TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c
qui fait de la lutte l'indispensable élément de la victoire, agrandit le champ de la liberté humaine et a pour but de rétablir dans le cœur de l'homme, en le purifiant, l'équilibre rompu par le péché. Saint François ne fait point exception à la règle. Favorisé de la visite des anges, il fut immédiatement exposé aux assauts des démons qui entreprirent, pour ainsi dire, une lutte corps à corps avec lui, pour le ramener sous ce joug du monde qu'il venait de secouer. Tantôt ils lui rappelaient à l'esprit ce qui pouvait l’enchanter, ces fêtes, ces heures de délices où il était le roi de la jeunesse (et l'on sait la puissance de pareils souvenirs sur une imagination de vingt ans); tantôt ils le menaçaiïent de le rendre laid et difforme. Il sut résister à la violence de leurs attaques et ne se laissa détourner ni par leurs infâmes suggestions, ni par leurs menaces, de la poursuite de ses généreux desseins (1).
A cette victoire sur le génie du mal suceéda une apparition qui fut comme la récompense de la prière persévérante du jeune pénitent. «< Un jour qu’il redoublait de ferveur et qu'il était tout abîimé en Dieu, le Sauveur lui apparut attaché à la croix. À cette vue, le cœur de François se fondit de douleur et d'amour, et le souvenir de la Passion s’imprima si avant dans son âme, qu'à dater de ce jour, à la seule pentsée de Jésus cruaifié, 1l ne pouvait retenir ses
I. Tres socii, c. 1V; et TH. DE CELANO, Vita secunda, p. I, c. v.
larmes et ses sanglots, comme il l'avoua luimême à ses confidents vers la fin de sa vie(t).»
Cette troisième apparition marque une dermère étape dans les progrès d'ume conversion qui commence avec la vision du Palais, continue avec celle de la Pauvreté et s'achève ici. Aux rayons des divines clartés, François entrevoit sous les traits de Jésus souffrant l'idéal de toute grandeur ; il comprend que la perfection chrétienne consiste à suivre, d’un pas résolu, le Rédempteur gravissant la cime du Calvaire, sans jamais le laisser seul sous le pesant fardeau de sa croix, et il se met généreusement en marche.
Un nouvel horizon s’ouvrait devant lui. Dès lors, nous le voyons sortir plus souvent de sa caverne, tantôt pour discourir des choses dx ciel avec son unique ami, tantôt pour se livrer aux œuvres de bienfaisance. Distribuer aux pauvres de l'argent, des vivres et jusqu’à ses propres vêtements; compatir à leurs peines, Jusqu'à n’en renvoyer aucun sans l'avoir consolé; secourir avec une délicatesse exquise les prêtres indigents; décorer les autels délaissés : veilà quelles étaient ses occupations et ses délies! I1 était vraiment le père, le patriarche des Pauvres, selon la belle expression de saint Bonaventure. En l’absence de son père, il chargeaïit là table de pains à l'heure des repas; et comme & pieuse mère lui demandait un jour : « Pour