplexité :
devait-il la révéler, ou devait-il la taire? Il ne savait à quel parti s'arrêter; car, d'une part, il ne pouvait la dérober longtemps aux regards de ses plus intimes compagnons; et, de l’autre, il appréhendait de publier le secret du Seigneur. Il manda quelques-uns de ses disciples, et leur proposa son doute en termes vagues et généraux, comme s'il se fût agi d’un autre. Mais l’un d’eux, le Frère Illuminé (le même qui l'avait accompagné en Orient), comprenant, à son émotion, qu'il avait dû recevoir quelque grâce extraordinaire : « Père, lui dit-il, sachez que ce
« n'est pas pour vous seul, mais aussi pour le « prochain, que les mystères du ciel vous sont « dévoilés. Si vous les gardez exclusivement « pour vous, vous aurez tout lieu de craindre, « ce me semble, que Dieu ne vous demande « compte un jour du talent enfoui. »
« Cet avis fit impression sur le séraphique Père; et quoiqu'il répétât habituellement :
Secretum meum mihi : C'est mon secret », cette fois il raconta tout au long, non sans crainte, la vision qu'il avait eue, ajoutant cependant que le Séraphin lui avait révélé des choses que, de sa vie, il ne découvrirait à personne. Peutêtre les discours de l'ange furent-ils si divins, que la langue humaine serait impuissante à les traduire? Saint François, ayant terminé son carême en l'honneur de saint Michel, descendit de la montagne, tout transfiguré par le divin amour et portant l'image du Crucifié gravée, non sur la pierre ou sur le bois, mais dans sa propre chair, par le doigt du Dieu vivant. Il s’efforçait de cacher « le secret du grand Roi»; mais Dieu, à qui il appartient de donner de l'éclat à ses œuvres, opéra de nouveaux prodiges pour attester la réalité et l’origine de ces mystérieuses blessures.
« François avait beau tenir ses mains toujours couvertes et marcher avec des chaussures, il ne pouvait parvenir à céler entièrement les trésors du ciel. Un grand nombre de Frères, plusieurs Cardinaux et le pape Alexandre IV lui-même ont affirmé, sous la foi du serment,
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avoir vu de leurs propres yeux les vénérables stigmates du Saint, pendant qu'il vivait encore. A sa mort, plus de cinquante Frères, l’illustre vierge Claire avec ses Sœurs, et d'innombrables séculiers, y ont pieusement collé leurs lèvres et les ont touchés de leurs mains, afin que rien ne manquäât à la force de leur témoignage.
« Quant à la blessure du côté, François la cacha si bien, que, de son vivant, nul ne put la voir qu'à la dérobée. Un Frère, qui lui rendait des soins assidus, le pria un jour de quitter sa tunique, sous prétexte de la laver; grâce à cette pieuse industrie, il vit et considéra la plaie ; et en y posant légèrement trois doigts, il en mesura la largeur. Le Vicaire général (le Frère Elie) réussit de la même manière à la voir. Un autre compagnon du Saint (le Frère Rufin), homme d'une parfaite simplicite, lui oignant les épaules pour le soulager en ses infirmités, atteignit par mégarde la plaie du cœur; François en ressentit une si vive douleur, qu’à dater de ce jour, il porta une ample tunique qui lui couvrait les flancs. Les Frères qui lavaient ses vêtements, les trouvant teints de sang, ne purent plus douter de l'existence de cette plaie; enfin, après la mort du Séraphique Père, ils purent satisfaire leur dévotion et contempler à loisir l’ouverture du côté et les autres stigmates du serviteur de Dieu.
« Ainsi orné des sacrés stigmates, Ô François! tu es cet ange de lApocalypse que saint
Jean a vu s'élever à l'Orient et qui portait au front le signe du Dieu vivant {1}. »
Le fils de Pierre Bernardone portait donc, visibles sur sa chair, avec leurs couleurs de carmin et leurs émanations embaumées, les divines empreintes du Séraphin : miracle inouï dans les âges précédents, miracle dont lies peuples de lOmbrie furent témoins pendant plus de deux années, prodige ineffable d'amour par lequel Dieu voulait à la fois honorer dans François le législateur des pauvres évangéliques et raviver dans l'esprit d'une génération croyante, mais perdue d’orgueil et de volupté, le souvenir de la grande scène du Calvaire!
Tous voulaient, en effet, contempler cette image vivante du divin Crucifié; tous auraient voulu baiser les clous de ses mains, si son extrême humilité ne s'y fut opposée. Pour y parvenir, il fallait toute une stratégie de ruses innocentes, capables de tromper sa vigilance. Voici un exemple de ces pieuses industries.
Un religieux de Brescia, venu à Sienne pour conférer avec le vénéré fondateur, avait un vif désir de voir, avant de s’en retourner, les rubis célestes qui ornaient sa chair; mais il ne savait comment s’y prendre. Il consulta le Frère Pacifique. « Voici ce qu'il faudra faire, lui dit le roi des vers. Au moment où nous prendrons congé
du Père, je solliciterai sa bénédiction et la per- :
1. BonaAv., c. x111. — Cf. TH. DE CELANO, Vita prima, p. [,c.111; Vita secunda, p. TII, c. LXxV-LXXVII; et Tres socii, C. XVII.
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mission de lui baiser les mains. Il les avancera, et tu en profiteras pour jeter un regard sur ces miraculeuses empreintes. » Le Brescianite suivit le conseil de son introducteur, et il goûta, en effet, le bonheur quil avait convoité. Mais le saint Patriarche eut un vague soupçon du péché de curiosité commis à son endroit. Il rappela aussitôt le Frère Pacifique et lui dit : « Que Dieu te pardonne, mon Frère! car tu me fais beaucoup de peine en ce moment! — Quelle peine, vénéré Père? » répliqua Pacifique en se prosternant à ses genoux. François ne répondit pas, et les deux visiteurs se retirèrent, se félicitant du succès de leur petit complot (1). L'humilité du Saint comprimait l'élan des disciples aussi bien que la légitime curiosité des fidèles; mais, après sa mort, il n’en fut plus de même : de sorte que ce privilège des stigmates, qui est le couronnement des faveurs sans nombre accumulées sur la tête du réformateur ombrien, demeure en même temps un des faits les plus avérés. On ne saurait le révoquer en doute sans nier toute certitude historique. II a pour narrateurs des hommes d’une véracité inattaquable, Thomas de Célano, Thomas Eccleston et saint Bonaventure, et pour garants une nuée de témoins oculaires — Frères Mineurs ou personnages étrangers à l'Ordre — dont la loyauté s'impose. Ils dormaient dans la poussière de leurs tombes; et