‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 45 sur 260 · Tres socii, c. VI · texte numérisé non relu

Tres socii, c. VI

Dieu, et se contentant de répéter pour sa défense ce que le Prince des Apôtres avait répondu aux magistrats de Jérusalem : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »

Nous ignorons combien de temps dura sa captivité (il est probable qu'elle ne se prolongea pas au delà d'un ou deux mois); mais nous savons comment la Providence y mit fin. Pica, silencieuse et désolée, souffrait autant que son fils des mauvais traitements qu'on lui infligeait. Usant de ce pouvoir de médiation qui dans la famille appartient naturellement à la mère, elle tenta d'amener une réconciliation entre deux êtres qu’elle chérissait également. L'entreprise était difficile. Le premier des deux auquel elle s'adressa, Pierre Bernardone, ne voulut rien entendre. Rebutée de ce côté, elle ne perdit pas courage et se tourna vers le pauvre prisonnier. Profitant un jour de l’absence de son mari, elle pénètre dans le cachot, s’assied aux côtés de François et {cherche dans un long entretien, et par les motifs les plus pressants, à le déterminer à rentrer dans la vie de famille. Elle déploie toutes les ressources de la tendresse mater- 2elle; mais larmes et caresses, tout est inutile, et le jeune prisonnier lui oppose victorieusement la volonté du Très-Haut manifestée par les paroles du crucifix miraculeux. A la fin, comprenant avec ce tact et cette rapidité d’intution dont le Créateur a doté la femme, qu’elle a devant elle une vocation évidemment surnaturelle, et pensant qu'il serait impie d'aller

contre les desseins de Dieu, elle prend une décision aussi sage que hardie : elle brise les liens du captif, lui ouvre les portes de sa prison, et après l'avoir tendrement embrassé, le laisse suivre en toute liberté la voie extraordinaire où Dieu l’appelle (1).

Elle avait agi en mère, et en mère chrétienne.

François rendit grâces à Dieu de sa délivrance, remercia Pica, qui en avait été l'instrument, et retourna sur l'heure à l’église Saint- Damien. Pierre Bernardone, à son retour, se répandit en sanglants reproches contre sa femme. « Pourquoi soutenir votre fils? s'écriat-il. Il ruine notre maison par ses prodigalités et la déshonore par ses folies! J'irai moi-même le chercher et le ramènerai parmi nous, ou le chasserai du pays. » Et il courut tout en colère à Saint-Damien. Ainsi, par un contraste qui n'est que trop fréquent, lui qui avait fermé les yeux sur les profusions de François encore mondain et qui lui avait permis de s'équiper brillamment pour aller guerroyer au loin sous les ordres du comte de Brienne, ne pouvait souffrir que ce même fils, une fois converti, rît des aumônes, ni qu'il se consacrât au service de Dieu!

Le saint jeune homme ne s'enfuit pas cette fois; il se présenta bravement devant son père, écouta ses plaintes et lui répondit avec une

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