‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 84 sur 260 · LE NOVICIAT DE NOTRE-DAME DES ANGES · texte numérisé non relu

LE NOVICIAT DE NOTRE-DAME DES ANGES

Ce qui frappe dans la vocation du Patriarche d'Assise, c'est la netteté avec laquelle elle se dessine, sans ombre d’hésitation, d’un bout à l’autre de son existence. On sent que devant lui se dresse constamment l’idéal qui lui a été montré dans la matinée du 24 février 1209. Cet idéal, c'est une sorte de chevalerie spirituelle, s’attachant à la poursuite des erreurs et des vices, comme la chevalerie militaire s’attachait au redressement des torts.

Certains publicistes modernes saluent dans le fils de Pierre Bernardone un continuateur d’Arnaud de Brescia et de Pierre Valdo. Rien n'est plus opposé à son caractère. Jamais il n’attaque ni la féodalité, ni la richesse, ni la forme politique des États. Il est un novateur, jamais un tribun, encore moins un révolté. S'il devient un grand réformateur social, c'est par voie de conséquence et pour avoir tout d'abord accompli la réforme essentielle, celle des mœurs. Combattre les passions qui troublent la paix des familles et amènent la chute des empires, et rétablir partout le règne de Dieu, voilà, il ne le dissimule pas, le but de sa noble ambition. Et

c'est ici, précisément, que se révèlent l'originalité et la puissance de son génie. Jusque-là, les fondateurs d’Ordres, de saint Basile à saint Bruno, avaient enlevé leurs phalanges au monde pour les entraîner à leur suite au désert. Le fils de Pierre Bernardone, au contraire, arrache les siennes à la solitude et les lance à travers le monde, avec la croix pour armure et la parole pour glaive, à la conquête des âmes, comme saint Bernard avait lancé ses Moines chevaliers à la conquête des saints Lieux. En un mot, il crée le Moine apôtre, et c'est même sous ce titre que l’archidiacre de Cantorbéry désignera le Fr. Salomon, lorsque celui-ci se présentera à lordination (1224 ou 1225) : Accedat Frater Salomon, de Ordine apostolorum (1).

Le moine apôtre s’appellera bientôt légion ; et dès lors il faut que cette milice ait sa discipline spéciale, son organisation et son esprit propre. C'est ainsi que le comprenait le vénéré fondateur ; et de là le soin extrême qu'il apportait au choix et à la formation de ceux qui aspiraient à l'honneur de devenir ses disciples. Plus les vocations se multipliaient, plus il se montrait sévère : il avait peur que l'ivraie ne se mélât au bon grain et que la ferveur n'allât diminuant avec le nombre.

Il commençait par exiger de ceux qui se présentaient, comme il l'avait fait pour Bernard de Quintavalle, qu'ils vendissent leurs biens pour

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