Philippus
y. Alius bonus vir. 7. Alius bonus vir.
8. g. 10. II. Alii quatuor viri 8, 9. 10. 11. Quatuor viri honesti. boni et idonei.
Comme on le voit, saint Bonaventure laisse de côté le premier frère inconnu, qui n'a d'ailleurs pas laissé de traces dans l'histoire de l'Ordre ; sauf sur ce point, sa liste concorde avec celle de son prédécesseur. Au siècle suivant, on établira des listes très différentes. Tout d'abord François, déclaré conforrne en tout à Jésus, ne sera plus considéré comme un simple disciple du Msdtre, mais comme un autre Christ. Il aura donc, non plus onze compagnons, mais douze. Les Actus débutent par cette affirmation. Aux environs de 1369, la Chronique des XXIV Généraux ne connaît, il est vrai, que onze disciples : Bernardus, Petrus Cathanii, Mgidius, Sabbatinus, Moricus, Johannes de Capella, Philippus Longus, Johannes de sancto Constantio, Barbarus, Bernardus Vigilantis de Vida, Angélus Tancredi de Reate {Analecta fr., III, pp. 3 et 4) ; mais, à la fin du siècle, Barthélémy de Pise ajoutera Sylvester {Analecta fr., TV, 177) et constituera la liste traditionnelle.
(2) Je dis 1209, et non 12 10 comme qn l'écrit ordinairement. Ce qui frappe le plus, dans le récit de Thomas de Celano, c'est la rapidité avec laquelle les onze se groupent autour de François. A peine Bernard s'est-il dépouillé de ses biens que le troisième disciple accourt {statim), et Gilles suit de près (post non multum temporis). Tout au plus, après l'arrivée de Philippe, il semble qu'il y ait eu vin léger temps d'arrêt dans le développement de la petite troupe, d'oti l'allocution de François à ses fils : Gaudete in Domino, nec, quia pauci videmini, efjUciamini tristes. Le septième arrivé, les frères partent en mission,
l'action conquérante 153
Tout d'abord devaient venir les textes que Jésus- Christ même, en son Évangile, avait mis sous les yeux de Bernard :
La règle et la vie de ces frères est celle-ci : vivre en obéissanc*?, en chasteté, sans propres, et suivre la doctrine et les traces de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a dit : Si vous voulez être parfaits, allez et vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel. Et encore : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive (i).
Quand les frères vont par le monde, qu'ils ne portent rien en route, ni sac, ni besace, ni pain, ni argent, ni bâton. En quelque maison qu'ils entrent, qu'ils disent d'abord : Paix à cette maison! Et pendant leur séjour dans cette maison, qu'ils mangent et boivent de ce qu'on leur présente. Qu'ils ne résistent pas aux méchants, mais si on les frappe à une joue, qu'ils tendent l'autre; si on leur enlève vêtement et tunique, qu'ils ne s'y opposent pas. Qu'ils donnent à tous ceux qui demandent. Si on leur enlève ce qui est à eux, qu'ils ne réclament point (2) .
Conformément à ces conseils du Sauveur, les frères devaient d'abord donner aux pauvres tout ce qu'Us pouvaient avoir, puis se contenter d'une tunique avec une corde et des braies (3).
mais François ne tarde pas à demander à Dieu leur retour [modico tempore iam elapso... or aboi Dominum... ut eos congr égare in brevi misericorder dignaretur) et ils reviennent de suite {sicque factum est in modico). Aussitôt (statim), les quatre derniers frères se joignent à eux. Et c'est en raison de la rapidité avec laquelle se succèdent les vocations, que François écrit sa Règle : Videns beatus Franciscus quoi dominus Deus quoiidie augeret numerutn in idipsum, scribit... Le prêtre Sylvestre, dont la générosité de Bernard a touché le cœur, se convertit sans différer [compunctus sacerdos in visu damnosam exctitit moram); cependant, il ne semble pas avoir été l'im des onze premiers frères. Thomas de Celano, qui suit l'ordre chronologique des événements, place d' ailleurs le passage de l'empereur Othon IV en Ombrie (Z Cet., 43) après le voyage des frères à Rome {I Cet., 32-33). Or, Othon a été couronné à Rome le 4 octobre 1209. Si les historiens ont reculé jusqu'à l'été de 1210 la présentation de la Règle au pape, c'est qu'ils ont cru devoir tenir compte du chapitre X de la Légende des Trois Compagnons, qui nous montre deux des premiers frères en mission à Florence par un froid très vif. Ils en ont conclu qu'un hiver se place entre le 24 février 1209 et le voyage de François et de ses compagnons à Rcme. Décevante tentative ! on ne peut concilier Thomas de Celano et la Légende des Trois Compagnons, il faut choisir, (i) Régula I, cap. I.
(2) Régula I, cap. XIV.
(3) Testament de saint François, dans les Opuscula, p. 7g.
D'autres textes évangéliques étaient accompagnés d'un commentaire :
Le Seigneur fait cette prescription dans l'Évangile : Attention, gardez-vous de toute malice et de toute avance, défiez-vous de toutes les sollicitudes de ce siècle et des préoccupations de cette vie (i). Ainsi, qu'aucun frère, en quelque lieu qu'il soit de séjour ou de passage, qu'aucun en aucune façon ne reçoive ou ne fasse toucher argent ou denrées... ni comme salaire d'un travail, ni en quelque occasion que ce soit... Nous ne devons pas estimer et apprécier argent et deniers plus que des cailloux. Et le diable veut aveugler ceux qui désirent et apprécient l'argent plus que des pierres. Prenons donc garde, nous qui avons tout laissé, à ne pas perdre pour si peu le royaume des cieux (2.)
Et quand c'est nécessaire, que les frères aillent demander l'aumône. Et qu'ils n'en rougissent pas et qu'ils songent plutôt que Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant et tout-puissant,... a vécu d'aumônes, lui, la bienheureuse Vierge et ses disciples. Et si les hommes humilient les frères et ne veulent pas leur donner l'aumône, que ceux-ci en remercient Dieu : pour cette honte ils recevront de grands honneurs au tribunal de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Et qu'ils sachent que cette humiliation est imputable, non à ceux qui la souffrent, mais à ceux qui l'occasionnent. L'aumône est un héritage et un droit dû aux pauvres, à nous acquis par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les frères qui l'acquièrent par leur travail auront une grande récompense. Ils procurent des avantages et des bénéfices à ceux qui la font : car tout ce que les hommes laissent au monde périra ; mais la charité et l'aumône seront récompensées par le Seigneur (3).
Ce travail des frères, auquel François vient de faire allusion, était l'objet de prescriptions spéciales :
Que nul des frères, en quelque lieu qu'il se trouve chez autrui pour servir ou pour travailler, ne soit jamais chambellan, ni cellérier, ni intendant dans la maison où il sert ; qu'il n'accepte pas d'emploi capable de causer de l'étonnement ou d'apporter
(i) Luc, XII, 15, et XXI, 34.
(2) Régula I, cap. VIII. La présence de ce texte dans la Règle primitive est attestée par Angelo Clareno : In régula, quant sibi papa Innocentius concessit et approbavit,... ita erat scriptum : Dominus prœcepit in evangelio... (Expositio fr. Angéli Clareni, citée dans Opuscula, p. 161, note i).
(3) Régula I, cap. IX. Notre témoin est ici Hugues de Digne : Hoc ipse diffusius in originali régula sic ponebai : Cum necesse fuerit, vadani fratres pro eleemosyna... Expositio fr. Hugonis de Digna, citée dans Opuscula, p. i5i, note i.
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du préjudice à son âme ; mais qu'il se fasse petit et se soumette à tous ceux qui sont dans la même maison. Et que les frères qui savent travailler travaillent et exercent leur ancien métier s'il n'est pas contraire au salut de leur âme et s'ils peuvent convenablement le faire... Et que chacun reste dans l'emploi et le métier auquel il était attaché. Et que les frères puissent pour leur travail recevoir les choses "nécessaires, excepté de l'argent. Et si cela s'impose, qu'ils aillent demander l'aumône comme les autres. Et qu'ils puissent avoir les instruments et les outils nécessaires à leurs travaux (i).
D'autres textes réglementaient le jeûne, qui devait être observé le jeudi et le samedi (2). Sans doute enfin remonte à 1209 le chapitre sur les discours et exhortations que peuvent faire les frères :
Et tous mes frères, quand il leur plaira, peuvent faire ce discours et cette exhortation ou une analogue devant n'importe quel auditoire, avec la bénédiction de Dieu : Craignez et honorez, louez et bénissez, remerciez et adorez le Seigneur tout-puissant, dans la Trinité et l'Unité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Créateur universel. Faites pénitence, faites de dignes fruits de pénitence, parce que vous savez que vous mourrez bientôt. Donnez et il vous sera donné, pardonnez et il vous sera pardonné. Confessez tous vos péchés. Bienheureux ceux qui meurent dans l'exercice de la pénitence, car ils iront dans le royaume des cieux. Malheur à ceux qui ne meurent pas dans la pénitence, car ils seront les fils du diable dont ils font les œuvres, ils iront au feu étemel. Veillez et éloignez- vous de tout mal et persévérez jusqu'à la fin dans le bien (3) .
Sa Règle rédigée, François résolut d'aller, sans plus tarder, la présenter au Pape. Il ne put s'ouvrir de son dessein à l'évêque d'Assise, qui était alors à Rome; mais il ne songea point à, attendre le retour du prélat. Dieu même ne venait-il pas de lui donner un signe, en portant les frères à ce nombre de douze, qui est à la fois le nombre apostolique, le nombre de la prophétie et le nombre de la Jérusalem céleste (4)?
(i) Régula /, cap. VII. Nous retrouverons plus loia l'allusion que fait à ce texte I Cel., 38.
(2) Chronica fratris Jordanis a Jano, num. ri.
(3) Régula I, cap. XXI.
(4) Le silence de François à l'égard de l'évêque absent étoime M. Paul Sabatier, qui y voit l'indice que « Guide commençait à se repentir des
Il partit donc. Au cours du voyage, un songe vint lui montrer que le Seigneur raccompagnait dans sa démarche. Il rêva qu'il suivait une route au bord de laquelle s'élevait un arbre d'une grandeur remarquable, d'une belle venue, très gros et très élevé. Il s'approcha et s'arrêta à son ombre, admirant sa grandeur et sa beauté. Soudain, il se sentit devenir si grand lui-même qu'il atteignait la cime de l'arbre. Il la saisit et, d'une seule main, l'inclina sans peine jusqu'à terre (i). Ainsi le seigneur Innocent, arbre sublime et dominant le monde, s'inclinerait bénévolement à sa prière.
Arrivés à Rome, les pèlerins se logèrent à l'hôpital Saint-Antoine, au milieu des malades ; puis ils coururent au Latran, pénétrèrent dans le palais et parvinrent jusqu'au Pape ; mais celui-ci, rebuté par leur aspect misérable, les fit jeter dehors sans les entendre (2). Ils allèrent alors trouver l'évêque d'Assise, « qui se montra d'abord
encouragements qu'il avait donnés jadis au fils de Bemardone {Vie de saint François d'Assise, p. 91 et p. 92, note i). » L'hypothèse a contre elle tous les témoignages anciens, depuis celui de Thomas de Celano jusqu'à ceux de la Légende des Trois Compagnons et du Spéculum Perfeciionis, pourtant chers à M. Paul Sabatier : Guido, qui sanctum Frandscum et omnes fratres in omnibus honorabat, et speciali venerabatur dilectione, écrit frère Thomas (I Cel., 32). Episcopus vero civitatis Assisii, ad quem pro consilio fréquenter ibat vir Dei (Légende des Trois Compagnons, cap. IX). Ab initia mece conversionis posuit Dominus in are episcopi Assisii verbum suum ut mihi consuleret et bene confortaret in servitio Christi (Spéculum Perfeciionis, cap. 10). M. Paul Sabatier allègue, il est vrai, deux documents pontificaux qui, dit-il, « viennent jeter un triste joiu: sur le caractère de Guido ». Dans un chapitre des décrétales d'Honorius III est racontée ime plainte portée devant la curie contre l'évêque d'Assise, accusé par les Crucigères de l'hôpital San Salvatore délie Pareti d'avoir maltraité deux d'entre eux et d'avoir volé une partie du vin du couvent. L'autre document nous montre Guido en lutte avec les Bénédictins du mont Subasio. M. Paul Sabatier ne nous dit pas comment la première affaire s'est terminée, de sorte qu'il est impossible d'en conclure quoi que ce soit contre l'évêque d'Assise. Dans le second conflit, la curie a donné tort à celui-ci ; c'est-à-dire qu'aux yeux des canonistes romains Guido, dans am cas déterminé, s'est mépris sur l'étendue de ses droits. Il est un peu excessif d'en tirer argument contre le caractère du prélat, et, plus encore, contre la sincérité de l'appui qu'il a donné à François.
(1) / Cel., 33.
(2) Addition faite par Jérôme d'Ascoli à la Leg. maior de saint Bonaventure. Edit. cit., p. 28, note i. L'hôpital Saint-Antoine, aujourd'hui transformé en école, se voit encore devant Sainte-Marie-Majeure, en façade sur la Via Carlo Alberto.
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fort ému en les voyant, car il ignorait le but de leur voyage et craignait qu'ils ne voulussent abandonner leur patrie où Dieu, par eux, ses serviteurs, avait opéré déjà tant de merveilles... Mais quand ils se furent expliqués et lui eurent fait connaître leur dessein, il se réjouit dans le Seigneur et leur promit ses conseils et son appui (i) ».
De fait, il les présenta au cardinal Jean de Saint-Paul, qui les reçut avec bienveillance et charité et loua fort leur résolution : « Mais en homme prudent et discret, il posa de multiples questions à François et lui conseilla d'embrasser la vie monastique ou érémitique. François repoussa humblement et de son mieux ces suggestions, non pas qu'il méprisât les formes de vie qu'on lui proposait, mais parce qu'un autre, idéal l'attirait davantage. Le cardinal admirait cette ferveur, mais, dans la crainte que François ne se décourageât dans cette sublime entreprise, il lui montrait une route plus praticable. Enfin, vaincu par sa constance et ses prières, il l'approuva et se fit, dans la suite, son avocat auprès du pape (2) ».
Celui-ci ne devait pas voir, en effet, sans appréhension se répéter l'aventure de Pierre Valdez. A cette heure encore il devait entretenir, pour défendre les Pauvres Catholiques contre les défiances des évêques ou les mettre en garde contre leurs propres témérités, une correspondance qui ne devait finir qu'avec la disparition de cet Ordre suspect. Quand le cardinal Jean de Saint-Paul lui parla des nouveaux prédicateurs de la pauvreté, il dut se montrer singulièrement perplexe. L'écho de ses hésitations nous est d'ailleurs parvenu. D'après Thomas de Celano, Innocent III dit en effet à François : « Prie le Christ, mon fiJs, afin qu'il nous manifeste par toi sa volonté; quand nous la connaîtrons nous acquiescerons avec plus de sécurité à tes pieux désirs. »
« Le saint, ajoute aussitôt frère Thomas, obéit à la demande du pasteur suprême et recourut au Christ avec confiance. Il pria avec instance et exhorta ses compai-nons à supplier Dieu dévotement... Or, pendant qu'il
-) I Cel., 32.
-{) / Cel., 33.
priait, il reçut une réponse... Le Christ, en effet, lui parla familièrement ainsi sous forme de parabole :
« François, lui dit-il, voici ce que tu diras au Pape : « Il y avait une fois une femme. pauvre mais belle qui « demeurait dans un désert. Un roi , l'aima pour son « incomparable beauté. Avec joie il l'épousa et en eut « de très généreux fils. Quand ils furent déjà grands, « et bien élevés, leur mère leur parla en ces termes : « Ne rougissez pas, mes bien-aùnés, de votre pauvreté, « car vous êtes tous les fils de ce grand Roi. Allez avec « joie à sa cour et demandez-lui ce qui vous sera néces- « saire. »
« En entendant ces paroles, ils furent remplis d'étonnement et d'allégresse. Ravis de se savoir de sang royal et futurs héritiers du trône, ils estimèrent leur dénuement à l'égal de la richesse. Ils se présentèrent avec assurance devant le roi et ne tremblèrent pas devant le visage dont ils reproduisaient les traits.
« Le roi, reconnaissant en eux sa propre image, demanda, rempli d'étonnement, de qui ils étaient les fils. Et quand ils eurent af&rmé qu'ils étaient les enfants de cette pauvre fenrnie habitant au désert, le roi les embrassa en disant : « Vous êtes mes fils et mes héritiers, « ne craignez rien; car, si des étrangers sont nourris « de ma table, il est trop juste que je fasse vivre ceux « à qui revient, de droit, tout mon héritage. » Et aussitôt le roi fit dire à cette fenrnie d'envoyer à la cour, pour qu'il pourvût à leurs besoins, tous les fils qu'eUe avait eus de lui. »
« Cette parabole rempHt le saint de joie et d'allégresse. Sur-le-champ il apporta au Pape l'oracle sacré. Cette femme, c'est François qui enfanta, dans l'austérité, de nombreux fils. Le désert, c'est le monde, inculte alors et stérile en saints enseignements. La belle et nombreuse race de fils, c'est la multitude des frères ornés de toutes les vertus. Le roi enfin, c'est le Fils de Dieu, dont ils reproduisent les traits en imitant sa sainte pauvreté. Ils reçoivent leur nourriture de la table du roi sans rougir de leur humilité et, heureux d'imiter le Christ, ils vivent d'aumônes, sachant bien que, par les mépris du monde, ils achètent leur future béatitude.
« I-e Pape admira la parabole et reconnut qu'évi-
l'action conquérante 159
demment c'était le Christ qui parlait dans cet homme. Il se rappela xme vision qu'il avait eue quelques jours auparavant, et il affirma, sous l'inspiration du Saint- Esprit, qu'elle se réaliserait pour le bienheureux. Il avait vu la basihque de Latran toute branlante, qu'un religieux petit et d'humble mine supportait sur ses épaules pour l'empêcher de s'écrouler. « Vraiment, dit-il, « voici bien l'homme qui, par ses œuvres et sa doctrine, « soutiendra l'Église du Christ (i). » Alors, après beaucoup d'avis et d'exhortations, — la pensée de Pierre Valdez ne le quittait tout de même pas, — il fit de François un diacre, afin que nul ne lui. contestât le droit de prêcher, et conféra la tonsure aux autres pénitents (2). Enfin il bénit les douze agenouillés à ses pieds et les congédia par ces mots pleins de promesses : « Que le « Seigneur vous accompagne, mes frères, et, selon qu'il « daignera vous inspirer, prêchez à tous la pénitence. « Puis, quand le Tout-Puissant vous aura fait croître « en nombre et en grâce, revenez avec allégresse m'en « informer; je vous accorderai de plus nombreuses face veurs et vous confierai de plus importantes mis- « sions (3). »
(i) // Cel., 16-17. Dans la Vie de saint Dominique, écrite par Constantin d'Orvieto entre 1242 et 1246, c'est-à-dire antérieurement à l'achèvement de la Leg. II de Thomas de Celano, on rencontre iine vision identique attribuée à Honorius III, lequel reconnaît en Dominique l'inconnu qui soutient le Latran. S' inspirant de Constantin d'Orvieto, fra Angelico a représenté, sur la predella du tableau du Louvre, Dominique soutenant la basilique branlante. Il a repris ce sujet dans la predella de l'autel de l'église Saint-Dominique, à Cortone, Sur le même compartiment figurent, à droite Dominique soutenant le Latran, à gauche la rencontre de Dominique et de François.
(2) I Cel., 86 ; S. Bonav., Leg. maior., cap. III, 10.
(3) I Cel., 33. Je m'en voudrais de ne pas citer ici les lignes si justes de M. Paul Sabatier : « Les entrevues de François d'Assise et d'Innocent III, telles que les a exprimées Giotto, resteront à tout jamais comme le sjmibole vivant de la façon dont l'autorité ecclésiastique au temps du grand pontife avait compris sa mission. La voix qui s'était élevée dans une bovirgade de l'Ombrie a beau être humble, faible, sans prestige, manquer de toute science théologique : on ne la brise pas, on ne lui répond ni par des sourires de pitié, ni par des mesures violentes. On l'écoute, on hésite, on l'attend, on l'éprouve. » (P. Sabatier, l'Originalité de saint François d'Assise, dans le Rinnovamento, II, 1908, pp. 425 et suiv.). Le consciencieux écrivain avait porté, dans sa Vie de saint François d'Assise, chap. vi, un jugement bien différent sur Tac-
l60 SAINT FRANÇOIS D'aSSISE
Tout heure u-c de cette approbation, François et ses compagnons allèrent visiter l'église Saint-Pierre et y firent leurs dévotions... Ils sortirent enfin de la ville et se dirigèrent vers la vallée de Spolète (i). Quelques jours plus tard, à la fin de mai, le Pape lui-même allait quitter Rome pour se rendre à Viterbe (2).
« En chemin, les frères s'entretenaient des bienfaits si précieux reçus du Dieu très clément, et de la réception si gracieuse, que leur avait faite le vicaire du Christ, seigneur et père de l'universelle chrétienté. Comment pourraient-ils suivre ses avis et exécuter ses ordres? Quelles étaient les mesures à prendre pour assurer l'observance stricte de la Règle qu'ils avaient reçue, et pour la conserver dans son intégrité? Comment marcher devant le Très-Haut en toute sainteté et dévotion? Comment s'y prendre pour que leur vie et leurs mœurs, par l'accroissement des vertus, puissent servir d'exemple au prochain? Or, tandis que dans cette école d'humiÛté les nouveaux disciples du Christ discutaient ainsi, le soleil tournait et les heures s'écoulaient. Ils étaient arrivés en un lieu désert, harassés par la marche et mourant de faim ; impossible de se procurer des aliments, car on était loin de toute habitation. Tout à coup, voici que, par l'intervention divine, un homme se présente portant un pain. Il le leur donne et disparaît. Comme ils ne le connaissaient point, ils s'étonnèrent en leurs cœurs et s'exhortèrent dévotement à se confier avec plus d'abandon à la miséricorde divine. Ils prirent cette nourriture, puis, bien réconfortés, ils continuèrent leur route et arrivèrent dans un Ueu voisin de la ville d'Orte, où ils séjournèrent une quinzaine de jours (3).
cueil fait à François par Innocent III. J'ai grand plaisir à me trouver d'accord avec lui.
(i) / CeL, 34.
(2) A. PoTTHAST, Regesta pontif. Rom., ^yzy.
(3) M. Paul Sabatier a cru pouvoir placer le séjour des douze à Otricoli, qui se trouve en effet sur la grande route de Rome à Spolête. Mais il reconnaît qu'il y a une heure et demie de marche d'Otricoli à Orte {Vie de saint François d'Assise, p. 119, note 2). C'est beaucoup. François et ses compagnons durent s'arrêter près d'Orte même, là où s'élève la petite église de Saint-Laurent. Les premières générations de l'Ordre des Mineurs témoignèrent un grand attachement à cet endroit, et de bonne heure y fut bâti im couvent, oîi mourut en 1260 le bienheureux
l'action conquérante i6i
Quelques-uns d'entre eux allaient à la ville chercher les choses nécessaires à la vie et, le peu qu'ils recueillaient aux portes, ils l'apportaient aux autres frères et le mangeaient avec eux, le cœur plein d'allégresse, en rendant grâces à Dieu. S'il y avait des restes et qu'ils n'aient pu les donner à un pauvre, ils les cachaient, pour s'en nourrir plus tard, dans un tombeau où l'on mettait autrefois les morts.
« Ce lieu était désert et abandonné ; il n'y venait jamais ou presque jamais personne. C'était pour eux un grand sujet d'allégresse de ne rien voir et de ne rien posséder qui pût flatter leur esprit ou leur chair. Alors ils commencèrent à connaître intimement la sainte Pauvreté. Remplis de consolation au milieu du plus complet dénuement, ils résolurent de continuer partout et toujours l'existence qu'ils menaient là. Dégagés de toute sollicitude terrestre, la consolation divine était leur unique joie; ils s'affermirent dans la volonté de ne jamais s'arracher à ses embrassements, quelles que puissent être leurs tribulations ou leurs tentations. Le charme de ce pays, si bien fait pour énerver la vigueur de l'âme, n'avait pas prise sur eux. Toutefois, dans la crainte qu'un séjour plus prolongé en ce Heu ne leur donnât l'apparence de le posséder, ils s'éloignèrent et entrèrent... dans la vallée de Spolète (i). »
Mais ils pensaient sans cesse aux heures enchanteresses qu'ils venaient de vivre, à cette chère solitude où ils avaient goûté tant de bonheur, et ils en venaient à se demander s'ils devaient vivre parmi les hommes ou se retirer dans de nouveaux déserts. François chercha dans la prière la solution de leurs dif&cultés, et déclara que, loin de vivre chacun pour soi, seul, ils devaient imiter celui qtii, par sa mort, a racheté les hommes. Arrivés au ter^nle du voyage, ils s'arrêtèrent donc près d'Assise même, en un heu appelé Rivo-Torto (3).
Théobald d'Assise {Analecta fr., t. IV, p. 249). Ajoutons que, de nos jours, des fouilles pratiquées près de l'église ont amené la découverte d'anciennes tombes lombardes, ce qui coïncide singulièrement avec ce que va nous apprendre Thomas de Celano (P. Nicola Cavanna, O. F. M., l'Umbria francescana illustrata, Pérouse, 1910, p. 250).
(i) I Cel., 34-35. .
(3) I Cel., 42. L'ancien Rivo-Torto doit être chercbé, non à l'endroit
l62 , SAINT FRANÇOIS D'ASSISE
Il y avait là une masure abandonnée à Tombre de laquelle on pouvait se mettre à l'abri des averses. « On arrive plus vite au Ciel, disait François, en partant d'une masure qu'en partant d'un palais. » Les frères vécurent tous ensemble en cette demeure misérable, assidus au travail et manquant de tout, parfois même de pain. Ils se contentaient des restes qu'ils allaient mendier de porte en porte dans les rues d'Assise. Leur refuge était si étroit qu'à peine pouvait-on s'y asseoir et s'j^" reposer, mais, de peur que l'étroitesse du gîte ne nuisît à la dilatation des cœurs et au recueillement des âmes, François avait écrit sur les poutres les noms des frères, de sorte que chacun pouvait reconnaître sa place pour prier ou dormir. On n'entendait donc ni plainte ni murmure; les cœurs étaient paisibles, et les esprits, pleins de joie, conservaient la patience (i).
C'est à Rivo-Torto que l'Ordre naissant reçut son nom : Un jour qu'on lisait la Règle devant lui, François fut frappé, dans les prescriptions relatives au travail des frères, de ces mots : sint minores (qu'ils soient petits). « Je veux, s'écria-t-il, que cette fraternité s'appelle : Ordre des frères Mineurs ! » Et vraiment, ajoute Thomas de Celano, c'étaient vraiment de petites gens, des mineurs, soumis à tous, cherchant toujours l'occasion de s'abaisser et l'occupation qui leur vaudrait des injures (2).
Quelles vertus, d'ailleurs, ne pratiquaient-ils pas!
La plus ardente charité les embrasait. « Lorsqu'ils se trouvaient réunis, ou qu'ils se rencontraient par hasard en chemin, l'amour spirituel les faisait tressaillir et ils se donnaient de nombreux témoignages de leur véritable
où s'élève actuellement l'église Santa-MaHa-di-Rivotorto, mais à quinze cents mètres environ de la Portioncule, sur la route deFoligno, là où l'on voit, à gauche, les deux petites chapelles de Sainte-Marie-Madeleine et de San-Rufino-d'Arce. Ces chapelles avaient servi d'église à une léproserie. Au temps de saint François, les Crucigères qui tenaient celle-ci l'avaient transférée à San-Salvatore-delle-Pareti, à mi-chemin entre Assise et la Portioncule. de sorte qu'il ne restait plus à Rivo Torto qu'une masure abandonnée.
(i) I CeL, 43-44-
(2) / Cel., 38. Pour une raison analogue, les chefs de l'Ordre s'appelleront plus tard Ministres, c'est-à-dire Serviteurs, en mémoire des paroles de Jésus {Matth., XX, 26) : Quicumque voluerit inter vos maior fieri, sit vester minister. (S. Bonav., Leg. maior, VÎ, 5.)
l'action conquérante 163
dilection. .C'étaient alors de chastes embrassements, de douces marques de tendresse, de saints baisers, d'affables entretiens, des rires modestes. Leur visage était joyeux, leur regard pur, leurs paroles pleines de charité, leurs répliques empreintes de douceur. En eux, se retrouvaient les mêmes désirs, la même obéissance prompte, la niême activité inlassable. N'ayant que mépris pour les choses d'ici-bas et ne se recherchant pas eux-mêmes, ils reportaient sur la communauté toute leur affection et se dépensaient sans compter pour subvenir également aux besoins de tous les frères. Ils avaient le plus grand désir d'être réunis et se réjouissaient de se retrouver ensemble ; mais la séparation était pénible, le départ amer, l'éloignement très dur.
« Soldats très disciplinés, ils ne mettaient rien audessus des préceptes de la sainte obéissance, et le mot obéissance n'était pas achevé qu'ils se préparaient à exécuter les ordres reçus ; incapables de les discuter, ils se précipitaient tête baissée pour les accomplir, sans aucune objection.
« Sectateurs de la sainte pauvreté, ils ne possédaient rien, et n'avaient aucune crainte de perdre quoi que ce fût, parce qu'ils n'étaient attachés à rien. Ils se contentaient d'une seule tunique, souvent rapiécée à l'endroit et à l'envers. Rien chez eux qui sentît la recherche ; leur aspect vil et misérable montrait qu'ils étaient parfaitement crucifiés au monde. Ils portaient une corde en guise de ceinture, leurs chausses étaient grossières; mais ils formaient le pieux dessein de demeurer dans cet état sans jamais rien posséder de plus (i).
(i) Quel était exaetement le costume de François et de ses disciples? M. Henry Thode fait remarquer que « la robe du saiut, dont la forme a donné lieu à de très vifs débats au moment de la naissance de l'Ordre des Capucins, apparaît sensiblement la même sur tous les anciens por* traits : le plus souvent d'une couleur brune, gris foncé ou noirâtre, elle tombe jusqu'aux pieds, serrée par ime ceinture de corde dont les bouts pendent en avant ; sur les bras, de longues manches de largeur ruoyenne. Le capuchon, s' élevant très haut sur la tête, en pointe, dans le portrait de Subiaco, nous est montré ensmte, le plus souvent, arrêté sur l'arrière de la tête, ou bien encore posé autour du cou, comme une cravate. Les pieds sont toujours nus, sans sandales. » (H. Thode, op. cit., t. I, p. 95.) Le même critique fait d'autres observations importantes : Rodolphe de Tossignano, sans doute d'après des traditions anciennes, décrit ainsi l'habit de François : Tunica beati Frandsci fuit pallentis
« Us vivaient sans inquiétude, crainte ou souci. Jamais d'appréhension pour le lendemain. Lorsque dans leurs voyages, ils se trouvaient en fâcheuse posture, ils ne se préoccupaient même pas d'un gîte pour le soir. Il leur arriva, par les plus grands froids, de ne trouver nulle part ThospitaUté et d'en être réduits à se tapir dans un four, à s'enfoncer dans une grotte ou une caverne pour y passer la nuit.
« La vertu de patience les avait si bien pénétrés qu'ils préféraient vivre aux heux où ils souffraient persécution dans leur corps que là où, leur sainteté étant connue et louée, ils pouvaient compter sur l'assistance et les faveurs du monde. Il leur arriva bien souvent d'être couverts d'opprobres, accablés d'injures, dépouillés, frappés, chargés de chaînes, sans protection aucime; mais ils supportaient si virilement tout cela, qu'ils n'avaient sur les lèvres que des chants de louange et d'action de grâces.
« Presque jamais... ils ne cessaient de louer et prier Dieu. Us s'examinaient continuellement et repassaient dans leur esprit toutes leurs actions, rendant grâces à Dieu pour le bien qu'ils avaient fait, gémissant et pleurant sur leurs négligences et leurs manques de prudence. Us se croyaient abandonnés de Dieu s'ils ne sentaient plus en eux-mêmes la piété accoutumée et l'esprit de dévotion. Dans la crainte que le sommeil ne vint interrompre leur prière, ils avaient toutes sortes d'industries : quelques-ims, pour éviter l'assoupissement, allaient jus-
et cinerei colons, qualem fuisse tunicam inconsutilem Christi quidam affirmant. Fuit guoque cruciformis, cuius longitudo terram non attingebat, îatitudo vevo manicarum ad extremos digitorum articulas perveniebat. Capiiium quoque quadratum detulit, tantce quidem longitudinis quod facietn operiret, qualem habitum déferre consueverunt agrestes homines illius regionis. Le chapitre de Narbonne, en 1260, fixa la coulevir de l'habit au gris cendré, et donna d'autres prescriptions très précises, mais qui ne furent pas universellement suivies. Le capuchon reçut alors cette forme pointue, entourant l'ovale du visage et retombant presque jusqu'à la ceinture par derrière, que l'on retrouve, le plus souvent, dans les mosaïques de Rome, dans les peintures de Cimabue et de Giotto, et plus tard encore. Les Célestins, dont l'Ordre fut approuvé en 1294, ont tenté une nouvelle simplification de l'habit franciscain. Enfin les Capucins, institués en 1525, ont adopté un capuchon pyramidal très pointu, et le portrait de Subiaco semble justifier leur prétention de revenir ainsi au costume primitif (H. Thode, loc. cit., note 3).
l'action conquérante . 165
qu'à se suspendre à l'aide de cordes ; d'autres portaient sur le corps des instruments de pénitence en fer ou en bois.
« Si parfois, ayant en suffisance la nourriture ou la boisson, leur abstinence était moins rigoureuse, ou si, fatigués par une longue route, ils dépassaient un peu les limites du nécessaire, ils s'en punissaient sans pitié par un jeûne de plusieurs jours. Ils réprimaient énergiquement leurs mouvements charnels, au point de se dévêtir par les plus grands froids et de mettre en sang tout leur corps en le déchirant avec des épines. Ils ne mortifiaient pas moÎQs les sens extérieurs : à la fin de l'été de cette année 1209, l'empereur Othon IV, en route pour Rome, passa par là; François demeura dans la masure, située pourtant au bord du chemin, et ne voulut point sortir pour regarder le cortège ; il imposa à ses compagnons la même retenue, sauf à un frère qui devait, avec insistance, rappeler à l'empereur que sa gloire ne serait pas de longue durée.
« Pendant le jour, ceux qui savaient un métier travaillaient de leurs mains. Les autres vivaient dans les léproseries ou autres lieux honnêtes, se faisant avec humilité et dévotion les serviteurs de tous (i). » a Je veux, disait . François, que tous mes frères travaillent, se donnent du mal, et que ceux qui ne connaissent aucun métier en apprennent im, ceci pour être moins à charge aux hommes, et dans la crainte qu'au milieu de l'oisiveté notre cœur et notre langue ne s'égarent dans le mal. » Et lui-même donnait l'exemple du travail (2).
Il travaillait et prêchait. A son retour de Rome, il s'était fait entendre tout d'abord à i'éghse Saint- Georges (3) ; mais bientôt ceUe-ci fut trop petite pour contenir la foule des auditeurs, et François dut monter, chaque dimanche, dans la chaire de la cathédrale (4).
(i) I Cel., 38-40, 43-
(2) II Cel., 161. De même, dans le Testam.ent de François : « Je travaillais de mes mains, et je veux travailler encore, et je veux fermement que tous les autres frères se livrent à un travail conforme à l'honnêteté. Que ceu^ qui ne savent pas apprennent, non pour le désir de recevoir un salaire, mais pour le bon exemple et pour chasser l'oisiveté.
(4) S. BoNAV. Leg. maior., IV, 4.
l66 SAINT FRANÇOIS d'ASSISE
« Fort de l'autorité apostolique concédée par le Pape, il agissait maintenant avec plus d'assurance, sans user jamais de flatteries ni de paroles séduisantes. Il ne caressait pas les vices, mais y portait le fer ; il n'entretenait pas les pécheurs dans leur état, mais les cinglait de reproches sévères. Comme il avait coromencé par mettre en pratique les conseils qu'il donnait aux autres, il ne redoutait aucune contradiction et disait si hardiment la vérité que les hommes les plus instruits, couverts de gloire et de dignités, admiraient ses discours et se trouvaient saisis, en sa présence, d'une crainte salutaire... Touchés par le souffle divin, beaucoup d'hommes, nobles ou roturiers, clercs ou laïcs, vinrent se joindre à lui pour se soumettre à sa discipline et combattre perpétuellement sous ses ordres (i).
Ce n'était plus toutefois à Rivo-Torto qu'on le pouvait trouver. Il avait quitté cet endroit à la suite d'un incident que Thomas de Celano nous rapporte comme suit : (( Un jour, un paysan, conduisant son âne-, vint à l'abri où logeait l'homme de Dieu avec ses compagnons. Craignant d'être repoussé, il excitait la bête à entrer et criait : « Pénètre dans ce hangar, c'est im service à « lui rendre 1 » François fut très peiaé en entendant ces mots, car il deviaait l'intention qu'y mettait l'homme. Celui-ci pensait en effet que les frères voulaient demeurer là, agrandir la construction et ajouter bâtiment à bâtiment. Sur-le-champ François sortit et... se transporta... à la Portioncule », autour de laquelle les frères se bâtirent de modestes cabanes.
Bientôt ce nouveau lieu de séjour fut insuffisant, et le jeune Ordre dut essaimer. Dès lors il fallut convenir de « chapitres » où tous les frères se rencontreraient à date fixe. C'est ainsi que les trois cents premiers frères se trouvèrent réunis un jour dans le diocèse de Gubbio, près du monastère de Saint- Vergoin, dont l'abbé leur servit du pain et de l'eau, des fèves et des légumes, ainsi que du vin pour les malades (2).
Il n'est malheureusement pas possible de préciser la
(i) / Cet., 44.
(2) Legenda de passione sancH Verecundi militis et martiris, éd. Faloci- Pulignani, dans les Miscellanea francescana, 1906, pp. 6 et 7.