Juniperus, genévrier
2. Marignano est un village de la banlieue d'Assise. — Voir PAMPHILE DE MAGLIANO, t. I, c. XV, n° 11.
3. Les premiers biographes ne mentionnent pas Je lieu d’origine du Fr. Léon. Wadding penche visiblement pour Assise; mais il émet sans la combattre, une autre opinion qui le faït naître à Viterbe. Les Analecta Franciscana l’ingcrivent simplement sous le titre : Léen d'Assise.
esprit limpide et paisible comme ces lacs inconnus qui sont perdus dans les montagnes des Alpes et où se mirent en silence toutes les splendeurs du firmament; âme naïve et pure, et par conséquent heureuse; car n'est-il pas écrit dans l'Evangile : « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu!»
Léon tient une place à part dans l’histoire des Frères Mineurs. Compatriote, secrétaire et confesseur du Saint, il fut, qu'on nous permette cette expression, le saint Jean du Collège séraphique, le confident intime auquel le Séraphique ouvrait tous les trésors de son âme.
Le maître et le disciple avaient ensemble des conversations toutes célestes, dont quelquesunes, celles qui captivaient davantage l'imagination jeune et ardente de ces temps, ont échappé à l'oubli. Transmises de vive voix par la première génération, elles ont été recueillies par l'auteur anonyme des Fioretti, qui a suen composer un bouquet d’une fraicheur exquise.
Ne cherchons point les preuves de leur authenticité. Ce sont des fleurs, fleurs de poésie, fleurs embaumées qui trahissent leur saison, c'est-à-dire le printemps de l'institution séraphique. Nous en cueillerons deux : la Joie parfaite et le Bréviaire de saint François, pour les offrir à nos lecteurs.
Par une froide journée d'hiver, François et le Frère Léon se rendaient de Pérouse à Notre- Dame des Anges; le Frère Léon marchait un peu en avant, absorbé dans sa méditation:
Saint François l’appela : « Frère Léon, lui ditil, plaise au ciel que les Frères Mineurs donnent à toute la terre un grand exemple de sainteté! Néanmoins, chère brebis du bon Dieu, sache que ce n’est point là la joie parfaite. » Un peu plus loin, il reprit : O Frère Léon, quand les Frères Mineurs rendraient la vue aux aveugles, chasseraient les démons, feraient parler les muets ou ressusciteraient des morts de quatre jours, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Plus loin encore : « O Frère Léon, si les Frères Mineurs savaient toutes les langues et toutes les sciences, s'ils avaient le don de prophétie et celui du discernement des cœurs, sache que ce n’est point là la joie parfaite. » Et un peu plus loin : « Chère brebis du bon Dieu, si les Frères Mineurs parlaient la langue des anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre, et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes, des animaux, des arbres, des pierres et de l'eau, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Puis, à quelques pas plus loin encore : « O Frère Léon, quand même les Frères Mineurs réussiraient par leurs prédications à convertir à la foi chrétienne tous les peuples infidèles, sache que ce n'est point encore là la joie parfaite. » [1 continua à parler ainsi l’espace de deux milles. Enfin, son compagnon, étonné, lui demanda : « Père, je vous en prie au nom de Dieu, dites-moi donc en quoi consiste la joie parfaite. » Le Saint répondit : « Quand nous
arriverons à Notre-Dame des Anges, mouillés, transis de froid, mourant de faim, et que nous frapperons à la porte, supposons que le portier nous dise : « Vous ëtes deux fainéants, qui « courez le monde! Vous êtes des voleurs d'au- « mônes, partez d'ici! » S'il nous laisse à la porte pendant la nuit, à la neige et au froid, et que nous endurions tout avec patience, sans trouble ni murmure, dans la pensée que le portier nous traite selon nos mérites et que tout cela nous arrive par la permission de Dieu, crois-moi, Ô Frère Léon, c’est là une joie parfaite! Et si, pressés par la nuit, le froid et la faim, nous supplions le Frère, les mains jointes et pour l'amour de Dieu, de nous laisser entrer dans le couvent, et que, sortant tout en colère, un gros bâton noueux à la main, ïl nous jette dans la neige et nous renvoie couverts de plaies; si nous supportons ent paix tous ces mauvais traitements, dans la pensée que nous devons participer aux souffrances de notre béni Seigneur Jésus-Christ, crois-moi, Ô Frère Léon, c'est bien là la joie parfaite ! Car de tousles dons spirituels que l’Esprit-Saint répand dans les âmes, le plus excellent, c’est le don de se vaincre so-même et de souffrir volontiers pour l'amour de Dieu (1). » ‘
Ün autre jour, dans les premiers temps de l'Ordre, saint François voyageaït encore avec Frère Léon. N'ayant pas de livre pour réciter
r. F'ioretti, ch. vint.
l'office canonial, ï} dit à son compagnon :
« Chère brebis du bon Dieu, c’est l'heure des Matines, et nous n'avons pas de bréviaire pour les réciter. Et pourtant, 1! nous faut chanter les louanges de Dieu. Voici ce que nous ferons. Je dirai : « O Frère François, tu as commis tant de « péchés, lorsque tu étais dans le monde, que « tu mérites d’être précipité au fond des enfers. » Et toi, Frère Léon, tu répondras : « Il est vrai « que tu mérites d'être précipité au fond des « enfers. s Et le Frère Léon dit avec la simplicité d’une colombe : « Volontiers, mon Père. » Mais, au heu de répondre comme le voulait François, t} dit, au contraire : « Dieu fera par vous tant de bien, que vous irez en paradis. » Le Saint reprit : < Il ne faut pas dire ainsi, Frère Léon; maïs, quand je dirai: « O Frère « François, tu as tellement multiplié tes imi- « quités contre le Seigneur, que tu n'as droit « qu'à ses malédictions », tu répondras : « Il « est vrai que tu mérites d’être au nombre des < maudits. » Mais le Frère Léon dit : « O Frère François, Dieu vous fera grâce; et vous serez béni entre tous les élus. » Alors le Saint lui dit avec une douce colère : « Pourquoi as-tu la hardiesse de transgresser le précepte de l’obéissance, et de répondre tant de fois autrement que je ne l'ai ordonné? — ‘Très cher Père, répondit Léon, Dieu m'en est témoin, j'ai voulu répéter les paroles que vous m'avez prescrites, mais lui-même me fait parler comme il lui plait et contre ma volonté. — Cette fois, au moins,
reprit François, réponds comme je te l’enseignerai. Je dirai : «< O Frère François, petit « homme misérable, après tant de crimes, oses- « tu bien encore espérer que Dieu te pardon- « nera? » Et toi, chère petite brebis, tu répondras : « Non, tu n'as aucun droit à sa miséri- « corde. » Ces derniers motsétaient entrecoupés de sanglots; et se frappant la poitrine, les yeux tout baignés de larmes, il attendait que son compagnon répétât les mêmes paroles. Mais Frère Léon répondit : « Dieu vous comblera de grâces insignes; vous serez exalté et glorifié éternellement; car celui qui s’abaisse sera élevé. Je ne puis dire autrement; c'est Dieu qui parle par ma bouche. » Et cette lutte entre l’humilité de l’un et les prophétiques promesses de l’autre se prolongea depuis minuit jusqu'à l'aube du jour (1).
Ces dialogues intimes n’enveloppent pas seu- lement des charmes de la poésie les origines, au caractère par ailleurs si grandiose, de l'institut séraphique; ils éclairent encore l'histoire et nous aident à pénétrer plus avant, soit dans l'esprit lumineux du maître, soit dans l'âme simple et confiante des disciples.
Parmi ces derniers, nous avons nommé les principaux : Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Gilles, Léon, Rufñfin, Masséo et Junipère, fleurs de la vie mystique, cœurs enthousiastes parce qu'ils étaient purs, courages