Ibid., loc. cit
duisit vers eux, et j'exerçai la charité à leur égard ; et quand je me retirai, ce qui m'avait paru amer se changea pour moi en douceur pour l’âme et pour le corps (1). »
Baiser la main d’un lépreux ! Cet acte, répété dix fois, vingt fois, avec la même aisance, sans affectation, sans forfanterie, nous en dit long sur le courage de celui qui en était capable. Quand on triomphe ainsi de soi-même, on est maître de l'univers. Pourtant, l’héroïque jeune homme n'avait pas encore quitté le monde, et sa marche était gênée par les intérêts et les préoccupations de la terre. Mais l'année suivante (1207), lorsqu'il eut fait devant l’évêque d'Assise l’abandon public, absolu, de son patrimoine, il donna un libre essor à ses désirs de sacrifice et de dévouement. Nous avons vu qu’en sortant du palais épiscopal, il s'était rendu à Gubbio. Dans cette ville, il ne se contenta pas de visiter les léproseries ; il fit ses délices, selon la remarque du Docteur séraphique, d'habiter ces hôtels de la douleur, soignant les corps dont il nettoyait les plaies purulentes, et les âmes dont il consolaitles longs désespoirs. On ne saurait dire de quelles prévenantes et chaudes affections, il entourait ses malades. Jamais il ne les quittait sans leur avoir adressé une de ces paroles du cœur qui sont plus douces que tous les secours. « C’est ainsi qu'il se préparait à devenir le médecin des âmes (2). » Le