‹ Saint-François d'Assise [microforme]Chapitre 13 sur 23 · LE MS IL · texte numérisé non relu

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une véritable horreur: mais se faisant violence, il saute en bas de son cheval, embrasse le lépreux, et lui fait l’aumône. Ensuite il remonte à cheval, et parcourant du regard la plaine toute découverte devant lui, il ne voit plus apparence de lépreux. Plein d’étonnement et inondé de joie, dit encore Saint Bonaventure, il se mit à chanter avec amour les louanges du bon Dieu, et il prit la résolution de tendre chaque jour à quelque chose de plus grand et de plus parfait. Désormais François se souvint de cette parole du Prophète: que Jésus-Christ même fut réputé méprisable, prenant toutes les apparences d’un lépreux ; et, un peu avant sa mort, il déclara dans son Testament, que depuis ce jour ce qui lui avait paru le plus amer au service des lépreux s'était changé en douceur pour l’âme’et pour le corps.

Lorsque plus tard l'Ordre des Franciscains fut établi, le bienheureux Patriarche voulait que ceux de ses enfants qui n'avaient point d’études ni de talent pour la prédication, s'employassent à servir leurs frères,

TR de et allassent dans les hôpitaux rendre aux lépreux les plus vils offices, avec autant d'humilité que d'amour. Lui-même leur donnait l'exemple, et devant eux faisait les lits et pansait les plaies. Quand on demandait à entrer dans son Ordre, il ne manquait pas d’avertir qu’il faudrait soigner les lépreux, et il faisait subir une épreuve. Il renvoyait les postulants qui ne Pouvaient se résoudre à faire de telles fonctions ; et ceux qui s’y soumettaient volontiers, il les embrassait avec tendresse, disant : ‘ O mon frère et mon enfant béni, aimons et soignons nos frères les dépreux: ce sont Les Frères Chrétiens Dar excellence !

Un de ses disciples, Frère Jacques-le-Simple, du comté de Pérouse, se distingua entre tous les autres par son zèle dans cet exercice de charité : on l’appelait l'économe et le médecin des lépreux. François lui avait recommandé d’une manière toute particulière un lépreux dont tout le Corps n’était qu’une plaie, Jacques en prit tant de soin que les forces lui revinrent un peu, et croyant que l'air con-

tribuerait à le guérir, il le mena un jour au couvent de Sainte-Marie-des-Anges. François trouva cette action indiscrète. ‘“ Vous ne devez pas, dit-il à Jacques, conduire ainsi les Frères Chrétiens, cela ne convient ni à eux, ni à vous: je souhaite bien que vous les serviez dans l'hôpital, mais je ne voudrais pas que vous les en fissiez sortir : il y a beaucoup de gens qui ne peuvent en supporter la vue.” Le lépreux entendant ainsi réprimander son bienfaiteur, en eut grande peine.

François s’en aperçut : il se jeta aussitôt à ses pieds, en lui demandant pardon. Il voulut par pénitence, manger à la porte du couvent, dans la même écuelle que le lépreux ; puis, l'ayant embrassé, il le renvoya content.

O admirable François, que vous rendez donc à vos enfants le joug du Seigneur suave, Jéger son fardeau, la vertu aimable, par le séduisant exemple de votre charité si délicate et si ingénieuse et pourtant si naturelle et si sincère, ainsi que de votre incomparable humilité, 6 mon admirable Père |

Nous empruntons aux Æoretti un autre

L'AMI DES LÉPREUX 83 a Re exemple qui achève de peindre tout le dévouement de François pour les pauvres lépreux, ses bien-aimés frères.

‘.... Des frères se trouvant donc au service des malades dans un hôpital voisin du Couvent où restait alors le saint, y rencontrèrent un lépreux si impatient, si intraitable et si méchant que chacun le croyait, ce qui était vrai d’ailleurs, possédé ju démon. On l’entendait proférer les paroles les plus grossières; il frappait ceux qui le servaient et il allait même, ce qui faisait horreur, jusqu’à blasphémer le Christ à jamais béni, et Marie sa très sainte Mère: enfin, c'était au point que l’on ne trouvait plus personne qui pôût ou qui voulât le soigner. Les frères savaient bien supporter avec patience les injures et les insultes qui leur étaient adressées; ils étaient même heureux de trouver là un moyen d’accroître leur mérite, mais ils ne pouvaient s’accoutumer à entendre les injures contre Notre-Seigneur et sa divine Mère. Ils finirent donc par se déterminer à renoïcer.au service du lépreux, si Saint François y consentait ;

et, comme il se trouvait alors tout près de l’hépital, ils lui firent aussitôt connaître le parti qu’ils désiraient prendre.

À la nouvelle qu'il en reçut, le saint vint lui-même trouver le malade ; il l’aborde en le saluant par ces paroles : ‘‘ Dieu vous donne la paix, mon très cher frère. — Eh! quelle paix peut-il me donner, répondit le lépreux, maintenant qu’il m’a privé de tout calme et de tout bien, maintenant qu’il a fait de mon corps un cadavre fétide et pourri ? — Ne désespérez pas, mon fils, reprit Saint François ; si Dieu nous envoie ici-bas les infirmités corporelles, c’est pour le salut de nos âmes. Oui, soyez-en sûr; ces tribulations sont Pour nous la source de grands biens, si nous savons les supporter avec résignation. — Comment donc me parler de résignation, répliqua le malade, quand jour et: nuit je suis tourmenté par la douleur ? Et puis, mon infirmité n’est pas la seule chose qui me fasse souffrir; les frères que vous m'avez donnés pour me soigner ne me servent pas comme ils le devraient. ”’ Le saint connut alors par révélation, que ce lépreux était possédé

du malin esprit : il se retira et se mit en prière, implorant la miséricorde de Dieu sur cet infortuné. Sa prière terminée, il retourne vers lui et luidit: ‘ Mon fils, puisque vous n'êtes Pas content de nos frères, je veux désormais Vous soigner moi-même, — Volontiers, répondit le malade, mais que pourrez-vous faire de plus que les autres ? — Tout ce que vous voudrez, reprit Saint François. — Eh bien | dit le lépreux, je vous demande que vous me laviez tout le corps, car l’odeur qui s’en exhale est si infecte, que je ne puis plus me souffrir moimême. ” Le saint fit aussitôt chauffer de l’eau avec des herbes aromatiques ; puis après avoir dépouillé le lépreux de ses vêtements, il se mit à le laver de ses propres mains, tandis qu’un frère lui versait l’eau dontilavait besoin. Alors, par un miracle tout divin, la lèpre disparut de chaque Partie du corps à mesure que Saint François la lavait et les chairs devinrent parfaitement saines. Mais là ne se borna pas le prodige ; en même temps que le COrps se guérissait, l’Âme commençait aussi à prendre un état meilleur. Le lépreux, sentant

sa guérison, éprouva dès lors une grande componction et un vif repentir de ses fautes, et il fondit en larmes. Ainsi, pendant que l’eau, à l'extérieur, purifiait le corps de la lèpre, l'âme aussi, par le repentir et les larmes, se purifiait, à l’intérieur, des souillures du péché,

Lorsqu'il se vit entièrement guéri et du corps et de l'âme, le lépreux demanda humblemerit le pardon de ses fautes, et il s'écriait tout en pleurs: “Malheur à moi! les paroles grossières et les injures dont j'ai accablé les frères qui me servaient, mes impatiences et les blasphèmes que j'ai proférés contre Dieu, me rendent éternellement digne de l’enfer. ‘’ Quinze jours entiers il persévéra dans ces sentiments de componction, pleurant et implorant la miséricorde de Dieu, après avoir fait à un prêtre l'entier aveu de ses péchés.

Saint François remercia la divine bonté du miracle manifeste que Dieu venait d'opérer Par son entremise ; et, quittant aussitôt l'h6pital, il se retira fort loin de là, car son humi-

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lité ne pouvait Supporter les honneurs qu’on lui rendait et i] ne cherchait dans toutes ses œuvres que la seule gloire de Dieu.

Cependant, après quinze jours de péniténce, il plut à Dieu d'envoyer au lépreux guéri une autre maladie, et il Mourut saintement, muni des sacrements de l'Eglise. Son âme, en montant au Paradis, apparut dans les airs à Saint François, qui était alors en prière dans un bois. ‘‘ Me réconnaissez-vous ? lui dit-elle. Qui êtes-vous ? demanda le Saint. — Je suis l’âme de ce lépreux que Jésus-Christ a guéri Par votre intercession, et je m'envoie maintenant vers la vie éternelle. C'est à vous, après Dieu, que je dois mon bonheur, soyez-en béni. Oui, daigne le Seigneur répandre ses bénédictions sur votre Corps, votre âme, vos paroles, sur toutes vos actions enfin; car, par vous, une foule d’âmes Seront sauvées sur la terre. Sachez qu’il n’est pas un jour où les saints anges et toute la Cour céleste ne rendent grâces des fruits de salut opérés dans tout l'univers par vous et par les frères de votre Ordre. Prenez donc Courage, remerciez Je

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Seigneur et recevez sa bénédiction. ”’ À ces mots l’âme s’envola vers les cieux et Saint François demeura rempli de consolation.

La lèpre, après les Croisades, dit un savant et pieux écrivain (1), avait pris un caractère sacré aux yeux de l'Eglise et des fidèles ; on la regardait généralement comme une marque toute spéciale de l'attention divine. Cette maladie mystérieuse et inaccessible à la science humaine était en vénération parmi les chrétiens du Moyen-Age. Un Ordre de Chevalerie sortit tout armé de la charité catholique pour soigner les lépreux de Jérusalem et de l'Orient : il avait un lépreux pour Grand-Maître, En Occident, nous pouvons recueillir de précieux et touchants exemples de l'amour pour les lépreux. Notre Saint Louis avait pour eux une amitié toute fraternelle. Qui ne sait les beaux exemples de la charité de cette jeune Elisabeth de Hongrie, la franciscaine, humble sur le trône, patiente dans les affictions et n'ayant

(1) E. Chavin de Malan.

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aimé des grandeurs humaines que le pouvoir de soulager les Pauvres! Qui ne sait aussi le sublime dévouement de cette admirable dominicaine, Sainte Catherine de Sienne! Elle fut atteinte elle-même de la lèpre en soignant eten ensevelissant une lépreuse : mais bientôt ses mains devinrent blanches et pures Comme celles d’un enfant qui vient de naître. En un mot, l'Eglise se déclara toujours l’amie et la protectrice des lépreux : elle en avait spécialement confié le soin aux évêques.

Le Cérémonial de la séparation des lépreux était singulièrement touchant. Le prêtre, après avoir célébré la messe pour les infirmes, mettait un surplis et une étole, donnait de l’eau bénite au lépreux ; puis il le conduisait à la léproserie. Là, :il l’exhortait en bonne patience et charité, en l'exemple de Jésus-Christ et des saints: ‘“ Mon Frère, cher Pauvre du bon Dieu, pour avoir à souffrir moult tristesse, tribulation, maladie, mésèlerie et autre adversité du monde, on narvient au royaume de Paradis, où il n’y a nulle maladie, ne nrIle adversité, mais sont tous purs et nets, sans

ordures et sans quelconque tache d’ordure, plus resplendissants que le soleil, où vous irez, si à Dieu plaît; mais que vous soyez bon chrétien, et portiez patiemment cette adversité, Dieu vous en donne la grâce! car, mon Frère, telle séparation n’est que corporelle ; quant à l'esprit, qui est le principal, vous serez toujours autant que vous fûtes oncques et aurez part et portion à toutes les prières de Notre Mère Sainte Eglise, comme si personnellement étiez tous les jours assistant au service divin avec les autres. Et quant à vos petites nécessités, les gens de bien y pourvoiront, et Dieu ne vous délaissera point.

Seulement prenez garde et ayez patience.

Dieu demeure avec vous. Amen.’’

Après cette allocution consolante, le prêtre avait à remplir la partie pénible de son ministère: il prononçait les défenses légales au nombre de douze. Après quoi, il prenait de la terre du cimetière, et la répandant sur la tête du malade, il disait : Meurs au monde, renais à Dieu !... O Jésus, mon Rédempteur, vous m'avez formé de terre, vous m'avez

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revêtu d'un Corps ; faites-moi revivre au dernier jour.

Le peuple chantait : Tous mes os ont été agités, mon âme a été troublée: ALLELUIA !

Seigneur, faites-nous miséricorde et donneznous la santé. Le prêtre lisait l’évangile des Dix Lépreux ; Puis près avoir béni l’habit et le pauvre mobilier de la léprüserie, il lui présentait ainsi chaque chose.

En lui donnant l'habit que l'on appelait housse, il disait : ‘Mon Frère, recevez cet habit, et le vêtez en ‘igne d’humilité, sans lequel désormais je vo: défends de sortir hors de votre maison. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »’

En lui donnant Je baril : ‘Prenez ce baril Pour recevoir ce qu’on vous donnera pour boire, et vous défends, sous peine de désobéis- Sance, de boire aux rivières, fontaines et puits Communs, ne de vous y laver en quelque manière que ce soit, ne vos draps, chemises, et toutes autres choses qui auraient touché votre corps. ’’

En lui donnant la cliquette : “Prenez cette

cliquette, en signe qu'il vous est défendu de parler à personne, sinon à vos semblables, si cen’est par nécessité ; et si avez besoin de quelque chose, la demanderez au son de cette cliquette, en vous tirant loin des gens et au-dessous du vent.’

En lui donnant les gants : ‘Prenez ces gants, par lesquels il vous est défendu de toucher chose aucune à main nue, sinon ce qui vous appartient et ne doit venir entre les mains des autres. ”’

En lui donnant la pannetière : ‘Recevez cette pannetière, pour y mettre ce qui vous sera élargi par les gens de bien, et aurez souvenance de prier Dieu pour vos bienfaiteurs.

Un lépreux devait avoir ‘‘une tartarelle, des souliers, des chausses, une robe de camelin, une housse, un chaperon de camelin, deux paires de drapeaux, un baril, un entonnoir, une courroie, un coutel, une escuelle de bois, un lit étoffé de coutte, un coussin et une couverture, deux paires de drap à lit, une hache, un écrin fermant à clef, une

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table, une selle, une lumière, une paelle, une aiguière, des escuelles à mangier, un bassin, un pot à mettre cuire la chair. »’ 4

Tous ces objets grossiers étaient bénits et sanctifiés par les Prières de l'Eglise. Le prétre, prenant le lépreux par son vêtement, l’introduisait alors dans sa cellule. I] disait : Voici mon repos à jamais, je l'habiterai ; elle est l’objet de mes désirs.

Puis, en face de la Porte, on plantait une

croix de bois, à laquelle on attachait un tronc

ge des prières du malade solitaire. Le prêtre, le Premier, y déposait son offrande; tout le peuple Suivait son exemple,

Après cette cérémonie, mêlée de tristesse et d'espérance, les fidèles rétournaient à l’église, précédés de la grande croix processionnale, Alors tous se Prosternaient, et Je prêtre, élevant la voix, adressait à Dieu cette touchante prière : *O Dieu tout-puissant | qui, par la Patience de votre Fils unique, avez brisé l'orgueil de l’antique ennemi, don-

nez à votre serviteur la patience nécessaire pour supporter pieusement et patiemment les maux dont il est accablé. Amen. ’’ Et tout le peuple répondait : Amen.

Ainsi étaient séparés de la société les pauvres malades du bon Dieu. Heureux s'ils .

possédaient la vertu et la résignation; car alors ils étaient dans tout le pays considérés comme des personnages très élevés dans l’ordre moral. Exilé sur la terre, privé de toutes les illusions qui entourent la vie commune, l’état habituel du lépreux était une humble et douce tristesse. Mais nous, qui n'avons plus la foi, nous ne pouvons pas comprendre tout ce que la pitié céleste a fait pour la souffrance : elle a posé des bienfaits jusqu'à la dernière limite du malheur.

Au Moyen-Age, on honorait un lépreux comme un confesseur de la foi; on prévenait des noms les plus affectueux ces hommes que le ciel consolait mystérieusement. On les appelait: es malades du bon Dieu, (Les chers

pauvres du bon Dieu...

On vivait alors des pensées de la Fi. Les

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mœurs étaient rudes, la faiblesse humaine n’était pas moins grande qu'aujourd'hui. Mais les âmes Songeaient au ciel, et par delà les misères de cette vallée de larmes, -élles voyaient la volonté de Dieu qui sancCtifie et console, et la récompense éternelle auprès de

laquelle les maux les plus affreux, y compris la lèpre,

RANÇOIS s'était fortifié dans la pratique

de l’humilité et de la charité chrétienne par le service des lépreux, dans l'hôpital de Gubbio. Il n'avait pas oublié la voix du Crucifix lui ordonnant de restaurer l'église de Saint-Damien. Il revint à Assise, comme un homme inspiré, publiant par les rues les grandeurs de Dieu, et mendiant des pierres ; il disait à ses concitoyens, avec une grande simplicité : ‘Qui me donnera une pierre, aura une récompense ; qui m'en donnera deux, en aura deux ; qui m'en donnera trois, en aura trois.’ Plusieurs le croyant fou, se moquèrent de lui, et le couvrirent de mépris ; d’autres, au contraire, étaient émus jusqu'aux larmes, le voyant si subitement passé de la vanité du siècle à l'ivresse de l'amour divin. Quant à François, insensible aux mépris

RE comme aux louanges, il ne S’occupait que de la restauration de sa petite église de Saint- Damien. On lui apporta des offrandes, et lui-même, Portant sur ses épaules, des pierres et du mortier, Y travailla comme un simple manœuvre.

Le prêtre de Saint-Damien eut compassion du pieux ouvrier et prit soin de lui préparer un bon repas, quand il revenait du travail.

François, ayant reçu cette charité pendant quelques jours, fit réflexion sur son état, et se dit à lui-même: “Trouveras-tu Partout un prêtre qui ait pour toi autant de bonté ?

Ce n’est pas là Je genre de vie que tu as choisi: va-t-en donc désormais de porte en porte, comme un pauvre, quêter ta nourriture, pour l'amour de Dieu, avec un plat, :tu recevras, sans rougir, tout ce que la charité publique voudra bien te donner. Car, c'est ainsi que désormais tu dois vivre Pauvre, pour l'amour de Celui qui est né Pauvre, qui a vécu pauvre, qui est mort sur la Croix dans une absolue Pauvreté, et qui, après sa

mort, a été mis dans un sépulcre d'emprunt.’

Le lendemain il alla ainsi mendier avec un plat, et il s'assit dans la rue pour manger. Devant ce mélange dégoûtant, son cœur bondit, et sa main se retira. Mais immédiatement son amour pour la sainte Pauvreté prit le dessus ; il rougit de sa faiblesse, et malgré les répugnances de la nature, il mangea courageusement et confessa plus tard que le bon Dieu assaisonna si merveilleusement ces mets rebutants, qu’il ne se souvenait pas d’avoir jamais fait un repas aussi excellent.

Cependant Pierre Bernardone, exaspéré de voir son fils vêtu comme un mendiant et devenu la risée publique, l’accablait d’injures, en le rencontrant, et lui lançait toutes sortes de malédictions. L'âme si tendre de François en était attristée outre mesure: mais Notre-Seigneur le consola. Il rencontra un ‘vieillard pauvre, mendiant, mal vêtu. Le saint jeune homme s’adressa à lui et lui dit avec une grande effusion de cœur : ‘‘Bon vieillard, venez, vous serez mon père; nous partagerons nos aumônes. Et quand mon père Bernardone me lancera ces affreuses malédic-

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Ne

tions qui me déchirent l'âme, je me tournerai Vers Vous, et je vous dirai : Bénissez-moi, mon père, et je serai béni ee

Ange, son frère unique, jeune ingrat, plein de l'esprit du monde, le raillait aussi et tournait en ridicule toutes ses actions. Comme il le vit un jour dans une église, grelottant de froid, avec Son pauvre habit d’ermite, et priant Dieu, il dit à un de ses amis: “Va.

donc trouver François, et prie-le de te vendre pour un denter de Sueur., ’’ François, plein d’une joie toute céleste, ui répondit : “C’est au bon Dieu, mon bon ami, que je vendrai ma Sueur ; et lui me l’achè.era bien plus cher que toi !’’

François acheva ainsi, au milieu de toutes sortes d'humiliations, la restauration de sa chère petite église de Saint-Damien, devenue ensuite si célèbre dans l’histoire de son Ordre.

Car ce fut à Saint-Damien que Claire, sa fille première-née, passa Sa vie toute Sainte ; c'est là qu’elle enfanta à Dieu les Milliers

rment au ciel Ja Couronne de l’Agneau sans tache; c'est d’une fenêtre

de l’humble chapelle qu’elle opposa aux hotdes sarrazines l’Eucharistie protectrice.

‘Dans peu de temps, avait dit François Pour encourager ceux qui l’aidaient dans son œuvre de reconstruction, il y aura ici de Pauvres Dames dont la sainte vie et la réputation glorifieront notre Père céleste. ”

La prophétie se réalisa ; et Sainte Claire qui la connaissait la transmit à ses filles, avec ses dernières volontés, leur recommandant de ne jamais abandonner Saint-Damien.

Hélas! il n’a pas dépendu de l'amour des filles d'accomplir le vœu de leur mère.

Toutefois, au milieu des ruines accumulées par le temps, Saint-Damien est resté debout ; il demeure la châsse authentique et très digne du corps précieux de la fondatrice. Et si les filles de Sainte Claire ne peuvent plus, réunies autour de cet inestimable trésor, continuer d'y glorifier Dieu par leurs vertus, du moins leurs frères, les Franciscains, les ont-ils remplacées en attendant l'heure où ils pourront leur rendre ce dépôt familial.

Un converti anglais, Lord Ripon, a confié

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aux Frères Mineurs l’église et le couvent de Saint-Damien, acquis par lui du gouvernement italien, dès que celui-ci en eut spolié les séculaires occupants.

Ainsi l’antique Sanctuaire n’est pas sorti des mains franciscaines. N'est-ce point parce que chacune des Pierres de l’humble chapelle a coûté à Saint François une goute de sueur, une humiliation, Surtout un acte de brûlante charité; n'est-ce point parce que l'amour immortalise tout ce qu’il touche ?

Après avoir réparé Saint-Damien, il entreprit de réparer deux autres SanCtuaires, également proches d'Assise : l’un était une église dédiée à Saint Pierre, qu'il affectionnait beau- Coup, à cause de sa tendre dévotion pour le Prince des Apôtres ; l’autre était une pauvre chapelle, vieille, et si délabrée qu’elle ne servait plus que de retraite, dans les mau- Vais temps, aux pâtres de la vallée: mais devenue, par la suite, célèbre dans le monde entier, et dont nous allons immédiatement décrire la touchante origine.

‘Saint Cyrille, patriarche de Jérusalem,

raconte dans une lettre à l’empereur Constance qu’en l'année 351, apparut dans les airs, une Croix lumineuse, plus resplendissante que le soleil. Cette Croix immense, vue en plein jour, s'étendait depuis la montagne du Calvaire jusqu’au sommet du Mont des Oliviers.

Peu de temps après cette céleste apparition, quatre pieux ermites quittèrent Jérusalem, pour aller à Rome, visiter le tombeau des Saints Apôtres, et s'établir ensuite en Occident. Le plus riche trésor qu'ils portaient avec eux, était un jragment du Tombeau de la Sainte Vierge Marie que Saint Cyrille leur avait donné avant leur départ. Les quatre pèlerins de Terre-Sainte reçurent du pape, à Rome, le conseil de s'établir dans la vallée ‘de Spolète: ils se rendirent à Assise, et bâtirent dans la plaine, à deux milles de la ville, un petit ermitage, avec une modeste chapelle. C'est là qu'ils déposèrent la précieuse relique du Tombeau de la Vierge : l’humble sanctuaire fut dédié à la Mère de Dieu, sous le titre de Sainte-Marie-de-Josaphat, en mémoire de la

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Célèbre vallée où se voit le tombeau vide de la Reine des Cieux.

Les pieux ermites ornèrent en même temps l'autel d'un tableau représentant l'Assomption de Marie, Montant aux cieux, au milieu d’une multitude d'anges. De IA le nom, donné ensuite Par les fidèles, de Sainte-Marie-aux-Anges ou Sainte-Marie-des-Anges. Ce titre fut confirmé enfin par les fréquentes apparitions de ces esprits célestes. Ce pieux sanctuaire, délaissé insensiblement, on ne sait trop pourquoi, par ses premiers desservants, fut donné en 516, au nouveau patriarche des Moines d'Occident, Saint Benoît. Les religieux du Mont Cassin le desservirent pendant plusieurs siècles. Durant ce temps, les anges y firent de fréquentes apparitions, et faisaient entendre la nuit des hymnes célestes. Les moines y virent plusieurs fois une échelle mystérieuse atteignant jusqu’au ciel, et le long de laquelle les anges montaient et descendaient en chantant les louanges de Notre-Seigneur et de sa divine Mère.

Les moines du Mont Cassin furent rempla-

Re a NM cés par les Bénédictins de Cluny, qui, à leur tour, cédèrent la petite chapelle aux Cisterciens. En 1075, le petit couvent se trouvait tellement délabré qu'il était devenu inhabitable pour une communauté. Les religieux se retirèrent tous dans l'abbaye voisine du Mont Soubase, et la petite chapelle devint la propriété de cette abbaye.

Entre temps les âmes pieuses continuaient à se rendre à la petite chapelle pour implorer la protection de la Reine des Anges. Parmi elles se trouva la dame Pica qui obtint, par l’intercession de la douce Reine des Cieux, la naissance de son premier-né François, après sept ans de mariage. Dans la suite, la pieuse mère se plaisait à continuer ses visites à l’humble sanctuaire ; et elle avait soin de se faire

‘accompagner du petit François, pour imprimer dans son jeune cœur un vif amour pour Dieu et la Reine des Anges.

“François aima ce lieu, dit Saint Bonaventure, plus qu'aucun autre au monde: là il commença son œuvre dans l'humilité ; là, il la continua avec générosité; là, il la couronna

es heureusement. À sa mort, il le recommanda à ses frères, en déclarant qu’il était Particulièrement cher à la Sainte Vierge Marie: Un de nos pieux frères eut à ce Sujet, avant sa Conversion, une vision qui mérite d'être rap- Portée. Il vit une multitude innombrable d'hommes frappés de cécité, la face tournée vers le ciel et les genoux en terre, se tenant avec persévérance dans l’enceinte de cette église. Les mains élevées en haut, ils suppliaient Dieu ave- larmes, lui demandant Je pardon et la Jlurnière. Et voilà qu’une magnifique splendeur, s’abaissant du ciel, se répandit sur tous ces Pauvres aveugles et leur apporta, avec l'usage de la vue, le salut qu’ils imploraient.

Cette dernière église étant donc restaurée, François la choisit de préférence aux deux autres : il y passait les jours et les nuits dans de ferventes prières. I] Conjurait avec larmes la charitable Mère de Jésus, de lui obtenir de son divin Fils de lui montrer clairement les voies de la perfection évangélique. Or, un jour qu'il assistait dans cette église À une

messe qu’il avait prié le vertueux prêtre de Saint-Damien de lui dire, il fut profondément frappé par ces paroles du saint Evangile:

‘!... Partout où vous irez, annoncez que le royaume de Dieu est proche. Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons. Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement. N'ayez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni un sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâton. ’’

N'était-ce point cela qu’il avait rêvé ? Ainsi Sa vocation, toute extraordinaire qu’elle pât paraître, sa vocation de pauvreté absolue et d'apostolat, était une œuvre évangélique :

c'était la vocation même des Apôtres. Il passa le reste de la sainte messe dans ces réflexions. Le sacrifice achevé, il s'en alla trouver le prêtre à la sacristie et lui demanda si ce qu'il avait compris était conforme à l'Evangile. Le bon prêtre, qui le devinait, lui répondit avec émotion que le sens n'était pas douteux.

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La lumière était faite pour François: l’avenir n’avait plus pour lui de nuage: Notre- Seigneur lui-même lui traçait sa voie. ‘Voilà ce que je cherche, s’écria-t-il, tressaillant d’allégresse, voilà ce que je désire de toute l’ardeur de mon âme.” A l'instant même il quitte son bâton, jette sa bourse avec horreur, Ôte ses souliers, et échange sa ceinture de cuir contre une grosse corde. Sa pauvre tunique d’ermite Jui parait trop belle et trop délicate : il l'échange contre une autre plus grossière et plus rude. Enfin ne respirant plus que Pauvreté, humilité, abjection, il choisit le vêtement le plus simple, le plus vil, le plus propre à s'attirer les railleries et les humiliations.

Ce jour était le 24 février 1209, fête de l'Apôtre Saint Mathias. C'est de là que date véritablement le commencement de la famille franciscaine, de cet Ordre des Frères-Mineurs qui devait en quelques années s'étendre jusqu'aux extrémités de la terre.

yant pris dès lors une vue nette de sa

vocation de mendiant apostolique, François commença à prêcher. Ses sermons, ou plus simplement ses entretiens, étaient familiers, mais sans rien de bas ni qui prêtât à rire. Ils étaient vifs, ardents, animés de cet esprit de Dieu qui pénètre jusqu’à la moëlle de l’âme; on sentait qu'ils jaillissaient d’un cœur magnanime et convaincu. Il annonçait la pénitence, la pratique des commandements, mais surtout la paix. La foule en restait dans l'admiration ; elle buvait ses paroles; elle accueillait comme un envoyé de Dieu celui qui apportait les biens dont elle avait besoin. Sous la parole ardente de François les cœurs se fendaient ; il en sortait des flots de larmes qui emportaient avec eux l'attachement au péché, la rancune, les dissensions, tout ce

venin de mort dont ils étaient gonflés.

François de plus parlait en langage vulgaire et de sujets abordables à l'intelligence de ses auditeurs. Il n'était point clerc pour faire comme les clercs de pompeux sermons latins, dont la portée et la langue étaient aussi inaccessibles l’une que l’autre à la masse du peuple. Il répétait à ses auditeurs ce qui l’avait ému lui-même : l'amour du Christ mort pour les pécheurs, l'horreur du péché qui crucifie de nouveau le Sauveur plein de bonté, la tendresse de la Madone toujours prête à intercéder en faveur des cœurs repentis...la folie de s'attacher à ce qui passe au mépris des biens éternels... Sujets simples, mais toujours efficaces, quand ils prennent vie, pour ainsi parler, dans un cœur ému par une ardente oraison et qu'ils tombent dans d’autres cœurs qui neles avaient jamais approfondis et qui en réalisent enfin la valeur de vie.

Le souvenir de la prédication de Saint François est resté vivace dans l'Ombrie, Un de ses historiens modernes fait cette réflexion

ViE DE SAINT FRANÇOIS ————__———

que l’on en parle comme si tout le pays, au temps de François, avait été encore païen, et ne s'était converti au christianisme que sous l’apostolat du s: nt. Qu’ y ait là un peu d’exagération, l: chose est coutumière aux Voyageurs, mais de fait François n’a-t-il pas converti ce peuple à la vraie foi, à la foi vivante ?

Aux accents de François, plusieurs avaient déjà changé leurs voies et s'étaient tournés vers le bien. Mais son action allait devenir bien autrement puissante, Une famille de disciples bientôt nombreuse comme les étoiles du ciel, accourait se joindre à lui. Et bientôt elle porterait son esprit jusqu'aux extrémités du monde.

Les biographes de Saint François nous ont fait connaître dans un grand détail les premiers disciples du saint. Il en eut d’abord douze par une ressemblance providentielle avec Celui dont il devait être ici-bas la plus fidèle copie.

Arrêtons-nous un instant à esquisser, en quelques traits, la céleste physionomie de ces

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LES PREMIERS DISCIPLES 11F Re Premiers-nés de la grande famille franciscaine..

Le Premier, qui tint toujours à cause de cela une place toute spéciale dans le cœur de François, fut Bernard de Quintavalle, homme très riche et très Sage, d’une des premières familles de la ville, et jouissant auprès deses concitoyens, d’une grande autorité. Touché de la sainteté de François, il voulut contempler de plus près ses merveilleuses vertus. Il offrit donc au saint l'hospitalité dans sa Maison, et suivant l'usage du temps ils couchèrent dans la même chambre. Bernard feignant de dormir observait François attentivement. Le saint se leva doucement, se mit

à genoux, fondant en larmes, les yeux au cie],

les bras en croix, et Prononçait lentement ces

paroles, qu’il répéta toute la nuit : “Des meus ct omnia : Mon Dieu et mon tout.’ C'est là véritablement un homme de Dieu, se dit

Bernard, rempli d’admiration.

Quelques jours après, la grâce ayant merveilleusement agi dans son âme, il dit à Fran- Gois : ‘‘Si un esclave avait reçu de son maître un trésor, et qu'il n'en eût pas besoin,

que

a devrait-il faire ? — Il devrait le rendre au maïtre, répondit François. — Ainsi donc, reprit Bernard, je rendrai au Seigneur tous les biens de la terre qu’il m’a donnés avec tant d’abondance. — Votre dessein est d’une grande importance, ajouta Saint François. Il faut consultér Dieu sur le moyen de le mettre à exécution. Demain, dès le matin, nous irons demander une messe au curé de Saint-Nicolas, qui est connu pour homme de bien, et après l’avoir entendue, nous continuerons de prier jusqu’à l'heure de tierce. ”’ Et c'est ce

qu'ils firent le lendemain très exactement.

Il y avait alors dans le peuple une manière fort en usage de consulter la volonté divine : en l'honneur des trois personnes de la Sainte Trinité, on ouvrait trois fois de suite, le li- . vre des saints Evangiles sur l'autel, et le premier verset qui tombait sous les yeux devenait un oracle. Dieu se plaisait souvent à bénir cette simple et naïve confiance. François s’en servit. À la première ouverture, on trouva :

‘* Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres. ”’

à, À la seconde : ‘Ne portez rien en voyage. ”’ A la troisième : ‘Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu’il me suive. — Voilà, dit François, la vie que nous devons mener, la règle que nous devons suivre, vous et moi, et tous ceux qui viendront se joindre à nous. ’’

Le nouveau disciple, fortement persuadé que son dessein venait de Dieu, vendit au plus tôt tout son bien: ilen eut une somme considérable qu’il fit porter à la place de Saint- Georges, où il la distribua entièrement à tout ce qu’il put assembler de Pauvres et de nécessiteux. François lui donna ensuite un habit semblable au sien.

Pierre de Catane, chanoine clerc de l’église de Saint-Rufin, cathédrale d'Assise, touché du détachement et de la charité de Bernard, voulut imiter son exemple, et il reçut le méme jour, des mains de François, l’humble habit de pénitence. Tous trois se retirèrent dans une cabane abandonnée proche d’un ruisseau, nommé Rivo-Torto parce qu’il coule dans la plaine en serpentant,

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Sept jours après, un homme de piété, nommé Gilles ou Egide, fort considéré dans Assise, voulut se joindre à ses deux concitoyens ; mais il ignorait leur nouvelle demeure. François alla au-devant de lui par inspiration divine, l’assura de sa Vocation, et l’exhorta à la persévérance. Puis il le présenta à Bernard et à Pièrre, leur disant : “Voici un bon frère que

‘ le bon Dieu nous a envoyé.” Eten particulier © leur déclara que cet homme excellerait un jouren sublimes vertus.

Après un léger repas et une conférence spirituelle, François partit avec son nouveau disciple pour aller chercher à Assise de quoi le vêtir. En chemin, ils rencontrèrent une Pauvre femme qui leur demanda l’aumône :

François se tourna du côté d'Egide, ‘avec un visage angélique, et lui dit: “ Mon frère, donnons à cette pauvre fernme, pour l'amour de Dieu, le manteau que vous portez. ”’ [gide le donna aussitôt, et il vit cette aumône s'élever jusqu’au ciel.

Quelques détails empruntés aux anciennes chroniques de l'Ordre feront mieux ressortir

l’aimable et douce vertu de ces trois premiers disciples de Saint F rançois d'Assise.

Saint François et ses compagnons, disent les Fioretti, étaient appelés et choisis de Dieu, pour manifester la Croix de Jésus-Christ par l'esprit qui les animait, ainsi que par leurs œuvres et leurs paroles. Aussi se montraient-ils des hommes crucifiés dans leurs démarches et dans toutes leurs actions. Animés de cet esprit de pénitence, ils préféraient la honte et l’opprobre Supportés pour l’amour du Christ Jésus, à l'honneur du monde, aux respects et aux louanges des hommes. Ils portaient même la perfection jusqu’à se réjouir des injures et à s’attrister des honneurs qui leur étaient rendus; ils s’en allaient par le monde, comme des pèlerins et des étrangers, ne portant avec eux que Jésus crucifé ; et, comme ils appartenaient À la véritable vigne qui est Jésus-Christ, ils produisaient d’abondants et d'heureux fruits dars les Âmes qu'ils gagnaient à Dieu.

C'est ainsi que dès l'origine de son Crdre, Saint François, un jour, envoya Frère Ber-

nn nard (son premier disciple) à Bologne, ville grande et savante, Pour que, selon la grâce qui avait été donnée, il procurât à Dieu quelque fruit spirituel. A cet ordre du Père, Frère Bernard fit le signe de la croix, et, en vertu de la sainte obéissance, il partit aussitôt pour cette place. Lorsqu'il y arriva, à la vue de son habit usé et grossier, les enfants se mirent à l’accabler de railleries et d’injures, et le -traitèrent comme un fou; mais Frère Bernard supportait tout avec patience et avec joie, pour l'amour de Jésus-Christ : et même, Pour s’exposer à essuyer encore plus de moqueries, il alla s'asseoir sur la place de la ville. Aussitôt une foule de Personnes accourent autour de lui; on tire son capuce de tous côtés, on le couvre de poussière, on lui jette des pierres, on le Pousse et on le repousse.

Au millieu de tant d'insultes, le frère demeure calme et patient; son visage est gai, pas le moindre Murmure ne sort de sa bouche; et loin de chercher à se dérober aux persécutions, plusieurs jours encore il revient s’y exposer sur la place. La patience est une

RE œuvre de perfection; c’est une preuve de vertu dans celui qui la possède. Aussi les insultes et les mépris se transformèrent-ils bientôt en démonstrations d'honneur et de vénération ; à tel point qu’à son retour, Frère Bernard crut devoir dire à Saint François: ‘ Père, un couvent est fondé dans la ville de Bologne la Savante ; envoyez-y d’autres frères pour y demeurer ; car Pour moi, je n’ose plus espérer d'y faire aucun fruit, et il est même à craindre que je m'y perde, à cause des grands honneurs que j'y reçois.

Dieu se plaît à répandre des grâces abondantes sur ceux qui pratiquent ainsi la pauvreté évangélique, avec un tel renoncement au monde, pour l'amour de Jésus-Christ : la vie du même Frère Bernard en est un exemple frappant. Car, dès qu’il eut prit l’habit de Saint François, ce frère se sentait très fréquemment ravi en Dieu par la contemplation des choses célestes, Un jour entre autres, qu’il entendait la messe et au’il avait l'esprit tout appliqué aux divins mystères, il demeura tellement absorbé et ravi en Dieu, qu’au mo-

VIE LE SAINT FRANÇOIS ee ES

ment de l'élévation du Corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il ne s’aperçut de rien, ne s’agenouilla pas et ne baissa pas son capuce comme les autres. Enfin, il resta dans cette insensibilité, les yeux fixes et immobiles, depuis le temps de matines jusqu'à none.

Alors revenant à lui, il parccurut le couvent en s’écriant d’une voix pleine d’amiration :

‘© frères, 6 frères, à frères! si l’on promettait d'accorder en récompense un palais magnifiyue et tout rempli d'or, à celui qui voudrait se charger d’un grossier fardeau, non, il n’est ici personne, si grand et si noble qu’il soit, qui ne se trouvât heureux de le porter. ’’ Pour lui, il avait l'esprit tellement occupé de ce trésor céleste, que, pendant quinze ans, son cœuret ses yeux demeurèrent fixés vers . Dieu ; et tou -fois, il conservait à table l'usage des aliments, bien qu'il touchât à peine à ce qui était placé devant lui. Comme son esprit était parfaitement dégagé de tout ce qui tient à la terre, semblable à l’aigle, il s'élevait par la contemplation jusque dans les nues. On le vit pendant vingt et même trente jours en-

ER tiers, se tenir sur la cîme d’une haute montagne et s'y nourri: de la méditation des choses célestes. Plein d’amiration pour les faveurs signalées dont le Seigneur daignait combler ce frère, Saint François aimait à s'entretenir Souvent avec lui, et plusieurs fois on les trouva, pendant la nuit, ravis en extase dans un bois où ils se rendaient pour parler ensemble des choses du bon Dieu. Tel était le premier disciple du séraphique François d'Assise,

Frère Pierre de Catane, le deuxième com- Pagnon de François, était un homme d’une obéissance parfaite : il mourut, premier vi- Caire général de l'Ordre, au couvent de Sainte. Marie-des-Anges, Je deuxième jour de mars 1224, deux ans et quelques mois, avant son séraphique Père, Dès qu’il fut déposé dans sa tombe, Dieu fit éclater ses mérites par un grand nombre de miracles. On Y venait en foule et on y laissait des offrandes considérables; ce qui troublait Ja r ‘traite des religieux et blessait leur étroite pauvreté. Fran- Çois en étant informé vint aussitôt : il alla sur le tombeau, et transporté d’un saint zèle, il

adressa ces paroles au mort, avec un empire que Dieu seul pouvait lui donner : “* Frère Pierre, vous m’obéissiez toujours ponctuellement pendant votre vie, j'exige maintenant que vous m'obéissiez de même. Ceux qui viennent à votre tombeau, nous incommodent fort: ils sont cause que notre pauvreté est blessée, que le silence n’est pas observé, que notre discipline se relâche ; ainsi je vous commande par obéissance de cesser de faire des miracles. ”’ L'ordre du saint fut exécuté ponctuellement. A partir de ce moment, au tombeau de Frère Pierre, il ne se fit plus de miracles. Un ancien manuscrit, conservé au Vatican assure que lorsque Saint François, fit faire, quelque temps après, la translation du saint corps de Frère Pierre, on le trouva, retourné dans sa tombe, à genoux et la tête

‘ baissée, dans l'attitude d’un religieux qui

reçoit en toute humilité les ordres de son supérieur.

La vie de Frère Egide, son troisième disciple. fut au témoignage de Saint Bonaventure, plus -ngélique qu'humaine. Entièrement

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détaché du monde et de lui-même, le saint Frère Egide se vit élever par la divine miséricorde aux plus hauts degrés de l’oraison et de l’union avec Dieu. Son existence bientôt se changea en une extase presque continuelle ; la pensée du ciel le transportait, et le nom seul de Paradis suffisait pour le jeter en de longs ravissements.

François avec ses trois disciples voulut donner une première mission : ils s’en allèrent deux à deux, prêcher aux fidèles la pénitence et la paix. A leur retour à la cabane de Rivo- Torto, François reçut un quatrième postulant. Il se nommait Sabbatini. Nous n'avons sur Sa vie aucun détail certain ; il était une de ces âmes bonnes et droites qui S’enveloppent d'humilité et que le seul regard de Dieu suit avec amour dans leur Pèlerinage sur la terre.

Morique, religieux de l'Ordre des Croisiers, fut le cinquième. Malade à l'extrémité et abandonné des médecins dans l'hôpital de Saint- Sauveur d'Assise, où l'on recevait tous les étrangers, il se fit recommander aux prières de François, Le saint fit sa Prière ; puis il prit

de la mie de pain qu’il trempa dans un peu d’huile de la lampe qui brûlait devant l'autel de Sainte-Marie-des-Anges et la lui envoya par deux de ses frères, avec ces paroles : ‘Portez ce remède à notre cher Frère Morique. La puissance de Jésus-Christ non-seulement lui rendra une parfaite santé, mais encore le fera devenir un généreux soldat qui entrera dans notre milice et y persévérera.”’ Le malade guéri entra dans la milice de François : il y vécut, dans une prodigieuse austérité, très longtemps, et toujours en bonne santé.

Le sixième disciple, nommé Jean de Capella s’attacha aux biens temporels, abandonna la sainte pauvreté et finit comme Judas. Ainsi l'Ordre naissant du Séraphique François dutil ressembler au collège des Apôtres, où un disciple infidèle pour trente deniers vendit son divin Maître, puis dans son désespoir alla se pendre !

Le zèle du salut des âmes porta François à conduire sa petite troupe dans la vallée de Riéti. Il s'arrêta sur une grande roche,

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dans un ermitage abandonné, où il s’entretenait avec Dieu durant la nuit, après avoir passé le jour, avec ses disciples, À prêcher et à demander l’aumône pour leur humble subsistance. C’est ]à qu’il fut assuré un jour, dans l’oraison, que toutes les frivolités de Son jeune âge lui étaient pardonnées; et Sainte Brigitte apprit de Notre-Seigneur dans ses grandes révélations, que François, en quittant le monde Pour entrer dans le chemin de la perfection en avait une si vive douleur qu’elle lui faisait dire: “Non, il n’y a rien sur la terre que je ne soie prêt à abandonner de bon cœur: rien de si pénible et de si rude que je ne veuille endurer avec joie : rien que je n’entreprenne, suivant les forces de mon Corps et de mon âme, pour la gloire de mon Seigneur Jésus-Christ ; et je veux, autant qu'il me sera possible, exciter et porter tous les autres à aimer Dieu de tout leu: cœur pardessus toutes choses.’

Le saint pénitent reçut avec cette assurance de la rémission plénière de toutes ses fautes, la faveur d’un ravissement où dans une mer-

veilleuse lumière Dieu lui fit connaître l’avenir de son Ordre. Etant venu rejoindre ses disciples, il leur dit: ‘‘Prenez courage, mes Frères bien-aimés ; et réjouissez-vous dans le Seigneur. Que votre petit nombre ne vous attriste point. Que ma simplicité et la vôtre ne vous alarment point, car Dieu m’a montré clairement que, par sa bénédiction, il répandra dans toutes les parties du monde cette famille dont il est le père. Je voudrais passer sous silence ce que j'ai vu, mais la charité m'oblige à vous en faire part. J'ai vu une grande multitude venant à nous, pour prendre le même habit et pour mener la même vie; j'ai vu tous les chemins remplis d'hommes qui marchaïent® de notre côté et se hâtaient fort. Les Français viennent, les Espagnols se précipitent, les Anglais et les Allemands courent, toutes les nations s'ébranlent, et voilà que le bruit de ceux qui vont et viennent pour exécuter les ordres de la sainte obéissance retentit encore à mes oreilles, ’’

Cette révélation consola fort ses disciples

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et leur inspira une nouvelle ardeur. La bonne odeur que répandait aux environs de l’ermitage la sainteté de leur vie, attira beaucoup de personnes qui s’adressèrent à eux pour sS’édifier et F ‘w s’instruire. Un homme de bien, nommé raulippe-le-Long, qui se trouvait du nombre, voulut embrasser la Pauvreté évangélique, François en fit le septième de ses disciples, et il les ramena tous à la cabane de Rivo-Torto. Dans cette sainte retraite il leur parla beaucoup du royaume de Dieu, du mépris du monde, du renoncement à Ja volonté propre, de la mortification des sens et des autres maximes de la vie spirituelle.

Il leur déclara ensuite, avec beaucoup d'humilité, que Dieu les destinait, eux et ceux qui se joindraient à EUX, à renouveler la face du monde par leur prédication et par leurs exemples ; et que C'était pour cela que Ja grâce les avait mis si promptement en état d'exercer le saint ministère. Pour les préparer à une telle mission il leur tint cet admirable discours : “Considérons, mes Frères, quelle est notre vocation. Ce n'est Pas seulement

pour notre salut que Dieu nous a appelés par sa miséricorde ; c’est encore pour le salut de beaucoup d'autres. C’est afin que nous allions exhorter tout le monde, plus par l’exemple que par la parole, à faire pénitence et à garder les divins préceptes. Nous paraissons méprisables et insensés : mais ne craigneÿ point, prenez courage, et ayez cette confiance que Notre-Seigneur, qui a vaincu le monde, parlera en vous d'une manière efficace. Gardons-nous bien, après avoir tout quitté, de perdre le royaume des cieux pour un léger intérêt. Si nous trouvons de l'argent quelque part, n’en faisons pas plus d'estime que de la poussière des grands chemins. Ne jugeons point et ne méprisons point les riches qui vivent dans la mollesse et portent des ornements de vanité. Dieu est leur Maître comme le nôtre ; il peut les appeler et les justifier. Allez donc anncncer aux hommes la pénitence pour la rémission des péchés et la paix. Vous trouverez des hommes fidèles, doux et pleins de charité, qui vous recevront avec joie; d'autres, infidèles, orgueilleux et

LES PREMIERS DISCIPLES 127 impies, qui vous blâmeront et se déclareront contre vous. Mettez-vous bien dans l'esprit de supporter tout avec une humble patience ; Mais que rien ne vous intimide. Dans peu de temps, beaucoup de sages et de nobles.

viendront se joindre à Vous, pour prêcher aux rois, aux princes et aux peuples, Soyez donc: Patients dans la tribulation, fervents dans 1x prière, Courageux dans le travail, et le royaume de Dieu, qui est éternel, sera votre récompense.’ (r)

Ce discours les remplit tous d’une nouvelle confiance. Ils se jetèrent aux pieds du saint homme, et reçurent avec joie les ordres qu'il leur donna. Ayant fait le Partage de leur route, en forme de croix, vers les quatre parties du monde, et sachant bien qu’il devait être le modèle de ses frères, François prit d'abord un côté pour lui avec son compagnon, et envoya les six autres, deux à deux, des trois autres côtés,

Partout où ils trouvaient une église, ils s'y

(1) Le P. Chalippe: Livre I.

prosternaient, en disant ce qu'ils avaient appris de leur Père : ‘Nous vous adorons, ô très saint Seigneur Jésus-Christ, ici et dans toutes vos églises qui sont par toute la terre, et nous vous bénissons, de ce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.’ Ils avaient une profonde vénération pour toutes lès chapelles, pour toutes les croix, pour tout ce qui se rapportait au culte de Dieu ; ils s’y arrêtaient et y faisaient dévotement leur prière. Dans leur prédication, ils disaient avec candeur ce que le Saint-Esprit leur inspirait, montrant le vrai chemin du ciel, enseignant les devoirs de la charité, tâchant de porter tout le monde à craindre et à aimer le Créateur et à garder ses saints commandements.

Quand on leur demandait de quel pays et . de quelle profession ils étaient, ils se contentaient de dire: “* Vous sommes des Dénitents, venus d'Assise."

Tandis que ces hommes apostoliques continuaient leur mission, François, conduit par l'Esprit de Dieu, revint à la cabane de Rivo-

en

Torto, où il reçut quatre nouveaux disciples : Constance, Barbaro, Vigilance et Sylvestre qui était prêtre : ce fut le premier prétre de l'Ordre Séraphique,

La vocation de ce Frère Sylvestre qui devint plus tard un homme d’une telle vertu et contemplation que nous verrons François le consulter dans des circonstances décisives lui vint d’une manière providentielle.

Dans le temps que François reconstruisait Saint-Damien, il lui avait vendu à très bon marché un lot de pierres, voulant s’associer à sa bonne œuvre. Mais ce bon mouvement ne dura pas. Et quand Sylvestre vit François et Bernard de Quintavalle distribuer à pleines mains l'argent de celui-ci aux pauvres, il osa bien aller réclamer au saint un supplément de prix. François, détestant toute avarice, prit

dans la robe de Bernard une poignée de pièces de-monnaie et la donna au malheureux Sylvestre; il plongea sa main une seconde fois en disant :

‘Etes-vous assez payé, Seigneur prêtre ? —

Oui, ”’ répondit celui-ci. Etils'en alla. Mais

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le remords partit avec lui. I] revoyait François, jeune et laïque, mépriser ainsi la richesse et lui, prêtre, déjà âgé, y tant tenir. Il se jugeait misérable. Un songe accentua son repentir.

François lui apparut; une croix lumineuse sortait de sa bouche et couvrait tout le ciel. Il ne douta plus que le fils de Bernardone ne fût un ami de Dieu. Il commença dès lors à faire pénitence en sa maison ; bientôt après, il demandait à François de l’admettre parmi ses frères, et sa vie, nous l’avons dit, fut pleinement digne d’une si rare vocation.

Ayant donc reçu ces quatre nouveaux disciples qui portaient à onze le nombre de ses enfants, François souhaita de les voir tous rassemblés. Le Seigneur exauça son désir : les six qui étaient encore en mission revinrent bientôt à Assise, de divers endroits, comme de concert, sans avoir été avertis. La joie que

Jeur retour cavsa au saint fut encore augmentée par le récit sincère et humble qu'ils lui firent, de tout ce qui s'était passé dans leur voyage pour la gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain, Ils racontaient surtout

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avec plaisir les injures et les mauvais traitements qu'ils avaient reçus, témoignant une joie extrême d’avoir été trouvés dignes de les endurer pour le service de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Cependant le serviteur de Dieu considérant que le nombre de ses disciples augmentait, pensa sérieusement à leur donner une Règle.

Ayant donc assemblé les onze, :! leur dit :

‘Mes Frères, je vois que le Seigneur, dans sa bonté, veut étendre notre compagnie, Allons donc trouver notre Mère, la sainte Eglise Romaine; faisons connaître à notre Saint Père le Pape, ce que Dieu a daigné commencer par notre ministère, afin que nous poursuivions sous ses ordres et selon sa volonté.’’ Tous prirent le chemin de Rome, joyeux et confiants, charmant la longueur de la route par la prière et de pieux entretiens. Passant à Riéti, François vit un chevalier, nommé Ange Tancrède ; il ne le connaissait point.

Cependant il l’aborde et lui dit: ‘‘Ange, il y a assez longtemps que vous portez le baudrier, l'épée et les éperons ; il faut maintenant

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que vous ayez pour baudrier une grosse corde ; pour épée la croix de Jésus-Christ ; pour éperons la poussière et la boue. Suivez-moi, je vous ferai soldat de Jésus-Christ.’ Ange le suivit. Ainsi fut complété ce nombre mystérieux et symbolique de douze disciples qui établit une nouvelle conformité entre le Sauveur Jésus et François, son imitateur fidèle.

> monde catholique avait alors pour Sou- | verain Pontife Innocent III, le plus illustre des successeurs de Saint Grégoire VII, dont il continuait l’œuvre avec un invincible Courage. Les tribulations del les désordres des princes en Occident n’avaient point ébranlé sa Constance : sa grande âme avait fait face à tous les besoins, et jamais on ne l’avait vu fléchir en présence du devoir. En arrivant à Rome, François et ses douze disciples furent reçus par leur vieil ami l'évéque d'Assise, qui S'y trouvait alors, et qui les recommanda avec instance au Cardinal Jean de Saint Paul, évêque de Sabine, prélat d'une haute vertu et d’une grande influence.

Cependant François, qui désirait avoir une Prompte audience, alla au Palais de Latran et se fit présenter au Pape par un officier de

"Eglise en Orient,

sa connaissance. Le moment n’était pas favorable : le Pontife qui se promenait alors sur une terrasse appelée le Miroir, absorbé tout entier dans les affaires les plus importantes de l'Eglise, par une permission divine renvoya comme un imposteur ce pauvre au costume singulier, sans même lui permettre la moindre explication. Le serviteur de Dieu sortit humblement; mais la nuit suivante, une vision céleste vint troubler le sommeil d’Innocent. Il lui semblait voir un palmier sortir de terre, croître peu à peu, s'élever, se couvrir de rameaux nombreux et devenir enfin un arbre admirable. Etonné et se demandant ce que pouvait signifier une telle vision, la lumière divine lui fit comprendre que ce palmier était le pauvre si-mal accueilli la veille.

Le jour venu, il envoya ses serviteurs à la « recherche de ce pauvre; ils le découvrirent à l'hôpital de Saint Antoine, et l’introduisirent au palais où le Pape le reçut avec bonté. Il reconnut la candeur, le courage et le zèle admirable de François : il le prit en affection comme un vrai pauvre de Jésus-Christ et il

A inclinait à lui accorder sa demande. I] différa néanmoins, parce qu’un tel genre de vie parut à quelques cardinaux trop nouveau et au dessus des forces humaines. La difficulté principale était le renoncement perpétuel à toute Possession, non-seulement de chaque religieux en particulier mais de la part de tout l'Ordre en général. Le cardinal de Saint Paul défendit François avec chaleur et prouva, avec une grande force de raisonnement, que sa Règle était entièrement basée sur la perfection même du Saint Evangile. Le Pape frappé de cette raison dit à François : ‘* Mon Fils, priez Jésus-Christ qu'il nous fasse connaître sa volonté, afin que nous puissions favoriser vos désirs. ’’ L'homme de Dieu fit sa prière et revint bientôt après proposer en toute simplicité cette parabole : ‘‘ Très saint Père, il y avait une fille très belle mais pauvre, qui demeurait dans un désert. Le roi de la contrée, qui la vit, fut si charmé de sa beauté qu'il la prit pour épouse ; il demeura quelques années avec elle et en eut des enfants qui avaient tous les traits de leur père et la beauté de

136 VIE DE SAINT FRANÇOIS ne

leur mère ; puis il revint à sa cour. La mère éleva ses enfants avec grand soin, et dans la suite elle leur.dit: ‘* Mes enfants, vous êtes nés d’un grand roi : allez le trouver, diteslui qui vous êtes, et il vous donnera tout ce qui convient à votre naissanse. ”’ Les enfants allèrent à la cour du roi leur père, qui reconnaissant en eux tous ses traits, aussi bien que la beauté de leur mère, les reçut avec empressement et leur dit : ‘‘ Oui, vous êtes mes véritables enfants, et je vous traiterai comme enfants de roi. Car si j'ai soin de nourrir dans mon palais des serviteurs et des étrangers, combien plus aurai-je soin de vous qui êtes mes propres enfants ? ”’

‘Ce Roi, très saint Père, c'est Notre- Seigneur Jésus-Christ. Cette fille si belle, c'est la Pauvreté qui, étant rejetée et méprisée partout, se trouvait en ce monde comme dans un désert. Le Roi des rois, descendant du ciel, et venant sur la terre, eut pour elle tant d'amour qu’il l'épousa dans la crèche.

Il en eut plusieurs enfants dans le désert de ce monde: les apôtres, les anachorètes, les

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cénobites et quantité d’autres qui ont embrassé volontairement la pauvreté. Cette bonne mère les a envoyés au Roi du ciel, leur père, avec les marques de Sa pauvreté royale, aussi bien que de son humilité et de son obé’ssance, Ce grand roi les à reçus avec bonté, Promettant de les nourrir et leur disant : ‘ Moi qui fais lever mon soleil sur les justes et sur les pécheurs, moi qui distribue à toute créature ce qui lui est nécessaire, combien plus volontiers soigner enfants |»

“C'est à ce Roi céleste, très saint Père, que cette dame, son épouse, envoie ses enfants que vous voyez, lesquels ne sont pas de moindre condition que les autres qui sont venus longtemps avant eux. Ils ne dégénèrent point ; ils ressemblent en beauté à leur père et à leur mère, puisqu'ils font profession de Ja plus parfaite Pauvreté |’?

Le Pape avait écouté très attentivement la parabole et Son application. Il en fut charmé et ne douta Point que Jésus-Christ même n'eût parlé par la bouche de

ai-je mes propres

François, Il

s'assura aussi, par une lumière de l’Esprit- Saint, qu’en sa personne s’aécomplirait une vision céleste qu’il avait eue quelques jours auparavant, et que lui-même raconta, au témoignage de Saint Bonaventure.

Pendant son sommeil, le Pontife voyait la .

basilique de Latran prête à s'écrouler, lorsqu’un homme, pauvre, et de chétive apparence, se présenta qui la soutint de ses épaules. ‘Ah! véritablement, s'était écrié le Pape, c’est cet homme-là qui soutiendra l'Eglise de Jésus-Christ par ses œuvres et par sa doctrine.

Innocent III approut de vive veix la Règle du Pauvre d'Assise, l’admit à la Profession religieuse, avec ses douze disciples, conféra les ordres mineurs à ceux qui n'étaient point engagés dans la vie cléricale, et éleva ‘François jusqu’au diaconat.

Le Souverain Pontife établit ensuite François supérieur général de tous les religieux présents et à venir. Les douse promirent immédiatement obéissance à François ; et François promit obéissance au Pape. Le

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Saint Père les bénit, les chargea d'aller précher partout Ja Pénitence, les assura de sa protection, et les ayant enfin serrés contre Son Cœur, avec une affection de père; il les congédia pleins d’aliégresse. L'Ordre des Frères-Mineurs était canoniquement établi.

Ce jour si glorieux et si fécond était le 16 avril 1209. Il y avait deux ans, jour pour jour, que dans la salle de l'évêché d'Assise, François s'était donné à Dieu sans réserve. Dieu ne s'était pas laissé vaincre en générosité, François partit de Rome avec ses disciples, et lee ramena par la vallée de Spolète à la Pauvre cabane de Rivo-Torto, près d'Assise, Cette cabane qui existe encore, et que nous avons visitée nous-même, est si étroite que les pauvres évangéliques n'avaient pas d’es- Pace pour s'étendre et Prendre un peu de repos: ils devaient dormir assis, chacun à sa place, devant son propre nom, écrit par Saint François sur une solive. Leur vie y était en même temps si pauvre, si dénuée de tout, que souvent manquant même de pain, ils étaient contraints d'aller à la campagne

chercher quelques herbes et racines, dont ils faisaient ensuite un repas délicieux. N'ayant pas encore de /vres pour dire l'Office divin, une croix de bois, plantée par François au milieu de la cabane et autour de laquelle ils priaient, leur servait de bréviaire.

Leur maître ne perdait pas d’occasion de leur inontrer le peu de cas qu'ils devaient faire. du monde et de ses vaines grandeurs.

Peu de temps après leur retour à Rivo-Torto, en septembre 1209, Othon de Brunswick, empereur élu d'Allemagne, traversa la vallée de Spelète entouré d’un brillant cortège de barons et de seigneurs. Il se rendait à Rome pour y recevoir la couronne impériale des mains d’Innocent III.

D'Assise, de Bettona, de Spello, d’Isola- Romanesca, des autres villes et villages de Ja plaine et de la montagne, les foules affluaient afin de voir le magnifique cortège. Seuls, les frères de Rivo-Torto ne bougèrent point de leur demeure, à l'exception de celui que François avait chargé d'aller à la rencontre du prince, pour lui annoncer hardi-

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ment que toute cette gloire serait de courte durée. Prophétie que l'événement ne tarda pas à justifier.

C'est aussi vers ce temps là, c’est-à-dire peu après que le Pape Innocent III eut confirmé le genre de vie adopté par le saint et ses compagnons, qu'il fut invité à prêcher dans les églises. Jusque là il n’avait adressé la parole aux fidèles que dans les rues et sur les places publiques. Le clergé restait dans l’expectative. Tant de faux réformateurs avaient Surgi durant les dernières années, loups ravisseurs cachés sous la peau de brebis, qui sous prétexte de ramener les âmes à la vérité les égaraient dans les sentiers de l'erreur, de la rébellion et du péché, que cette attitude des prêtres n’était que trop justifiée.

Mais l'approbation du Pape levait toutes les craintes ; les prêtres de Saint-Georges qui avaient instruit François et suivi avec une sympathie croissante l’œuvre de la grâce en lui, furent les premiers à l’inviter à se faire entendre dans leur église,

Il faut croire que leur invitation fut cou-

ronnée de succès, car l’évêque demanda presque aussitôt à François de prêcher dans sa cathédrale. Ce qu'il avait vu et appris de François durant leur séjour commun à Rome, l'estime qu'avait manifestée Innocent III au jeune saint le porta à réclamer pour son peuple les prémices de l’apostolat de celui-ci.

Il lui confia une prédication suivie; entreprise qui n’était pas sans risques, car autre chose est d’exhorter une fois le peuple à la pénitence, autre chose de donner un cours régulier et méthodique d'instructions. François se fit donc entendre plusieurs dimanches consécutifs et tout porte à croire que ces dimanches furent ceux de l’avent de 1209 ou du carême de 1210... Peut-être aussi prêcha-t-il successivement les deux stations.

"Quoi qu’il en soit, le jeune orateur surpassa ° ce que l’évêque avait pu attendre. La vaste basilique devint bientôt trop étroite pour contenir le flot montant des auditeurs. Thomas de Célano rapporte que les prêtres et les clercs et même les moines des monastères de la montagne s’empressaient de venir

RT

l'entendre, et tous les cœurs se remplissaient d’une émotion profonde : Personne ne parlait comme cet homme, tel était le cri unanime,

A défaut des Sérmons de François qui ne nous ont pas été conservés, deux monuments sont parvenus jusqu’à nous qui nous disent assez des résultats obtenus.

Le premier est la charte communale qui fut signée en novembre 1210 par l'unanimité des citoyens d'Assise. Cet acte est non seulement un traité de paix conclu entre les nobles, les bourgeois et ce que nous appelons aujourd’hui les Drolétaires de la vieille cité féodale, mais aussi un pacte d'affranchissement de tous ceux qui vivaient encore sous la dure loi du servage, et qui semblent avoir été nombreux.

Il faut se reporter à l’époque où il a été Passé pour comprendre toute l'importance sociale de cet acte. Si de nos jours, patrons et ouvriers, capitalistes et prolétaires se mettaient d'accord Pour trancher selon les lois de la conscience chrétienne et du bien commun, la grosse question de la répartition des profits

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entre le capital et le travail, nous aurions une idée de ce qu’a opéré dans Assise la prédication de François. Car la teneur du document ‘et le rapprochement des dates ne permettent aucun doute: avec un savant historien de la ville d’Assise, M. Cristofani, il faut attribuer aux exemples et aux paroles du saint le béau mouvement de religion, de charité et de justice qui anima alors les habitants de la cité ombrienne.

Le second de ces monuments vient d’ailleurs merveilleusement à l'appui de ces con- ” clusions.

Au moment où se concluait la charte municipale, on rebâtissait dans la ville l'église de Sainte-Marie-la-Grande. Une inscription gravée sur une des pierres de l’abside devait porter la date des travaux ; or cette inscrip- .tion débute ainsi: Aux temps de l'Evêque Guido et du Fr. François...

Le peuple d'Assise se reconnaissait ainsi le débiteur de son apôtre, et le mettait sur la même ligne que son évêque et ses personnages officiels.

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C'est toujours à cette même époque que François donna le nom de Frères-Mineurs à ses disciples. Peut-être ce nom lui fut-il inspiré par la participation qu’il avait prise à l'émancipation des serfs d'Assise, que l’on appelait wénores, mineurs, comme des enfants en tutelle, par opposition aux nobles et bourgeois qui Prenaient le nom de majeurs, majores. Un mouvement de tendresse vers le menu peuple dont il fut toujours l'apôtre, et ses disciples après lui, le porta-t-il à revendiquer comme un titre d'honneur ce nom humiliant ? Toujours est-i qu’entendant lire dans la première Règle qu’il avait donnée à ses frères cette parole empruntée d’ailleurs au Saint Evangile : et sint #inores, c'est-àdire: qu’ils soient les moindres de tous, ilen fut frappé comme s’il l’eut entendue pour la première fois ; il interrompit le lecteur : ‘Mes frères, dit-il Sravement, je veux que notre fraternité s'appelle désormais l'Ordre des Mineurs.

Il nous reste à signaler maintenant com-

me s'étant passé à Rivo Torto, un fait qui res

146 VIE DE SAINT FRANÇOIS Ts lt se rattache aux prédications de François.

Etant allé un samedi à Assise, pour y précher, le dimanche matin, dans la cathédrale, comme c'était la coutume, il se retira sous un petit appentis dans un jardin qui appartenait aux chanoines, afin d'y passer la nuit en contemplation à son ordinaire. Vers minuit, un char de feu, au milieu duquel brillait un globe resplendissant comme le soleil, entra par la porte de la cabane où étaient ses frères, et en fit trois fois le tour, malgré . Son exiguité. Quelques-uns d’entre eux veillaient et priaiént: les autres qui prenaient un peu de repos se réveillèrent. Grande fut leur admiration à tous, lorsqu’à la splendeur de ce char mystérieux, ils se virent éclairés au dedans comme au dehors d’une lumière si pénétrante, qu'elle leur manifesta mutuel- ‘lement ieurs consciences. Dieu leur donna le sens de cette vision, qui s’appliquait à François, nouvel Elie par son zèle brûlant pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères. Au retour d'Assise, le Père s’entretint avec ses enfants du prodige qu'ils avaient vu, et

PR ns à

s’en servit pour les affermir dans leur vocation. Le saint entra dans le détail des secrètes dispositions de leur Cœur ; il leur fit beau-

roissement dé son

grande Plénitude, et que pour eux la voie la plus sûre était de se conformer à sa vie et à sa doctrine.

A dehors, le public était si touché des vértus de François et de ses disco: :, que plusieurs nouveaux postulants se présentèrent pour entrer dans son Ordre. Il différa de les recevoir: la cabane était déjà trop étroite pour les douse, d'où il prit occasion de leur dire: ‘Dieu, mes Frères, a daigné, dans sa bonté, me faire connaître qu’il veut augmenter notre pauvre famille. Mais comment admettre les novices, sans un endroit pour vous placer tous. Nous avons besoin d'une demeure plus spacieuse, aussi ‘ien que d'une petite église pour entendre la Messe, pour dire l'Office et pour faire reposer en paix ceux des nôtres qui viendront à mourir.

Allons donc trouver notre seigneur l'évêque et les chanoines. Prions-les instamment pour l'amour de Dieu de nous l’accorder; et,

ne

s’ils ne le Peuvent pas, nous irons demander

la même grâce aux religieux du Mont-Sou-

base, »’

L'évêque d'Assise et les chanoines ne purent le satisfaire, parce qu’ils n'avaient aucune église en leur disposition. Mais l'abbé du Mont-Soubase, avec le consentement de Sa communauté, Jui accorda pour lui et pour ses frères, la chapelle de Sainte-Marie-des- Anges, qu'il avait restaurée : et le pieux abbé y mit cette condition que si l’Ordre de Ftan- Çois verait à s'étendre, elle en serait toujours regardée comme l'origine, le chef-lieu, la Maison-Mève.

François accepta l'offre et les conditions avec de grandes actions de grâces, et vint en faire part à ses frères, leur témoignant sa joie d’avoir Pour première église de son Ordre une église de la Sainte Vierge, très petite et très Pauvre, donnée par aumône ; et dans laquelle il avait pris lui-même la forme de vie apostolique.

Le même jour, François, dans sa joie naïve, empressée, reConnaïissante, court à Sainte-

mn mme

et Marie-des-Anges, où demeure un saint prêtre d'Assise, nommé Pierre Mayancoli, à qui le soin de la petite chapelle avait été confié, lors de sa restauration. Il lui raconte tout ce qui vient de se passer, lui insinue de trouver bon qu'il y vienne demeurer avec ses frères, le prie de céder encore sa petite maison attenant à l’église et la petite parcelle de terre qui l’avoisine, et d’où est venu à ce lieu béni, le nom de Portioncule.

Pour toute réponse le vertue:1x prêtre embrasse le Saint et l’assure qu'un de ses plus grands désirs, c’est de voir la Sainte Vierge honorée et louée dans ce saint lieu qu'elle aime, et où l’on entend des concerts angéliques. Et pour preuve du fait, il fait venir immédiatement un laboureur du voisinage qui certifie que plusieurs fois, pendant la nuit, il a entendu chanter dans cette église des cantiques mélodieux, et vu sortir des fenêtres une très grande lumière.

François allait être à son tour, et sans délai, l’heureux témoin d'une autre merveille. Etant en oraison, la nuit suivante, pour

recommander son

Sainte Vierge, d’une éclatante lumière,

Notre-Seigneur Jésus- Mère et une multitude

| : “O très saint Sei- | &neur, Roi du ciel, Réd |

empteur du monde, doux amour! et vous,

Reine des Anges, par quel excès de bonté descendez-vous du haut des cieux dans cette

si petite p»

nous est fort cher. ”’ Çois s'écria:

lieu saint, qui devrait être habité par des anges, plutôt que Par des hommes.

tant qu'il sera €n Mon pouvoir, je ne m'en Séparerai Pas; il sera Pour moi et pour les l'A 4 miens un monument éternel de la Bonté : NT

Non,

divine, ”’ Le serviteur de Dieu, ren Seigneur et à ses frères les

dant grâces au Bénédictins, se

transporta sur le champ, avec ses cempagnons, dans sa nouvelle demeure qui fut toujours considérée depuis comme le berceau de l'Ordre des Frères-Mineurs.

Mais pour rester fidèle à sa Dame la Pauvreté dans cette église qui lui semblait si magnifique, il ne voulut pas la recevoir à titre définitif ; il entendit n’y être que l'hôte et le locataire des moines du Mont-Soubase, et chaque année il leur payait le loyer de l’église par l'envoi d’un panier de petits poissons pris dans la rivière voisine ; et les enfants de Saint Benoît, charmés de tant de simplicité, envoyaient aussi chaque année en retour, à Sainte-Marie-des-Anges, une mesure de leur meilleure huile pour assaisonner les mets des frères !

“Voilà donc, s'écrie ici un écrivain déjà cité, (1) la pauvre famille franciscaine qui peut respirer à l'aise; elle a une place au soleil. Fort de l'approbation du Souverain

(1) Chavin de Malan.

NOVVELLES RECRUES 153

HN TT ane Av À

Pontife, François ne craint plus rien au monde ; il court Par toutes les villes, par toutes les bourgades, Par tous les hameaux :

gonfalonier du Christ crucifié, il lève hautement l’étendard de la Pauvreté ; il commence à exercer dans le monde un nouveau genre de négoce ; il établit le plus beau et Je plus riche Commerce dont on se puisse jamais aviser. I] disait Partout et à tous: “© vous qui désirez cette perle unique de l'Evangile, venez, associons-nous, afin de trafiquer Pour le ciel; vendez vos biens, donnez-les AUX pauvres; venez avec moi libres de tous soins terrestres ; venez, nous ferons Péhnitence ; venez, nous louerons et servirons notre Dieu en simplicité et en Pauvreté, »’ Et chaque soir il rentrait triomphant à Sainte-Marie-des-Anges, entouré de ses nou.

Cependant le charitable Père portait tous ses enfants dans son Cœur, et là, dans son délicieux Sanctuaire, sous le regard de Marie,

il les élevait avec la tendresse d’une mère.

Il était le premier à aller demander l’aumône de porte en porte, pour subvenir à leurs besoins; quelquefois même il y allait seul pour leur éviter les premières confusions de la mendicité, si naturelles, du reste, à des hommes à peine sortis du siècle, et de ses serviles vanités. Il fallait pourtant leur apprendre à demander résolument l'aumône pour l’amour de Dieu; et c'est pourquoi il leur tint ce discours: “ Mes frères et mes enfants bénis! n'ayez point de honte d'aller demander l'aumône, puisque Notre- Seigneur s’est rendu pauvre en ce monde pour l'amour de nous, et qu’à son exemple nous avons choisi l'état de la plus parfaite pauvreté. Allez donc, avec la bénédiction de Dieu, demander l’aumône, et cela avec une confiance plus grande que celui qui irait offrir cent pour un. Car c'est l'amour de Dieu que vous offrez en la demandant, puis-

que vous dites: ‘‘ Faites-nous l’aumône pour

l'amour de Dieu, *’ et que le ciel et la terre ne sont rien, comparés à ce divin amour.

Il leur disait Encore avec la même simblicité :

onde dans ces derniers temps, afin que les élus puissent pratiquer ce qui les fera glorifier par le Souverain Juge, lorsqu'il leur adressera ces paroles si consolantes: Ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c'est à moimême que vous l'avez fait, ” François, en formant ainsi ses disciples à l'esprit de Pauvreté, d’humilité, d’abnégation les exerçait aussi au ministère Voulant un jour juger publi- Auement de l'aptitude de chacun, il les réunit en Communauté, et ordonna au plus ancien, Bernard de Quintavalle, d'annoncer à ses frères la Parole divine. L'humble religieux se lève, sans se troubler de cet ordre inattendu, et faisant simplement appel à son Cœur brûlant de charité, à son âme toute

— om"

pénétrée des merveilles de la loi divine, il étonne la sainte assemblée ; l'Esprit de Dieu semblait avoir mis sa parole sur ses lèvres.

Après lui, Pierre de Cartane se fit entendre avec le même succès; un troisième vint ensuite, et ne fut en rien inférieur aux deux premiers.

Notre-Seigneur daigna confirmer lui-même ce premier essai, par un grand prodige. Il se montra visiblement au milieu d'eux sous la forme d’un beau jeune homme, plein d’une douce majesté, et leur donna à chacun sa divine bénédiction, avec une ineffable bonté. Cette vision les ravit en extase après quoi François leur parla ainsi: ‘ O mes frères, et mes enfants bénis, rendez de souveraines actions de grâces au Dieu Tout-Puissant, et à son Fils Jésus-Christ, Notre-Seigneur, à qui il a plu de répandre ses célestes trésors par la bouche d'hommes simples comme vous. Oui, c'est Lui qui ouvre la bouche des enfants, délie la langue des muets et rend éloquente la parole des ignorants. Il compatit miséricordieusement au monde €

D ee seveli dans le vice, et il a décidé de faire entendre ses avertissements aux hommes jetés hors de leur voie, Afin de détruire l’œuvre du démon, au milieu de tant d’iniquités dont la terre Surabonde, i] a choisi Pour ses prédicateurs des personnes du deraier rang et Sans considération aucune, afin que nulle chair ne se glorifie en sa présence et que le bien accompli lui revienne ostensiblement.

“Parmi Vous, il y a peu de sages selon le monde, peu de nobles, peu de puissants, et cependant il vous a choisis pour une telle entreprise, il vous a destinés toutes les contrées de l'univers, afin que vous le glorifiiez Par vos œuvres et vos paroles. Ceignez donc vos reins, remplissez-vous de force, revêtez. vous de l’armure de la foi, et tenez-vous prêts, pour la cause de ‘l'Evangile, à voler comme des nuées là où Vous porteront l'obéissance et le mouvement de l'Esprit divin, afin de répandre sur le sable aride et la terre endurcie des CŒurs en proie aux crimes, les eaux de la Céleste parole. Le Sei.

gneur ne vous a pas appelés à cet Ordre, pour vous y laisser vivre près de vos proches et au milieu de votre patrie, dans la paix et la tranquillité, sans fatigue, ni travail, mais pour porter son Nom et sa foi devant les nations et les princes de la terre. Dès demain donc, pour ne mettre ni lenteur, ni paresse à exécuter le bon vouloir de Dieu, nous partagerons les diverses contrées de l’Italie, et nous nous tiendrons prêts à partir pour d’autres missions dans les pays les plus lointains de la terre. ”’

Ce noble langage joint à la vision qui précède les remplit tous d'un saint enthousiasme ; ils se déclarèrent prêts à tout entreprendre pour la gloire de leur divin Maître.

Parmi les nouveaux postulants qui viennent de s'unir dans l’ardeur de leur zèle aux douze premiers disciples de François, les historiens nous font remarquer spécialement Léon, Ruffin, Massée de Marignan et Frère Junipère.

Frère Léon était le confesseur, l'ami intime de François; ils ne se quittaient pas, voya-

PRE Ra US 7

geaient ensemble, priaient ensemble, pleuraient ensemble, Saint François appelait ite brebis du bon Dieu, en italien: /z Pecorella di “C'était pendant l'hiver : un jour que Saint François se rendait de Pérouse à Sainte.

Marie-des-Anges, Par un froid très rigoureux, il appella Frère Léon qui se trouvait à quelques pas devant lui, et lui dit: O Frère Léon! plaise à Dieu que les Frères-Mineurs donnent à toute la terre un grand exemple de sainteté ; néanmoins fais bien attention et note soigneusement qu'en cela ne consiste pas la joie parfaite. Un peu plus loin, il reprit: O Frère Léon! quand les frères rendraient la vue aux aveugles, chasseraient les démons, feraient parler les muets, et ressusciteraient les Morts de quatre jours, fais bien attention que ce n'est pas là la joie Parfaite. Et un peu plus loin encore: O Frère Léon! lui dit-il, si les Frères-Mineurs Savaient toutes les la sciences, s’ils avaient le don de prophétie et celui du discernement des cœurs, fais bien

attention que ce n'est pas là la joie parfaite. Et un peu plus loin: O Frère Léon! chère petite brebis du bon Dieu, si les Frères-Mineurs parlaient la langue des anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre, et la natüre des oiseaux, des poissons, des hommes et de tous les animaux, des arbres, des pierres et de l'eau, fais bien attention que ce n’est pas là la joie parfaite. Et un peu plus loin: O Frère Léon! quand les Frères- Mineurs convertiraient par leur prédication, tous les peuples infidèles à la foi de l’Evangile, fais bien attention que ce n’est pas là la joie parfaite. Et il continua à parler ainsi l’espace de plusieurs milles.

Enfin, Frère Léon étonné lui demanda : O Père, je vous en prie, dites-moi donc en quoi consiste la joie parfaite ? François répondit : Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des- Anges, bien mouillés, bien crottés, transis de froid, mourants de faim et que nous frapperons à la porte, le portier nous dira: Qui êtes-vous ? — Nous répondrons: Nous sommes

cr

en HuIx de vos Frères. — Vous mentez, dirat-!, vous te: “eux vagabonds qui courez le

Dr e uevez les aumônes aux véritales pauvres; Lirtez d'ici. Et il refusera de Bou ousnir: il nous laissera à la porte pendant ja nuit, À la neige, au froid, mourants de faim. Si nous souffrons ce traitement vec patience, sans trouble et sans murmure ; si même nous pensons humblement et chatitablement que le portier nous connaît bien Pour ce que nous sommes, et que c’est par la permission de Dieu qu’il parle ainsi contre nous, ô Frère Léon, crois bien que c’est là la joie parfaite.

Si nous continuons de frapper à la porte et que le portier courroucé nous chasse comme des fainéants importuns, nous accable d’injures, de soufflets et qu’il nous dise : Partirez-vous d'ici, faquins ! Allez à l'hôpital ; il n'y a rien à manger ici pour vous. Si nous supportons ces mauvais traitements avec joie et avec amour, Ô Frère Léon!

crois bien que c’est là la joie parfaite. Si

enfin, dans cette extrémité, la faim, le froid,

162 VIE DE SAINT FRANÇOIS ee le Mer.

la nuit nous contraignent de faire instance, avec des larmes et des cris pour entrer dans le couvent, et que le portier, irrité, sorte avec un gros bâton noueux, nous tire par le capuce, nous jette dans la neige et nous donne tant de coups qu'il nous couvre de plaies; si nous supportons toutes ces choses avec joie, dans la pensée que nous devons participer aux souffrances de notre béni Seigneur Jésus-Christ, ô Frère Léon! crois bien que c'est là la joie parfaite.

Et maintenant écoute la conclusion, 6 Frère Léon: ‘De tous les dons du Saint- Esprit que le Christ Jésus a daigné répandre sur ses serviteurs, le plus considérable est de se vaincre soi-même et de souffrir volontiers pour l'amour de Jésus, les peines, les injures, les opprobres et les plus dures privations!’’ (1)

Nous rencontrerons souvent Frère Léon dans la suite de cette histoire, mais surtout

(1) Fioretti : ©, vit,

PP

au Mont Alverne où il sera témoin de grandes merveilles. François avait choisi trois Compagnons pour se rendre à cette mystérieuse Montagne : Frère Massée, Frère Aïge, enfin Frère Léon gu'i/ lièrement, à cause de sa de sa &rande Simplicité /

Frère Rufin, cito

afectionnait Singudureté de cœur et

yen des plus distingués d'Assise, et Cousin de Sainte Claire, personnage d’une haute sainteté, fut aussi compa- .&non de Saint François. “Dieu a embelli et enrichi les premiers Frères-Mineurs des claires et excellentes vertus de Frère Ruñin, Comme un arc resplendissant Parmi les nuées, avec la gaie variété de ses belles couleurs, et comme une rose vermeille, à cause de sa fervente charité, et Comme un lis blanc Pour Sa pureté, rendant une très agréable où ‘ur dans l'Eglise de Dieu. "’

Frère Rufin fut pendant un temps, violemment travaillé par des tentations intérieures au sujet de la Prédestination. Il était alors triste et mélancolique, car le démon lui annonçait qu'il était damné, exclu du

nombre des prédestinés et que tout le bien qu'il pouvait faire dans l'Ordre des Frères Mineurs était perdu. Après bien des hésitations et des amertumes, Frère Rufin découvrit tout à Saint François. Le serviteur de Dieu le console, le fortifie et lui enseigne un moyen nouveau de chasser le détnon, en mortifiant rudement cet esprit malin et tout pétri d’orgueil. Le Christ Jésus vint à son tour consoler Frère Rufin, dans une miséricordieuse apparition en lui promettant que désormais la tristesse et la mélancolie ne viendraient plus attrister son âme. Notre- Seigneur se retira et Frère Rufin demeura dans une douce allégresse et avec une élévation d'esprit si sublime, que jour et nuit il é ait absorbé et ravi en Dieu. Dès lors il fut tellement confirmé en grâce, tellement sûr de son salut, qu'il se sentit entièrement changé; et il serait demeuré continuellement en prière, dans la contemplation des choses divines, si les Frères l'y avaient laissé. Aussi Saint François disait-il de lui que dès cette vie même Notre-Seigneur l'a-

re mn nn —— vait Canonisé, et que Partout ailleurs qu’en Sa présence, il n'hésiterait Pas à lui donner le nom de saint quoiqu'il fut encore sur la terre.

Par suite de l'état de contemplation, où il se trouvait continuellement, Frère Rufin avait l'esprit tellement absorbé en Dieu, qu'il en devenait Parfois comme insensible et muet, Prononçant à peine quelques mots et ne sentant plus en lui ni Ja force, ni la grâce ni la facilité nécessaires pour annoncer la parole de Dieu. Or, un jour, Saint François lui ordonna d'aller à Assise et de prêcher au Peuple ce que l'Esprit Saint lui inspirerait. “* Révérend Père, lui répondit Frère Rufin, je vous en prie, ne m'impo-

suis simple et ignorant, — Eh bien! reprit le saint, Puisque vous n'avez pas obéi promptement, au nom de la sainte obéissance, je Vous ordonne de vous rendre sur le champ dans une église d'Assise et d'y prêcher sans tunique. ”’

Le frère obéit, se dépouille de sa tunique, et part aussitôt pour la ville. Lorsqu'il y fut arrivé, il entra dans une église, et s'étant prosterné quelque temps devant l'autel, il monta en chaire et se mit à précher. Dès qu’on l’eut aperçu, chacun le prit pour un insensé: ‘‘ Voilà encore un de ces hommes, disait-on, qui à force de pénitence est devenu fou; il ne sait plus ce qu'il fait. ’’ Cependant Saint François fit réflexion sur la promptitude avec laquelle Frère Rufin lui avait obéi, en partant pour Assise : il considéra que c'était un des citoyens les plus distingués de cette ville, et que l’ordre qu'il lui avait imposé était bien dur à exécuter: alors il se reprocha sa sévérité et se dit à lui-même: ‘ O fils de Pierre Bernardone ! Petit homme méprisable ! D'où te vient donc tant de présomption de commander à Rufin, à l’un des hommes les plus respectables d'Assise, d'aller prêcher presque nu et comme un insensé ? Eh bien! tu vas exécuter toi-même les ordres que tu imposes aux autres.’ Et aussitôt, dans la ferveur qui

NOUVELLES RECRUES 167 | hong. Le

l’aniait, le saint se dépouille à son tour de ses habits, et se rend à Assise, avec Frère

| Léon qu'il Charge de sa tunique et de celle | de Frère Rufin, Quand il arriva à l'église, |

le très obéissant Frère en chaire, à son aud mes chers

amis! fuyez le monde, renoncez

’autrui, si

c'est par Jà

la pauvreté | des cieux, le | Notre-Seigneur

que tous ceux qui l’écov | F taient fondaient en larmes et se sentaient | touchés de ferveur et de Componction. La

douleur qu'il excita en parlant de Ja Pas-

sion du Sauveur ne se répandit pas seule-

ment dans son auditoire, la ville tout entière entra dans des sentiments de tristesse et de regrets dont on n'avait jamais eu d'exemple.

Lorsqu'ils virent que leurs paroles avaient été pour le peuple un sujet de ferveur et de consolation, Saint François et Frère Rufin reprirënt leurs vêtements et retournèrent au couvent de la Portioncule, louant et glorifiant Dieu de leur avoir donné la grâce de se vaincre par le mépris d'eux-mêmes, heureux d’avoir pu édifier, par leurs exemples, les brebis de Jésus-Christ et de les avoir convaincues de l'importance du mépris du monde. Dès lors le respect du peuple à leur égard s’accrut tellement qu'on s’'estimait heureux d'avoir pu seulement toucher le bord de leurs vêtements.

Frère Massée était un homme d’une grande sainteté, plein de sagesse et d’onction quand il parlait de Dieu et des choses du ciel; et Saint François l’affectionnait particulièrement à cause de ses précieuses qualités. Or il lui vint à l'esprit une singulière pensée. Un jour qu'il sortait du bois où il venait de

faire oraison,

humble, si

“Pourquoi donc vers

vous ?... Pourquoi donc ? mais pourquoi donc!... — Que Voulez-vous, mon Frère, demanda humblement Saint François ?— Je voudrais Savoir, répondit Frère Massée, pourquoi chacun souhaite Vous voir, vous entendre et

vous obéir ; car enfin votre extérieur n’a rien de remarquable ; votre Savoir est très ordi.

naire et vous n'êtes pas noble ! Expliquezmoi donc d’où vient cet empressement avec lequel on court *— Ces paroles

a bonté divine, et se tournant vers le Frère Massée, il Jui (St Voulez-vous Savoir pourquoi je vois tout le monde se Presser sur mes pas ?

Cette faveur, je la tiens du Très-Haut, de celui dont les regards tombent sur les bons comme sur les méchants. Ses yeux très saints n'ont point rencontré, parmi les pécheurs, de créature plus vile, ni plus indigne que moi: ils n’ont pu trouver sur la terre, pour opérer l’œuvre merveilleuse qu’il se propose, de créature plus méprisable, et c’est pourquoi il m’a choisi pour confondre la noblesse, la grandeur, la beauté et la sagesse du monde. Il a voulu que chacun reconnût que toute vertu et tout bien viennent de lui. Il veut que quiconque se glorifie, cherche sa gloire dans le Seigneur, à qui soit honneur et louange dans l'éternité. ’ A cette réponse si pleine d’humilité et de ferveur, Frère Massée, rempli d’admiration, reconnut avec évidence que Saint François était solidement fondé dans la vertu d'4umilité.

© Saiat François aimait ses premiers disciples, comme un bon père aime tendrement ses enfants, et il profitait de toutes les occasions pour les perfectionner dans la vertu. Un jour qu'il faisait route avec le rême Frère Massée, ce frère qui le précédait de quelques pas,

étant arrivé à un. endroit où le chemin se partageait en trois branches, dont l’une se dirigeait vers Florence, une autre vers Sienne et la troisième vers Ârezzo, se retourna vers le Saint et Jui dit : Père, quelle route prendronsnous ? Celle que Dieu voudra, répondit Saint François, — Mais com

naître sa volonté, rep

mManière que je vais v

je vous ordonne,

obéissance, de vou

comme Saint Fran-

rrêter, et qu’il voulait

il se relevait et recom-

mençüit à tourner. Enfin, au moment où ji].

tournait avec le plus de rapidité . ‘Arrêtez, lui dit le Saint ; et le frèr

répon- Fran-

çois, voilà la route que Dieu veut que nous prenions. ”’ Et ils s’y dirigèrent. Cependant Frère Massée ne comprenait rien à la conduite du saint: ilne concevait pas pourquoi il l'avait fait tourner ainsi, en l’exposant aux railleries des passants; et toutefois il n’osait lui faire aucuné observation.

A Sienne, François opéra des merveilles, et fut reçu avec distinction au palais de l’évêque. Le lendemain il se leva de bonne heure et partit avec son compagnon, sans avertir l'évêque. Frère Massée murmurait d'un tel procédé, et il se disait tout en poursuivant sa route: ‘* Que signifie donc la conduite de ce bon homme ? Il m’a fait tourner comme un enfant; puis quand l’évêque l’a comblé d’honneurs, voilà qu'il le quitte sans lui dire un mot, sans le remercier ; ”’ et il semblait au frère que le saint s'était conduit d’une étrange manière.

Puis réfléchissant mieux en lui-même, Frère Massée vit que c'était par manque d’humilité qu'il jugeait ainsi Saint François, et il s’en fit des reproches très amers. Ces pensées occupaient encore l'esprit de Frère Massée, lorsque

NOUVELLES RECRUES 173 RE eee

Saint François qui sut tout Par révélation, s’approcha doucement de lui et lui dit: ‘“Entretenez les pensées qui vous occupent maintenant : elles sont bonnes et utiles ; elles viennent de Dieu ; mais Je Murmure que vous nourrissiez auparavant, Ô Frère Massée | était vain et superbe; et c'est le démon lui-même qui vous l’avait inspiré. »’ Alors Frère Massée vit clairement que Saint François Connaissait les secrets de son cœur, et il comprit qu'il était dirigé dans toutes ses actions Par l’esprit de la divine sagesse, De son côté, Saint François se plaisait aussi à exercer l'humilité de Frère Massée ; il en agissait ainsi, afin que les dons et les grâces dont il était comblé ne devinssent Pas pour lui une occasion de vaine gloire, mais bien un moyen d’avancer de vertu en vertu.

Lorsqu'en 1216, François envoya ses disciples deux à deux prêcher par le monde, et prit lui-même le chemin d: la France, c'est Frère Massée qu’il choisit pour Compagnon : et c'esten ce voyage qu’il leur advint l'aventure suivante.

Un jour qu'ils étaient arrivés tous les deux

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dans une ville, pressés par la faim; ils allèrent suivant leur règle meudier leur pain pour l'amour de Dieu, chacun de son côté. Saint François qui était d'un extérieur peu avantageux, et qui était regardé comme un pauvre mendiant par ceux qui ne le connaissaient pas, ne,put recueillir que quelques petits morceaux de pain ; mais Frère Massée qui était grand et beau, reçut des morceaux en abondance, de gros morceaux et même des pains tout entiers. Quand ils eurent amassé leur provision, ils se rejoignirent hors de la ville pour prendre leur repas dans un endroit où ï! y avait une fontaine limpide, et, tout près, une belle et large pierre sur laquelle tous deux posèrent le pain qu'ils avaient reçu en aumône. Saint François voyant que les morceaux de Frère Massée étaient en plus grand mombre, mieux choisis et plus gros que les siens, en ressentit une grande joie et dit : ‘ O Frère Massée! ô le bsau trésor ! ô le riche trésor ! *’ Et comme il répétait ces paroles, Frère Massée répondit : ‘‘ Père, comment donc trouvez-vous un si grand trésor, là où tout

est Pauvreté, ]à où NOUS manquons de tout »

Nous n'avons ni table, ni Couteaux, ni plats, ni assiettes, ni maison, ni valets, ni servantes, et vous NOUS trouvez riches ? — Ah ! Frère Massée, reprit le saint, c'est en cela même que je vois un trésor, un riche trésor ! Ici l’industrie humaine n’a aucune part. Tout ce que nous Possédons, c’est de la Providence que nous le tenons : Voyez ce pain que nous avons mendié, cette belle pierre qui nous sert de table, cette fontaine limpide ! Je veux

ous priions Dieu de nous faire aimer de tout notre cœur le trésor de la Sainte Pauvreté, ce trésor si noble, ce trésor qui a Dieu lui-même Pour gardien. *’ Alors tous deux se mirent en Prières ; Puis, ayant fait leur repas de leurs Morceaux de pain et de l'eau de la fontaine, ils se levèrent pour continuer leur route,

Etant arrivés près d’une église, Saint Fran- Sois proposa d'y passer quelque temps en prière, et allant aussitôt se placer derrière l'autel, il se mit en oraison. En ce moment Dieu daigna le visiter ; il le remplit d’une

si grande ferveur, et l’enflamma d’un amour si ardent pour la sainte Pauvreté, qu’à l'éclat de sa figure et au frémissement de ses lèvres, il semblait qu’il jetât des flammes d'amour. Ainsi embrasé, Saint François vient trouver son compagnon et s’'écrie : ‘Ah! ah ! ah ! Frère Massée ! ’’ Ayant parlé ainsi trois fois, il souffla sur Frère Massée, et celui-ci se sentit ravi et alla tdmber devant le saint à la distance d’une longue lance. Frère Massée était dans la stupeur. Plus tard, il disait à ses compagnons que dans ce ravissement, l’Esprit-Saint avait inondé son âme d’une si grande abondance de joie et de consolation que jamais il ne s'était trouvé si heureux. Et François, encore tout transporté hors de lui par son brûlant amour pour la sainte Pauvreté, adressa à Dieu l’ardente prière que nous avons rapportée plus haut.

. Ni François, ni Massée n'’arrivèrent en France cette année-là. Car au troisième ou quatrième jour de marche, tout ému à la pensée de sa Dame la Pauvreté, le saint dit soudain à son compagnon: ‘‘ Allons d’abord à Saint

NOus aider à l’acquérir, »» Ainsi ils rebroussèrent chemin et se rendirent à Rome : et, dès leur

ans l’église de Saintmettre en Prière d’un ’autre. Au moment insi, baigné de lartout-à-coup les très-

Paul lui aPparurent lui dirent : “ Tu de-

que quiconque, observera Parfaitement cette vertu, peut avoir la certitude éternel, Et Puis, voici que la

parurent et laissèrent Saint François inondé de consolation. Alors il se releva, alla trouver son compagnon et lui demanda s’il avait reçu de Dieu quelque révélation ; et, sur la réponse que lui fit Frère Massée, qu’il n’en avait eu aucune, il lui raconta toutes les circonstances de l’apparition des Apôtres, «t tous deux remplis de joie d’une telle faveur, se déterminèrent à'retourner dans la vallée de Spolète et renoncèrent à leur projet de voyage en France.

Frère Junipère, l’un des disciples choisis et des premiers compagnons de Saint François, était un homme d’une profonde f:umilité, d’une grande ferveur et d’une extrême charité, et le saint rendit de lui ce témoignage, en présence de ses pieux frères: que celui-là serait un Frère-Mineur parfait, qui aurait, comme Frère Junipère, vaincu le monde et soi-même.

Frère Junipère avait pour les pauvres une charité affectueuse et une tendre compassion ; il ne pouvait en rencontrer en haillons, mal vêtus, sans retirer aussitôt sa tunique ou son capuce pour les en revêtir; et il lui fallut une défense positive de la part du Gardien

DS D faite au nom de la sainte obéissance, pour l'empêcher de se livrer à de Pareilles libéralités. Peu de jours après que cette défense lui eut été faite, un Pauvre à demi-nu se présente mande l’aumône Pour l’amotr de

+ “Hélas! dit Frère Junipère à ce pau-

en que ma tunique, et mon Gar-

ai pas.’ Le deux fois: il]

tunique. ‘‘ C'est une bonne Personne, répondit-il avec simplicité, qui me l'a retirée de dessus les épaules et qui l’a emportée. *’ De jour en jour, la charité de ce pieux frère Prenait de nouveaux accroissements ; il ne se Contentait plus de donner sa tunique aux Pauvres, il leur faisait l'abandon des livres, des ornements, des Manteaux, enfin de tout ce qui lui tombait sous la main; et les frères qui Connaissaient son extrême généro-

sité, étaient obligés de veiller soigneusement à ne rien laisser à sa disposition.

Un jour que Frère Junipère se rendait à Rome où le bruit de sa sainteté s'était déjà répandu, il vit arriver vers lui un grand nombre d’habitants de cette ville qui venaient à sa rencontre. Son humilité en fut effrayée, et aussitôt il chercha le moyen de faire tourner en dérision l’estime qu’on voulait lui témoigner. À quelque distance de lui se trouvaient deux enfants qui s’amusaient à se balancer.

Ils avaient placé une pièce de bois au travers d’une autre, et chacun se tenant à son extrêmité, ils se faisaient alternativement monter et descendre. Frère Junipère va les trouver, se fait donner une des deux places et se met à se balancer avec l'enfant qui était demeuré sur l’autre extrémité. Les Romains demeurèrent singulièrement surpris quand ils le virent ainsi s'amuser à des jeux d'enfants. Ils le saluèrent cependant avec respect, attendant qu'il eût fini de se balancer, pour lui faire honneur et l’accompagner jusqu'au couvent. Mais Frère Junipère sans se mettre en peine des saluta-

Mn

tions qu’on lui adressait, et Sans considérer qu’on l’attendait, continuait à se balancer avec plus d’ardeur encore. Enfin, fatigués de demeurer là Sans réponse, plusieurs commencèrent à se dire : “Mais quel est donc cestupide ? D'autres qui Connaïi:saient son humilité, ne firent que concevoir une plus grande estime pour lui. Voyant Cependant qu’il ne se lassait pas de se balancer, chacun finit par se retirer. Frère Junipère, demeuré seul, se trouva bien heureux des railleries dont il avait été

l’objet ; il se remit en route, fit humblement et Paisiblement son entrée dans Rome, et c’est

Les démons ne Pouvaient tenir contre la

Pureté, l’innocence et la profonde humilité de

ignait pas à Sa parole, Je saint le Menaçait disant: ‘ S; tu ne sors pas bien vite, je fais venir Frère Junipère, Et alors craignant la présence de ce frère et ne

VIE DE SAINT FRANÇOIS ————————————— 7 pouvant d’ailleurs supporter les vertus et surtout l’humilité de Saint F: rançois, le démon se hâtait de prendre la fuite. (tr) :

Tels étaient avec les douze, les nouveaux disciples accourus à Sainte-Marie-des-Anges et que Saint François envoya à travers l'Italie, à la conquête des âmes. C'était en l’année 1211. François lui-même, prêchant d'exemple à ses frères, se livra à de nombreuses courses apostoliques et sema partout les prodiges sur ses pas.

(1) Fioretti.

L- saint Patriarche retourna, quelque temps avant Je Carême (1212) à Sainte- Marie-des-Anges, où son Premier soin fut d'examiner si la poussière du siècle ne s'était Pas attachée quelque peu à son âme ; et ce qu’une extrême délicatesse de Conscience lui en fit découvrir, il Je Purifia par une péni- Il s’appliqua ensuite avec

et qui avaient rec ‘âme grâce à leur parole Puissante, aspira «nt plus haut. Ils voulaient S’associer à leur vie, se disant prêts à Partager les sacrifices. Thomas de Célano laisse bien voir, par les mots qu'il emploie, qu'il Y avait un Véritable entraf.

184 VIE DE SAINT FRANÇOIS EE nement des âmes vers François et cet entrafnement se faisait sentir dans toutes les classes de la société,

Ni François ni ses frères, dit l’abbé Lemonnier, ne croyaient pouvoir s'opposer à ce qui leur semblait une action manifeste de la grâce divine; aussi ne rentraient-ils guère à la Pontioncule après leurs prédications, sans rémenef avec eux un ou plusieurs compagnons, leurs captifs dans le Christ, en sorte qu’il fut bientôt nécessaire d’agrandir : les constructions du monastère, devenues trop étroites pour ce peuple croissant. Qu'on ne se méprenne pas d’ailleurs sur ce mot de constructions. Il ne s'agissait point d’ajouter un corps de bâtiment à quelque spacieux édifice de pierre. Quelques huttes de branchages et de terre entourant Sainte-Marie-des- Anges, tel était alors le couvent de la Portioncule.

Il fut plus nécessaire encore de donner un même esprit À cette multitude de postulants.

Dans les instituts religieux, c’est l’œuvre d’un noviciat plus ou moins long, et la vie, la fer-

formation.

On ne voit Pas qu'à la Portioncule il V ait

roprement dit,

semble bien avoir été i

tané. A l'un puis à’

ser aussi son auditeur. Au charme de sa personnalité, que ses contemporains s'accordent à définir séduisante, s’ajoutait l'attrait vainqueur de son âme si belle, si pure, si lumineuse. Une ardente affection naissait pour lui dans les cœurs, qui leur rendait facile la docilité à ses enseignements. On désirait les marques de sa dilection, comme ce bon frère Richer de la Marche qui y voyait un gage de la dilection divine. Sa bonté conquérait les âmes, forçait les confidences, ouvrait les cœurs où son regard perspicace lisait les pensées les plus secrètes.

Comme celle de Jésus dont il était la copie vivante, la présence de François était la plus éloquente et la plus persuasive desleçons. Son influence suffisait à faire naître et fleurir dans les autres les vertus qui brillaient en lui d’un si vif éclat.

De tout cela, sa vie fournit les indications sinon les preuves les plus convaincantes.

On le voit donner à son compagnon, Frère Massée ou Frère Léon, à l'occasion des incidents de la route, et sous la forme d’une

Parabole, d’une co symbolique,

Parce que du premier cou entré dans l'esprit de Sois ne sembla faire

courage ; lui seul était négligé. Il en souffrait cruellement. Trop vertueux déjà pour être jaloux, il chercha la cause d’une conduite si étrange. Il n’en trouva qu’une. Pour que François si plein de charité divine le traitât en réprouvé, il fallait que Dieu lui-même l'eût abandonné. Cette pensée acheva de l’abattre. Il n'osait d’ailleurs s’en ouvrir à personne! On le voyait rôder autour de la cellule de François, sans pourtant qu'il se décidât d'entrer. Enfin n'y tenant plus, il paraît sur le seuil; et François, divinement averti, lui épargne la peine de s’expliquer : ‘ C’est une tentation, mon pauvre Frère, lui dit-il d’un visage riant en le comblant de caresses. Pourquoi voudriez-vous que je ne vous aime pas, vous qui servez Notre Seigneur avec tant de générosité ? *’ La même considération qui l’avait désespéré fut sa consolation. Il ne douta plus que Dieu ne l’aimât puisque François était si bon pour lui.

Après un long entretien avec son père, Richer partit plein de paix et de ferveur, après avoir promis de revenir.

aller au dede prévenir les défail-

Un supérieur est Un tyran plutôt qu'un père, s’il attend pour intervenir que les fautes ait été commises et les chutes Consommées.

Quelle joie Pour lui, quand il avait affermi Ou confirmé dans Je bien une Vocation chancelante ; quelle allégresse lorsqu'il apprenait quelque be] exemple d’obéissance ou de pauvreté donné par J'

il s’écria dans

‘‘O Dieu ! guide et

je vous rends grâces

nez en ce moment,

je vous en COnjure, et comblez de

TR RES repas vos grâces ces frères bien-aimés qui déjà répandent la bonne odeur de leur vocation. ’’

Cette charité à l'égard de ses frères était ingénieuse et pleine parfois de hardiesse, car plusieurs fois on le vit rompre son jeûne rigoureux pour encourager à manger quelque frère infirme. Lui qui trouvait toujours que la table était trop bien garnie, on le vit aller quéter quelque friandise pour un frère malade qui pensait qu'elle lui ferait du bien, Et comme à $on retour le frère n'osait plus toucher à cette nouriture délicate, François en mangea avec lui pour lui enlever tout scrupule.

Il agit de même avec un frère qu’il avait su avoir désiré du raisin. Il. l’emmena avec

lui dans une vigne voisine, s'assit dans l'herbe

et ayant cueilli quelques grappes, il y goûta le premier et invita son frère à en faire autant.

N'est-ce pas encore un trait d’une bonté charmante que celui-ci: un frère qui avait jeûné au-delà de ses forces, torturé la nuit par la faim, prêt à défaillir, poussa un gémissement. François accourut et dès qu'il eut

lui qu

MU te -ne e 0

Connu Ja nature de son mal, il fit lever les

frères, les emmen et mangeont

le Premier, assent. Ainsi le pauvre a

er au corps ’à lui acco"ier le superflu, vait une autre règle Pour

Donner l'exemple, et selon la Parole du divin Maître, se sanctifier lui-même Pour que

vérité, tel

Car à part trois où quatre circonstances, où ses Mmortifications lui servirent à réprimer

a lait ‘* Frère l’Ane ”. C’est un bon compagnon, disait-il ; et au moment de mourir il lui rendit ce témoignage qu'il l'avait docilement servi. Mais il savait que les exemples d’un Supérieur sont plus efficaces que ses exhortations. Il avait conscience de vivifier par sa pénitence un ordre qui devait traverser les siècles et braver leur influence destructrice.

Et quelle doctrine François inspirait-il à ses disciples, lorsque leurs âmes doriles s’étaient éprises de sa vie ?

Nous avons vu que la pensée directrice et réformatrice de la vie de François était l'amour de la Pauvreté. Pauvreté d'affection, sans doute, qui faisait qu’il se considérait comme absolument dépourvu et vide de tout bien, n’ayari rien que par aumône et don gratuit de la bonté divine. Mais aussi pauvreté effective et réelle qui le portait à se * dépouiller et à se priver le plus possible de tout appui terrestre, afin de Pouvoir, avec plus de raison, compter sur la bonté prévoyante de Dieu. Il savait que la cupidité est la cause de tout péché, que le désir d’avoir et de

jouir désole les âme tourne du Bien esse lait arracher toute

$ et le monde et les déntiel et total, Et il vouracine de cupidité de son

L'état de Pauvreté absolue, avec les homiliations et les privations qu’il entraîne était, à ses yeux divinement éclairés, même de toute vertu

le fondement

, l’indigence essaire, au pain de l’au-

qui réduit au Strict néc

mône, aux habits grossiers, aux habitations Sans confort; mais Pauvreté aussi, l’humilité qui dépouille l’homme de ce qu’il est et de ce qu’il pourraît être, pour en faire le

de ses pensées, prive le Corps de tout plaisir charnel ;

pauretire à la volonté,

ême ; pauvreté enun mot toute vertu qui abai

Il ne faut pas s'y méprendre. Le goût de

son époque pour les allégories, son attrait Personnel pour les figures poétiques ont

PE

porté François à personnifier la Pauvreté. Il en faisait sa Dame, ils’en déclarait le che-

valier. Mais il y a tout autre chose dans son

amour de la Pauvreté que la fantaisie d’une

imagination qui se joue.

Sa pauvreté est très réellement Pauvre; c'est bien la pauvreté dans laquelle naissent, vivent et meurent les indigents, les misérables, les prolétaires, tous ceux qu’on appelle les déshérités de la fortune ; c'est la pauvreté de Jésus et de Marie à Bethléem, à Nazareth, qui ne laisse ni un-gîte assuré ni le pain du lendemain.

La pauvreté, pour lui, il est vrai, est volontaire. Ill’a choisie, il l’a voulue, il l’a faite en lui et autour de lui. Mais elle n’en est que plus austère et crucifiante. Sa pauvreté est effective et sincère; elle a horreur du superflu, elle rejette le confortable et le com-

. mode ; elle restreint même le nécessaire, et elle ne permet l'usage de l'indispensable que sous la condition de renoncer à le posséder.

C'est cela que François exigeait, exige encore de ses disciples, impitoyablemen:.

RE

Et les exemples à

De tous ceux q me qu'ils vendent tribuent Je Prix au son fils aîné et bie tavalle. Saint Bon

bondent de cette exigence.

ui viennent à lui, il réclaleurs biens, qu'ils en dis- X Pauvres, comme a fait n-aimé Bernard de Quin-

’Ancône non aux pau- “‘Va-t-en, Frère

qui avait distribué son bien,

vres, mais à ses proches :

mouche :

Et Cependant il savait relâcher de cette rigoureuse interprétation de la parole du Maitre, lorsque les circonstance Comme dans le cas de ce la Campagne d'Assise qui se donna à lui avec son joug de bœufs. Françoi rents, et comme ils étaien se lamentaient : “Allons, moi votre fils, mes frères,

Il avait

Parmi et lui vous laissera ses bœufs, »»

une particulière horreur de l'ar-

Re ee

gent, pour la même raison qui fait que tous y tiennent, qui est que l'argent est un moyen irrésistible de se Procurer toute chose. Il le craignait à l’égal du démon et n'était pas éloigné de croire que le démon s’y cachait.

On n'en aura Pas, on n’en gardera pas, même par personne interposée ; on n’y touchera même pas; on le foulera aux pieds comme la poussière: telle est la loi qu'il:

avait posée. Un frère qui balayait l'église de la Portioncule, aperçut au pied du crucifix de l’argent qu'on y avait déposé par dévotion, et au lieu de le chasser dehors avec les ordures, il le ramassa et le jeta sur la fenétre. François l'ayant appris le manda devant les frères, et lui ayant fait dire sa coulpe, il l’obligea à prendre l'argent avec sa bouche et à l’aller porter sur le chemin, au milieu d’excréments qu’une bête avait laissés. Etrange leçon qu’on ne devait plus oublier. Il fal-

lait traiter l'argent comme du fumier. Il veillait avec la même sévérité, sur les

constructions, l’ameublement des cellules, le vêtement des frères. I! en proscrivait tout

197 | nd

Rs

ce qui lui semblait Superfluité et recherche. Ses bi

Les huttes de terre et de bois qui formaient | le couvent de la Portic-

rement insuffisantes ; dans les pays éloigné

le devenaient notoide plus on disait que | S où l'Ordre commen-

en Parler.

k j | s Les magistrats d'Assise, tenus au Courant | Î des besoins de l'Ordre auxquels souvent ils FE avaient POUrVu, vinrent à J'ai

ils firent nt à leurs frais un bâtiment

rche était bannie,

d’où toute reche Cependant.

Quel ne fut Pas l’étonn du saint Fondateur à son

Spacieux

ement douloureux | retour! I] monte

198 | VIE DE SAINT FRANÇOIS ep tt -

sur le toit, il arrache les tuiles, il ébranle les solives, il appelle ses frères, il leur enjoint de démolir ce monument de vanité... Mais les magistrats veillaient : ils dépêchent à François des soldats qui lui disent froidement que cette maison appartenait à la Cité et que défense lui était faite d'y causer aucun dommage.

Il se soumit, mais il lui fallut bien du temps pour se réconcilier avec une innovation qui s’imposait et qu’on lui avait imposée.

L'autre fait arriva à Ureccio, où vers la fin de sa vie, il célébra la fête de Pâques.

Les frères avaient cru être bien inspirés en lui ménageant une petite réjouissance au jour de la Ré:arrection du Seigneur. Ils avaient mis une nappe sur la 1able, des verres pour presque tous les convives, de la vaisselle blanche peut-être : grand luxe pour l'époque. Par malheur François eut vent de ces préparatifs. Il sort aussitôt du couvent, emprunte les haillons et l'écuelle d’un pauvre, attend à la porte l'heure du repas, appuyé sur un bâton. Quand les frères sont an ré-

RS

demandant l’au- + Avec empres-

Son écuelle, ce qu’ ‘‘Au moins, dit-il, Mineur. ” La leçon était rude ; vers Ja fin il l’adoucit Par quelques bonnes Paroles.

res, dit-il, ne nous conte

Toutefois Pour soutenir une telle existence il fallait deux choses ; l'aliment du Corps et l'aliment de l'âme.

travaii d’abord; et vail, la mendicité.

On se tromperait étrangement si l’on se représentait les disciples de François comme de pieux oisifs qui attendent leur Nourriture

de l’aumône. La Règle leur fait une obligation du travail, sous la condition qu'il n'éteigne point en eux l’esprit de sainte oraison.

Le Père traitait impitoyablement les paresseux et il chassa même de l'Ordre un certain frère habitué à ce vice. ‘‘ Va-t-en, Frère mouche, lui cria-t-il, tu n'es qu’un frelon dans notre ruche. ’

Lui-hême donnait l'exemple. ‘Je travaillais de mes mains, dit-ilen son Testament, et je veux travailler. Et je veux que tous mes frères s'occupent honnêtement : et ceux qui ne savent pas travailler, qu’ils apprennent.

La mendicité était donc en sa pensée un moyen secondaire de subvenir aux besoins des frères. Mais ce serait encore se tromper que de croire qu'elle n'était que cela. Il y voyait le couronnement de la pauvreté; être pauvre jusqu’à la mendicité, n’était-ce pas l'héroïsme ?

Il veut que les frères travaillent. Mais il veut aussi qu'ils acceptent le prix de leur travail non comme un salaire qui leur est dû, mais comme une aumône. Et si cette aumône

leur est refusée qu’ils Técourent à la table du Seigneur, en quêtant de Porte en porte.

et partait. Mais son exemple décidait les autres. Et Je Père relevait leur Courage par quelque vue Surnaturelle...

“Soyez heureux, leur disait-il, de recevoir les arrhes de l'héritage céleste... Assurez- VOUS que jamais Notre Père ne vor: laissera manquer ;

PaS sans rougir. honte n'est pas Péché ; c'est mérite quand on Ja Surmonte et qu'on ne lâche pas pied.

Mais Ja récompense de ce dénûment, et l'aliment de ces âmes héroïques, C'était l’a- Mour. L'amour de Dieu, l'amour de leurs

frères et à l’égard de ceux-ci un --nour prévenant, délicat, ingénieux, mate: el. Voilà ce qui rendait possible à François et à ses disciples la pratique de la pauvreté poussée jusqu’à l’abjection.

La vie de François en est toute entière la preuve ; le nombre des saints qu’il a engendrés à la gloire éternelle parle assez haut.

Le nôm de Séraphin que la postérité lui a donné, celui de séraphique donné à son Ordre, est la plus parfaite et la plus simple expression de ce fait. Inutile d’insister. Il fallait pour soutenir cette existence et pour rendre efficaces À jamais ces exemples, cet aliment divin: la CHARITÉ.

Le la gloire de la femme de s'être activement associée à to

ments qui ont hon

La parole du Créat

elle s’est trouvée

côté de l’homme,

égale, l’encoura-

ses sympathies et le soutenant au

besoin de ses exemples. La divine bonté, en

l'année 1212, amena à François cette sympathie, cet exemple, ce Concours.

C'est en ces termes ou à Peu près, qu’un des historiens les plus Sagaces de notre Saint, l'abbé Lemonnier, Prélude au récit de la vocation de Claire d'Assise, Jamais Peut-être cette

loi de l’activité humaine fondée sur la connaissance de notre zature et prouvée par l’histoire ne s’est plus exactement vérifiée que dans les célestes intimités qui unirent la vierge Claire à celui qui fut son Père et son modèle.

La vigne du Seigneur, dit Saint Bonaventure, usant d’une comparaison tirée des Säints Livres, commençait dès lors à étendre ses branches: elle poussait des fleurs d’une odeur très agréable, et produisait en abondance des fruits de gloire. François, sous le souffle de l’Esprit-Saint, allait fonder un deuxième Ordre dans l'Eglise de Dieu: beaucoup de jeunes filles voulaient se consacrer au Seigneur.

Claire apparut en ce monde comme la plus belle plante du jardin de l’Epoux céleste, et comme la radieuse étoile brillant à l'aurore de

cette sainte institution.

Son père, Favorino Scifi, comte de Sasso- Rosso, et sa mère Ortolana, de l’illustre famille des Fiumi, tenaient un rang distingué dans la ville d'Assise par leur nom, leurs richesses et leur vertu. Ortolana avait consacré sc vie à toutes les œuvres de miséricorde, et dans son

Merveilles, Ortolana

bonnes œuvres. Un

Sternée devant l’image de Jésus

crucifié, elle répandait avec plus de ferveur ses

supplications et ses larmes, Je Seigneur daigna

lui faire entendre ces paroles : ‘‘Ne craignez

point, Ortolana, car Vous enfanterez heureuse.

re qui éclairera le monde en-

utrefois la mère de Saint Jean

Baptiste, Ortolana imposa elle-même à son

enfant un nom reçu du ciel: elle l’appela

Claire. C que vint av n.

elle s’en dédommage en secret, en portant un rude cilice sur son corps innocent. Claire assistait aux prédications de François; son cœur se sentit tout embrasé par la parole inspirée de l’homme de Dieu : elle voulut le voir et lui découvrir les secrets de son âme. François l’exhorta au mépris des vanités du monde, et l’encouragea fortement dans sa résolution de se consacrer toute à Dieu, par la vie religieuse. Claire attendait avec une sainte impatience le moment heureux de se retirer dans la solitude, pour y vivre tranquille, au service de son divin Maître. Ses désirs furent accomplis le dimanche des Rameaux, de la même année 1212.

Elle s'était rendue, le matin, parée de ses plus riches vêtements, à la cathédrale d'Assise, Toute absorbée dans la prière, elle ne s'approcha point de l'autel pour recevoir la palme distribuée aux fidèles. L'évêque, qui offciait, s’en aperçut. Cédant à une inspiration divine, il quitta le sanctuaire, et alla lui présenter ce rameau bénit, présage de sa prochaine victoire.

La nuit suivante, Claire sortait secrètement de la maison paternelle, accompagnée d'une

des cierges à la

des hymnes et ’humble SanCtuaire.

ffrir en holocauste sur l’aun. Elle se dépouilla de ses

et le séraphique Patriarche nique &rossière : j

des Cantiques dans ] là qu’elle allait s'o tel de l'amour divi riches Vêtements, la revêtit d’une tu

de pauvreté et que l’humble vierge fut

ÿ C'était le 19 mars de vait alors dix

Rien de tout cela, fait sans l’approbati le Protecteur de F Conseiller de Ja pieu

débordante de ferveur et d’une joie modeste.

Elle avait donc réalisé ses désirs. Elle était devenue, par l’habit et par la profession, comme elle l'était déjà par la pensée et par l’âme, la sœur de celui qu’elle avait en si haute vénération.

François la laissa quelque temps à ces douces impressions ; mais bientôt comprenant que ses parents ne tarderaient pas à la poursuivre, et qu'il n’était ni prudent ni convenable qu'elle demeurât à la Portioncule, il lr' donna le signal du départ. Comme il n’y avait pas encore de monastère établi pour le nouvel Ordre de la Pauvreté, François conduisit Claire dans un couvent de bénédictines, à deux milles de là sur les rives du Chiasco.

En recevant Ciaire dans leur monastère de Saint Paul, les filles de Saint Benoit faisaient pour le second Ordre franciscain ce que leurs frères avaient fait pour le Premier; elles en abritaient le berceau, les prémices et les espérances.

Ce fut là que le comte de Scifi, irrité de la fuite de sa fille, lui livra, dit Saint Antonin,

RE

une rude bataille de Paroles, La pieuse Ortolana joignit ses tendres instances aux reproches de son époux Courroucé. Mais Claire resta ferme ; elle avait mis toute Sa confiance dans le Seigneur qui la rendit victorieuse.

Voyant qu'il ne valoir des raisons, où le comte recou

sacrée, Lis parents émus retrouvaient toute la n

vocation,

Claire avait laissé à la maison Paternelle une jeune sœur, nommée Agnès, qu’elle aimait tendrement., Quelques jours après, l’aimable enfant qui n'avait pas encore atteint sa quinzième année vint se jeter dans ses bras, di.

sant: ‘‘Ma Sœur, je veux servir Dieu avec

vous. ”” Claire lui répondit, en l’embrassant avec une grande effusion de joie: “Très douce sœur, je rends grâces à Dieu de ce qu'il a exaucé mon plus ardent désir.’ Claire se trouvait alors dans un autre couvent de Bénédictines, où François l’avait fait passer pour la préserver des fréquentes visites de ses parents. Ces derniers vinrent, avec une nouvelle colère et en compagnie de quelques chevaliers, leurs amis, chercher Agnès. Dans toute la brutalité des mœurs de cette époque, lorsqu'elles n'étaient adoucies par la piété, un de ces chevaliers prit l’innocente enfant par les cheveux, lui donna de grands coups et la traîna hors de la maison; mais Dieu la délivra miraculeusement. Elle revint auprès de sa sœur désolée, et le bienheureux François alla les consoler. Il donna à la jeune Agnès l’habit de religion comme à sa sœur Claire, et bientôt, grâce à la générosité des Chanoiïines qui en étaient les propriétaires et qui s’en dessaisirent il put mettre à leur disposition l'église de Saint-Damien et ses humbles dépendances où tout respirait une

SR

extrême pauvreté. Le lecteur se souvient que François avait lui- nême restauré cette église et qu’il avait prophétisé que de pauvres dames de Sainte vie Ÿ Viendraient &lorifier Dieu, La prédiction se réalisait. É

Claire et Agnès ne restèrent pas longtemps seules à Saint Damien. Leur vocation, suivant de si près les merveilles de Ja vocation de François et de ses premiers disciples, avait eu un retentissement considérable. Leur noblesse, leur jeune âge, le Courage qu'elles avaient déployé devenaient une cause d’édification. Et même l’humble Pauvreté, qu’elles avaient choisie pour leur Partage au sein de la grandeur mondaine et de l’opulence, apparaissait dépouillée de ses rigueurs. Notre- Seigneur touchait les cœurs de dévotion. Il se fit parmi les amies et les Parentes de Claire et d’Agnès comme un combat de générosité et une émulation de Sacrifice. Celles qui ne pouvaient pas quitter la maison Paternelle s’efforçaient d'y vivre Saintement, Les autres fuyaient le monde et venaient s’enfermer à Saint Damien.

Peu d'années même ne s'étaient pas écoulées que Favorino s'étant endormi du sommeil des justes, la pieuse Ortolana, ainsi que Béatrix, sa jeune fille, allèrent rejoindre Claire et Agnès, pour embrasser avec elles les austérités de la pénitence! Saint Damien, comme une ruche bénie ne tarda pas à essaimer sur toute l’Europe, et partout des monastères se peuplèrent de vierges qui pratiquaient, à l'exemple de Claire, la pénitence et la pauvreté.

Claire n’accepta pourtant le nom d'«b.-se qu'après trois ans révolus et sur les injonctions de François. Ce titre ne servit qu'à faire valoir son admirable humilité. Car de fait elle fut toujours la dernière et la servante de toutes les sœurs.

Toutefois l’autorité qui lui avait été confiée lui permit de défendre la très haute Pauvreté qu’elle aimait à l’égal de son séraphique Père. Elle voulut d’abord que ses filles n’eussent pas d’autre nom que celui de Pauvres Dames et elle en demanda le privilège au Saint Siège. On dit que sa supplique fut une

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des dernières joies du vieux Pontife Innocent III qui S’empressa d'accéder à son désir. La mort de son père Favorino avait été pour Claire une Occasion favorable de montrer ce qu’elle entendait par Pauvre Dame.

A défaut d’héritier mâle, son père lui laissait la possession de tous ses biens. C'était un très riche héritage. Claire ne souffrit pas qu'il en enträt la moindre Partie dans son monastère. Tout fut vendu et le prix distribué aux Pauvres.

Claire avait dès lors le droit d'espérer en la bonté de Celui qui nourrit les oisear: « du ciel et qui revêt les lis des champs. Il ne Jes laissa jamais Manquer du nécessaire. Lorsque la première générosité des citoyens d’Assise se fut refroidie et qu’ils oublièrent d'ap- Porter aux sœurs leurs provende quotidienne, Claire eut recours à la mendicité, Et comme elle ne pouvait le faire elle-même, elle comblait de Prévenances les pieuses femmes qui s’y employaient, lavant leurs Pieds et les bai- Sant au retour.

La pauvre abbesse de Saint-Damien aimait

aussi que le pain de vie fût abondamment servi à ses filles, et François venait parfois ranimer leur ferveur par ses paroles de flamme. Mais c'était peu souvent au gré de Claire. Absorbé par les soins que nécessitait son Ordre prodigieusement accru, craignant en outre que des relations trop fréquentes entre les deux Ordres-ne nuisissent à leur perfection, François s’abstenait d'aller à Saint Damien, et faisait à ses frères une loi sévère d'imiter sa réserve.

Les Fioretti racontent un trait bien caractéristique de la rigueur toute surnaturelle avec laquelle François avait coutume de traiter Sœur Claire. Nous allons le rapporter ici.

Il y avait déjà plus dix années que Sainte Claire était dans sa tranquille solitude de Saint- Damien, lorsqu'il lui vint le désir de revoir l’église de Sainte-Marie-des-Anges, où elle ‘ avait renoncé au monde. Et, admirable simplicité des âmes innocentes! elle avait aussi le désir de prendre un repas dans le couvent, avec François, son père spirituel. A cette époque les règles de la clôture n'étant pas

Ou

SŒUR C:.AIRr 215

aussi strictes

qu’elles Je devinre le saint pou

nt plus tard, aCcorder cette pieuse fois elle en fit la de-

lation, je veux qu’elle vienne prendre ce repas à Sainte-Marie-des-Anges. Depuis longtemps déjà elle est enfermée à Saint-Damien; ce sera pour elle un bonheur de revoir ce couvent où elle a déposé les livrées du siècle pour se faire l'épouse de Jésus-Christ ; c’est là que nous mangerons ensemble au nom du Seigneur. ”’ |

Au jour convenu pour ce repas, Sainte Claire sortit de son monastère avec une de ses compagnes, et conduite par quelques-uns des frères, se rendit à Sainte-Marie-des-Anges. Lorsqu’elle y fut arrivée, elle alla se prosterner au pied de l'autel devant lequel on lui avait coupé les cheveux et donné le voile; puis, en attendant l'heure du repas, on la conduisit visiter le couvent. Pendant ce temps Saint François faisait tout préparer ; et suivant son usage, il voulut que les mets fussent ‘posés à terre. Enfin, à l'heure indiquée, luimême avec un de ses compagnons, et la sainte avec Sa compagne, se rangèrent autour des mets qu'on avait disposés, et les autres frères prirent aussi humblement leur place. Au pre-

SŒUR CLAIRE 217 Rs Ce ns mier mets, Je Saint se mit à parler de Dieu avec tant de Suavité, de profondeur et d'éloquence, que l'abondance divine descendant bientôt sur ceux qui l'écoutaient, tous se sentirent ravis en extase, et ils se tenaient les mains et les yeux levés vers le ciel. En ce moment, les habitants d'Assise, de Bettone et des environs virent l'église de Sainte- Marie-des-Anges, tout le couvent et les bois tellement enflammés, que tout paraissait en proie à un immense incendie. Dès qu'ils aper- Surent les flammes, les habitants d'Assise s'em-

pli de consolation. Après une longue extase, Saint François, Sainte Claire et tous les autres convives revinrent à eux et se sentirent tellement rassasiés de la nourriture spirituelle qu’ils venaient de recevoir, qu'ils ne songèrent plus aux mets grossiers qu'on avait disposés. Ainsi se termina ce repas béni ; et Sainte Claire suivi de sa compagne, reprit le chemin de son monastère.

François cependant eut souvent recours aux lumières de Claire, comme il lui arriva au retour d’une de ses courses apostoliques.

Il se trouva plusieurs jours dans une grande perplexité sur la conduite qu'il devait tenir. Pour se déterminer, il consulta ceux de ses frères avec qui il s’entretenait plus familièrement, et leur proposa ainsi sa difficulté :

‘Mes Frères, que me conseillez-vous ? Lequel des deux jugez-vous meilleur, que je vaque à l’oraison ou que j'aille prêcher ? Il semble que l'oraison me convienne mieux, car je suis un homme simple qui ne sais pas bien parler, et j'ai reçu le don de la prière plus que celui de la parole. D'ailleurs on gagne beaucoup

’écoutons et conversons avec les

S une vie angé-

il faut avoir beaupour les. hommes, voir et entendre, par-

Ur tout cela devant

c'est que son Fils unique, qui est la

Sagesse Souveraine, à quitté, pour le salut

des âmes, Je sein de son Père, afin d'instruire les hommes par

Parole, de les racheter au prix de son Sang

divin, qu'il fit couler en abondance sur eux ;

enfin leur donnant tout sans se rien réserver pour lui-même. Or, nous devons toujours agir suivant les exemples qu’il nous a donnés, exemples qui frappent nos yeux dans sa Personne divine, comme s'ils partaient du haut d’une montagne lumineuse. Il semble donc plus conforme à la volonté de Dieu que je renonce aux douceurs de la contemplation, pour me livrer au ministère apostolique. ’’

Malgré toutes ces réflexions, son esprit demeura dans une pénible incertitude. Et cet homme, dit Saint Bonaventure, d’ailleurs rempli de merveilleuses connaissances par l'esprit de prophétie, ne pouvait par luimême résoudre cette question d’une manière claire. Dieu le permettait ainsi, afin de donner plus d'éclat, par une révélation du ciel, au mérite de la prédication, et pour conserver à François son humilité et la rendre plus

‘profonde.

Pour sortir de son incertitude, le serviteur de Dieu appela Frère Massée et lui dit :

‘‘ Allez trouver Sœur Claire: dites-lui de ma part, de s’unir à quelques-unes de ses compa-

gnes les plus pieuses et de prier Dieu de me faire Connaître sa volonté adorable. Puis, VOus irez trouver le Frère Sylvestre et vous lui ferez Ja même demande. »’

Or, ce Frère Sylvestre était celui-là même qui, lorsqu'il était encore séculier, avait vu sortir de Ja bouche de Saint François une croix d’or, dont la partie supérieur s'élevait jusqu’au ciel et dont les bras s’étendaient jusqu'aux extrémités du monde. Depuis son entrée en religion, il avait fait de si merveilleux progrès dans la sainteté et dans la dévotion qu’il obtenait de la divine bonté toutes les faveurs qu’il lui demandait. Aussi Saint François avait Pour lui une grande vénération.

Frère Massée partit donc, Suivant l’ordre du Père, et s’acquitta de la Commission dont il était chargé, d’abord près de Sœur Claire, puis près de Frère Sylvestre. Celui-ci dès qu’il connut les intentions du saint, se mit en prière, et après avoir reçu de Dieu la réponse qu’il Cemandait, alla trouver Frère Massée et lui dit: ‘Annoncez à Frère François, de la

part de Dieu, que ce n’est pas seulement pour sa propre sanctification qu’il est appelé au genre de vie qu’il a embrassé, il faut encore qu'il travaille au salut des autres. ’’ Alors Frère Massée retourna vers Sainte Claire pour savoir ce qui lui avait été révélé ; et la sainte lui répondit qu’elle et ses compagnes avaient reçu ‘de Dieu la même réponse que Frère Sylvestre.

Il retourna donc vers Saint François qui le reçut avec une grande charité, lui lavant les pieds et lui préparant lui-même son repas ; puis, quand le frère eut mangé, il l’appela dans le bois, et là, se jetant à ses pieds, il baisa son capuce, étendit les bras en croix et lui demands : ‘Que veut de moi mon Seigneur Jésus-Christ ? — Voici, répondit Frère Massée, ce que ie Christ Jésus a révélé à Frère . Sylvestre, à Sœur Claire et à ses compagnes : sa volonté est que vous alliez prêcher par le monde, car il ne vous a pas choisi seulement pour votre propre sanctification, mais aussi pour le salut de vos Frères. ”

A cette réponse, instruit de la volonté d’en-

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