CRISTOFANI, Histoire d'Assise, liv. IT, p
EN TOSCANE eu
Saint, prélude à l'œuvre qu'il avait reçu mission d'accomplir. La société chrétienne était agonisante : il fallait la sauver sans retard. Mais comment atteindre, comment souleverile monde des âmes, si ce n'est avec le levier de la parole divine? Et où trouver des hommes animés de l'esprit des prophètes? François tremblait, et avec raison, devant une entreprise qui dépasse les forces humaines. Cependant, ses craintes cédèrent devant le désir de remédier au mal. Au commencement de l'année 1211, se souvenant de l'autorisation accordée par Innocent III et mettant toute sa confiance en Celui qui donne la parole aux muets et rend éloquente la langue des ignorants, il réunit ses compagnons et leur partagea l'Italie. Il partit lui-même avec Frère Sylvestre pour la Toscane. Il s'arrêta quelques jours à Pérouse, où Dieu récompensa son zèle par la conversion d’un grand nombre d'âmes et par la vocation miraculeuse d’un jeune seigneur de cette ville. Celui-ci se promenait aux environs de la cité, tout préoccupé du désir de répondre à l'appel de la grâce et de se consacrer à Dieu, lorsque le divin Maitre lui apparut et lui dit : « Homme de désirs, si tu veux jouir de la paix que tu souhaites et faire ton salut, entre en religion et suis-moi. — Eh! Seigneur, dans quel Ordre faudra-t-il entrer? — Dans l'Ordre naissant de François d'Assise. — Et quand j'y serai, qu'aurai-je à faire pour être plus agréable à vos yeux? — Le voici : Mènes-y la vie commune, n’aie point de liaisons particulières, ne
t'occupe point des défauts des autres, et ne forme point de jugements à leur désavantage. » Le jeune gentilhomme courut se jeter aux pieds de François, qui lui donna l’habit de son Ordre et lui imposa le nom de Frère Humble, en raison de la profonde humilité qu'il avait discernée au fond de son cœur (1).
De Pérouse, nos deux missionnaires se rendirent à Cortone, cité fameuse par ses monuments étrusques, qui se dresse fièrement, comme Assise et Pérouse, sur le versant occidental des Apennins. Le serviteur de Dieu y reçut plusieurs novices, entre autres Elie d'Assise (2), personnage d'un rare mérite dont il sera plus d’une fois question dans la suite, et le bienheureux Gui Vagnotelli de Cortone, jeune homme de qualité qui tint à honneur de donner l'hospitalité au Pénitent d'Assise; et dont François prédit ainsi la vocation : « Mon Frère, dit-il à Sylvestre, ce jeune homme s'enrôlera aujourd'hui même dans notre milice, et il se sanctifiera dans sa patrie. » Ce qui eut lieu. Le Saint leur bâtit, à un mille de la cité, dans une des déchirures du mont Saint-Gilles, au bord d’un torrent qui ne tarit jamais, le pittoresque couvent des Cellé que domine un bois de chénes et de cyprès.