‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 222 sur 260 · BONAV., c. XI · texte numérisé non relu

BONAV., c. XI

d’enflammer les passions » (ce sont ses propres expressions) (1). Un jour qu'il souffrait davantage de son hépatite, 1l appela son compagnon, qu'il savait habile cithariste, et lui dit : « Prends un luthet joue en ma présence, afin d’alléger un peu les souffrances de ce pauvre corps. — Je n'ose, repartit le Frère ; j'ai peur que nos hôtes ne soient scandalisés de voir cet instrument profane entre les mains d’un religieux. — Renonçons-y donc, reprit le malade ; car il vaut mieux se priver d’une consolation que de malédifier le prochain.» Il eut ainsi le mérite d’un sacrifice généreusement offert, mais sans être frustré de la consolation désirée. Seulement, elle lui vint d’en haut, au lieu de lui venir des hommes. Pendant la nuit, un ange lui apparut, une viole à la main; et laissant glisser l’archet sur son instrument, il en tira des accords si doux, si mélodieux, si puissants, que l'âme du Saint en était comme enivrée et ses sens comme suspendus (2).

Tous les détails de ce prodige sont d’un charme infini. Et pourtant, la réflexion du Bienheureux au sortir de son extase, est plus délicieuse encore. « Je me croyais au ciel », s'écria-t-il. Hélas ! il était redescendu sur la terre, et il s’en apercevait à l’acuité des souffrances qui tourmentaient son corps amaigri.

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