Tres socii, c. 1v
même temps que la plus difficile des victoires, c'est de se vaincre soi-même, il surmonte son dégoût, descend de cheval, s'approche du lépreux, et lui remet une obole en lui baisant la main. Puis, étant remonté à cheval, il cherche du regard le pauvre du bon Dieu ; mais c’est en vain :ilse voit seul au milieu de cette plaine immense et poursuit sa route, plus joyeux encore qu'étonné (1). Le Sauveur des hommes ne s'était-il pas montré plus d’une fois sous la figure d’un lépreux ?
Mais, dans cette rencontre Imopinée, il y avait eu un moment d'hésitation, et dès lors il semblait au fils de Pierre Bernardone que la victoire avait été incomplète. Résolu à aller jusqu'au bout dans cette voie, il voulut quelques jours après recommencer l'épreuve. Cette fois, il prit les devants. Il se rendit à l'hôpital des lépreux, les fit tous assembler et leur remit à chacun une aumône, en leur baisant la main.
« En ce moment-là, ajoutent les trois compas.
gnons, il se sentit remué jusqu’au fond des entrailles et transformé en un autre homme (2). » C'est, du reste, ce qu'il affirme lui-même dans. son testament, en tête duquel il écrit les lignes suivantes: « Voici comment le Seigneur me fit la grâce de commencer à faire pénitence. Lorsque j'étais dans ma vie de péché, le seul aspect des lépreux soulevait dans tout mon être une répugnance invincible. Mais le Seigneur me con-