BoNAv., c. 1V. — Thomas de Célano et Jean de Cepe
rano placent le même fait à la Portioncule. Saint Bona-
se
Le second fait n'est pas moins remarquable.
C'était vers la fin de septembre (1209). OthonIV, seul maître de la Germanie par suite de l'assassinat de Philippe de Souabe, son compétiteur, traversait l'Ombrie, se dirigeant avec une brillante escorte vers Rome, pour s’y faire couronner emperetr par le pape Innocent IITL. François ne sortit ni ne se détourna pour voir passer le faste et lorgueil du César allemand, mais il chargea l’un de ses Frères de lui porter ce message : « Sache, à prince, que ta glaire ne durera pas longtemps! » La prédiction déplut au prince; mais elle ne s’en accomplit pas moins(r). On sait la triste fin de cet empereur : ïl fut excomrmaunié l’année suivante par le même Sauverain Pontife, perdit la couronne impériale, tombée aux mains du jeune Frédéric IE fut battu à Bouvines par Philippe-Auguste, ke 7 juillet 1214, et périt misérablement quatre aps après.
Le troisième événement fut lFarrivée de ce Sylvestre dont nous avons déjà parlé. C'est le premier prêtre de l'Ordre, et sa vocation fut des plus extraordinaires. Il avait vendu des pierres à saint François lors de la restauration de Saint-Damien ; mais quoiqu'il en eût reçu le prix, il se plaignit d’avoir étélésé dans sesdroits, profitant pour cela du moment où notre Samt
venture a-t-il voulu corriger une erreur ou s'est-il trompé ? Nous laissons à d’autres le soin de trancher la question.
1. TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. XV1; et BÆ&BNARD DE BESSE, De laudibus, c. 11.
présidait à la distribution des biens de Bernard de Quinta valle (avril 1209). François, qui avait en horreur les procès et les contestations, prit de l’or dans un sac et le donna à pleines mains au prêtre cupide en lui disant : « Voiei pour le payement que tu réclames, et que je ne te dois pas. » Sylvestre s’en alla humilié, mais cantent.
Le soir, réfléchissant à l'indignité de sa conduite, il eut des remords, et promit à Dieu de réparer son injustice. Un songe mystérieux acheva de dissiper les préventions qu'il nourrissait au fond de son cœur contre les pénitents de Rivo-Forto. Pendant la nuit, il vit d’abord un énorme dragon s'abattant sur la ville d’Assise et s’apprétant à en exterminer tous les habitants ; puis, la radieuse figure de François, et dans la bouche du Saint une croix d’or dont le sommet atteignait le firmament et dont les bras s'étendaient aux deux pôles ; enfin, l'éclat de cette croix mettant le dragon en fuite. Trois fois il eut la même vision. A la fin, comprenant que c'était un avertissement du ciel, il courut se jeter aux pieds de François, lui raconta sa vi- Son, et le conjura, non seulement de lui pardonner sa faute, mais exCore de l’admettre en sa compagnie. Le saint fondateur lui répondit, en l'embrassant avec effusion : < Mon fils, je t'accorde volontiers l’une et l’autre faveur. » Toutefois (nous ignorons pour quel motif), ce ne fut qu'aumois de septembre delamême année, après l'approbation verbale d’Innocent III, que le pos-
tulant revêtit les livrées de la pénitence. Thomas de Célano et saint Bonaventure, auxquels nous empruntons ce récit, ajoutent qu'à dater de cette heure, la vie de Sylvestre, vie toute d'oraison, de pénitence et de pauvreté, rendit témoignage à la vérité de la vision que nous avons racontée. Il est le douzième compagnon du bienheureux Patriarche, et son arrivée met le dernier trait de ressemblance entre le nouvel institut et le Collège apostolique (1).
C'est ainsi que le Tout-Puissant entourait l'ermitage de Rivo-Torto de la triple auréole de la sainteté, des miracles et des prophéties.
François ne séjourna qu'un mois environ à Rivo-Torto. Il quitta cette solitude à la suite d'un incident qu'ont relaté ses premiers historiens. Troublé dans son oraison par l’arrivée tumultueuse d’un paysan, il partit, retourna à la cabane qu'il avait construite l’année précédente auprès de la Portioncule et s’en alla demander aux Bénédictins du mont Soubase un asile pour lui et ses frères. Sa requête fut favorablement accueillie, et les Bénédictins lui concédèrent de la meilleure grâce du monde la chapelle Notre-Dame des Anges, avec la maison attenante et quelques parcelles de terrain, à la condition que ce couvent serait toujours regardé comme le berceau et la maison-mère de l'Ordre des Frères Mineurs. François accepta volontiers le présent et la condition ; il était au comble de