Saint François troubadour, par GŒRRES. Spire
çois troubadour (1) ; il a euraison. A travers les strophes qu'on vient d'entendre, en effet, court un souffle lyrique, puissant, inconnu, sous la pression d’un seul sentiment. Ce sentiment, le plus spontané, le plus pur, le plus violent qui puisse faire vibrer les cordes du cœur humain, et par là même le plus poétique, c’est l'amour divin, le même amour qui a enfanté les martyrs du Colisée. François cède aux transports de cet amour ; il chante comme chantent les séraphins du ciel, et le moindre de ses soupirs dépasse toute l'antiquité païenne, qui connut Dieu, mais ne l’aima pas.
On nous pardonnera de nous être quelque peu étendu sur ce sujet. « Premiers vagissements de la muse italienne (2) », cris sortis d’une extase, ces poésies sont des riens, si on les compare aux œuvres et aux vertus du Saint; mais ces riens ont du prix cependant, parcequ'ils reflètent
quelque chose des ardeurs d'une âme séraphique,
comme la goutte de rosée reflète les premiers feux du jour.
Lorsque le poète de l’Alverne eut dicté ses odes et célébré la fête de l’archange saint Michel, il quitta la montagne miraculeuse et s'achemina lentement vers Assise (3). ILétait monté sur un âne, humble monture qu'il préférait à toute
1. Le Saint n'eût pas répudié”cette appellation, lui qui se plaisait à répéter à ses Frères : « Nous sommes les troubadours de Dieu. » (TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. LXVIII.)