LES PAUVRES DAMES
En 1193, alors' que le fils de Pierre le drapier avait environ onze ans, naissait à Assise, dans une demeure seigneuriale proche de Saint-Rufin, une enfant qui reçut de sa mère, la pieuse Ortolana, le nom prédestiaé de Claire (i). L'excellente femme, ancienne pèlerine de la Terre Sainte, du mont Gargan et de Rome, se souvenait, en l'imposant à sa fille, d'une promesse que Dieu lui avait faite quelque temps auparavant. Alors qu'elle priait devant le crucifix, elle avait entendu une voix lui annonçant que d'elle naîtrait xme lumière destinée à illuminer le monde, et elle avait cru cette voix.
(i) Jusqu'à ces dernières années, on ne connaissait guère sainte Claire que par une légende {Legenda sanctea Clarce Virginis, éd. Francesco Pennacchi, Assise, 1910), attribuée tantôt à Thomas de Celano, tantôt à saint Bonaventure, et qui n'est peut-être ni de l'un ni de l'autre. En 1920, le P. Zeffirino Lazzeri, O. M., a eu l'insigne bonne fortune de découvrir dans un manuscrit de la bibliothèque Horace de Landau, à Florence, le texte italien du procès de canonisation (P. Zeffirino Lazzeri, O. F. M., Il processo M canonizzazione di S. Chiara d'Assisi, dans VArch, fr. hist., 1920, pp. 403-507). Les premières constitutions des Pauvres Dames ont fait l'objet de six monographies dont aucune ne doit être négligée. Ce sont, par ordre de publication : le D' Lempp, Die Anfànge des Clarissenordens, dans la Zeitschrift fUr Kirchengeschichie de Brieger, 1892, pp. 186-241 ; le P. Lemmens, O. M., Die Anfànge des Clarissenordens, dans la Rômische Quartalschrift, 1902, pp. 93- 125 ; Ed. Wauer, Entstehung und Ausbreitung des Klarissenordens, Leipzig, 1906 ; le P. Paschal Robinson, O. M., The rule of St. Clare and its observance in the light of early documents, Philadelphie, 1912 ; le P. René de Nantes, O. M. Cap., les Origines de VOrdre de sainte Claire, Paris et Couvin, s. m. (1912) ; le P. Livier Oliger, O. M., De origine regularum Ordinis s. Clarcs, dansVArchiv. jr. hist., 1912, pp. 181- 209 et 413-447. M. Ernest Gilliat-Smith en a de son côté traité longuement dans sa Saint Clare of Assisi : her Iffe and législation (Londres, Dent, 19 14). On m'excusera de renvoyer aussi sur ce point le lecteur à ma Sainte Claire d^ Assise (Paris, Gabalda, 1916).
La famille d'Ortolana était des plus nobles 4'Assise, et celle de son mari, Favarone, ne le cédait en rien à la sienne. Claire aura pour frère « messer Martino da Cocorano (i) », ce qui l'apparente aux comtes ou seigneurs de Cocorano, château proche de l'abbaye de Saint- Vergoin (2).
L'enfant reçut, semble-t-il, une éducation soignée. Elle ne devint pas une lettrée, nous dit son biographe, mais l'audition d'un sermon de bonne tenue lui était particulièrement agréable. Elle apprit le latin, et le bréviaire dont elle se servait nous est parvenu (3). On lui enseigna de plus les travaux manuels, aiasi qu'en témoigne l'aube blanche qu'elle a filée pour François et que conservent les Clarisses d'Assise. Nous savons d'autre part que, retenue sur sa couche, à Saint-Damien, par une grave maladie, elle se faisait soulever et, appuyée sur des coussins, elle se Hvrait au filage du lin. Elle put ainsi confectionner plus de cinquante corporaux qu'elle
(i) Le procès de canonisation et la légende nous permettent d'établir ainsi l'arbre généalogique de la famille de saiate Claire :
Bernardino
Offreduccio
Rainaldo
Favarone, époux d'ORTOLANA Monaldo