‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 53 sur 260 · I. BONAV., C · texte numérisé non relu

I. BONAV., C

de Foligno se feront un honneur de soigner «les malades du bon Dieu ». Pendant la peste de Milan (1576), les Capucins s’enfermeront dans le lazaret, et leur dévouement formera un des plus touchants épisodes des Fiancés de Manzoni. De nos jours, le P. Damien de Veuster se constituera volontairement le consolateur et l’ami des pauvres lépreux des iles Molokaï et mourra martyr de sa charité. Et les uns et les autres, pour apprendre à se dévouer, n'auront qu'à lire attentivement une page de la vie de leur séraphique Père.

On croit communément que François nepassa guère plus d’un mois dans la léproserie de Gubbio, et qu'il s’achemina de nouveau vers Assise dans le courant du mois de mai 1207. La voix du crucifix miraculeux retentissait nuit et jour à ses oreilles, et il se sentait pressé d'exécuter l’ordre qu'il avait reçu de restaurer l'église Saint-Damien. Qui pourrait dépeindre son émotion, quand il revit les murs de cette ville natale qu’il avait naguère éblouie par l'éclat de son opulence et où il avait appris à connaître l'inconstance et l'ingratitude du monde ?.… Mais faisant taire tous les souvenirs d’autrefois et foulant aux pieds tous les conseils de la sagesse humaine, il y entra comme les prophètes de l’ancienne loi rentraient dans l’ingrate Jérusalem : il s’en alla par les rues, publiant les grandeurs de Dieu et les souffrances de l'Eglise et mendiant des pierres pour l’amour de Jésus-Christ, sans affectation, mais aussi

sans honte. Il disait avec une admirable simplicité: « Qui me donnera une pierre aura une récompense ; qui m'en donnera deux en aura deux ; qui m'en donnera trois en aura trois (1). » | Grand fut alors l'émoi dans la vieille cité.

Tous prêtaient l'oreille aux touchants appels du jeune pénitent ; mais les impressions étaient diverses. Les uns le poursuivaient de leurs injures et de leurs railleries ; les autres passaient sans lui répondre; d’autres, enfin, pensant qu'on ne pouvait attribuer qu’à Dieu un si complet changement de vie, l’aidaient de leurs propres mains ou de leurs aumônes à relever les ruines du sanctuaire de Saint-Damien. Pour lui, il recevait avec une égale reconnaissance les affronts et les offrandes, les affronts pour le bien de son âme, et les offrandes pour la restauration du vieux monument. On vit alors ce jeune homme de bonne famille, habitué aux délices de la vie, porter sur ses épaules, comme un manœuvre, les matériaux nécessaires à la construction. Il travaillait sans relâche, si bien que ses membres, exténués par les jeûnes et les rigueurs de Ja pénitence, ployaient sous le fardeau. Le prêtre qui desservait cette église (c'était toujours don Pietro) eut pitié de lui. et, malgré son peu de ressources, il lui préparait un bon repas à la fin de ses journées. François accepta d’abord cette généreuse hospita-

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