Tres socii, c
Mais avant de le suivre dans ses triomphes et ses épreuves, arrêtons-nous un instant au seuil de cette nouvelle phase de sa vie, pour contempler cette figure angélique que les peintres ne se lassent pas de reproduire, comme les peuples ne se lassent pas de l'aimer.
Voici le portrait que nous a laissé de lui Thomas de Célano, son disciple et son confident’; on y reconnait le type si fin, si distingué, des populations de l’'Ombrie. « Sa taille était audessous de la moyenne et bien prise. Il était maigre et de complexion délicate. Il avait le visage ovale, le front large, les dents blanches et serrées, le teint brun, les cheveux noirs, les traits réguliers, la figure expressive, les lèvres vermeilles et le sourire charmant. Ses beaux yeux noirs étaient pleins de feu, de douceur et de modestie; la paix, l’innocence et la beauté de son âme se réflétaient sur son visage. A ces avantages extérieurs il joignait ces qualités qui. achèvent de rendre un jeune homme aimable :
un esprit enjoué, une imagination vive, un cœur compatissant et généreux. Il savait en toutes choses garder la juste mesure : sévère pour lui-même, indulgent pour les autres; doux et affable, mais en même temps actif, entreprenant et capable de grands desseins : nature souple et pleine de contrastes, d'une courtoisie toute chevaleresque, et d’une droiture de caractère qui ne se démentit jamais (1). »
1, « Rigidus in se, pius in aliis, discretus in omnibus. » (Ta. pE CELANO, Vita prima, p. I, c. xxIx.)
À un ensemble si parfait de dons naturels et de vertus naissantes s’ajoutait l'ascendant que donnent toujours le talent et la fortune. Aussi, à dix-huit ans, François exerçait-il sur ses jeunes compatriotes une sorte d'empire que personne ne songeait à lui disputer. Ils l'avaient mis à leur tête : il était âme de leurs réunions, le héros de toutes leurs fêtes, leur chef dans tous les exploits aventureux; et la foule, qui sourit toujours aux réputations naissantes, Facclamait sur son passage comme < le roi de ka jeunesse (5} ».
Chose étonnante! Pendant cette période de son existence, qui va de son adolescence à sa conversion et qui ne comprend pas mains de dix années (1196-:1206), le fils de Bernardone est mêlé aux agitations de la foule, il respire l’encens des louanges, s’enivre des poésies du temps, trempe ses lèvres à la coupe d'or que lui présente le monde et où tant d'autres à ses côtés boivent la mort, il est dans toute la fraicheur de la jeunesse et recherché de tous. Et ces périls, ces entvrements d'ordinaire si meurtriers pour l'âme, il les traverse d’un pas allègre, sans trouble ni blessure, pareil au voyageur qui passe à travers les précipices sans y tomber! On le voit manïfester hautement sen horreur pour les mauvaises mœurs, s’mterdire toute parole malséante, répondre par un visage sévère aux propes licencieux de ses compa-