Expressions d'an adversaire, Guillaume de Puy-Lau
même temps, et pour accuser nettement son intervention par le contraste entre la faiblesse des moyens et la grandeur des résultats, Dieu suscitait deux hommes providentiels, l’un en Espagne, l’autre en Italie, Dominique et François, deux pauvres, qui, sans se connaitre, poursuivaient le même but : réformer le monde par l'esprit de sacrifice, en opposant aux passions qui dégradent l'humanité, les vertus qui la relèvent, à l’orgueil l’humilité, à l'amour désordonné des richesses la pauvreté évangélique, à l’égoisme la charité. Le plan divin n'était-il pas assez sublime, assez miséricordieux ? Dans l'exécution n'éclatera pas moins cette souveraine sagesse du Très-Haut qui sait proportionner le génie et la sainteté des ouvriers à la grandeur de l’entreprise.
Pour accomplir cette œuvre de réformation, François n'était pas seul ; car quel homme peut étendre son action à tout l'univers ? Il avait des auxiliaires pénétrés de sa pensée, imprégnés de ses vertus, douze pauvres, douze apôtres, qui sont comme les colonnes de l'édifice franciscain. De ces figures, qu'a grandies leur contact avec le saint Patriarche, nous n’esquisserons que les trois principales, Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane et le Frère Gilles.
Modèle de patience et d’humilité, favorisé des dons les plus précieux, transporté par la main des anges d’une rive à l'autre d'un grand fleuve
rens, chapelain et biographe de Raymond VII. — Voir ROHRBACHER, Histoire de l'Eglise, liv. 72.
d'Espagne (l’Ébre), souvent ravi en extase au milieu des forêts de l’Apennin, chéri de Dieu et de saint François, qui l'appelait son premier-né : tel était Bernard de Quintavalle. « Le premier élu à la vocation franciscaine (ce sont les expressions de saint Bonaventure et des trois compagnons), il fut aussi le plus éminent en sainteté (1). » Saint François lui prédit qu'il serait purifié comme l'or au creuset des tribulations, qu'il serait en butte aux tentations de l'esprit malin, et qu’à la dernière heure il recouvrerait le calme et la paix : ce qui eut lieu, en effet (2). Sur son lit de mort, il disait à ses Frères éplorés : « Ne pleurez pas. Je meurs content et ne voudrais pas, pour tous les trésors dela création, avoir servi un autre maître que Celui qui, seul, mérite nos adorations ! Et maintenant sur le point de vous quitter, je vous demande deux choses : souvenez-vous de mon âme devant Dieu, et de plus aimez-vous les uns les autres, suivant l'exemple que je vous en ai donné. » A cette heure, un rayon du ciel sembla passer sur son visage, et son âme échangea les douleurs de l'exil contre les joies de la patrie (3).
Le second disciple, Pierre de Catane, était très versé dans les questions de théologie et de droit canon. Nous verrons dans la suite à quel point il possédait la confiance du saint fonda-