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Haut, le saint s’écr'a : ‘‘ Allons donc, au nom du Seigneur |’ Saisi de ]
sur lui, et qu’il était revêtu d’une nouvelle force d’en-Haut, pour le ministère de la prédication. Marchant tous les trois, dans un
saint enthousiasme, et Sans faire aucune attention aux chemins qu’ils Prenaient, ils arrivèrent à un château, appelé le Château Savorniano, où Saint François se mit aussitôt À précher. Des hirondelle tour de lui; il Jeur silence jusqu les hirondell gens du château, voulaient immédiasuivre ; mais Franrdisant: ‘* N'agissez point avec Précipitation ; restez dans
votre demeure. Je vous promets de vous faire connaître ce que vous avez à faire pour le salut de ves âmes. ’’ Ce fut à cette occasion qu'il projeta l'établissement du Tiers-Ordre, pour la sanctification de tous. François prit congé des gens du château, qu'il laissa pleins de consolation et tout disposés à la pénitence, et il se rendit dans un pays situé entre Cannaio et levagna.
Ce trait nous a un peu éloigné de Sainte Claire; nous y reviendrons cependant pour dire au pieux lecteur comment finit son admirable vice. 2
Quand François mourut en 1226, Claire resta l'héritière de sa pensée et de son amour pour la pauvreté. Son Ordre dut subir, comme le Premier, les attaques des réformateurs qui, méconnaissant l'œuvre de François, prétendaient ramener la vie franciscaine à la vie monastique telle qu’elle avait été pratiquée dans le passé.
Nous n'avons pas à entrer ici dans de longs développements sur l’histoire de cette lutte de trois siècles ; il nous suffira de dire que
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Sœur Claire résista avec l'audace d’une sainte et l'énergie d'une fille de François à tous les efforts tentés pour lui faire accepter des revenus. Enfin elle triompha, et le Pape Grégoire IX sanctionna Pour toujours l'absolue Pauvreté des monastères du second Ordre.
Elle eut l'occasion de manifester dans une autre circonstance l'énergie de son âme.
Claire était de race guerrière. Elle en donna la preuve.
L'empereur d'Allemagne Frédéric Il, véritable impie, avait formé Je dessein de dépouiller i'Eglise Romaine de son patrimoine, et il avait bien osé recruter des soldats mahométans pour venir à bout de son sacrilège dessein. L'Ombrie, fief du Saint-Siège et célèbre par sa fidélité au Souverain Pontife, vit bientôt ces hordes Sanguinaires envahir sa vallée. Spolète fut prise d'assaut. Les territoires de Fano et d'Assise furent saccagés. La ville sainte était dans la terreur. Bientôt un parti de Sarrazins entoure Saint- Damien, franchit la muraille, heurte violemment aux portes de la clôture.
Eperdues, les timides vierges se réfugient autour de leur sainte abbesse alors malade.
Claire se fit apporter le ciboire où l'on conservait le corps du Seigneur. Une prière ardente s’échappa de son cœur: ‘Jésus! Ne livrez pas aux mains de leurs féroces ennemis la vie de vos servantes. ’’ Aussitôt du vase sacréis’élève une voix suave et douce comme celle d’un enfant. ‘‘ JE VOUS GARDERAI Tou- Jours. ”’ Elle implora alors le Seigneur pour la ville dont la charité les nourrissait, et après une nouvelle réponse favorable, elle rassura ses sœurs.
Dans le même temps, une panique inexpliquée s'emparait des Sarrazins qui se retirèrent précipitamment, fuyant en désordre par les murailles qu'ils avaient escaladées.
Epuisée par ses austérités, ses travaux, le poids de son grand âge —elle avait survécu vingt-sept ans à François, — Claire voyait avec une inexprimable joie arriver l'heure de la récompense. En vain ses sœurs essayaientelles de la retenir ici-bas. Une force plus puissante l’attirait au ciel.
Sa mort fut digne de sa vie. Les trois plus chers compagnons de Saint François, les Frères Ange, Léon et Junipère consolèrent ses derniers instants. Le pape Innocent IV vint la visiter et lui apporter le pardon de tous les péchés qu’elle croyait avoir commis.
Le Pontife fut, dit-on, le seul homme sur qui elle eût j:mais levé les yeux, et c'est par lui que nous savons que ces yeux étaient de la couleur du ciel. Enfin après un dernier baiser à sa sœur Agnès, accourue de Florence Pour lui rendre ce devoir, elle mourut, si c’est là mourir, le 12 août 1253.
Le Pape Innocent IV présida à ses funérailles. Il voulait la Canoniser sur l’heure. Cet honneur était réservé à Alexandre IV, qui inscrivit deux ans plus tard au catalogue des Saints, celle qu’il nomma la duchesss des humbles et la Drincesse de la Pauvreté,
ASSURÉ sur sa vocation par les conseils de
Frère Sylvestre et de Sœur Claire, Fran-
çois avait repris bien vite ses courses apostoli-
ques. Nous ne saurions le suivre pas à pas;
contentons-nous de glaner sur la route quelques-uns des faits les plus édifiants.
Un jour que près de Bévagna il cheminait plein de ferveur, levant les yeux il vit près de la route des arbres sur lesquels se trouvait une multitude d'oiseaux. Cette vue le remplit d’admiration, et aussitôt il dit à ses compagnons: ‘‘Attendez-moi ici, car il faut que j'aille précher les oiseaux, mes petits Frères. ”’ Et se dirigeant vers l'endroit où ils étaient posés, il se mit à prêcher ceux qui se trouvaient à terre. A sa voix, les autres, qui étaient encore sur les arbres, vinrent se réunir autour de lui et se tinrent immobiles durant tout le temps de sa
prédication ; il avait même cessé de parler qu’ils demeuraient encore, et ils ne se dispersèrent qu'après avoir reçu la bénédiction de leur prédicateur. Frère Massée, le témoin réjoui de ce merveilleux spectacle, disait plus tard à Frère Jacques, que Saint François se promenait parmi ces oiseaux, qu'il les frélait avec sa robe, et que pas un n’avait peur ni ne songeait à s'envoler. Or, voici à peu près quelles furent les paroles de Saint François dans cette circonstance : ‘‘ Chers oiseaux, mes petits Frères, vous devez à votre Créateur une bien grande reconnaissance ; oui, partout et toujours vous devez chanter ses louanges. C'est à lui que vous devez la liberté de voler où il vous plait ; c'est lui qui vous a revêtus d'un double et triple vêtement; c'est lui qui dans l'arche de Noé a réservé quelques-uns des vôtres pour conserver votre race; c’est à lui que vous devez l'air que vous respirez. Et puis, voyez encore: Vous ne semez, vous ne moissonnez Pas; c’est Dieu qui vous nourrit; c'est lui qui vous donne les rivières et les fontaines pour y étancher votre soif : c’est à lui que vous devez
les montagnes et les vallées où vous vous retirez, et les arbres où vous posez vos nids. Vous ne savez ni filer, ni coudre, et c’est encore Dieu qui nous donne le vêtement à vous et à vos petits. Votre Créateur vous aime donc beaucoup, puisqu'il vous comble de tant de bienfaits. Ah! gardez-vous, mes petits Frères, de vous montrer ingrats envers lui: appliquezvous au contraire à lui rendre le tribut constant de vos louanges. ’’
Au moment où le Saint parlait ainsi, les oiseaux commencèrent à ouvrir le bec, allongèrent le cou, étendirent leurs petites ailes et inclinèrent respectueusement la tête vers lui, montrant ainsi, par toute leur attitude et le gazouillement qu'ils faisaient entendre, l’extrême plaisir que leur procuraient les paroles de leur prédicateur. Saint François, lui aussi, tressaillait de joie et s'émerveillait à la vue d'une si grande multitude d'oiseaux, de leur belle variété et de l'attention qu'ils prêtaient à ce qu’il leur disait ; et dans son ravissement, il s'épanchait en louanges devant son Créateur. Enfin, sa prédication terminée, il congé-
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L’APOTRE 231 ee ie ne
dia les oiseaux, en faisant sur eux le signe de la croix, et aussitôt ils s'élevèrent dans les airs €n faisant retentir des chants merveilleux ; Puis selon la direction de la croix formée sur eux par le saint, ils se divisèrent en quatre parties, s’envolant les uns vers l'Orient, d’autres vers 1 Jccident, d’autres vers le Midi et d’autres enfin vers le Nord. Ce prodige avait sa signification mystérieuse : de même que Saint François, ce gonfalonier du Christ, avait prêché aux oiseaux, et fait Sur eux le signe de la croix dans la direction des quatre parties du monde vers lesquelles ils s'étaient envolés : de même aussi, la prédication de la Croix du Sauveur devait être renouvelée dans le monde entier par son ministère et celui de ses frères, qui, semblables aux oiseaux, ne possèdent rien et abandonnent à la seule providence de Dieu tout le soin de leur existence.
De retour vers ses Compagnons, cet homme, simple et pur, dit Saint Bonaventure, s'accusa de négligence pour n'avoir Pas encore, jusqu'à ce jour, prêché ses Frères les oiseaux qui se montraient si avides de la parole divine.
On est tenté de sourire, remarque ici l'abbé Lemonnier : Il est difficile d'admettre que les oiseaux aient écouté un sermon entier et qu'ils aient à la suite entonné un chant d'action de grâce. Saint François ne ie croyait pas non plus ; mais voyant que ces petites créatures, de leur nature si farouches, supportaient sa présence fau milieu d'elles et semblaient même y prendre plaisir, il sentait plus vivement la relation qui l’unissait à toutes les œuvres de l'unique Créateur et il faisait redescendre sur elles en tendresse et en charité l’amour divin qui inondait son cœur. N'est-ce point par la conscience qu'il prend d’être l’intelligente voix de la nature créée, chargée d'en résumer les hommages pour les offrir à Dieu, que l’homme est le pontife et ie roi de la création ?
Tout ému de ce qui venait de lui arriver, le saint homme entra dans Bévagna. Sa prédication semble s'être ressentie de cette émotion, car elle fut plus ardente et plus pressante encore que de coutume, et ceux qui l’écoutaient se rendirent à la vérité qui éclatait dans sa parole. Un miracle vint encore confirmer
ne à son zèle : il rendit publiquement la vue à une jeune fille aveugle, en lui mettant à trois repride la salive sur les yeux, au nom de la Très Sainte Trinité, A l’aspect de ce prodige, quantité de Pécneurs se Convertirent. À Alviano, où il passa ensuite, François exerça une fois encore, mais avec une intention plus marquée et une volonté pleinement consciente, le pouvoir extraordinaire que Dieu lui avait donné sur les êtres sans raison.
À peine fut-il entré dans la ville, qre le peuple account . Pour le voir, et pour l'entendre : il fa!” * qu'il prêchât sur le champ. Il y consenti 11 monta sur un endroit élevé, au ba, Con ou à la terrasse d'un des édifices qui bordaient la place où la foule était assemblée.
Mais des hirondelles qui bâtissaient leurs nids sous les corniches des maisons voisines fai.
saient un tel bruit d’ailes et de cris qu’une voix autrement forte que celle de François en eût été couverte. La déception de tous était d'autant plus grande que l'attente était extrême,
François soudain leva la tête, ‘* Hirondelles,
mes sœurs, dit-il, assez babillé. C’est à mon tour de parler; taisez-vous et écoutez la parole de Dieu que je vais adresser à ce bon peuple. ’’
O prodige! pas un oiseau ne poussa un cri, pas un ne bougea de la place où il se trouvait. La parole embrasée de François, dans te peuple remué par la vue d’un si rare phénomène, jeta les Âmes dans l’enthousiasme. C'est un saint, s'écriait-on, c'est un ami de Dieu. Chacun voulait l’approcher, toucher ses vêtements; on entonnait des cantiques, on louait Dieu qui avait donné un tel pouvoir aux hommes. Et ce qui est mieux, les fruits de conversion répondaient à de telles semailles.
Durant toute cette mission, entreprise sur l'ordre de Dieu manifesté par la voix de Claire et de Sylvestre, son éloquence semble s'être ‘élevée à une hauteur qu’il n'avait point atteinte, et qu'aucun prédicateur populaire n’atteignit sans doute depuis.
A Ascoli, les habitants passaient les uns sur les autres, dit Célano, par crainte de n'avoir pas de place; et ce qui montre à quel point
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cette population fut conquise, trente notables, clercs ou laïques, demandèrent d’une voix l’habit des Frères-Mineurs.
A Arezzo il Pacifia la cité dans des circonstances étranges.
Les passions politiques étaient si fort enflammées qu'il avait en vain essayé de pénétrer dans la ville, où les partis étaient sur le point d'en venir aux mains, Du faubourg où il était arrêté, il avait cru voir les airs remplis de démons qui excitaient les citoyens à la guerre civile. Sur son ordre Sylvestre s'était placé devant une des Portes, et il avait crié avec force. ‘Au nom du Dieu tout-puissant et de son serviteur François, démons, sortez d'ici. ” La paix était dès lors rentrée dans la ville, et François, en commençant sa prédication, ne Manqua pas de rapporter cet incident. Tous l’acclamèrent comme le sauveur de la cité, et ses exhortations calmèrent à jamais tous les ressentiments.
Peu à peu son nom remplit toute l'Italie centrale. Quand son arrivée était signalée quelque part, le peuple accourait au-devant
de lui et le clergé n’hésitait pas à prendre part à l’enthousiasme des fidèles. C’est que partout et toujours François montrait une grande déférence aux prêtres des paroisses et il avait formé à son image ses disciples sur ce point.
On rapporte à ce propos un fait antérieur à l’époque dont nous retraçons l’histoire, mais qui est caractéristique. Avant qu’il n’y eût de prêtres dans l'Ordre, les disciples de François avaient choisi pour confesseur un prêtre, dont la vie, dit-on, n’était pas à la hauteur de son rôle. A plusieurs reprises, des personnes qui se crurent prudentes les en avertirent. Mais ils n’en voulurent rien croire et ne retirèrent pas leur confiance à ce pauvre prêtre. Bien plus, celui-ci ayant dit un jour à l’un d’eux, par forme d’exhortation : Veillez à n'être pas un
‘ hypocrite, le pauvre frère s'en alla confondu, cherchant humblement s’il avait donné dans ce vice affreux. Il demeura plusieurs jours dans une grande angoisse, jusqu'à ce que François ayant eu connaissance de son trouble, le rassura en lui disant que son confesseur lui avait
donné un conseil Pour l’avenir, et non fait un reproche pour le Passé. Ainsi le charitable père consola son fils affigé sans porter atteinte à la foi que celui-ci avait dans la patole sacerdotale.
Cette humble déférence au clergé et le pouvoir miraculeux que François exerçait de plus en plus fréquemment sur la nature, le signalaient au monde comme un réformateur venu au nom de Dieu. Mais le don des miracles seul n’aurait point suffi, sans le respect et l’obéissance à la hiérarchie constituée par Notre Seigneur Jésus-Christ pour le Souvernement de son Église,
Bien des novateurs étaient venus avant François, bien d’autres devaient venir ensuite, qui prétendaient Parler au nom de Dieu, et en donnaient comme Preuves des faits prestigieux. Mais les attaques, les critiques, les actes de révolte qu'ils ne Ménageaient pas à l'autorité ecclésiastique Montraient bien qu’ils ne venaient pas de Dieu, et que le démon était l’auteur de leur faux miracles.
C'est à cette époque de la vie de François
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que les historiens rapportent la fondation de nouveaux couvents de l'Ordre. Bologne la Savante posséda le premier. Nous avons vu comment la patience de Bernard de Quintavalle avait touché les Bolonais qui désirèrent garder au milieu d’eux des frères de si sainte vie. Le monastère des Celles près de Cortone paraît avoir été le second. Il dut sa fondation à un jeune homme d’une angélique pureté nommé Guido ou Guy. Mais bientôt ces établissements se multiplièrent. Pise, Sienne, Arezzo, Florence, Foligno et bien d’autres villes italiennes offrirent des maisons aux Frères- Mineurs.
François pensa qu'il serait bon que ces religieux disséminés désormais par tout le pays, revinssent à des temps déterminés ranimer leur ferveur au berceau même de l'Ordre. De là l'institution des Chapitres généraux qui se tinrent d’abord deux fois l'an, à la Pentecôte et à la Saint-Michel, et dont la prescription passa dans la Règle définitive.
On sait peu de chose de ces Chapitres. Leur histoire commence avec celui de 1219 qui est
les, il nous faut suivre notre saint dévoré du zèle apostolique, jusque chez les infidèleé où sa ferveur le Poussa,
Son grand amour pour Jésus-Christ et le salut des âmes lui avait fait Concevoir le dessein d’aller en Orient, pour convertir les infidèles ou remporter la palme du martyre. I] va
en particulier, par des fièvres intermittentes et très douloureuses. Après un peu de mieux dû aux soins du charitable et pieux évêque d’As-
tout genre. Mais soutenu par la ferveur de l'esprit, cet homme tout séraphique continua ses missions et son laborieux apostolat pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Le zèle du martyre s'empara de nouveau de son Âme, et avec un tel élan que dès qu'il put se mettre en chemin, il quitta Assise pour entreprendre le voyage d'Afrique, marchant à pieds, à travers le nord de l'Italie, la France et l'Espagne. Son espoir était d'entrer dans l'empire musulman de Maroc et d'y prêcher l'Evangile. Son voyage qui dura jusqu’à la fin de l’année 1213, ne fut qu'une suite de miracles, de fondations de monastères et de travaux qui tenaient du prodige. Dès le départ, à Terni, dans l'Etat pontifical, il fit plusieurs miracles, entre autres celui-ci: Un jeune garçon venait d’être affreusement écrasé par la chute d'une muraille. François se fit apporter le corps tout broyé et tout sanglant : il se mit en prières, s’étendit sur le cadavre, comme autrefois le prophète Elisée, et le ressuscita en présence de tout le peuple.
Non loin de là, dans le comté de Narni, il
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reçut l'hospitalité d'un homme de bien qui était plongé dans une grande douleur: son frère s'était noyé et malgré toutes les recherches, on n'avait Pu retrouver son cadavre.
François se retira quelques instants pour prier, puis il revint, et indiquant un endroit de la rivière : “Là, dit-il, le Corps est arrêté par les herbes au fond de l’eau.’ On plongea, on ramena le cadavre, et le Saint /42 rendit la vie, devant toute la famille, transportée d’admiration et de bonheur!
A la prière de l'évêque de Narni, il fit un simple signe de croix Sur un pauvre vieillard, perclus de tous ses membres, et aussitôt le Paralytique se mit à marcher, Un autre signe de croix rendit de même la vue à une femme aveugle.
À Orti, il redressa en le bénissant un pauvre petit enfant tellement contrefait, que sa tête touchait à ses pieds. Des prédications confirmées par de tels prodiges attiraient au saint de nombreux disciples ; on élevait partout g= nouveaux couvents, entre lesquels, il faut
compter celui du Mont Alverne, dont nous
parlerons incessamment à l’occasion de la première visite que fit Saint François à cette fondation.
François passa par le Piémont, le Midi de la France, pénétra en Espagne par la Navarre, avec le désir de s'embarquer de là pour le Maroc. Le Seigneur avait sur lui d’autres desseins : il lui envoya une violente maladie qui le retint en Espagne jusque vers la fin de 1214, où il se décida à rentrer en Italie. A Compostelle, un ange lui apparut, pour le confirmer dans ce dessein, lui assuran* que telle était la volonté de Dieu. Après avoir parcouru une grande partie de l'Espagne et du Portugal, le séraphique François repassa les Pyrénées, traversa le Roussillon et le Languedoc, s'arrêta quelque temps à Montpellier et revint à travers le Dauphiné, par le nord de l'Italie, à son cher couvent de Sainte-Marie-des-Anges.
François s'arrêta peu de temps à Assise :
son zèle lui faisait sans cesse entreprendre de nouvelles courses apostoliques, et il avait hâte de connaître le nouveau couvent du Mont Alverne, dont on lui avait parlé comme d’un
D lieu extrêmement Propre à la contemplation.
Bien qu’il ne le connût pas, c'était lui pourtant qui l’avait acquis deux ans auparavant dans les circonstances suivantes. ï
François Passait au pied du château de Montefeltro, quand il aperçut qu'on se préparait à y donner une -te. Le jeune comte de Montefeltro allait être armé chevalier, “ Montons au château, dit François qui conserva toute sa vie son goût de jeunesse pour la che. valerie, nous y ferons, Dieu aidant, quelque chevalier spirituel. » En effet après la cérémonie religieuse et guerrière qu'était l'armement du nouveau chevalier, François fit signe à l’assistance qu’il voulait parler. Puis se servant habilement du refrain d’une chanson alors populaire :
Vers si noble objet vole mon désir, Que tout mon labeur se change en Plaisir,
il fit à la nobie assemblée qui n’attendait rien moins qu'un Sermon, une vive comparaison de la chevalerie terrestre qui n'a en vue que des biens passagers et la chevalerie céleste qui combat pour les éternels. Etonnés, puis
séduits, chevaliers, barons et nobles dames tenaient leurs yeux fixés sur François comme sur un ange du ciel. Quand il eut fini, un certain Orlando ou Roland, comte de Chiusi dans la vallée du Casentin, s’en vint à lui.
‘je voudrais, lui dit-il, m'entretenir avec vous du salut de mon âme.
—Oh ! dit François avec sa délicate courtoisie, je ne crois pas que ce soit le temps. Allez dîner, beau sire, et faire honneur à vos hôtes. Après, nous verrons. ’
Ainsi dit, ainsi fait. Orlando sortit de l’entretien tout embrasé de ferveur. Il voulut témoigner sa reconnaissance à F rançois.
‘J'ai dans mon domaine, dit-il, une montagne sauvage et fort escarpée, elle conviendrait bien à des hommes qui voudraient vivre dans la solitude. On la nomme la Verna. Si vous l'avez pour agréable, je vous la donne de grand cœur pour vous et vos compagnons. ”
François accepta ; il envoya peu après deux de ses frères pour en prendre possession, et le bon comte voulut lui-même leur installer un ermitage dans l'endroit qu'ils choisirent.
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C'est cet ermitage que François allait visiter. La route était rude, la montagne escarpée ; sa faiblesse ne lui permettait pas de faire à pied une ascension qui exige deux bonnes heures d’un marcheur résolu. Ses compagnons tâchèrent de lui trouver un âne. Un bon PaySan, apprenant que c'était pour François prêta le sien, et s'offrit même à guider la petite troupe.
Tout en cheminant, le bon homme répondait ax questions de François qui s’intéressait humblement à tout le monde. Tout à coup, il lui pose à son tour cette demande.
‘‘ Ainsi, vous êtes ce François d’Assise, dont on parle tant.
— Oui, répondit le saint.
— Eh bien, vous avez fort à faire pour être aussi bon qu’on le dit. Ils ont une telle confiance en vous, qu’il est difficile que vous y répondiez. M'est avis, du moins.
François fut ému aux larmes de la réflexion qui venait d'atteindre en lui le fond d’un abîme: son mépris de soi. Ilse jeta à bas de l'âne et baisa les pieds du bon homme. Celui-
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ci le laissa faire sans trop s'étonner. Puis ils reprirent la route. A une petite demi-lieue de là le paysan s’écria: ‘* Pour l'amour de Dieu, si je ne trouve à boire, je vais mourir. ’’
François vit le moment de payer en saint le conseil de son guide. 11 Jui indiqua du doigt une ;roche, dont le pied disparaissait dans la mousse : ‘* Vous trouverez de l’eau là, lui dit-il. ”
L'autre le regarda, incrédule. Mais le visage du saint ne permettait pas d'hésitation. Il fouilla la mousse et découvrit une source d’eau fraîche et claire à miracle, que nul n'avait remarquée auparavant et que depuis nul ne retrouva plus. Il y but et revint allègrement reprendre son poste.
Comme ils débouchaient sur la cime de la
montagne, la magnificence du paysage frappa È François, et dans un recueillement plein de Dieu, il s'arrêta auprès d'un chêne pour en jouir. A ses pieds se creusait une falaise dor+ le pied se perdait dans un amoncellement de rochers moussus. Et au delà de ces blocs formidables, la campagne verte avec des roches
L’APOTRE 247 RE roulées çà et là, et des arbres qui jetaient autour d’eux une petite ombre. Autour de lui, l'immense Paysage ne lui présentait rien d’autre que des Montagnes, à l'infini. Les plus proches étaient d’un brun jaune, et les autres semblaient violettes, avec des taches de brun, de noir, de vert. Pareils à un océan qui se serait durci avec des vagues de toutes les couleurs, des sommets s'élevaient de toutes parts, se découpaient en lignes nettes sur l'immense fond bleu. (1)
L'œil de François se perdait dans la contemplation de ce Paysage où Dieu paraissait si grand, quand un autre spectacle vint l’arracher à son ravissement. Une multitude d’oiseaux accouraient de toutes parts, voletant autour de lui avec mille petits cris, pour lui souhaiter la bienvenue.
— Il nous faut demeurer ici, dit-il, nos frères les oiseaux nous y invitent de par Dieu.
Les jours passèrent trop vite au gré de
{1} Joergensen, Pèlerinages,
François, dans cette admirable solitude. Sa vie n’y fut, au dire de ses compagnons, qu’une extase continuelle. Mais enfin il fallut songer à redescendre et prendre le chemin de Rome où le quatrième Concile de Latran allait s’ouvrir.
François quitta l’Alverne avec le désir d'y revenir aussi souvent qu’il le pourrait ; et de fait, il y vint jusqu’à six fois. Et la dernière fois, deux ans avant sa mort, l’Alverne devint son Calvaire et la plus sainte montagne du monde après le Golgotha. Il partit donc pour Rome. En chemin, il fait des prédictions, des conversions, de nouveaux miracles. Il arrive à Rome pour le quatrième Concile de Latran comme il se l'était proposé. C'était en 1215 ; Innocent III déclare devant tous les Pères du
. Concile que depuis cinq ans, il avait approuvé l'Ordre et la Règle de François d'Assise, quoiqu’il n’eût pas donné de bulle expresse et il renouvelle solennellement cette approbation.
En cette année 1215, François logea à Rome dans la maison d'une noble dame, Jacqueline de Settesoli, dont il nous faut dire quelques
L'APOTRE 249 a mots À cause de sa dévotion à notre saint, et l'amitié que celui-ci eut pour elle.
C'était l'épouse de Gratien Frangipani, descendant d’une des plus anciennes et illustres familles de Rome.
François fit sa connaissance dès 1212 ; mais ce fut surtout après son veuvage arrivée en 1217 qu'elle mit à la disposition des frères son temps, son influence et son immense fortune. Sa maison était devenue Ja leur et François se trouvait là comme Jésus à Béthanie, dans la maison de Marthe et de Marie.
Jacqueline fut une des deux femmes dont François avoua connaître le visage. L'autre était Sœur Claire. Elle avait pour lui des soins maternels, elle lui préparait des aliments que son estomac, délabré par les jeûnes, supportait plus facilement. Et François, durant sa dernière maladie, désira qu'elle lui envoyât d'un certain électuaire qui le soulagerait.
Pour la remercier, François lui fit cadeau d'un agneau qu'il avait arraché à la mort, et qui se familiarisant à elle, la suivait jus-
qu’à l’église où il gardait une contenance fort modeste,
Et de la laine de cet agneau Dame Jacqueline tissa un vêtement qu’elle apporta à la Portioncule en 1226 et qui fut celui dans lequel François mourut. Mais François lui témoigna sa reconnaissance d’une manière qui lui fut infiniment plus agréable : il la nomma Sox Frère Jacqueline, et il voulut qu’elle fut présente, avec les autres frères, à son dernier soupir.
Après le concile de Latran, le saint retourna à Assise, y tint le premier chapitre général de l'Ordre, à la Pentecôte de 1216: après quoi, il envoya des religieux en divers pays : lui-même se proposait d'aller à Paris. Il retourna à Rome pour mettre son voyage sous la protection des Saints Apôtres, et y rencontra Saint Dominique. Tandis que François se trouvait à Rome, Innocent III mourait à Pérouse. Les Cardinaux élurent pour son successeur, le Cardinal Censio Savelli qui prit le nom d'Honorius III. Le nouveau Pape, quelques mois après son élection ap-
Prouva l'Ordre de Saint Dominique. François
en janvier 1217, pour y rencontrer son ami et son Protecteur, le Cardinal Ugolini, qui lui donna le conseil Charitable et prudent de rester en Italie, pour l’affermissement de son Ordre, François accepta ce sage avis avec reconnaissance, prit le chemin de la vallée de Spolète et envoya à sa place trois de ses disciples en France.
Dans le même temps, le saint fondateur se Proposa de demander au Pape un Cardinal de la Sainte Eglise, comme Protecteur de son Ordre. Une vision céleste le confirma dans sa résolution. I] vit, pendant son sommeil, une poule qui tâchait de rassembler tous ses poussins Sous ses ailes, pour les défendre dt milan; elle ne Pouvait les couvrir tous, et plusieurs étaient exposés au péril : mais un autre &rand oiseau qui parut, étendit ses ailes, et les Proté, :a tous. À son réveil, François pria Notre-Seigneur de lui expliquer
ce que cela signifiait, et il apprit que la poule le représentait lui-même, que les poussins étaient ses enfants, que l'oiseau à grandes ailes était l’image du cardinal qu’il devait demander pour protecteur. Il dit alors à ses Frères :
‘L'Eglise Romaine est la Mère de toutes les églises et la souveraine de tous les Ordres religieux. C’est à elle que je m’adresserai pour lui recommander mes Frères, afin qu’elle réprime par son autorité ceux qui leur veulent du mal, et qu’elle procure partout aux enfants de Dieu la liberté pleine et entière de s’avancer tranquillement dans la voie du salut éternel. Quand ils seront sous sa protection, il n’y aura plus d’ennemis qui s’opposent à eux, ni qui les inquiètent; on ne ‘verra parmi eux aucun enfant de Bélial qui ravage impunément la vigne du Seigneur.
La sainte Eglise aura du zèle pour la gloire de notre pauvreté; elle ne souffrira pas que l'humilité qui est si honorable soit obscurcie par les nuages de l'orgueil. C'est elle qui rendra indissolubles parmi nous les liens de
la charité et de la Paix, punissant avec rigueur les auteurs des dissensions. Sous ses yeux la sainte observance évangélique fleurira toujours toute pure: elle ne laissera pas affaiblir, Pas même pour un peu de temps, ces pratiques sacrées, qui répandent une odeur vivifiante. Que les enfants de cette Sainte Eglise soient donc bien réconnaissants de ces douces faveurs qu'ils recevront de leur Mère ; qu'ils embrassent ses pieds avec une profonde vénération, et qu’ils lui vouent à jamais un attachement inviolable, »
Cet admirable discours montre combien François, cet homme si simple, avait une.
Connaissance profonde des prérogatives de l'Eglise de Rome, et comment il savait apprécier la souveraine autorité du Siège Apostoslique. François retourna à Rome et Honorius III Jui donna Pour protecteur son ami, le Cardinal Ugolini. Le saint plein de joie, reprit le chemin de Saint-Marie-des-Anges, mais il passa le reste de l’année dans la vallée de Riéti, où il fit beaucoup de choses merveilleuses qui toutes ont été racontées par Frère
254 VIE DE SAINT FRANÇOIS ons ne
Ange, un de ses premiers compagnons. L’année 1218 fut partagée entre le séjour qu'il fit à Sainte-Marie-des-Anges pour l'instruction de ses frères, et quelques voyages au Mont Alverne et à d’autres endroits où on lui donna de nouveaux monastères. Sa route était toujours marquée par les fruits de sa prédication, et par l'éclat de ses miracles.
LE CHAPITRE DES Narrrs
LL 26 mai de l’année 1219 fut un grand
jour dans l’histoire de l'Ordre des Frères Mineurs. C'était le saint jour de Ja Pentecôte, Les frères, arrivant de toutes les parties du monde, se trouvèrent réunis à Sainte-Mariedes-Anges Pour assister au Chapitre général auquel les avait convoqués leur séraphique Père,
Le fidèle serviteur du Christ, disent les Froretti, Saint François, voulut tenir à Sainte- Marie-des-Anges un Chapitre général de son Ordre, et il réunit plus de cing mille de ses frères (1). Saint Dominique, fondateur et
général de l'Ordre des Frères Prêcheurs, qui se rendait alors de Bologne à Rome, se détourna avec sept de ses Religieux pour y assister ; et l'on y vit aussi un cardinal très dévoué à Saint François et auquel le bienheureux prédit qu’un jour il serait pape. Ce prélat qui avait quitté Pérouse, où se trouvait alors la Cour Romaine, pour venir à Assise, visitait chaque jour le Chapitre. Il y chantait quelquefois la messe, d’autres fois il y prêchait, et c'était toujours pour lui un bonheur et une consolation
de pouvoir se trouver au milieu de cette sainte assemblée. A la vue de ces frères assis dans la
plaine autour du couvent de Sainte-Mariedes-Anges, et partagés par groupes de quarante, de quatre-vingts et de cent ; à la vue de ces hommes occupés à s’entretenir de Dieu, ‘ adonnés à la prière, aux larmes et aux exercices de la charité; à la vue de cette réunion qui se tenait dans un si profond silence et dans une si grande modestie qu’on n’y entendait pas la moindre rumeur, le moindre mouvement qui pôt distraire ; à la vue d'une multitude si considérable et réglée par une discipline si
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exacte, il se sentait ravi d'admiration, et versant des larmes, il s’écriait dans la ferveur de son âme: ‘‘Oui, c'est vraiment ici que se trouve le camp et l’armée des chevaliers de Dieu.’ Dans une si grande assemblée, on n’entendait Pas une expression oiseuse, pas une parole inutile ; quelques frères se réunissaient-ils, c'était pour prier, réciter l'office divin, pleurer leurs péchés et ceux de leurs bienfaiteurs, et s’entretenir du salut des âmes.
Toute la plaine où les frères se trouvaient réunis était Couverte de tentes faites avec des claies et des nattes : elles étaient divisées en différents groupes, selon les diverses provinces auxquelles appartenaient les frères qui les habitaient, et ce fut cette circonstance qui fit donner au chapitre, le nom de Chapitre des Claies ou des Nattes. La terre nue servait de lit aux frères ; quelques-uns seulement prenaient un peu de paille ; une pierre ou un morceau de bois leur tenait lieu d'oreiller. Une telle mortification excita une si grande dévotion dans tous ceux qui en étaient témoins ou
qui en entendaient Parler ; le bruit de Ja sain-
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teté des religieux se répandit si promptement que de Pérouse, où se trouvait alors la Cour du Pape, et des autres contrées de la vallée de Spolète, bientôt accourut pour les admirer, une foule de comtes, de barons, de chevaliers et d’autres gentilshommes. On vit arriver aussi des cardinaux, des évêques et des abbés avec un grand nombre de clercs. Tous voulaient être témoins d’une réunion si nombreuse, si sainte, si admirable par les exemples d’humilité qu’elle présentait, d'une réunion telle, enfin, que jamais le monde n’en avait vu de semblable, On accourait surtout pour voir le chef très saint de cette pieuse milice, celui qui avait favi au monde une si belle proie, rassembié un troupeau si saintement c smposé, pour le faire marcher à la suite de Jésus- Christ, le vrai Pasteur.
Le Chapitre général une fois réuni, Saint François, le Père et le Ministre, dans la ferveur qui l’animait, se mit à expliquer la parole de Dieu et à prêcher ce que l'Esprit-Saint lui inspirait. Voici les paroles qui firent le sujet de son discours: ‘Nous avons piomis à Dieu
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de grandes choses, mais il nous en a promis de plus grandes encore : gardons les unes, et soupirons après les autres. Le plaisir est court, la peine est éternelle : les souffrances sont légères et la gloire est infinie.’ Ces Paroles qu’il développait avec ferveur, excitaient les Frères à l’obéissance et les y confirmaient. Elles les portaient au respect pour la sainte Eglise leur Mère, à la charité fraternelle, à la prière pour tous les pécheurs, à Ja Patience dans les afflictions, à la modération dans la Prospérité, à Ja modestie, à la chasteté, à Ja Paix et à la concorde avec Dieu, avec le Prochain et avec sa Propre conscience, enfin à l'amour et à l'observance de la sainte Pauvreté. Saint François ajouta encore: ‘Par le mérite de Ja sainte Obéissance, je vous ordonne, à vous tous qui êtes ici rassemblés, de n'avoir aucune solli-
autres besoins temporels : appliquez-vous uniquement à prier et à louer Dieu, laissez-Jui tout le soin de subvenir à vos nécessités Corporelles, et soyez sans inquiétude, Car ce bon Père a pour vous une sollicitude toute spé.
ciale. *’ Cet ordre fut reçu de tous les frères, l’allégresse dans le cœur, la joie sur le visage ; et quand Saint François eut cessé de parler, tous se mirent en prière.
Cependant Saint Dominique, témoin de ce qui se passait, s'étonnait beaucoup de la recommandation que Saint François venait de faire à ses frères et il la regardait comme indiscrète. Il ne pouvait comprendre qu’une si grande multitude d'hommes pôût être maintenue sans qu'aucun d’eux s’occupât de ce qui était nécessaire à leur subsistance. Mais le premier Pasteur, le Christ béni, voulant montrer le soin qu’il a de son troupeau et l'amour singulier qu’il porte à ses pauvres, inspira aux habitants de Pérouse, de Spolète, de Foligno, de Spello, d'Assise et des autres pays d’alen- ‘tour d’apporter ce qui était nécessaire à l'entretien de cette sainte réunion. Bientôt l'on vit arriver des hommes conduisant des bêtes de somme, des chevaux et des chariots chargés de pain, de vin, de fèves, de fromage et de tout ce dont les pauvres du Christ pouvaient avoir besoin. On apportait aussi des tables,
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des pots, des Coupes, des verres, enfin toute la vaisselle nécessaire pour leur repas; et ceuxlà s’estimaient les plus heureux qui pouvaient le plus contribuer à leur rendre service, Ce fut au point que l’on vit des chevaliers, des barons et d’autres gentilshommes que la curiosité avait conduits au lieu du Chapitre, s'empresser eux-mêmes de servir les frères avec humilité et respect.
À ce Spectacle, voyant que Ja Providence veillait d’une manière si spéciale et si manifeste sur ces saints religieux, Saint Dominique reconnut la témérité du jugement qu'il avait porté en regardant comme indiscrets les ordres que Saint François avait donnés. Il alla le trouver et se jetant à ses pieds, il s’accusa humblement de sa faute et lui dit : "Oui, véritablement, Dieu Prend un soin tout Particulier de ses saints Pauvres, et je ne le savais pas: mais maintenant moi aussi, je promets d’observer la sainte Pauvreté de l'Evangile, Saint Dominique se retira donc fort édifié de la foi qui animait Saint François, de l'esprit de pauvreté qu'il avait admiré dans une
assemblée si nombreuse et si bien ordonnée, de la Providence divine qui se manifestait d’une manière si éclatante, et des bonnes œuvres qui se multipliaient avec tant de zèle.
Ce fut encore au temps de ce Chapitre que Saint François connut, par révélation, qu’un grand nombre de frères portaient ‘sur la chair des cilices et des cercles de fer, ce qui occasionnait une multitude d’infirmités qui mettaient la plupart d’entre eux dans l’impossibilité de vaquer à la prière, quand ils avaient assez de force pour ne pas succomber entièrement. Aussitôt, comme un père plein de discrétion, il ordonna, au nom de l’obéissance, à tous ceux qui portaient ces instruments de mortification de les retirer et de les déposer devant lui. Les frères obéirent, et l’on compta jusqu’à céng cents cilices et un bien plus grand nombre encore de cercles de fer ; tout cela formait un énorme monceau. Saint François défendit aux frères d'en rien reprendre. Enfin, le Chapitre terminé, après les avoir affermis dans le bien, après leur avoir enseigné les moyens de se conserver sans péché, malgré la
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Perversité du Monde, il leur donna la bénédiction de Dieu et la sienne, et les renvoya dans leurs Provinces tout remplis d’une sainte joie. (1)
iel est étroit, et qu'il
» en joui Ouceurs de la vie et en Prenant toutes nos aises, Pendant que ceux-ci Pour sauver leur âme châtient rudement leur COrps, se privent de tout et tremblent encore, Nous voudrions mourir Comme eux, mais nous ne voulons pas vivre de même; on meurt Cependant comme On à vécu.’ Etils vinrent
(1) Fioretti c. XVII
au nombre de plus de cinq cents, se jeter aux pieds de François et lui demander de les recevoir parmi ses frères.
On établit dans ce Chapitre des ordonnances fort importantes et qui fixèrent les glorieuses destinées de l'Ordre. L'une d'elles était conçue, en ces termes: ‘‘ Tous les samedis il sera célébré dans tous nos couvents une messe en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée. * L'Ordre séraphique dressa ce remarquable statut six siècles avant la proclamation solennelle du grand dogme de l’Immaculée Conception ! :
Toujours, par la suite les Franciscains se montrèrent les défenseurs jaloux de ce privilège incomparable de la Reine du Ciel, et les infatigables champions de ce dogme, que l’on appelait communément la Doctrine Franciscaine.
C'est sous le titre de son Immaculée Conception qu'ils honoraient et honorent encore la Vierge Marie comme Patronne et Protectrice spéciale des Trois Ordres.
Aussi lorsque le pape Pie IX de sainte mé-
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moire proclama dans] 8 décembre 1854,
d’or, symbole de 1
à Pureté sans tache de Marie,
Es présence du Patriarche Saint Dominique au Chapitre des Nattes convoqué par le séraphique Père Saint François prouve que ces deux grandes âmes se connaissaient déjà et voulaient travailler de concert, dans leur zèle brûlant, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
L'histoire nous apprend dans quelles circonstances merveilleuses ces deux admirables saints se rencontrèrent une première fois et comment leur amitié toute céleste a été transmise à l’innombrable postérité de leurs enfants spirituels.
C'était en 1216; le grand patriarche Saint Dominique était venu à Rome demander au Saint Siège l'approbation des constitutions de son Ordre. Or, une nuit qu’il était en oraison dans la Basiliqué de Saint-Pierre, il fut
de
ravi en extase et eut une grande vision : le ciel s’ouvrit à ses Yeux et il vit le Christ, irrité contre la terre, brandissant trois dards enflammés, et prêt à exterminer trois classes de pécheurs : les Orgueilleux, les avares et les impudiques. Comme le Saint tremblait À cette vue
chait un secours
tant à leur Juge e vêtus en mendiants
| JUL ’était reconnu Pour l’un de ces deux Pauvres, mais ne Connaissait pas Je second ; il sortait à peine de la Basilique, que gnon venait au-devant ; Dominique Court à sa rencontre, l’embrasse avec transport,
S vus. Dominique ra- Conte à François la vision dont il vient d’être
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favorisé, puis il ajoute: ‘Vous serez mon Frère, nous travaillerons ensemble; demeurons saintement unis, et personne ne pourra prévaloir contre nous. ’’ A partir de ce jour, un amour inexprimable unit les deux saints Patriarches. Dominique voulut que François lui donna sa corde grossière, et il la porta depuis squs ses vêtements, comme le symbole du lien indissoluble qui devait l’unir à son frère d’armes dans le camp du Seigneur.
Après le Chapitre des Nattes, Saint François fit un grand voyage en Orient, comme nous le verrons au chapitre suivant. A son retour, il visita dans la Haute Italie plusieurs couvents de son Ordre, et ils’y rencontra de nouveau avec son ami Saint Dominique. Au monastère des pieux solitaires de la vallée d’Astino, Saint Dominique qui était prêtre chanta une grand'messe, et Saint François qui n'était que diacre l'assista dans les fonctions de sor Ordre. Quelle messe! et quels saints!
Pendant qu'ils étaient ensemble à Crémone, s’entretenant des choses célestes, les religieux du couvent vinrent les prier tous deux de bénir
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un puits dont l’eau était trouble et insalubre. A1
de ce moment, l’eau Parfaitement claire et de qualité excellente.
On rapporte dans la vie de Saint François Un autre miracle qui lui fut commun avec son ami Saint Dominique. I] est consigné plus au long dans un Manuscrit espagnol d’un compa.- £&non du bienheureux père Saint Dominique, En voici la substance :
‘Saint François tenant un Chapitre de son Ordre dans une petite ville, notre Père Saint Dominique alla le voir; et ils se cherchaient Souvent pour leur consolation spirituelle. Le Souvent se trouva dépourvu de vivres: l'heure du repas vint ; on n’avait rien À manger. Les deux saints se mirent en Prière, et se sentant exaucés, ils firent assembier les religieux au réfectoire, où, après la bénédiction de la table, on vit entrer de jeunes hommes, d'une admirable beauté, au nombre de vingt, qui appor-:
taient tout ce qui était nécessaire Pour le
repas de la communauté entière. Ils servirent les religieux avec un grand recueillement et une profonde humilité; après quoi, se plaçant en ordre, deux à deux, ils se retirèrent. Le repas étant fini, notre Père Saint Dominique fit un beau discours sur la confiance en Dieu. 11 avait coutume de prêcher dans les couvents des Frères-Mineurs, lorsqu'il y recevait la sainte hospitalité dans ses voyages. Il en agissait ainsi, À cause de son étroite union avec son grand ami, Saint François.
L'âme virginale de Saint Dominique s’envola de cette misérable terre vers le séjour de l’éternelle joie, cinq ans avant celle de son inséparable ami, le Séraphin d'Assise.
Nous possédons le portrait de ce Chérubin de la terre, peint en ces termes dans la Légende du Séraphique François, légende composée par ordre du Pape Grégoire IX, le sincère ami de ces deux saints Patriarches. ‘ Dominique était d'une taille médiocre, fine et bien proportionnée. Il avait le visage beau et agréable, la voix sonore et les mains longues. Ses cheveux étaient clairs et d’un blond quelque
Son corps virginal repose dans le Couvent de son Ordre, à Bologne-la-Savante. Nous avons eu le bonheur de nous Prosterner, le Cœur ému, dans cé Couvent des heureux enfants de Saint Dominique, sur le Magnifique tombeau du grand Patriarche, leur illustre
L'amitié qui av Ux Saints, pendant 1 étuée parmi leurs en- Prêcheurs et les Frères-
Concert à Ja défense
€ de la société chré-
monde entier Je flam-
la foi, ils se sont - sur toute
les plages, et souvent ils
l’éloquente page où le vénéré Père Lacordaire résume l’histoire d- l’union séculaire des deux grands Ordres ?
‘Le baiser de Dominique et de François s’est transmis de génération en génération sur les lèvres de leur postérité. Une sereine amitié unit encore aujourd’hui les Frères-Prêcheurs aux Frères-Mineurs. Ils se sont rencontrés dans les ôffices semblables et sur tous les points du monde: ils ont bâti leurs couvents aux mêmes lieux, ils ont mendié aux mêmes portes; leur sang répandu pour Jésus-Christ s'est mêlé mille fois dans le même sacrifice et la même gloire ; ils ont couvert de leurs livrées les épaules des princes et des princesses; ils ont peuplé à l’envi le ciel de leurs saints; leurs vertus, leur puissance, leur renommée, leurs besoins se sont touchés sans cesse et partout et jamais un souffle de jalousie n’a terni le cristal sans tache de leur amitié six fois séculaire. Ils se sont répandus ensemble dans le monde, comme s'étendent et s’entrelacent les rameaux joyeux de deux troncs pareils en âge et en for-e: ils se sont acquis et partagé