CHAPITRE III SA VOCATION
Libre de toute entrave, joyeux comme le passereau échappé au filet du chasseur, François cherchait les lieux solitaires pour mieux entendre la voix de Celui qui l’appelait. Il parcourait les bois et les montagnes situés au nord d’Assise ; et sous l’action du feu divin qui l'embrasait, souvent il chantait. Il était beau de l’entendre alterner des cantiques français avec ce cri de reconnaissance du saint roi David:
« Merci, mon Dieu, d’avoir rompu mes chaînes! Je vous offrirai en retour un sacrifice de louanges et bénirai votre saint nom. » Des voleurs le rencontrèrent et lui demandèrent : « Qui es-tu ? — Je suis le héraut du grand Roi», répliqua-t-il avec un accent prophétique. « C’est un pauvre fou! » crièrent ensemble les bandits; et après l'avoir cruellement battu, ils le jetèrent dans une fosse remplie de neige, et lui adressèrent cet adieu ironique : « Reste là, chétif héraut de Dieu : » Les voleurs une fois partis, il sortit de la fosse, tout rayonnant d'’allégresse, et reprit ses chants et ses prières (1).