Tres socii, Append., €. XLVI
la vraie sagesse et le but même de la profession religieuse (1). »
Saint François détestait plus encore l'oisivité que la curiosité. Il l’appelait la mère de tous les vices, et quoiqu'il fût enclin par nature à la douceur, il se montrait impitoyable pour les paresseux. On cite, à ce propos, une anecdote dont la tradition nous garantit suffisamment l'authenticité.
Parmi les novices, il s'en trouvait un qui mangeait bien, buvait bien et dormait à son aise, mais priait ‘peu et travaillait moins encore. Le Saint qui était un observateur et avait l’œil fin, le fit venir et lui dit : « Va-t’en, frère mouche (frère mouche était le nom qu'il donnait aux êtres inutiles)! Il y a assez longtemps que tu vis à la manière des frelons, qui ne font pas de miel et dévorent celui des abeilles ! » Et sans lui chercher d’autres crimes, il le chassa du couvent (2).
Il exigeait donc le travail, mais un travail dirigé avec intelligence, utile au prochain et relevé par cet esprit de foi qui déifieles actions les plus vulgaires.
A près des épreuves plus ou moins multipliées, il s’attachait à développer dans le cœur de ses disciples l'amour de leur vocation, selon les circonstances, en dehors de toute règle conventionnelle, et toujours avec à-propos. Conférences ascétiques, causeries intimes, réflexions
1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. cxxIv. 2. Tres socii, Append., c. xv.
piquantes, tout tendait au même but (1). Nous suivrons la même méthode, rapportant quelques-unes de ces sentences qu'un Bossuet ou un Pascal n'auraient pas désavouées, et les entremélant d'anecdotes qui traduisent d’une manière plus vivante la doctrine du Saint.
En tête des obligations monastiques, le saint fondateur posait les vertus fondamentales, celles sans lesquelles il ne saurait y avoir de vie sérieusement chrétienne, la foi et l’humilité : cette foi vive qui, le regard fixé sur le terme suprême de l’activité humaine, estime que tout ce qui n'est pas pour l'éternité n'est rien; cette fermeté de convictions que rien n'ébranle, pas plus les applaudissements que les railleries, parce qu'elle se dit tout bas : « Je vaux ce que je vaux devant Dieu, et rien de plus (2); » cette humilité sincère qui cherche la dernière place au banquet de la vie, parce qu'elle sait « qu’obéir est un gain pour l'âme, et commander, toujours un péril (3) ».
Le sage Législateur voulait que cet esprit d’'humilité s’étendit à sa Congrégation tout entière et qu'étant la dernière née, elle s'estimât la plus petite et occupât le dernier rang. De là aussi la dénomination caractéristique qu'il lui imposa. Entendant un jour lire ces paroles de la Règle : Et sint minores : « Je veux, dit-il, que
1. Voir les Œuvres de saint François d'Assise. 2. BONAV., c. vi.