TH. ECCLESTON, coll
en distribuer le prix aux pauvres. C'était une condition essentielle, et il renvoya, nous disent ses historiens (1), un postulsnt de ka Marche d'Ancône qui avait légué ses biens à sa famille, au lieu de suivre le conseil de l'Évangile.
Ce fondement posé, il soumettaït les postulants à diverses épreuves ou les employait à divers exercices de charité, dont le plus excellent, et aussi le plus pénible, à coup sûr, était le son de ces pauvres képreux pour lesquels il se sentait de plus en plus un surnaturel attrait. C'était là la pierre de touche à laquelle il reconnaissait les solides vocations. Il renvoyait ceux qui ne pouvaient s’y résoudre. Il félicitait, au contraire, ceux qui en avaient le courage, les embrassait avec effusion, les acceptaït pour ses disciples et leur disait avec un charmant sourire : « Soignons et chérissons les lépreux ; ce sont nos frères par excellence. »
Soigner les lépreux ! C’est dire que pour s’'enrôler dans cette milice, il fallait une force d'âme plus qu'ordinaire et, pour y persévérer, un grand souffle de foi. Et cette pure flamme du dévouement que la nature ne porte qu’en tremblant, quand elle ne regimbe pas, comment l’entretenir dans les esprits? Comment au besoin la raviver ? Par la prière et le souvenir d’un Dieu immolé pour nous, répondait mvariablement le Législateur des Pénitents d'Assise; car, « sans l'oraison, on nesauraït faire aucun progrès dans
1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. IIl, c. xxvi; et BoNAV., ©. VII.
la vertu mt persévérer longtemps dans les devoirs de son état (1). »
Le travail et les différentes occupations de la journée étaient soumis, aussi bien que le soin des lépreux, à une sage discipline et coordonnés à la fin supérieure que se propose toute fondation apostolique. Chaque branche avait sa sphère d'action nettement délimitée. Aux clercs, l'étude des sciences sacrées ; aux laïques, les emplois matériels. Tel est le plan tracé par saint François dans sa Règle, et les chroniques contemporaines nous fournissent la preuve qu'il l'exécuta dès les commencements.
IF voulaït que chacun restât dans sa vocation. B réprimait les esprits inquiets et turbulents, et avait horreur des déclassés.
Un jour, un jeune Frère lai vint lui demander un psautier. Pour toute réplique, le Bienheureux prit des cendres, lui en frotta la tête et le congédia. La réponse était topique (2). Elle réclamait pourtant un mot d'explication. C'est ce que fit le saint fondateur, probablement dans la conférence du soir. « Que sert de cultiver les lettres ou les sciences, dit-il à ses Frères, si vous ne les pénétrez de arôme de la vertu ou qu'elles soient étrangères à vos fonctions ? Etudier sans but, sans autre règle que les caprices d’une imagination désordonnée, est une folie! Apphiquez-vous donc à devenir des saïnts ; car là est