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CHAPITRE PREMIER

LE SECRET DE l'ALVERNE

Les trois Ordres nés à la voix de François avaient reçu, par les soins d'Hugolin, leur organisation. Pleinement confiant dans la direction que l'Église donnerait à sa famille religieuse, le petit pauvre gémissait toutefois de sa propre impuissance. Depuis le jour lointain de sa conversion, « jamais ou presque jamais son corps n'avait connu de repos, parcourant sans cesse des contrées diverses et lointaines pour permettre à l'esprit de promptitude, de dévotion et de ferveur qui habitait en lui, de répandre partout la semence de la parole divine. Il remplissait toute la terre de l'évangile du Christ, visitant dans une même journée cinq ou six bourgades, voire cinq ou six villes, annonçant dans chacune d'elles le royaume de Dieu, édifiant ses auditeurs par ses exemples autant que par sa parole, faisant de son corps une prédication vivante. Il existait une si parfaite harmonie entre sa chair et son esprit, l'une était tellement soumise à l'autre, que si celui-ci s'efforçait d'atteindre la sainteté parfaite, celle-là, loin d'y répugner, tâchait de le devancer... Cette soumission continuelle l'avait rendu docile à la volonté, et l'obçissance quotidienne lui avait permis d'acquérir ime vertu consommée, car l'habitude devient souvent ime seconde nature (i) ». L'harmonie définitivement

(Xj / Cel., 97,

rompue, François s'inquiéta de savoir ce que Dieu voulait désormais de lui, et au début d'août 1224, il résolut de se recueillir et jeûner, depuis l'Assomption jusqu'à la Saint-Michel, sur l'Alveme, une montagne du Casentin que Roland, comte de Chiusi, lui avait concédée onze ans plus tôt (i). Il avait avec lui quelques compagnons, entre autres frère Léon, « pour le défendre contre l'envahissement et l'agitation des hommes et protéger diligemment sa retraite », et, « par la prière et la méditation ininterrompues,... avec tout son zèle et toute la piété de son âme, il cherchait à connaître par quel moyen, quelle démarche, quel désir il pourrait s'attacher parfaitement au Seigneur selon le bon plaisir divin (2) ».

Au bout de quelques jours, il décida de recourir au moyen dont il avait jadis usé pour connaître les desseins du Ciel sur frère Bernard. Il s'approcha de l'autel élevé dans l'ermitage qu'il habitait et, prenant le livre des Évangiles, il l'y posa respectueusement. Puis, se prosternant,... il s'abîma dans la prière, suppliant humblement Dieu de daigner lui manifester sa volonté, le priant de lui iadiquer, par la page où s'ouvrirait le Uvre, ce qu'il pourrait faire de plus opportun. Il se releva, fit le signe de la croix, prit le livre sur l'autel et l'ouvrit avec respect et tremblement. Il tomba sur le passage de la Passion où sont annoncées les tribulations que Notre-Seigneur Jésus-Christ devait subir. Pour qu'on ne pût dire que cette rencontre était due au hasard, il ouvrit une deuxième puis une troisième fois le livre et trouva le même texte ou un texte équivalent (3). Il comprit alors qu'il devait se préparer à souffrir davantage encore, et il s'y prépara en persistant dans le jeûne et l'oraison.

Et voilà que vers la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, qu'on célèbre le 14 septembre, il eut une vision (4). Un homme lui apparut et lui parla, ayant six ailes

(i) Cette date nous est fournie par l'acte de donation que firent établir le 9 juillet 1274, les fils de Roland. Cet acte, conservé dans les archives de Borgo-San-Sepulcro, a été publié dans le Bull, fr., t. IV, p. 156 note h,

(2) / Cel., 91.

{3) / Cel., 92-93-

{4) Circa festum Exaltcdionis sanctœ Crucis, dit saint Bonaventure (Leg. maior, XIII, 3). Dès 1284, on précisa en faveur du jour même de l'Exaltation de la sainte Croix {Anakç^a (r., %^ ÏII, p. 374).

comme iin séraphin, les bras étendus et les pieds joints, attachés à une croix. Deux de ses ailes s'élevaient audessus de sa tête, deux autres se déployaient pour voler, les deux dernières lui voilaient tout le corps (i). A cette vue, François fut rempli d'un extrême étonnement, mais il ne parvenait pas à comprendre ce que lui voulait cette apparition. « Il se réjouissait grandement, dans xme véhémente allégresse, de voir le bienveillant et gracieux regard que posait sur lui ce séraphin d'une beauté indescriptible, mais en même temps il était complètement dérouté par ce crucifiement et cette douloureuse passion. Il se leva donc, triste et joyeux, peut-on dire, car la douleur et le plaisir se succédaient dans son âme. Avec inquiétude, il se demandait ce que pouvait signifier cette vision, et son esprit s'épuisait à en chercher le sens. Son intelligence ne pouvait dissiper cette ; obscurité et son cœur était tout occupé de cette apparition, quand, dans ses mains et ses pieds commencèrent d'apparaître les marques des clous telles qu'il venait de les voir dans l'homme crucifié au-dessus de lui. Ses pieds et ses mains semblaient transpercés en leur centre par des clous dont la tête apparaissait dans la pamne des mains et le dessus des pieds, et ressortait de l'autre côté. Ces blessures étaient rondes à l'intérieur des mains, ovales à l'extérieur, et l'on voyait une excroissance de chair paraissant être la pointe des clous, repliée et rivée, qui dépassait. De même dans les pieds on voyait comme des clous qui ressortaient. Dans le côté droit du saint, qu'on eût dit blessé d'un coup de lance, une plaie s'était formée qui saignait souvent, au point que sa tunique et ses chausses se trouvaient mouillées par ce sang sacré (2).

(i) Isaïe avait déjà vn des séraphins à six ailes : « L'année que mourut le roi Osias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et grandiose, et ses franges remplissant le temple. Près de lui se tenaient debout des séraphins, chacun muni de six ailes, dont deux cachaient le visage, deux les pieds, et les deux autres servaient pour voler. Ils s'appelaient l'im l'autre, disant : « Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées, « toute la terre est pleine de sa gloire {Isaïe, VI, 1-3). » Sur les paroles qu'entendit François, voir aux appendices les pages consacrées au Spéculum Perfectionis.

(2) / Cel., 94-95 ; V. aussi Tractafus de miraculis, 4. Sur la réalité des stigmates de saint François, v. Paul Sabatier, Vie de saint François d* Assise, pp. 401-412 ; le P. René de Nantes, O. M. Cap. les Stig-

De peur que la faveur humaine ne lui fît perdre la grâce qu'il avait reçue, François eût bien voulu cacher ses plaies à tous. Pendant quelques jours, il prit tant de précautions pour les dissimuler que ses famihers ne surent rien de ce qui s'était passé. Mais quand, le lendemain de la Saint-Michel, il lui fallut quitter l'Alveme, ses pieds ne le soutenaient plus, et il dut révéler son secret (i). Encore ne le livrai-t-il pas tout entier, puisque

mates de saint François et la critique moderne, dans Etudes Franciscaines, 1906, pp. 341-362 ; le P. Michel Bihl, O. M., De stigmatibus S. Francisci Assisiensis, dans Archiv. fr. hist., 1910, pp. 393-432.

(i) On conserve au couvent de l'Alveme un parchemin où se lit le récit suivant :

Œ Fax Christi, — Jésus, mon espérance ! — Frère Masseo, pécheur, indigne serviteur de Jésus-Christ, compagnon de frère François d'Assise, homme très agréable à Dieu.

« Paix et salut à tous les frères et fils du grand patriarche François, héraut du Christ Sauveur. Le grand patriarche ayant résolu de quitter pour la dernière fois ce mont sacré, le 30 septembre 1224, jour de la solennité de saint Jérôme, le seigneur Roland, comte de Chiusi, lui envoya une monture, afin qu'il se plaçât dessus, car il ne pouvait plus mettre à terre ses pieds percés de clous. La matinée, après avoir entendu la messe à Sainte-Marie-des-Anges, comme il avait coutume, il nous appela tous dans l'oratoire et nous enjoignit de rester tous en charité, de vaquer à l'oraison, d'avoir un soin diligent de ce lieu et d'y faire l'office jour et nuit. De plus il recommanda tout le mont sacré, exhortant les Frères, tant présents que futurs, à ne jamais permettre que ledit lieu fût profané, mais toujours respecté et vénéré, donnant sa bénédiction à tous ceux qui y habiteront et à ceux qui lui porteront révérence et égards. Pour le contraire il dit : « Qu'ils soient confondus, « ceux qui, à l'égard de ce lieu,, ne seront pas respectueux, et qu'ils « attendent de Dieu le châtiment mérité. » Il me dit : « Frère Masseo» « sache que mon intention est qu'en ce lieu résident des religieux crai- « gnant Dieu et des meilleurs de mon Ordre ; qu'en conséquence les « supérieurs s'efforcent d'y placer des Frères d'entre les meilleurs « Ah ! ah ! ah ! frère Masseo, je n'en dis pas davantage. » Il ordonna et imposa à nous, frère Ange, frère Sylvestre, frère Illuminé, frère Masseo, que nous eussions une sollicitude spéciale du lieu oîi se passa cette grande merveille de l'impression des sacrés stigmates. Cela dit, il ajouta : « Adieu, adieu, adieu, frère Masseo » ; puis, se tournant vers frère Ange, il continua : « Adieu, adieu, adieu, frère Ange » ; et il dit de même à frère Sylvestre et à frère Illuminé. « Restez en paix, fils très « chers. Dieu vous bénisse, frères bien-aimés ! Adieu ! Je m'éloigne « de vous par le corps, mais je vous laisse mon cœur. Moi, je m'en vais « avec frère brebis de Dieu (frère Léon), et je m'en vais à Sainte-Marie- 8 des- Anges, et ici je ne ferai plus retour. Moi, je pars. Adieu tous! û Adieu mont ! Adieu, adieu, mont Alveme l Adieu, mont des Anges ! « Adieu très cher!. Frère faucon, je te remercie de la charité dont tu « as usé envers moi. Adieu, adieu, gros rocher ! Désormais je ne viendrai

jamais il ne consentit de son vivant à rapporter les paroles qu'avait prononcées le séraphin (i). Encore s'efîorça-t-il, jusqu'à sa mort, de dérober les stigmates sacrés aux regards de ses frères. Rarement il se lavait entièrement les mains : il trempait seulement les doigts dans l'eau. Jamais il ne se lavait les pieds en public. Quelqu'un lui demandant un jour sa main à baiser, il n'en découvrit que la moitié et lui tendit le bout des doigts où il y avait juste la place pour poser les lèvres. Quelquefois il donnait sa manche au lieu de sa main. Pour cacher ses pieds, il portait des chaussettes de laine (2). Personne, tant qu'il vécut, ne put voir la blessure de son côté, Élie excepté et encore xme seule fois (3). La vigilance de François fut pourtant parfois en défaut, et quelques frères parvinrent à satisfaire, plus ou moins, leur pieuse curiosité. Rufin toucha par surprise la plaie du côté, un jour où il frictionnait le petit pauvre (4). A Sienne, un frère de Brescia, qui désirait beaucoup voir les stigmates, pria instamment Pacifique de l'y aider. Celui-ci lui dit : « Quand je quitterai le couvent, je demanderai à lui baiser les mains : il me les tendra; je te ferai un clignement d'œil et tu pourras les voir. » Au moment de partir, tous deux s'avancent donc vers François, fléchissent les genoux, et Pacifique

a plus te visiter. Adieu rocher ! Adieu, adieu, adieu, rocher qui m'as « reçu dans tes flancs, le démon restéint berné, désormais nous ne nous «reverrons plus! Adieu, Sainte-Marie-des- Anges ! je vous recom- « mande mes fils que voici, ô Mère du Verbe étemel ! »

« Pendant que notre Père disait ces paroles, nos yeux versaient des ruisseaux de larmes, d'où, lui aussi, il s'en alla en pleurant. Il emportait avec lui nos cœurs, et nous restions, nous autres, orphelins par le départ d'im tel père.

« Moi, frère Méisseo, ai écrit ceci. — Dieu vous bénisse ! »

Ce texte, publié par Amoni dans sonédition des Fioretti (Rome, 1889, pp. 390-392), est-il authentique? La critique interne n'a pas démontré qu'il soit apocryphe, mais on n'en possède pas de manuscrit antérieur au parchemin de l'Alveme, lequel remonte au plus tôt à la fin du seizième siècle, et l'aspect matériel de cette pièce trahit chez le copiste l'intention de tromper et de donner à sa transcription un faux air d'ancienneté. (Montgomery Carmïchael, St. Francis's Farewell to Mount La Verna, dans The Monthly Register, 1902, pp. 16-19).

(i) S. BoNAVENTURE, Lcg. muioT, XIII, 4.

(2) // CeL, 136.

(3) / Cel., 94 ; II CeL, 138,

(4) I Cel., 94; // Cel., 138.

de dire : « Donne-nous ta bénédiction, mère très aimée, et laisse-moi te baiser la main. » François la lui tend à regret. Pacifique la baise et fait signe à son compagnon de la regarder. Il demande l'autre main, la baise et la montre de même. Comme ils s'éloignaient, François soupçonna la fraude qu'ils avaient employée; il rappela sur-le-champ Pacifique et lui dit : « Que Dieu te pardonne, mon frère, car tu viens de me causer une grande peine. » Pacifique, tombant à genoux, lui demanda humblement : « Quelle peine t'ai- je causée, mère chérie? » Mais François ne répondit rien, et l'incident fut clos par le silence (i).

Et, une fois François descendu au tombeau, la spéculation chrétienne s'est mise à approfondir le fait des stigmates. Nul n'en a mieux pénétré le mystère que saint François de Sales, dans son admirable Traité de l'amour de Dieu (liv. VI, ch. 15) :

« J'ai souvent considéré cette merveille, écrit-il, et en ai fait cette pensée. Ce grand serviteur de Dieu,, homme tout séraphique, voyant la vive image de son Sauveur crucifié, effigiée en un Séraphin lumineux qui lui apparut sur le mont Alverne, il s'attendrit plus qu'on ne saurait imaginer, saisi d'une consolation et d'une compassion souveraine; car regardant ce beau miroir d'amour que les Anges ne se peuvent jamais assouvir de regarder, hélas ! il pâmait de douceur et de contentement ! Mais voyant aussi d'autre part la vive représentation des plaies et blessures de son Sauveur crucifié, il sentit en son âme ce glaive impiteux qui transperça la sacrée poitrine de la Vierge Mère au jour de la Passion, avec autant de douleur intérieure que s'il eût été crucifié avec son cher Sauveur. O Dieu, Théotime, si l'image d'Abraham élevant le coup de la mort sur son cher unique pour le sacrifier, image faite par un peintre mortel, eut bien le pouvoir toutefois d'attendrir et faire pleurer le grand saint Grégoire, évêque de Nysse, toutes les fois qu'il la regardait, hé, combien fut extrême l'attendrissement du grand saint François, quand il vit l'image de Notre-Seigneur se sacrifiant soi-même sur la croix! image que non ime main mortelle, mais la main maîtresse

(i) // CeL, 137.

d'un Séraphin céleste avait tirée et èffigiée sur son propre original, représentant si vivement et au naturel le divin Roi des Anges, meurtri, blessé, percé, froissé, crucifié.

« Cette âme donc, ainsi amollie, attendrie et presque toute fondue en cette amoureuse douleur, se trouva par ce moyen extrêmement disposée à recevoir les impressions et marques de l'amour et douleur de son souverain Amant. Car la mémoire était toute détrempée en la souvenance de ce divin amour; l'imagination appliquée fortement à se représenter les blessures et meurtrissures que les yeux regardaient alors si parfaitement bien exprimées en l'image présente ; l'entendement recevait les espèces infiniment vives que l'imagination lui fournissait, et enfin l'amour employait toutes les forces de la volonté pour se complaire et conformer à la Passion du Bien-Aimé : dont l'âme sans doute se trouvait toute transformée en un second crucifix. Or, l'âme, comme forme et maîtresse du corps, usant de son pouvoir sur icelui, imprima les douleurs des plaies dont elle était blessée es endroit correspondant à ceux esquels son Amant les avait endurées. L'amour est admirable pour aiguiser l'imagination, afin qu'elle pénètre jusques à l'extérieur : les brebis de Laban, échauffées d'amour, eurent l'imagination si forte qu'elle porta coup sur les petits agnelets desquels elles étaient prégnes, pour les faire blancs ou tachetés, selon les baguettes qu'elles regardèrent dans les canaux èsquels on les abreuvait; et les femmes grosses, ayant l'imagination affinée par l'amour, impriment ce qu'elles désirent es corps de leurs enfants; une imagination puissante fait blanchir un homme en une nuit, détraque sa santé et toutes ses humeurs.

« L'amour donc fit passer les tourments intérieurs de ce grand amant saint François jusqu'à l'extérieur, et blessa le corps d'un même dard de douleur duquel il avait blessé le cœur. Mais de faire les ouvertures en la chair par dehors, l'amour qui était dedans ne le pouvait pas bonnement faire : c'est pourquoi l'ardent Séraphin, venant au secours, darda des rayons d'une clarté si pénétrante, qu'elle fit réellement les plaies extérieures du Crucifix, en la chair, que l'amour avait imprimées intérieurement en l'âme. Ainsi le Séraphin, voyant Isaïe

n'oser entreprendre de parler, d'autant qu'il sentait ses lèvres souillées, vint au nom de Dieu lui toucher et épurer les lèvres avec un charbon pris sur l'autel, secondant en cette sorte le désir d'icelui. La mirrhe produit sa stacte et première liqueur comme par manière de sueur et de transpiration, mais afin qu'elle jette bien tout son suc il la faut aider par l'incision : de même l'amour divin de saint François parut en toute sa vie comme par manière de sueur, car il ne respirait en toutes ses actions que sa sacrée dilection : mais pour en faire paraître tout à fait l'incomparable abondance, le céleste Séraphin le vint inciser et blesser, et afin que l'on sût que ces plaies étaient plaies de l'amour du Ciel, elles furent faites, non avec le fer, mais avec des rayons de lumière. »

Avec quelle tranquille audace le saint docteur départage, dans la stigmatisation de François, ce qui est l'œuvre de celui-ci et ce qui doit être attribué au Séraphin ! A François la plus large part : à François, dont « l'âme, comme forme et maîtresse du corps, usant de son pouvoir sur icelui, imprima les douleurs des plaies dont elle était blessée es endroits correspondant à ceux èsquels son Amant les avait endurées ». Au Séraphin d'avoir donné secours à l'amour. L'indicible amour de François pour Jésus crucifié, voilà le secret des stigmates, et comment ne pas se remémorer ici les paroles du Christ à la bienheureuse Angèle de Foligno : « François m'a beaucoup aimé, j'ai beaucoup fait en lui ; mais si quelque autre personne m'aimait plus que François, je ferais plus en elle! » Nous sommes bien loin d'un tel amour, et nous n'y aspirons pas même, hélas! Puissions-nous pourtant, puisque l'Église nous le propose, adresser sans mensonge à Marie la strophe ardente du Stabat :

Fac me plagis vulnerari, Fac me cruce inehriari Et cruore Filii!

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