‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 223 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. LxvI · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. LxvI

2. « Apud Reate.… Tantum suavitate perfruitur, ut aliud se putet sæculum commutasse. » (TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. LXVI.) — Saint Bonaventure (c. v) raconte le même fait, mais sans citer le nom de la ville où il eut lieu.

DERNIÈRES ANNÉES AII

Son médecin et ses amis étaient inquiets. Ils furent d'avis, pour soulager son mal d’yeux, de lui appliquer des pointes de feu aux tempes. Le remède était atroce, l'opération excessivement douloureuse; François y consentit néanmoins, heureux qu’il était de souffrir pour l’amour de Jésus crucifié. Il se berçait d’ailleurs de l’'espérance, s'il recouvrait la vue, de pouvoir recommencer ses travaux évangéliques. Quand il vit le fer rougi au feu, il ne put se défendre d'un premier mouvement de crainte. Pour vaincre cette répugnance de la nature, il se mit à parler au feu comme on parle à un ami : < Mon frère le feu, toi que le Seigneur a fait brillant, utile et beau, sois-moi propice en ce moment. Je prie le grand Dieu qui t'a fait, de tempérer ta chaleur, afin que je puisse la soutenir. » Puis, ayant fait le signe de la croix devant le fer incandescent, il présenta sa tête au chirurgien, qui promena son instrument dans les chairs crépitantes, depuis l'oreille jusqu'au sourcil. Le patient demeura impassible. L'opération terminée, il dit à ses frères : « Louez le Seigneur ; car, je vous l’'affirme, je n’ai senti ni l’ardeur du feu, ni aucune douleur. » Et, se tournant versl'oculiste, il le pria de recommencer, s'il supposait la cautérisation incomplète. Cethomme,admirantune telle force d'âme, ne put s'empêcher de s'écrier : « En vérité, c'est aujourd’hui la journée des miracles ! » Ce médecin, homme de science et plus encore de foi, s'était affectionné à son malade. Médication énergique, soins assidus et absolu-

ment désintéressés, il n'épargnaïit rien pour arriver à une guérison qui fuyait toujours. Comme le grand obstacle venait du Saint lui-même, de ces larmes continuelles qui paralysaient l’action curative des collyres et des pointes de feu et augmentaient l'inflammation, il le supplia d’en suspendre le cours. « Autrement, lui dit-il, vous perdrez totalement la vue. » Le Bienheureux lui fit alors une réponse digne de lui. « Eh quoi! mon Frère, répliqua-t-il, pour garder cette vue corporelle qui nous est commune avec les mouches, je m'exposerais à perdre les effusions de la lumière divine ! Non, non; car ce n'est pas pour la chair, mais pour l'esprit, que le bienfait de la vue nous a été donné (1). »

Transporté du palais épiscopal à l'ermitage de Fonte-Colombo, aux portes de Riéti, et voulant donner au médecin quelque témoignage de

sa reconnaissance, François l’invita à partager

le diner des Frères ; et comme ceux-ci lui représentaient qu'ils n'avaient rien de convenable à offrir à un homme de sa condition : « Allez, leur dit le Saint, et ayez confiance. » Au même moment, en effet, une dame frappait à la porte du couvent et apportait dans une corbeille des mets excellents, des poissons, du pain blanc, des gâteaux, un rayon de miel et des grappes de raisin que François, joyeux, fit servir à son hôte. Celui-ci ne put s'empêcher de dire aux re-

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