‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 43 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. v · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. v

Caractère et prépare la race des vaillants. Elle

fut pour le fils de Pierre Bernardone le seuil de l'action. Il en sortit transformé, se reprochant tout haut ce qu'il nommait « sa couardise et sa lâcheté », et décidé à prendre sa revanche, c’està-dire à remplir coûte que coûte, sans se laisser arrêter par les oppositions du siècle, la mission dont il avait conscience d’être investi (1) : semblable au soldat qui, après avoir réparé ses forces, reprend les armes et recommence la lutte avec une nouvelle ardeur. Il reparut donc dans Assise, le visage pâle et défait, les joues creusées par ses pleurs continuels, mais sans crainte, le cœur haut et fier, avec l'énergie d’un preux chevalier du Christ. A son aspect, la foule s'arrêta, muette d'étonnement et de pitié; puis, aussi mobile que les flots de la mer, éclatant tout d’un coup en murmures, en railleries, en rires méprisants, elle jeta des pierres à cette idole qu'elle avait naguère portée sur le pavois et que la veille encore elle adorait. « Il est fou!» cria-t-on de toutes parts. O inconstance de la faveur populaire! Et chose navrante à redire! au premier rang des insulteurs du saint jeune homme se trouvaient ses anciens compagnons de plaisir. Pour lui, il poursuivait tranquillement son chemin au milieu de ces huées, répondant aux acclamations par le silence, aux injures par le pardon, à la haine par l’amour. Il était fou, non de la manière que l'on pensait,

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