De loco Sanctes Maries, de Angelis
Le premier de ces fragments n'est qu'un nouvel état du récit rapporté au chapitre 68 du Speculum-Sabafier; le cinquième est un remaniement de la Legenda II de Thomas de Celano, 82 ; le sixième a pour source le chapitre xvi de la Règle de 122 1 ; la prophétie rapportée au quatrième porte la marque évidente des- Spirituels; le septième est insignifiant. Quant au troisième, il sert à illustrer le deuxième, sur lequel M. Paul Sabatier attire ' notre attention : « Je n'hésite pas, dit-il, à voir dans ce morceau une des plus précieuses données historiques que nous ayons sur la vie.de saint François. » Mais le consciencieux écrivain ajoute aussitôt : « Je ne veux naturellement parler que de l'ensemble et du fond même du récit, non des détails et du jour sous lequel ces faits nous sont racontés. L'écrivain a forcé le ton, et nous
(i) V. exemple cité par M. Paul Sabatier dans son édition du Specuum Perfectionis, p. clxii, note x.
(2) Analecta franciscana, t. V, p. xli. .
(3) Paul Sabatier, Sancti Francisci Legendœ Veteris fragmenta qucsdam, etc., p. 68.
(4) Ibid., pp. 90-91.
parle de prédictions et de prophéties là où il aurait été plus exact de parler de préoccupations et de pressentiments II en est de même pour la réponse de François au pape ; on y sent l'exagération légendaire (i) »
M Paul Sabatier ne s'exprimerait pas différemment si les prétendus fragments de Legenda Vêtus étaient des Extractiones de Legenda Novissima
En 1922, le P. Ferdinand-M. Delorme, O. F. M., a publié, dans VAYchivum Ftanciscanum Historicum une longue étude sur le manuscrit 1046 de la bibliothèque communale' de Pérouse, où se lit une version différente de la Legenda Antiqua Cette version serait apparentée à d'autres manuscrits. Les Documenta Antiqua Franciscana du P. Lemmens en seraient des fragments, ainsi que les chapitres 147 à 198 d'un manuscrit (ancien Phillipps 12290) acquis par M. A.-G. Little, qui en a édité l'essentiel (2),
Le texte pérugin de la Legenda Antiqua est incomplet; Vincipit nous manque, mais l'examen du manuscrit montre que la Legenda Antiqua y suivait immédiatement la Légende de saint Bonaventure, ce qui permet de penser que le compilateur a eu pour objet, comme son confrère d'Avignon, de compléter l'ouvrage du docteur séraphique.
De l'analyse du P. Ferdinand-M. Delorme, il résulte que tous les chapitres ont leur correspondance dans Thomas de Celano {Legenda II ou Tractatus de miraculis) ou dans le Spéculum Perfectionis. Pour vingt-quatre chapitres ou numéros, le compilateur s'est même borné à transcrire littéralementlaI.«geM<?a 77 (3), ce qui n'empêche pas le P. Ferdinand-M. Delorme de considérer sa Legenda Antiqua pour la source de la Legenda II. Il proclame sans hésitation la supériorité de frère Thomas : « Tantôt II Cel. complète et précise sa source par l'ajouté très opportun d'un nom propre de lieu ou de personne,... tantôt il la corrige et rectifie discrètement... ; le plus souvent, il la résume et l'abrège, n'omettant rien de la substance, mais élaguant les développements et supprimant les longueurs (4). » Et le Rév. Père de conclure : <c II est hautement invraisemblable que son récit, sobre, limé et
(i) Paul Sabatier, Sancti Francisci Légendes Veteris fragmenta quœdam, etc., pp. 90-91.
(2) Dans le vol. V des publications de la British Society of Franciscan Studies, intitulé Collectanea Franciscana, I, edit. A.- G. Little, M.-R. James, H. -M. Bannister, Aberdonise, 1914, pp. 9-1 13 : Description of a franciscan Manuscript formerly in the Phillips Library, now in the possession of A. -G. Little. M. A.-G. Little a reproduit ces textes dans le fascicule xviii des Opuscules de critique historique de M. Paul Sabatier; Paris, 1914-1919.
(3) Archiv. Fr. Hist., 1922, pp. 31-70.
(4) Ibid., p. 329.
littéraire, ait donné naissance à l'autre qui est très délayé, très simple et sans recherche aucune (i). » Nous avons déjà rencontré, sous la plume de M. Paul Sabatier, cette étrange apologie pour la médiocrité : inutile donc de la discuter de nouveau.
§ 3. Les documents diplomatiques.
Il faut ranger dans cette catégorie, comme le propose M. Pau Sabstier, « tous les actes ayant un caractère d'authenticité publique, en particulier ceux qui ont été rédigés par la chancellerie pontificale (2) ». Y doivent donc figurer l'acte de donation de l'Alveme (3) et les Registres du Cardinal Hugolin (4), au même titre que les premières bulles pontificales concernant les frères Mineurs. Celles-ci ont été publiées par le Mineur conventuel Sbaralea dans son Bullarium Franciscanum (Home, 1. 1, pp. 1-27). M. Paul Sabatier s'est efforcé de dresser une liste de celles qui peuvent directement ou indirectement jeter quelque lumière sur la vie de saint François et sa création (5). Cette liste est trop étroite. On ne comprend pas, par exemple, comment l'éminent critique en a pu exclure la bulle Ex parte vestra, du 17 mars 1226, que vise directement François dans son Testament : Prœcipio firmiter per obedientiam fratribus universis, quod, ubicumque sunt, non audeant petere aliquam litteram in curia romana. En réalité, aucune des bulles rapportées par Sbaralea n'est sans importance pour l'historien de saint François.
§ 4. Les Chroniques de l'Ordre des Minetirs.
A) La Chronique de Jourdain de Giano (6). — L'auteur de cette Chronique, né à Giano (Ombrie), fut un des vingt-six frères qui partirent en 1221 pour l'Allemagne. Resté, semble-t-il, dans le pays, il a raconté les débuts et les développements de cette
(i) Archiv. Fr. Hist., 1922, p. 327.
(2) Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise, p. xc,
(3) Bullarium franciscanum, t. IV (Rome, 1768), p. 156, note h.
(4) Registri dei Cardinali Ugolino d'Ostia e Ottaviano degli Ubaldini pubhlicaii a cura di Guido Levi dall'Istituto storico italiano, dans la Collection des Fonti per la storia d'Italia, Rome, 1890, sans oublier l'étude que l'éditeur avait publiée l'année précédente : G. Levi, Documenti ad illustrazione del Registre del Card. Ugolino {Archivio délia Sodeta Romana di storia patria, 1889, pp. 241-326).
(5) Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise, pp. xci-xciv.
(6) La Chronique de Jourdain de Giano a été éditée trois fois de notre temps : d'abord par le D' G. Voigt (Leipzig, 1870), puis par les Franciscains de Quaracchi (dans les Analecta franciscana, t. I, 1885, pp. 1-19) et enfin par H. Bôhmer (Paris, 1908).
province de l'Ordre dans des souvenirs dictés en 1262.M. Johannes Joergensen me paraît avoir trop étendu la portée de la déclaration par laquelle Jourdain, déjà vieux et débile, s'excuse pour les erreurs de date qui peuvent s'être glissées dans ses écrits (i). Si Jourdain prie ses lecteurs de corriger les erreurs de dates qu'il aurait commises, il paraît par contre très sûr des faits mêmes qu'il rapporte. Comment d'ailleurs en eût-il été autrement? Au chapitre de 1221, il interrogeait chacun des frères qui devaient partir, leur demandant leur nom et leur pays afin de pouvoir dire un jour, s'ils venaient à être martyrisés : « J'ai connu celui-là, et celui-ci aussi (2). » Comme l'a dit M. Paul Sabatier, « un homme qui note ainsi dans sa mémoire ce qu'il veut plus tard raconter ou écrire, n'est pas un témoin ordinaire (3) ».
B) Le Livre de l'arrivée des Mineurs en Angleterre (4). — Ce livre, dû à un frère qui ne nous est pas autrement connu, Thomas d'Eccleston, est pour l'Angleterre l'équivalent du précédent ouvrage pour l'Allemagne. Il décrit l'histoire de la province d'Angleterre depuis sa, fondation, en 1224, jusqu'à l'année 1260 environ, et doit être consulté pour tout ce qui touche à frère Élie.
C) La Chronique de Salimhenè (5) . — Le chroniqueur franciscain Salimbene, né le 9 octobre 1221, n'a pu connaître saint François et ne décrit point multa magna qu'il a entendu raconter sur le patriarche d'Assise. Par contre, toute la partie de sa Chronique intitulée Liber de -prcslato est consacrée à frère Élie. Le Liber de prcBlato a été commencé au début de septembre 1283 et achevé peu après.
D) L'Histoire des Sept Tribulations de l'Ordre des Mineurs (6), — Ce livre, écrit par Angelo Clareno vers 1323, est de valeur
(i) J. Joergensen, Saint François d'Assise, p. xciii.
(2) Chronica fratris lordani, 18.
(3) Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise, p. xcvi.
(4) Liber de adventu Minorum in Angliam, publié dans les Monumenta Franciscana de la grande collection des Rerum Britannicarum medii Aevi scriptores, par J.-S. Brewer (1858), puis par H, Howlett (1882). Nouvelle édition par les Franciscaios de Quaracchi, dems les Analecta franciscana, t. I, 1885, pp. 217-256. Édition critique par A.-G. Little, Paris, 1909.
(5) Cronica fratris Salimbene de Adam, Ordinis Minorum, éd. Oswald Holder-Egger (Monumenta Germanice Historica, SS., t. XXXII), Hanovre et Leipzig, 1905-1913.
(6) Éditée en partie par le R. P. Ehrle dans les Archiv fur Litteratur und Kirchengeschichte des Mittelatters, t. II (1886), pp. 125 et suiv.
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inégale. Comme l'a dit le P. René de Nantes : « En général, la partie antérieure à l'année 1250 ne jouit pas partout d'un caractère vraiment historique, et pourrait être dangereuse à consulter pour un lecteur non prévenu. Il n'en est pas de même pour les événements qui suivirent cette date. C'est l'époque des lurtes engagées entre les deux partis. Ange de Clareno y a pris une part très active, il se meut alors dans sa sphère et note les différents incidents qui se produisent dans le cours de ces luttes ; puis il prend tous ces matériaux, les divise, les coordonne, à l'aide de ses souvenirs rarement inexacts, il nous offre le tableau fidèle des efforts poursuivis et des défaites douloureuses du parti de la réforme... On peut et on doit se tenir en garde contre ses idées et sa doctrine, mais on ne saurait suspecter sa bonne foi et la droiture de ses intentions (i). »
E) La Chronique des XXIV Généraux de l'Ordre des Mineurs (2). — Commencée antérieurement à 1369 et achevée au plus tôt en 1374 par un frère Mineur de la province d'Aquitaine, la Chronique des XXIV Généraux ne contient rien sur saint François qui ne provienne de Thomas de Celano, de saint Bonaventure, de Bernard de Besse, du Speculum-Sabatier et de la Légende des trois Compagnons. Par contre, nous ne connaissons que par elle nombre de documents sur les premiers frères de l'Ordre : Bernard de Quintavalle, Rufin, Genièvre, Léon, Gilles, Masseo. Elle a été mise à contribution par les auteurs franciscains du seizième siècle : Mariano de Florence, Marc de Lisbonne, Jean de Komcrowo, Rodolphe de Tossignano. Au dix-septième siècle, l'annaliste Wadding la citera à travers Mariano de Florence et Marc de Lisbonne.
F) Le « De conformitate vitce beati Francisci ad vitam Domini lesu », de Barthélémy de Pise (3). — Entre 1385 et 1390,1e Franciscain pisan Barthélémy Rinonico, souvent confondu avec son concitoyen Barthélémy Albisi, écrivit son grand traité de la conformité de saint François au Christ. D'une érudition prodi-
6e et 7e Tribulations) et pp. 256 et suiv. (3^, 4e et 5» Tribulations), et par Felice Tocco : le due prime tribolazioni deU'Ordine francescano, con appendice sul valore délia Cronaca délie Tribolazioni. Extrait des Rendiconti délia R.Accademia dei Lincei, vol. XVII, Rome, 1908, pp. 112. Les Franciscains de Quaracchi en promettent une édition complète.
(i) P. René de Nantes, O. M, Cap., Histoire des Spirituels dans l'Ordre de saint François, Paris, 1909, p. 448.
(2) Éditée par les Franciscains de Quaracchi dans les Analecta franciscana, t. III, 1897.
(3) Ibid., t. IV et V, 1906-1912.
gieuse, le compilateur a utilisé à peu près tput ce qu'on avait écrit avant lui sur le patriarche des Mineurs. Son livre, laissé dans l'oubli depuis le seizième siècle, a été l'objet d'un essai de réhabilitation de la part de M. Paul Sabatier : « Je n'hésite... pas, déclare ce critique, à y voir l'ouvrage le plus important qui ait été fait sur la vie de saint François... Les Bollandistes, en l'étudiant à fond, auraient vu bien plus clair dans la difB.cile question des sources, et auraient épargné aux auteurs qui les ont suivis une foule d'erreurs et d'interminables recherches (i). » Les Franciscains de Quaracchi, lors de la publication de leur belle édition critique du De conformitate, n'ont pu ratifier cette appréciation. Barthélémy, écrivent-ils, nimis credulus rêvera fuit et clausis oculis scBpe — omisso examine — acceptavit, quœ pia gens et fratres simplices retulerunt; narrât miraoula, prophetias, visiones, ridicula et absurda. At... suus liber est spéculum et imago fratrum sui temporis (2). C'est à ce titre qu'il demeure précieux pour l'historien.
G) La Chronique de Nicolas Glassberger (3). — Cette' chronique, à laquelle travaillait en 1508 le Franciscain morave Nicolas Glassberger, résume avec assez d'exactitude l'histoire des Mineurs, spécialement en Allemagne. Son auteur a eu en main différents documents qui ont disparu depuis lors, mais, en ce qui concerne les temps anciens de l'Ordre jusqu'à 1374, il suit fidèlement la Chronique des XXIV Généraux.
§ 5. Les documents divers.
Il serait exagéré de comprendre parmi les sources, à titre de documents divers, tous les textes du moyen âge où il est question de saint François et de ses premiers disciples. Beaucoup de ces textes ne sont en effet que des mosaïques formées d'éléments empruntés. C'est ainsi que la Légende de saint François qui a pris place dans la Légende dorée vers 1264 repose entièrement sur la Legenda II et la Legenda ad usum chori de Thomas de Celano amalgamées avec la Legenda maior de saint Bonaventure (4). Un Corpus des témoignages divers que nous a laissés le treizième
(i) Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise, p. cxv,
(2) Analecta franciscana, t. IV, p. xxiii.
(3) Éditée par les Franciscains de Quaracchi dans les Analecta franciscana, t. II, 1887.
(4) V. l'édition critique qu'en a donnée, avec indication des sources de chaque paragraphe, le P. Ephrem Baumgartner, O. M. Cap,, dans VArchiv. fr. hist., 1912, pp. 224-236.
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siècle sur le patriarche des Mineurs a été établi par le P. Léonard Lemmens (i). Parmi ces documents sont à retenir :
1° Le témoignage de Thomas de Spalato sur le sermon de saint François à Bologne (2) ;
2° Deux souvenirs de passages de saint François au monastère de Saint- Vergoin, dans le diocèse de Gubbio (3) ;
30 Deux passages de la Vita Gregorii IX écrite par un clerc de la Chambre apostolique (4) ;
40 Deux lettres de Jacques de Vitry écrites, l'une en octobre 1216, l'autre vers mars 1220, et un chapitre de VHistoria orientalis du naiême auteur (5) ;
50 Le parallèle de Burchard, abbé Prémontré d'Ursperg, entre les frères Mineurs et les Vaudois (6) ;
Il faut en outre ajouter au Corpus du P. Lemmens :
60 Un passage de la lettre de saiat Bonaventure : De tribus qucBstionihus ad Magistrum innominatum (7) ;
70 Deux Exempla, représentés chacun par deux versions, du dominicain Etienne de Bourbon, mort en 1261 (8).
(1) Léonard Lemmens, O. F. M., Testimonia minora sœc. XIII de S. P. Francisco, dans VArchiv. fr. hist., 1908, pp. 68-84 et 248-266.
(2) Historia Salonitarum, éd. Hèinemarm, dans les Monum. Germanitz Hist., SS.^ t. XXIX, p. 580.
{3) Legenda de passione sancti Verecundi militis et martiris, éd. Faloci- Pulignani, dans les Miscellanea francescana, 1906, pp. 1-8.
(4) Publiée au dix-huitième siècle par Muratori au tome III de ses Scriptores Rerum Italicarum.
(5) H. Bœhmer,. Analekten zur Geschichte des Franciscus von Assisi S. Francisci opuscula. Tubingue et Leipzig, 1904, pp. 94-106. Traduction française par le P. Ubald d'Alençon, O. M. Cap,, à la suite des Opvscules de saint François d^ Assise, Paris, 1905, pp. 276-284.
(6) Burchardi et Cuonradi Urspergensiutn chronicon, éd. A. Otto Abel et L. Weiland, dans les Monumenta Germanice Hist., SS., t. XXIII.
pp. 333-383.
(7) S. Bonaventure, Opéra omnia, éd. de Quaracchi, t. VIII, p. 334. Ce texte étant très bref, je crois pouvoir le transcrire ici : Unde, ut scias quantum sibi placuerit studium sandee Scripturœ, audivi ego a fraire, qui vivit, quod cum Novum Testamentum venisset ad manus suas et plures fratres non passent simul habere, dividebat per folia et singulis communicabat, ut omnes studerent, nec unus aUerum iw/pediret.
(8) A. Lecoy de la Marche, Anecdote historiques, légendes et apologues tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon; Paris, 1877, pp. 215, 265, 304, 407.