Tres socii, c. XIV; et BONAV., c
SA VOCATION 6r
une matinée dont les fécondes émotions vont revivre sous la plume de nos vieux chroniqueurs.
Le 24 février 1209 — fête de l’apôtre saint Mathias — François, à genoux dans son sanctuaire favori, assistait au saint sacrifice de la messe qui était offert sur sa demande. A l’Evangile, lorsque le célébrant eut lu ces paroles : « Allez, ne portez ni or, ni argent, ni monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâtons », l'intelligence du jeune pénitent en fut vivement frappée. Après la messe il en demanda l'explication au prêtre, et dès qu'il eut appris que c'étaient les instructions données par Notre-Seigneur à ses disciples pour les former à la vie apostolique, il tressaillit ; son regard s'illumina, sa figure devint radieuse : « Voilà ce que je cherchais! s'écria-t-il. Voilà ce que j'appelais de tous mes vœux!»
Enfin, il touchait au port ; sa vocation était dessinée : c'était la prédication apostolique, avec la pauvreté pour bannière! Alors, il ne se possède plus de joie, il jette avec une sorte d’horreur sa bourse, son bâton, ses chaussures, se revêt d'une grossière tunique de laine grise et part immédiatement pour Assise, les pieds nus, les reins ceints d’une corde, pour y précher la pénitence et reconquérir les âmes à Celui qui les a rachetées (x).
Puissance merveilleuse de la parole de Dieu !
1. TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. 1x; et Tres socii, c. VIIL.
Au ui‘ siècle, un jeune noble égyptien, saint Antoine, entend ce passage de l'Evangile : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donnes-en le prix aux pauvres, ettu auras un trésor dans le ciel; viens et suis-moi. » (MATTrH., xix.) Et mettant ce conseil à exécution, il devient le père de la vie monastique en Orient. Dix siècles plus tard, François, le fils d'un marchand d'Assise, entend lire une autre parole de l'Evangile, se sent à son tour subjugué par la grâce, et devient le père d’une nouvelle famille religieuse. C'est en ce jour en effet que se célèbrèrent les noces mystiques du Séraphique Patriarche avec la sainte Pauvreté, et que l'Ordre des Frères Mineurs prit naissance.
Dans ses premières prédications, François eut : le même succès que dans ses quêtes; il recueillit beaucoup d’affronts pour lui, et quelques âmes pour le Père céleste, mais de belles âmes comme nous le verrons bientôt. Il continua ce genre de vie pendant près de deux mois, partageant son temps entre la prière et le ministère de la parole, et recevant chaque jour l’hospitalité du chapelain de Saint-Damien.
Cependant Notre-Dame des Anges avait toujours pour lui un attrait particulier. Là, il méditait plus à son aise la Passion du divin Maître et en savourait mieux toutes les amertumes; là, quand il se sentait seul, protégé par l’ombre et le silence, il entrait avec Dieu dans d'’inénarrables épanchements, et laissant un libre cours à la douleur qui l'oppressait, il gémissait et
sanglotait tout haut. Un de ses anciens amis, ayant un jour entendu ses cris de détresse, entra dans la chapelle, et, surpris de le voir tout en pleurs, lui demanda : « Quelest donc le sujet de votre chagrin ? — Ah! je pleure la Passion du Sauveur, répondit François, et je ne rougirais pas de la pleurer ouvertement par toute la terre (1) ! » Belle parole, bien digne d’un cœur si tendre et si aimant, et qui dans sa bouche avait la valeur d’une prophétie.
Nous venons de parcourir la période de la vie cachée et pénitente de notre Saint; nous allons maintenant entrer dans sa vie publique, et considérer, à travers la trame des événements, la haute action qu'il exerça au moyen âge sur l'Eglise et sur la société.