‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 59 sur 260 · Tres soctii, c. IX · texte numérisé non relu

Tres soctii, c. IX

2. BONAV., c. 111. — D’après la Chronique des vingtguatre généraux, il y eut, du vivant de saint François, deux disciples du nom de Morico (Maurice). L'un, sur-

nommé le Petit en raison de sa taille, est rangé parmi les douze premiers compagnons du Saint ; c'est celui que

Vers la fin du printemps (1209), le saint fondateur descendit avec sa petite troupe dans la vallée de Rüieti. Il s'arrêta sur une roche isolée, en vue de Poggio-Buscone. Une grotte d'ermite inhabitée lui parut favorable à la méditation des vérités éternelles ; il en fit le lieu de son repos, et c'est là qu'il se retirait chaque soir avec ses Frères, après avoir été prêcher et demander laumône à Poggio-Buscone ou dans les environs. Or, un jour qu’il était en oraison sur cette roche, repassant dans l’amertume de son âme les années de dissipation de sa jeunesse, il eut un ravissement où l'Esprit-Saint lui révéla deux choses également consolantes : l'entière et pleine rémission de tous les péchés de sa vie, et la prodigieuse extension de son Ordre. Le soir, quand les pieux missionnaires furent de retour, il leur dit d’un ton inspiré : « Prenez courage, réjouissez-vous dans le Seigneur. Que votre petit nombre ne vous attriste point ; que ma simplicité et la vôtre ne vous alarment pas; car Dieu m'a révélé qu'il dilaterait nos tentes jusqu'aux confins de la terre. Je voudrais taire ce que j'ai vu, mais la charité m'oblige à vous en faire part.Jd’ai vu une grande multitude venant à

Thomas de Celano appelle puer (Vita prima, p.Ï, c. x). L'autre, un ancien Croisier, fut gagné à l'Ordre vers l’année 1212, à la suite d’une guérison miraculeuse que nous raconterons plus loin. La Chronique est d'accord, du reste, avec saint Bonaventure; seulement le Docteur séraphique ne nomme pas le premier. Il place la vocation franciscaine du second après celle de sainte Claire (BoNxav., C. 111 ct IV).

nous pour revêtir les mêmes livrées et mener la même vie. J'ai vu tous les chemins remplis d'hommes qui marchaient de ce côté et se hâtaient fort. Les Français accourent, les Espagnols se précipitent, les Anglais et les Allemands suivent de près ; toutes les nations s'ébranlent, et voilà que le bruit des pas de ceux qui vont et viennent pour exécuter les ordres de la sainte Obéissance, retentit encore à mes oreilles (1). » Ainsi chantait le prophète Isaïe, lorsqu'ilannonçait, sept siècles à l'avance, l'établissement et la miraculeuse propagation de l'Église. L'analogie est frappante, et tous les historiens de l'Ordre l'ont signalée.

Pendant les quelques jours que François passa dans cet ermitage de Poggio-Buscone, une foule de visiteurs y accoururent, attirés par le parfum de sainteté qui s’en exhalait. L'un d'eux, touché de la grâce, demanda à s’enrôler dans la nouvelle milice. C'était Philippe, surnommé le Long à cause de sa taille. Le saint fondateur en fit le septième de ses compagnons.

Après cette conquête, il les ramena à Notre- Dame des Anges, pour les y former à la vie intérieure. Quels progrès ne devaient-ils pas faire à l'école d'un tel maitre! Après l'esprit de prière et de sacrifice, il fit passer dans leur âme une étincelle du zèle apostolique qui était le noble tourment de la sienne et leur traça la ligne de conduite qu'ils devaient tenir en qualité

J. TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. x.

de champions de la vérité : prêcher d'exemple plus que de parole, respecter tous les droits et reconquérir les peuples à la pratique de l'Évangile. « Allez, leur disait-il, et que rien ne vous intimide. Dans peu de temps, les nobles et les savants se joindront à vous, pour prêcher devant les peuples et les rois (1). — Honorez les prélats, les vieillards et les pauvres. N'ayez garde de juger les riches qui vivent dans le luxe et la mollesse ; car Dieu est leur souverain aussi bien que le nôtre, et il peut les appeler et les justifier. Nous devons les honorer comme nos frères et nos maîtres : comme nos frères: puisqu'ils tiennent la vie du même Créateur : comme nos maîtres, puisqu'ils pourvoient à tous nos besoins temporels. Comportez-vous de telle sorte au dehors, que rien qu'à vous entendre ou à vous voir, on soit porté à glorifier le Père céleste. Ayez la paix sur les lèvres, ayez-la plus encore au fond du cœur. Ne provoquez personne à la colère ni au scandale ; mais Souvenez-vous que votre vocation est de convier les esprits à la concorde et de ramener au bercail les brebis égarées. Il en est qui vous paraissent aujourd’hui les ennemis de l Évangile et qui demain en feront la règle de leur vie (2). »

Après les principes, l’application. Un jour, François donne le signal du départ. Tous s'inclinent sous sa parole, s’agenouillent devant lui comme devant le représentant de Dieu, et atten-

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