TH. DE CELANO, Vita secunda, p. 11], c. LXXvI
voici qu'évoqués par la science moderne, ils se lèvent les uns après les autres, pour confondre l'incroyance. « Le lieu de l'apparition du Séraphin, s'écrie l'angélique Frère Léon, je le connais : c’est l'Alverne. J'y étais (1). — Ces plaies glorieuses, répond Giacoma de Settésoli, je les ai arrosées de mes larmes, et j'ai étanché les gouttelettes de sang qui en découlaient. — Et moi, reprend son fils aîné, Jean Frangipani, je les ai contemplées à loisir, le jour même de la mort du saint Patriarche, et je les ai couvertes de mes baisers respectueux (2). — Et moi, réplique un des compagnons du fondateur, Frère Boniface, je les ai vues de mes yeux, touchées de mes mains (3).» Que répondre à de pareils témoins et à de si catégoriques attestations ?
Le fait une fois admis, il faut bien admettre aussi le miracle. Accuser le Frère Élie de supercherie, comme le fait Renan (4), c'est recourir à une imputation calomnieuse pour
1. Le Frère Léon a écrit cette attestation au-dessus du texte de la Bénédiction de saint François, sur la même pancarte (ms. du Sagro-Convento).
2. TH. DE CELANO, T'raité des miracles (apud A nalecta Bollandiana, t. XVIII, p. 128).
3. Déposition du Frère Boniface au Chapitre général de Gênes, en présence de Jean de Parme et des Pères capitulaires (TH. ECCLESTON, coll. xi11). — Cf. l'attestation de Jacques de Vitry : « In morte ejus, in pedibus, manibus et latere vestigia vulnerum Christiapparuerunt.» ere ad Fr. Min., éd. Hilarinus Felder, Romæ, 1903, p. 35.)
4. Nouvelles études d'histoire religieuse, François d’Assise, etc.
SUR L’ALVERNE 393
repousser le surnaturel. Ne voir dans ce phénomène, avec Alfred Maury (1), que le fruit d'une imagination exaltée par la méditation des mystères de la croix, c'est contredire ouvertement l'expérience et le sens commun; car, quelle que soit la puissance de l'imagination, elle ne peut jamais traduire en caractères visibles sur la chair les impressions de l'âme, ni retenir à son gré les flots de la vie après une lésion au cœur qui, de sa nature, entraîne la mort. Supercherie, imagination, hallucination, toutes ces explications tentées par la science: aux abois sont donc fausses ou insuffisantes; et, dès lors, la conclusion s'impose : te dernier mot de ce phénomène est dans l'intervention d’une puissance supérieure. Quel est le caractère de cette puissance? Il appartenait à Rome, et à elle seule, d'évoquer cette cause et de prononcer sans crainte d'erreur. C'est ce qu'elle a fait dans plusieurs diplômes et après un examen qui défie la critique. Ecoutons d’abord Grégoire IX, dont le témoignage a une double valeur comme Souverain Pontife et comme intime ami du Saint.
« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les chrétiens qui verront ces Lettres, salut et bénédiction apostolique.
« Nous croyons inutile de vous exposer dans ces Lettres les grands mérites qui ont conduit à la céleste patrie le glorieux confesseur saint François, puisqu'il n’y a presque pas de fidèles