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l'affection des Peuples, comme deux frères jumeaux reposent sur le sein de leur unique mère ; ils sont allés à Dieu par les mêmes «hemins, comme deux parfums précieux montent à l'aise au même point du ciel.
Chaque année lorsque le temps ramène à Rome la fête de Saint Dominique, des voitures Partent du couvent de Sainte-Marie sur Minerve où réside le Général des Dominicains et vont chercher au Couvent d’Ara-Cœli le Général des Franciscains. Il arrive accompagné d’un grand nombre de ses frères. Les Dominicains et les F ranciscains réunis sur deux lignes parallèles se rendent au maître autel de la Minerve, et après s'être salués réciproquement, les premiers Vont au chœur, les seconds restent à l'autel pour Y célébrer l'office de l’ami de leur Père. Assis ensuite à la même table, ils rompent ensemble le Pain qui ne leur a jamais manqué depuis six siècles, et le repas terminé, le chantre des Frères-Mineurs et celui des Frères-Prêcheurs chantent de Concert au milieu du réfectoire cette antienne : ‘‘Le Séraphique François et l’Apostolique Dominique
274 VIE DE SAÏNT FRANÇOIS RS M nn €
nous ont enseigné votre loi, 6 Seigneur. ’’
L'échange de ces cérémonies se fait au couvent d’Ara-Cœli, pour la fête de Saint François, et quelque chose de pareil à lieu par toute la terre, là où un couvent de Dominicains et un couvent de Franciscains s'élèvent assez proche l’un de l’autre pour permettre à leurs habitants de se donner un signe visible du pieux et héréditaire amour qui les unit. (1)
Les Supériebrs des deux Ordres ont toujours eu à cœur d’entretenir dans leurs Familles ces traditions de sainte confraternité. Nous en avons des preuves dans les Constitutions des deux Ordres, soit celles des Frères-Prêcheurs, soit celle des Frères-Mineurs. De plus le temps nous a transmis des documents offciels de cette mutuelle charité.
Nous en citerons trois. Voici d’abord la magnifique Lettre collective adressée en 1255 à tous les religieux des deux Ordres, par le Bienheureux Humbert de Romans, Maître général des Frères-Prêcheurs et le Biénheureux
(1) Vie de Saint Dominique, chas, vit,
PA Se Jean de Parme, Ministre général des Frères- Mineurs.
‘A Nos FRÈèREs BIEN-AIMÉS EN JÉsus-Curisr, LES FRÈRES Mineurs Er LES FRÈRES-PRé- CHEURS RÉPANDUS PAR TOUT L’UNIVERS,
‘Le Sauveur du monde qui aime tous les hommes et ne veut la mort d'aucun de ses enfants, a pris différents Moyens, dans les diverses époques, Pour réparer la ruine primitive du genre humain: dans ces derniers temps, il a suscité nos deux Ordres Pour ce ministère de salut. Nous le Croyons indubitablement, c’est Jui qui a appelé et enrichi de
es plus précieux ces deux nombreuses Familles d'hommes dévoués, qui doivent sauver la terre par la parole et par l'exemple.
Pour la gloire de Dieu et non Pour la leur, ces deux Ordres sont deux grands flambeaux qui illuminent d’une clarté céleste Ceux qui sont assis à l'ombre de la mort : ils sont deux chérubins remplis de science qui lisent dans leurs âmes les mêmes pensées et les mêmes désirs :
étendant leurs ailes sur le peuple, ils le protè-
gent et le nourrissent de vérités salutaires : ils sont les deux fils du Dominateur de la terre : ils se tiennent prêts À exécuter toutes ses volontés : ils sont les deux témoins de Jésus- Christ, vêtus d'habits symboliques; ils préchent la vérité et lui rendent témoignage ; ils sont ces deux étoiles brillantes qui ont, suivant l’oracle des sibylles, l'apparence de quatre animaux et qui dans ces derniers jours ont créé au mbnde l'humilité et la pauvreté volontaires.
Qui pourrait compter tous les mystérieux et symboliques rapports des nombres avec ces deux Ordres sacrés ? La divine Sagesse qui a produit toutes choses avec nombre, n’a pas voulu seulement un Ordre, mais deux, afin qu'ils aient une société mutuelle pour le service de l’Eglise et pour leur avantage propre ; ils se réchaufferont dans une même charité ; ils s’aideront et s’encourageront l’un et l’autre ; et ainsi leur zèie sera doublé : la force de l’un ajoutera ou suppléera à la force de l’autre ; et le double témoignage qu'ils rendront à la vérité en sera plus imposant.
Ms es À Considérez, nos très chers Frères, combien
t être la sincérité de notre dilec-
tion, nous que notre Mère Ja sainte Eglise a enfantés en même temps, nous que l’éternelle Charité a Envoyés ensemble Pour travailler au salut des hommes. Comment les fidèles nous ur des envoyés du Christ si
Ctueuse union ? Comment
Pourrions-nous répandre Ja charité dans les âmes, si, entre nous, elle restait faible et languissante ? Combien &rand, combien fort doit
rdaient comme des
anges de Dieu; ils se recevaient réciproquereçu le Christ lui-
s honneurs, ils se
ès spirituels, ils se
nges, et, en toutes
€ singulière et mu-
Quels grands avantages ont retirés de cette union nos deux Ordres et le peuple fidèle !
Quelle gloire en a été rendue à Dieu! Voilà ce qui faisait frémir l’antique ennemi; comme un lion en fnreur, il cherche à briser les liens de cette ancienne charité. O vous qui êtes bénis de Dieu, prenez garde qu’il ne puisse dire dans son orgueil: J'ai prévalu contre eux, parce que, s’éloignant des vestiges de leurs ancêtres, ils n’ont plus marché dans les voies de la dilection et de l'amour. Que le démon nous trouve dohc toujours prêts à défendre cette très précieuse charité qui nous a été léguée par nos Pères. !
Nous vous supplions par la Charité qui est Dieu même, de faire avec soin tout ce qui pourra entretenir la paix, la mutuelle concorde dans le Seigneur et l’indissoluble unité.
Nous avons regardé comme un devoir de notre paternité de vous écrire ces choses, ne pouvant vous les dire de vive voix. ’’
Un document pontifical, émanant d’un pape franciscain, nous assure que ces deux grandes Families ne se sont écartées en rien de ces admirables enseignements.
Deux siècles plus tard, en effet Sixte IV, en
FRÈRES D’ARMES 279 ee les Contemplant, s'écriait dans son admiration : ‘‘ Ces deux Ordres, comme les deux pre- Miers fleuves du Paradis des délices, ont arrosé la terre de l'Eglise universelle, par leur doctrine, leurs vertus et leurs mérites, et la rendent chaque jour plus fertile: ce sont les deux Séraphins qui, élevés sur les ailes d’une contemplation sublime et d’un angélique amour au-dessus de toutes les choses de la terre, par le chant assidu des louanges divines, par la Manifestation des bienfaits immenses que Dieu, ouvrier Suprême, a conférés au genre humain, rapportent sans cesse dans les greniers de la sainte Eglise les gerbes abondantes de la pure moisson des âmes rachetées par le précieux Sang de Jésus-Christ, Ce sont les deux trompettes dont se sert le Seigneur Dieu Pour appeler les peuples au banquet du saint Evangile, ”
Enfin les lettres échangées par les Généraux des deux Ordres en l’année 1909, à l’occasion du vrr° centenaire de l'Ordre franciscain, et que la Revue pu Tiers-OrDre publia en octobre de Ja même année, sont un témoi-
gnage éclatant que le temps, qui s'attaque aux choses les plus vénérables, n’a point cependant réussi à entamer l'amour et la confiance réciproques des Fils de Dominique et de François.
Cette admirable fraternité des deux Ordres
se retrouve jusque dans leur Liturgie respective : les Frères-Prêcheurs récitent pour la fête de Saint François, l'office propre du saint que récitenit les Frères-Mineurs ; et ‘ceux-ci pour la fête de Saint Dominique,
disent le même office que les Frères-Prêcheurs, sous le rite double de 1" classe, avec octave. (1)
(1) Auréole Sérap. 4 août.
Li." Chapitre des Nattes étant terminé, François, à l'exemple des Apôtres, partagea le monde entre ses frères, pour le sou-
mettre tout entier à l'empire de Jésus-Christ. Après une longue Prière, suivant sa coutume, il fit savoir qu’il prenait Pour lui et pour douse de ses Compagnons la Syrie et l'Egypte.
Avant de Partir pour aller prêcher l'Evangile aux Musulmans du Levant, il choisit six de ses Frères pour aller évangéliser les Musulmans dans le Maroc où ils reçurent la couronne du Martyre ; il traversa la Province de la Marche et alla s'embarquer à Ancône. Le Capitaine d’un Vaisseau qui allait porter du Secours à l’armée chrétienne devant Damiette voulut bien recevoir le saint Patriarche, avec onse de ses Frè. res. Tous les religieux qui étaient Présents, désiraient l'accompagner, avec l'espérance du
martyre. Le saint pour n’en chagriner aucun leur dit à tous fort prudemment et avec la bonté d’un véritable père :
‘Mes très chers enfants, il n’y en a pas un parmi vous que je voulusse éloigner de moi: je voudrais que vous puissiez m’accompagner tous dans ce voyage, mais je n’ai pu raisonnablement demander au capitaine du vaisseau de vous recevoir tous. C'est pourquoi, afin de n'attrister personne, je ne veux pas faire le choix moi-même ; il faut que ce soit le Ciel qui le fasse.’ Et appelant aussitôt un petit enfant qui se trouvait parmi les passagers :
‘ Le Seigneur, ajouta-t-il, a souvent fait connaître sa volonté par la bouche des petits enfants: interrogeons celui-ci, et ajoutons foi à ce qu'il dira. Dieu parlera par sa bouche. ’’ Il demanda donc à l'enfant si c'était la volonté de Dieu que tous les religieux présents fissent avec lui le voyage d'Orient. Le petit enfant répondit d'une voix ferme: ‘* Non, ce n'est pas la volonté du bon Dieu. ’? Il lui demanda alors lesquels il devait prendre.
L'enfant inspiré d'en Haut en nomma on5e,
EN ORIENT ° 283 Sn er ne les montrant du doigt, et s’approchant d’eux à mesure qu’il les nommait.
Les religieux, remplis d’admiration tombèrent tous à genoux, reçurent la bénédiction de leur père Commun, et se Séparèrent après s'être donné le baiser de paix.
François S'embarqua avec ses onge COMpa- 8nons : on leva l'ancre. La navigation fut heureuse. Les missionnaires abordèrent à l’île de Chypre, où le vaisseau stationna deux jours.
De Chypre, François alla débarquer à Saint- Jean-d’Acre, d'où il envoya ses frères deux à deux dans les lieux de la Syrie qui avaient le plus besoin de missionnaires, Le saint se rembarqua avec Frère Illuminé, pour se rendre en Egypte, à l’armée des Croisés qui assiégeait Damiette.
La discorde régnait alors au camp des Croisés: les chevaliers mébprisaient Souverainement les hommes de Pied ; l'infanterie répon-" dait en accusant les chevaliers de lâcheté.
Une émulation séditieuse animait les uns et les autres, et, afin de Montrer qui aurait plus de valeur, ils Contraignirent le roi de Jérusalem,
Jean de Brienne, à livrer bataille. Cette décision affigea profondément le serviteur de Dieu qui venait d'arriver au camp des chrétiens. Il dit à Frère Illuminé: ‘Le Seigneur m'a fait connaître que les chrétiens auront le désavantage dans cette bataille. Si je le dis hautement, je passerai pour un insensé: si je je ne le dis pas, ma conscience en sera chargée. Que vous ensemble ?— Mon Père, répondit Frère Illuminé, peu vous importe le jugement des hommes; d’ailleurs, ce n’est pas d'aujourd'hui que l’on vous regarde comme un insensé. Déchargez votre conscience, et craignez Dieu plus que tout le monde.’”’ Et le Héraut du Christ donna aux Croisés des avis salutaires, prédisant les malheurs du combat. Mais la passion enivrait les esprits et les paroles du saint furent prises pour des rêveries. La bataille fut livrée le vingt-neuvième jour d'août, par une chaleur excessive : les chrétiens perdirènt six mille hommes sans compter les prisonniers. Cette perte fut l’accomplissement de la prophétie de François, et elle fit comprendre qu'on n'aurait pas dû
ee
mépriser ses cons Cependant l’ho après avoir rière, se lève
e: ‘‘Mainteque vous êtes avec moi, je ne Craindrai aucun mal
d'or à quiconque Ju chrétien :
rencontra d’abord lui Causèrent une grande joie: il dit à son compagnon : ‘Mon Frère, ayez confiance au Seigneur, la Parole de l'E. vangile S’accomplit en nous: Voici que je Vous envoie comme des brebis au Milieu des loups. ’ En effet, un peu Plus loin une bande de Sarrasins se jeta sur eux, comme des loups Sur des brebis, Ces infidèles les chargèrent de Coups et d'insultes, et les Cconduisirent bien Sarottés au Soudan qui leur demanda pour
qui, pourquoi et comment ils étaient envoyés. François répondit avec tout le courage de son cœur: ‘Ce ne sont pas les hommes, c’est le Très Haut qui m'envoie, pour vous montrer à vous et à votre peuple, la voie du salut, en vous annonçant les vérités de l'Evangile. ”? Et il prêcha aussitôt avec une merveilleuse ferveur et une force admirable un seul Dieu en trois Personnes, Jésus-Christ, Sauveur de tous les hommes. C'était l'accomplissement de ces paroles: ‘Je vous donnerai des paroles et une sagesse auxquelles tous vos ennemis ne pourront résister ni rien opposer. ’? Le Soudan, frappé d’un tel courage, l’écouta volontiers et l’engagea instamment à demeurer avec lui. François dit: ‘‘Je resterai avec vous, si vous et votre peuple, vous vous convertissez pour l'amour de Jésus-Christ. Si vous hési:ez à quitter la loi de Mahomet pour la loi du Christ Jésus, faites allumer un grand feu, et j'entrerai dedans avec vos prêtres, afin que vous voyiez par là quelle est la foi qu'il faut suivre. — Je ne’crois pas, répondit le Soudan, qu'aucun de nos prêtres veuille entrer dans le
feu ni souffrir quelque tourment Pour sa reli-
gion. ? Parce qu’à la pro-
’esquiver en secret
anciens et des plus
“Si vous me pro-
embrasser Ja religion chrétienne,
j'entrerai seul dans le feu: si je suis brûlé,
qu’on l’impute à mes péchés ;
conserve, vrai Dieu
Le Sou accepter
une sédition. I] offrit
S présents : cet amant
» Craignant que quelques-uns des siens, touchés des Paroles de cet homme de Dieu, ne se Convertissent et ne pas- Sassent à l’armée des chrétiens, le fit conduire en sûreté et avec honneur au camp devant Damiette,
O homme vraiment heureux, s'écrie ici Saint Bonaventure, qui, bien que son corps n'ait pas été déchiré par le fer du tyran, n’a Pas perdu la ressemblance avec l’Agneau divin
immolé! Oui, dis-je, homme vraiment heureux, qui n’a pas succombé sous le glaive des persécuteurs, et qui pourtant a reçu la palme du martyre.
Pendant que François demeura en Egypte, il ne fit pas grand fruit parmi les infidèles ; mais ses paroles furent une semence féconde, dont ses disciples envoyés depuis par les Pontifes Romains recueillirent une abondante moisson. Ê
Les Sarrasins ne furent pas le seul objet du zèle de François. Il travailla encore au salut des chrétiens de l’armée des Croisés, et il y en eut quelques-uns qui se rendirent ses disciples. L'évêque d'Acre, Jacques de Vitry, écrivant à ses amis de Lorraine sur la prise de Damiette, leur apprenait que Reinier, prieur de Saint- Michel, était entré dans l'Ordre des Frères- Mineurs; que trois des principaux de son clergé l'y avaient suivi; qu'il avait peine à retenir le.chantre et d’autres qui voulaient embrasser le même état. À quoi il ajoute:
# Cette Religion ie répand fort dans le monde, parce qu'elle imite exactement la
ÉÉREEen forme de la primitive Eglise, et la vie des Apôtres,
Les plus anciens Monuments de l'Ordre assurent qu'après quelques mois de séjour en Egypte, le saint Patriarche alla en Palestine, visita les Saints-Lieux, et fonda la mission franciscaine de Terre-Sainte, en laissant alors à Jérusalem quelques-uns de ses disciples. Il dressa la tente de ses frères sur la sainte montagne de Sion, mais il ne put rien leur confier : on ne lui avait rien confié à lui-même. Les catholiques ne Possédaient plus alors un seul pouce de terrain en Terre-Sainte. C'est à force de Patience, aux prix de mille sacrifices et même de leur Propre vie que nos Pères acquirent peu À Peu et conservèrent à la Catholicité ses plus précieux sanctuaires.
Deux mille de nos religieux ont enduré le martyre du sang, pour la garde de ces sanctuaires et pour la Conservation de la foi parmi la chrétienté de la Palestine et plus de six mille sont merts martyrs de la charité, au chevet des pestiférés, victimes eux-mêmes
de la terrible épidémie.
A la chute de Ptolémaïde en 1291 (date lugubre), tout disparut de Palestine, avec les Croisés et clergé et fidèles, Ordres monastiques et Ordres militaires; nos Pères sels restèrent, au milieu de la désolation gérérale, au milieu du sang et des ruines, pour continuer, dans la mesure du possible, l’œuvre des Croisades ; et tout le monde convient qu’il est glorieux pour les Frères-Mineurs d’avoir été commis par les Souverains Pontifes à la garde des Saints-Lieux, au nom de toute l’Eglise, et d’y être restés seuls, offrant à Dieu les vœux communs de tous les fidèles, dans les lieux mêmes que Notre-Seigneur a sanctifiés par sa divine présence, aussi longtemps que la Terre-Sainte ne put offrir aux gardiens de ses sanctuaires que la pauvreté, les opprobres, la prison, le martyre... De nos jours, tous les Ordres et les Instituts religieux tiennent honneur de posséder en Palestine des églises et des couvents, et de partager sans périls l'honneur qui durant sept siècles fut le douloureux apanage des Franciscains.
Les critiques, qui ne manquent jamais dans
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les rangs de ceux qui regardent agir les autres, contestent aujourd’hui aux Frères- Mineurs les résultats acquis par une présence séculaire.
Ils leur demandent ce qu'ils ont fait durant sept siècles. Ce qu’ils ont fait: Z/s sont restés. Ils sont restés, silencieux et tenaces ; la terre qui avait bu le sang du Rédempteur a bu les flots du leur; ils Sont restés, comblant les vides creusés dans leurs rangs par le cimeterre turc et les épidémies ; et si les nouveaux venus trouvent en Palestine quelques vestiges de ce qui fut, s’ils peuvent s’y adonner à de paisibles recherches d'archéologie et d'épigraphie, c'est Parce que les Franciscains sont restés là.
Dans une bataille, les troupes fraîches qui arrivent sur le soir décident et remportent la victoire; mais ce sont les morts, couchés Par milliers sur la terre rougie, qui l'ont gagnée.
D'ailleurs les enfants de Saint François rap- Portent toute la gloire de leur longue attente à leur séraphique Père, persuadés que cette
grande prérogative de leur Ordre, est à l'égard de leur bienheureux Patriarche une récompense spéciale, à cause de son grand amour pour la Croix de son divin Maître, récompense dont ils jouissent par une merveilleuse disposition de la sagesse et de la bonté divines.
De la Palestine, François se rendit à Antioche et passa par la Montagne Noire, où se trouvait un célèbre monastère de l'Ordre de Saint Benoît. L'abbé qui était mort depuis peu, avait prédit qu’il viendrait bientôt un saint homme, chéri de Dieu, Patriarche d’un grand Ordre ; mais pauvrement vêtu et de chétive apparence. Les religieux ainsi prévenus de son arrivée, vinrent processionnellement au-devant de lui, et le reçurent comme ur envoyé de Dieu. François demeura quelques jours avec eux et la sainteté qu’ils reconnurent en sa personne gagna si bien leurs cœurs qu’ils embrassèrent son Ordre, remettant tous leurs biens à la disposition du Patriarche d’Antioche. Quelques autres monastères suivirent leur exemple; et en peu d'années, il se
forma dans le Pays une province florissante.
Saint François, après avoir ainsi visité les Croisés en Egypte, prêché aux Musulmans la foi en Jésus-Christ et posé en Orient les fondements de son Ordre, revint en Italie. Il débarqua à Venise en 1220. De là il se dirigea vers Assise, s’arrêtant dans les principales villes, sur son Passage, annonçant la parole de Dieu selon sa Coutume, prêcha t la pénitence et semant partout de nouveaux prodiges sur ses pas.
Cette même année 1220, le saint Patriarche Convoqua un nouveau chapitre, auquel furent spécialement invités les frères des diverses Provinces de l'Italie. C'est dans ce chapitre que e saint remit le généralat de l'Ordre entre les mains de Frère Pierre de Catane, qui était jusqu’alors son Vicaire, ‘Peu d'années après Sa conversion, dit Thomas de Célano, (r)il résigna la fonction de Prélat de l'Ordre en présence de tous les frères réunis en Chapitre,
(1) Vita secunéa, p. III, ch. LXXXI,
afin de mieux pratiquer la sainte vertu d’humilité. Je suis désormais mort pour vous, leur dit-il; mais voici Frère Pierre de Catanes auquel vous et moi nous obéirons tous. Aussitôt il s’inclina devant lui et lui promit obéissance et respect. Les frères pleuraient tous et gémissaient hautement de se voir orphelins d'un tel Père! Le bienheureux François se leva et dit, les mains jointes et les yeux dirigés vers le ciel: ‘‘ Seigneur, je vous recommande la famille que jusqu’à présent, il vous avait plu de me confier. Ne pouvant plus en avoir soin à cause des infirmités que vous connaissez, ô très doux Seigneur, je la remets entre les mains des ministres. Ils vous rendront compte au jour du Jugement si un des frères vient à se perdre par leur négligence ou leur trop grande rigueur. ’’ A partir de ce jour jusqu'à sa mort, Saint François resta soumis au supérieur et se montra plus humble que tout autre Frère.
Cependant les religieux ne voulaient pas consentir à ce que leur bien-aimé Père cessât d'être le chef de la famille et que l’un d’entre
eux devint son supérieur. Pierre de Catane se Contenta de recevoir le titre de Vicaire Général. Cet humble et parfait religieux ne demeura pas longtemps en charge : il mourut le 10 mars de l’année suivante 1221 ; et Frère Elie, jusqu'alors provincial de Toscane, fut au chapitre qui se tint deux mois après aommé Vicaire Général à sa place.
| Eat sauvegarder la suite de notre récit,
nous avons dû omettre au chapitre précédent un épisode remarquable de la vie de notre saint.
De retour à sa chère Portioncule en 1220 l'homme de Dieu avait reçu la nouvelle que les Frères envoyés au Maroc, avaient généreusement versé leur sang pour Jésus-Christ.
On se souvient qu’au Chapitre de l’année précédente 1219, François s'était réservé la mission d'Orient, voulant aller lui-même porter la bonne nouvelle aux musulmans d'Asie.
Mais en même temps il avait envoyé six de ses frères au Maroc, pour tenter la conversion des musulmans d'Afrique. Ce plan témoignait d'une intelligence hardie des besoins de la chrétienté à cette époque. Maîtres de l'Espagne et rois de la Méditerranée, les musulmans
a faise” nt courir un danger réel à l'existence mên: des Etats chrétiens. Les Croisades étaient sorties de la conviction que la civilisation chrétienne ne Pourrait ni s'étendre au dehors, ni s'affermir au dedans, tant que . Europe méridionale serait cernée par les infidèles. De là vient que les Papes s'étaient faits, et jusqu’au milieu du XvI' siècle se firent les ardents promoteurs de la Croisade. Sans doute, arracher le tombeau du Sauveur à la domination musulmane était un de leurs objectifs, mais le succès des Croisades était bien plus encore une question de vie ou de mort pour la Chrétienté.
Les croisades &uerrières avaient échoué par suite de la jalousie des princes européens.
François à la tête d’une armée pacifique commençÇait d'entreprendre une croisade qui dure encore et dont les résultats acquis sont que la civilisation européenne a fini Par pénétrer Ja barbarie turque su- “w'te l'étendue des côtes Méditerranéennes.
Les pionniers de l'idée chrétienne que lui avait désignés une révélation divine, affirme
Saint Antonin, se nommaient Bérard, Pierre et Othon, Adjute et Accurse, les trois premiers étaient prêtres, les deux autres convers.
François leur donna pour supérieur Frère Vital, religieux recommandable par sa prudence et sa sainteté.
Frère Bérard, issu d'une ancienne et noble famille était né à Calvi au comté de Narni et avait reçu l’habit en 1213 des mains mêmes de Saint François. A un grand talent de prédicateur, il joignait la connaissance parfaite de la langue arabe.
Frère Pierre appartenait à la famille des Cattini, dont l'antique manoir se voit encore aujourd'hui à San Gemignano en Toscane.
Une tradition autorisée rapporte qu'il entra dans l'Ordre en 1211, à la suite d'une prédication de Saint François dans sa ville natale.
Frère Othon, lui, serait né à Stroncone dans l'Ombrie. L'origine des autres frères nous est inconnve
Avant de les envoyer, leur bienheureux Père leur avait dit : ‘* Mes chers enfants, le Seigneur m'a recommandé de vous envoyer chez les
RU
Sarrazins Pour y prêcher la foi, et combattre la loi de Mahomet, Et moi j'irai à mon tour en d’autres PAYS travailler au salut des infidèles, et j'enverrai des Frères dans le monde entier. C’est Pourquoi, mes chers Fils, vous devez être Prompts à acco.-tir Ja volcnté de Dieu. Ayez soin de conserver Parmi vous la paix, la Concorde, le lien indissoluble de la charité. Soyez Patients dans la tribulation, humbles dans la Prospérité et vous serez victorieux dans tous les combats. Imitez Jésus- Christ dans la Pauvreté, l’obéissance et la chasteté. Mettez en Dieu toute votre espérance et lui-même vous dirigera et vous soutiendra.
Portez avec vous la Règle et le Bréviaire afin de réciter l'office divin de la manière la plus parfaite ; soyez obéissants au frère Vital votre supérieur.
Mes chers enfants, bien que j'aie lieu de me réjouir de votre bonne volonté, mon cœur, en VOUS voyant partiret vous séparer de moi, n’en éprouve pas moins de l’amertume ; Mais nous devons préférer l'ordre de Dieu à notre propre volonté. Je vous conjure d’avoir toujours
devant les yeux la Passion du Seigneur. Ce souvenir vous fortifiera et vous aidera à tout souffrir pour son amour. ’’
Encouragés par les paroles de leur Père, les soldats du Christ répondirent qu’ils étaient prêts à exécuter les ordres de la sainte obéissance, mais qu’ils avaient besoin de ses prières et de sa sainte hénédiction pour faire quelque bien dans un pay inconnu, au sein d’une nation barbare et ennemie du nom chrétien.
‘Celui qui vous envoie, répondit le séraphique Père, veillera sur vous ; je vous confie à sa garde, il vous remplira de vertu, il mettra la parole sur vos lèvres et vous suggérera ce que vous aurez à dire. ’?
Ils tombèrent alors à genoux, baisèrent la main de leur Père, et les yeux inondés de larmes, ils sollicitèrent une dernière bénédiction. Le saint attendri lui-même les bénit en ces termes:
‘Que la bénédiction de Dieu le Père descende sur vous, comme elle descendit autrefois sur les Apôtres ; qu’elle vous accompagne, vous fortifie et vous console dans vos tribulations.
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Ne craignez rien, car Dieu est avec vous: allez donc au nom du Seigneur qui vous envoie. ’’
Remplis de consolation et de Courage parla bénédiction de leur Père, ces hommes apost-liques se mirent aussitôt en route, n’ayant pour tout viatique, dit leur historien, que leur bréviaire et la grâce de Dieu. A peine furent-ils arrivés en Aragon que F rère Vital leur supérieur tombait 8ravement malade, Ne pouvant continuer la route, il dut se résigner à se Séparer de ses frères et après les avoir bénis, il les soumit à l'autorité de F rère Bérard.
Pour lui, il offrit au Seigneur ses longues souffrances, en union avec les travaux apostoliques de ses frères. Sa résignation fut certainement très agréable à Dieu, car lorsqu'il apprit le martyre de ses Compagnons, il bénit le Seigneur avec un tel transport d’allégresse, qu’il mourut et fut associé à la récompense de ceux dont il n'avait Pu partager les travaux.
Les cinq missionnaires Poursuivirent leur chemin et arrivèrent en Portugal, A Coïmbre, qui était alors la résidence des Souverains, ils furent reçus avec honneur par la Reine Urra-
que, épouse d’Alphonse II, à qui ils prédirent avec leur propre martyre le jour de sa mort.
De Coïmbre, ils passèrent à Alenquer, où existait déjà un couvent de leur Ordre, fondé vers 1216 par le bienheureux Zacharie de Rome, envoyé en Espagne par Saint François avec le bienheureux Bernard de Quintavalle.
Ils y demeurèrent six mois dans la prière et dans l’étude de la Jangue arabe, pour se préparer à leur mission.
Notre dessein n’est pas de les suivre dans leur course. Disons seulement, qu'après une première prédication dans Séville, alors au pouvoir des Musulmans, ils furent expulsés et embarqués pour le Maroc, par le roi maure dont Séville était la capitale et qui, sans le savoir, leur permit d'accomplir ainsi l’ordre de l’obéissance.
Au Maroc, rien ne put entraver leur zèle, ni la prison, ni la torture, ni l'expulsion. Enfin après des traitements si cruels et inhumains que le simple récit remplit d'horreur, ils cueillirent avec joie la palme du martyre, le 16 janvier 1220. C'etait la première fois que l'Ordre
em es AN À
Franciscain rendait à Dieu le témoignage du Sang. Mais depuis ces glorieuses prémices, les Frères-Mineurs n’ont jamais cessé de donner au Christ et à son Eglise des apôtres et des martyrs.
Mais qui dira l’exaltation du saint Patriarche quandil apprit que cinq de ses Fils avaient empourpré de leur sang la foi évangélique ! I] tressaillit d’une allégresse divine et les yeux mouillés de larmes, il s’écria : “C'est maintenant que je puis dire en toute assurance que j'ai eu cinq véritables Frères-Mineurs. ”’ Puis, se tournant du côté de l'Espagne et saluant le Couvent d’'Alenquer d’où ils Ctaient partis Pour aller au martyre: ‘‘ Maison sainte, dit-il, terre sacrée, tu as produit et offert au Roi du Ciel cinq belles fleurs Pourprées, d’une odeur très suave. © maison Sainte! sois toujours habitée par des saints 1”
Les martyrs du Maroc ont été canonisés en 1481, par le pape Sixte IV. Leur sang versé sur le sol inhospitalier du Maroc, ne fut pas stérile ; il prépara l'établissement d’une belle mission que les Frères-Mineurs, cultivent en-
core aujourd’hui. Voici comment: après la mort des saints martyrs, des fléaux s'appesantirent sur l'empire du Maroc ; la sécheresse, la famine, la peste désolèrent ce malheureux pays. Les infidèles crurent que Dieu les châtiait pour avoir mis à mort des hommes que sa vertu assistait, car ils avaient opéré sous leurs yeux d’éclatants prodiges. Ils invoquèrent donc les bienheureux martyrs et les fléaux cessèrent. Dès lors le libre exercice de leur culte fut accordé aux chrétiens; de nouveaux missionnaires franciscains furent appelés, des églises s’élevèrent dans les principales villes, et jusque dans la capitale du Maroc. Le premier évêque fut Frère Agnello, envoyé par Saint François, et qui élevé à l’épiscopat en 1227 s’acquit la vénération des infidèles eux-mêmes. Les successeurs furent toujours choisis dans l'Ordre de Saint François. Le Maroc forme aujourd’hui une Préfecture apostolique desservie par les Fianciscains. (1)
Les reliques des glorieux martyrs furent une
{1) D'après l'Aurdole Séraphique.
er tn bénédiction Pour la terre de Portugal où elles reposaient ; elles donnèrent bientôt à l'Eglise et à l'Ordre de Saint François, un de leurs enfants les plus saints, une de leurs plus pures illustrations. Un jeune Portugais, chanoine régulier, F ernandez de Bouillon, issu d’une des premières familles du Pays, alors âgé de vingtcinq ans, se trouvant à Coïmbre lors de la translation solennelle du corps des martyrs, sentit naître en son Cœur un ardent désir de vivre et de mourir pour Jésus-Christ, I] sollicita et obtint l’habit des Frères-Mineurs, reçut le nom d’Antoine, et, guidé par l'Esprit-Saint, il arriva de monastère en Monastère, d'épreuve en épreuve, à Sainte-Marie-des-Anges, où il trouva Saint François qui l’accueillit avec amour. Ille ravit par sa science théologique, remua une partie de la France et l'Italie entière par ses prédications, ses vertus et ses miracles, et mourut dix ans après, en 1231, laissant un renom Presque sans égal; dès l’année suivante, le pape Grégoire IX le Canonisa au milieu des acclamations Populaires: c'était Saint Antoine de Padoue,
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Sa vie est trop connue, trop abondante en merveilles de toute nature pour que nous puissiors songer à en donner ici plus que cette rapide esquisse. Mais il est des points par où cette vie touche de si près celle de Saint François que nous ne pouvons les passer sous silence. |
Né en 1195, quelques années après François, entré en 1210 chez les Chanoines réguliers, puis en 1220 dans l’ordre des Frères-Mineurs, Antoine arriva en Italie par une disposition providentielle, Il assista en 1221 au quatrième Chapitre général de l'Ordre tenu à Assise et dut y connaître François qui établit alors Frère Elie dans la charge de Vicaire général.
François pourtant ne sut pas quelle acquisition son ordre venait de faire en la personne de ce religieux inconnu, qu'aucun supérieur ne réclama, et qui fut emmené comme au hasard par le provincial de Bologne à titre de prêtre chargé de dire la messe aux religieux de Monte Paolo. Ce ne fut qu'après l'incident de Forli, où sur le commandement de son supérieur Antoine prit la parole devant l'évêque et se
Sp révéla soudain à ses frères, stupéfaits comme un prodige de doctrine et d’éloquence, que le séraphique Patriarche fut informé de ce qu'’était ce religieux Portugais si humble et si effacé, Il lui ordonna aussitôt d'annoncer la parole évangélique. On sait avec quel succès, durant les neuf années que devait durer encore sa précieuse et trop courte vie, Antoine accomplit l’ordre de son sSéraphique Père, On ne peut comparer les résultats de sa prédication qu’à ceux de l’apostolat de François luimême, Cerve: in des pécheurs et des hérétiques, miracles sans nombre. résurrections de morts, Antoine, par toutes ces œuvres, se montra le digne fils du séraphin d'Assise,
Il évangélisa d’abord la Lombardie et la Romagne et avec un tel fruit que ses frères dernandèrent à Françsis qu’il employât son merveilleux talent de , )Cteur et d’orateur à les former eux-mêmes à Ja Prédication, afin que les disciples d’un tel maître pussent pro- Pager au loin ses merveilles et son apostolat.
François y consentit, et dans le Cours de l’année 1223, Antoine reçut de lui une obé-
dience lui enjoignant d'enseigner la théologie à ses frères. La lettre du saint Patriarche était ainsi conçue :
‘‘Je trouve bon que vous expliquiez aux frères les enseignements de la sainte Théologie ; mais de telle manière cependant, et c’est là mon désir formel, que cet enseignement n’éteigne ni en vous ni dans les autres, l’esprit de la sainte oraison, conformément à la Règle que nous professons. ’’
Antoine, que François appelait souvent ‘MON ÉVÊQUE ’’ à cause de la gravité de son maintien et de sa doctrine, Antoine fut fidèle aux conseils du saint. Il fit de sa chaire une école de sagesse et de sainteté où se pressaient non seulement les jeunes franciscains qu'il avait mission de former, mais quantité de jeunes gens attirés par sa renommée grandissante.
Remarquons en passant — car ce ne sera pas nous écarter de notre sujet. — que Saint François lui-même a institué dans son Ordre le premier professeur de théologie. Bien qu'il préférât la science acquise dans l'oraison à
celle que donnent les livres, il avait pour celleci la plus haute estime en tant qu'elle est nécessaire au ministère apostolique. ‘‘ Nous devons avoir, dit-il en son Testament, le plus grand respect Pour les docteurs et prédicateurs, car ce sont eux qui nous administrent l’esprit et la vie. ”’ Dans sa Règle, il ordonne à ses frères d’être, en leurs discours, exacts et Corrects, ce qui ne peut s'obtenir sans Ja science acquise par l'étude,
‘ Saint François n’était l'ennemi que de cette science vaine, fastueuse et sans dévotion, dont l’apôtre Saint Paul, bien avant lui, disait qu’elle enfle: scientia tnflat ; de cette science surtout qui s'élève contre l'enseignement de l'Eglise. Il ne défendait l'étude qu'aux frères lais, qui ne sont point destinés au ministère apostolique.
Pour les autres, l'étude est strictement obli- £gatoire: Que ceux qui ont reçu de Dieu la grâce de travailler, travaillent fidèlement et dévotement. Mais ils doivent veiller, et c'est la recommandation de la Règle qu'il rappelle à Saint Antoine. À ce que l'étude n'éteigne
point en eux l'esprit de prière et de dévotion, à quoi toute chose doit être subordonnée en ce monde.
Antoine dut interrompre son cours au carême de 1224 pour aller prêcher à Verceil, d’où Saint François l'envoya à Montpellier, ville où la destruction de l'hérésie exigeait le labeur d'un prédicateur savant et habile. Il devait y travailler aussi à la diffusion de l'Ordre, à l’établissement de plusieurs couvents dans le Midi de la France. On voit par là que Saint François comptait sur Antoine comme sur soimême. C'est dire en quelle estime le saint disciple était auprès du maître très saint.
Divers lieux furent le théâtre de la prédication et des miracles d'Antoine durant les deux années qui suivirent. Nous le retrouvons en septembre 1226 au couvent d’Arles en Provence, où le chapitre provincial ctait réuni. Le jour de l’Exaltation de la Sainte Croix.
Antoine prêchait devant ses Frères, et il avait choisi pour sujet l'explication du titre de la Croix ‘‘JESUS NAZARENUS REX JUDÆORUM. "’ Un de ses auditeurs, religieux de sainte vie,
RE dont le Corps est conservé dans l’église cathédrale d'Arles, le bienheureux Monald, fut poussé par l'Esprit-Saint à lever les yeux vers le fond de la salle, I] vit alors Saint François élevé en l'air, les bras étendus en forme de croix et bénissant ses enfants. Tous les religieux se trouvèrent en même temps remplis d’une si abondante consolation spirituelle, que ce témoignage intérieur les persuada de la vérité de la vision de Monald, en les assurant de la présence de leur bienheureux Père. Dieu rendait témoignage par un nouveau prodige, à la prédication d'Antoine. Il consolait aussi François en lui permettant de voir quelques jours seulement avant sa mort, quels hommesil suscitait dans son Ordre, pour perpétuer dans l'Eglise son esprit et sa mission évangélique.
François en effet mourut le 3 octobre de la même année et Antoine ne devait pas le revoir en vie. Il assista en 1230 à la translation de ses restes vénérés, et la même année, il fut délégué par le Chapitre général de l'Ordre, avec cinq autres pères de grande vertu, auprès du Pape Grégoire IX, pour décider ensemble du
sens de divers points de la Règle, sens contesté par des religieux inquiets. Le séraphique Père ne pouvait avoir de plus fidèle témoin de son esprit que celui qui avait jusqu'alors si étroitement marché sur ses traces.
Saint Antoine devait imiter son Père même au delà du tombeau, dans le nombre et la grandeur des miracles, opérés après sa mort, dans la rapidité de sa canonisation. En effet, entré dans la récompense céleste le 13 juin 1231, il fut canonisé le jour de la Pentecôte de l’année suivante, 30 mai 1232, en présence, dit-on, de sa pieuse mère. Si le fait est vrai, quel indicible bonheur dut-ce être pour elle!
Saint Antoine de Padoue fut le premier fils de François que l'Église plaça sur les autels, comme les martyrs du Maroc furent les premiers Franciscains qui rendirent à la sainte foi le témoignage du sang. Et de même que ceuxci furent suivis d'une innombrable phalange de héros, de même Antoine marche à la tête d’une armée d’apôtres et de pénitents. La sève infusée par François à son Ordre faisait ses preuves. On pouvait connaître l'arbre à ses fruits.
anses le Premier Ordre, celui des Frè-
res-Mineurs, fondé depuis douze ans par le Patriarche d'Assise était répandu dans tout le monde, fécondant de ses sueurs les églises d'Italie, d'Allemagne, de France et d’Espa-
gne, et arrosant de son sang la terre infidèle du Maroc, de la Mauritanie et de l'Egypte.
Le Deuxième Ordre, celui des Clarisses ou Pauvres-Dames, fondé trois ans après le Premier, se développait avec une égale rapidité. L'exemple du serviteur de Dieu, François, et la grâce de Jésus-Christ qu’il portait en lui, produisaient dans les peuples un élan universel vers le sacrifice et de tous les rangs de ja société sortaient en foule des pauvres volontaires qui couraient avec un grand amour se placer sous la conduite de François, ou de son illustre fille, Sainte Claire.
Les fidèles que les engagements de leur état ou des liens plus sacrés retenaient au milieu du monde, s’affigeaient de ne pouvoir suivre ce mouvement divin qui semblait entraîner tous les cœurs vers le cloître. De toutes parts des hommes et des femmes, ployant sous le poids des sollicitudes, des charges et des soins extérieurs de la famille, venaient consulter le saint Pairiarche sur les moyens de vivre chrétiennement au milieu du siècle : ils lui demandaient une règle de vie tracée de sa main, afin de marcher plus sûrement dans les voies de la perfection évangélique: de là, la fondation du Troisième Ordre, ou Tiers-Ordre de Saint François, qui devait, comme les deux autres, se développer et s'étendre en tous lieux et dans tous les temps, avec une rapidité irrésistible et une merveilleuse fécondité.
Le saint allant de Florence à Cagiano près de Poggi-Boñzi, en Toscane, rencontra un des anciens amis de sa jeunesse, le marchand Luchesio. Cet homme, autrefois avare et violent, s'était converti et édifiait ceux qu'il avait scandalisés. Charitable, chérissant les pauvres,
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soignant les malades dans les hôpitaux, :il Ouvrait sa maison aux pèlerins et les traitait avec une chétienne hospitalité. Sa femme Bona Donna, d’abord opposée à ces œuvres de miséricorde l'avait bientôt imité, et plus d’une fois tous deux avaient prié le saint de leur tracer une voie de perfection appropriée à leur état.
Arrivé dans cette maison déjà sanctifiée par la charité, François leur dit: ‘J'ai songé depuis peu à instituer un troisième Ordre où les personnes mariées pourront servir Dieu d'une manière parfaite; et je crois que vous ne sauriez mieux faire que d’y entrer. ”’ Luchesio et Bona Donna, après avoir demandé les lumières du Saint-Esprit, prièrent François de les admettre dans ce nouvel Institut, dont ils furent les prémices. Le saint leur fit prendre un habit simple et modeste, de couleur cendrée, avec une corde à plusieurs rœuds Pour ceinture, et leur prescrivit la pratique de quelques exercices de piété, jusqu’à ce qu'il eut composé la Règle.
A peine fondé, cet Ordre s'étendit merveil-
leusement et envahit tous les degrés de la hiérarchie sociale: les Tertiaires se trouvaient partout ; à la cour, à l’armée, dans les charges publiques, dans toutes les professions honnétes; et ces chrétiens généreux et dévoués accomplissaient, sans affectation comme sans respect humain, les devoirs de leur Règle, donnant ainsi à tous l’exemple de la perfection propre à l’état séculier.
De l'Italie, le Tiers-Ordre se répandit très rapidement dans toutes les autres contrées de l’Europe : en France, en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Sicile, dans toutes les parties de l’Allemagne ; et partout des Rois et des Reines donnaient à leurs sujets d’augustes exemples, en revêtant l’humble habit de la Pénitence.
Le Tiers-Ordre franchit bientôt les limites de l’Europe, passa en Asie et alla cueillir jusque dans le Japon la palme du martyre. Les Frères-Mineurs de l'Observance l'avaient porté dans les Indes Occidentales, avec les lumières de l'Evangile; et dans le recensement fait moins d’un siècle et demi après la découverte
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par Christophe Colomb, on put Y ccmpte: cent dix-huit mille Tertiaires !
Et l'efficacité de leurs efforts Pour arriver à la paix de l'Eglise avait été si remarquable dès le temps de Grégoire IX, que ce pape, les com- Parant aux défenseurs d'Israël, leur avait donné dans une bulle écrite en Jeur faveur, le titre glorieux de “ nouveaux Macchabées. »’
Voici quelles étaient les principales obligations de la Règle, approuvée en 1289 par Nicolas IV : Obéir aux commandements de Dieu et de l'Eglise, s'abstenir des dissensions factieuses, ne rien détourner du bien d'autrui, ne pas prêter de serments solennels, ne prendre les armes que pour la défense de la religion et de la patrie, garder la frugalité dans la nourriture, la simplicité dans le vêtement, fuir le luxe, s'abstenir des séductions dangereuses et des plaisirs coupables, réciter tous les jours les heures canoniales Où 58 Pater, Ave et Gloria Patri ; pratiquer l’abstinence Quatre jours par semaine, jeûner tous les vendredis de l’année, tous les jours de la Saint-Martin à Noël et de la Quinquagésime à Pâques ; enfin Payer une
cotisation qui alimentait une caisse centrale. — Aujourd’hui, la règle primitive a été considérablement adoucie par Léon XIII qui a voulu rendre le Tiers-Ordre accessible à tous les chrétiens: l'Office ne se compose plus que de 12 Pater, Ave et Gloria Patri, et les jeûnes d'obligation sont réduits à deux, consacrés par un ancien usage: ‘/ veille de l'Immaculée- Conception et la veille de la fête de Siint François.
Malgré la multiplicité de ces jeûnes et de ces abstinences qui effraieraient nos meilleurs chrétiens du xx° siècle, le Tiers-Ordre se répandit avec une rapidité extrême et 50 ans ne s'étaient pas écoulés depuis sa fondation que la chrétienté avait changé de face. — ‘‘Le ‘détachement, la chasteté, l'amour divin ‘‘refleurissaient comme aux temps apostoli- ‘ques, et avec les Luchesio, les Ferdinand de ‘‘ Castille, les Louis de France, avec les Viri- ‘‘diane, les Humiliane, les Elisabeth de Hon- ‘’grie, s'épanouissaient dans le palais du riche ‘comme dans la cabane du pauvre, dans l’a- ‘‘telier de l’ouvrier comme au comptoir du
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“négociant, dans la rue et sur la place publi-
‘que comme dans l'intérieur du foyer domes-
‘‘tique, »’ Jamais le monde n'avait entendu Parler d’une semblable Conception si contraire aux sentiments du monde. Et loin de le révolter par son opposition à ses maximes, la Règle du Tiers-Ordre le Subjugua et le succès dépassa toute espérancé. On eût dit que les esprits et les cœurs l’attendaient tant les foules mirent d’ardeur à se précipiter vers elle. La nouvelle association avait pris une telle extension que
le chancelier de l’empereur d'Allemigue Frédéric II, épouvanté de son développement autant qu'émerveillé, s'écriait : ‘77 n'y à plus Personne au monde qui n'entre dans Le Tiers- Ordre de Saint François,
Comment expliquer cette diffusion qui tient du prodige ? On Pourrait lui assigner deux cau- Ses: 1° l'influence de la sainteté dy fondateur ; 2° les précieux avantages qu'offrait le Tiers- Ordre à ceux qui s’y enrôlaient.
Tout d'abord le nom et la réputation de François d'Assise furent un attrait irrésistible. Les populations ne voyaient que lui, on
ne savait comment le louer assez, tous proclamaient que c'était un saint, plus que cela, # saint donné par Dieu à cette époque.
Aussi tout le monde ambitionna-t-il l’honneur de devenir membre de sa famille, lorsque, grâce au Tiers-Ordre, cet honneur eut été mis à la portée de tous.
Après sa mort qui suivit bientôt, l’empressement, au lieu de tomber, s'accrut encore.
Comme il fut canonisé tout de suite par l'opinion publique et avant deux ans par le Saint- Siège, les bons chrétiens se montrèrent jaloux de se placer sous son patronage.
En outre, le Tiers-Ordre renfermait de grands avantages spirituels et temporels au profit de ses membres et de la société. Il se présentait comme un ordre approuvé, par conséquent comme une Æcole de piété et de progrès moral : l'esprit même de Notre-Seigneur descendu en François comme en un vase d'’élection, se propageait jusqu'aux extrémités du monde. Ce fut cet esprit qui groupa les Tertiaires, et qui, après les avoir groupés, les emporta d’un élan puissant, à une hauteur où
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n'auraient tez les réu-
L'association est un besoin profond du cœur de l’homme. Les Tertiaires se sentaient associés, et associés Pour la conquête de ce qu'il y a de plus grand au ciel et sur la terre. Et la meilleure preuve que le Tiers-Ordre fut une
école de perfection, -’--+ la moisson de saints qu’il a produite, Au XII siècle seulement, on compte 14 Tertiaires qui ont été canonisés ou béatifiés par l'Eglise, Mais le Tiers-Ordre n'eut pas seulement pandre à travers le monde laïque, par le désir d’une vie plus haute, le feu de l’amour divin qui animait notre Séraphique Père; on Peut dire qu'il fut l’un des plus grands efforts qui aient jamais été tentés pour introduire Llus de justice parmi les hommes. Il Y avait dans sa constitution, trois articles qui devaient changer au Moyen-Age, au Profit des zz
petits et des humbles, l’ordre social alors existant. En effet, par cela seul que la Règle obligeait le Tertiaire à ne pas porter les armes, sinon pour la cause de la foi, elle le déliait de l’obligation de s’armer pour le service de son seigneur — et les guerres féodales s’en trouvèrent fort empêchées — ; par cela que la Règle obligeait à ne point prêter serment, elle relâchait les liens féodaux — ; en constituant enfin à l’aide des cotisations, un trésor commun, la Règle fournissait aux Tertiaires le moyen de se racheter vis-à-vis de leurs seigneurs. La puissance seigneuriale était ainsi ruinée par la base, et le Tiers-Ordre se trouve avoir été le libérateur d'une foule de braves chrétiens opprimés.
L'organisation corporative, qui fut un des points saillants de l'état économique du Moyen-Age, doit beaucoup aussi au Tiers- Ordre. Dans chaque métier, il y avait quantité de Tertiaires fervents, décireux de répandre autour d’eux les vertus franciscaines. Aussi dans son ouvrage ‘Les grandes époques de l'histoire économique ‘’ Claudio Janet a pu
A eu en écrire : ‘‘ Le rapide développement des con- ‘‘fréries ouvrières qui étaient la base des cor- “‘porations du Moyen-Age, nous paraît la con- “séquence directe de ce que l’on a pu appeler ‘‘le grand Mouvement franciscain. ”’
À l'époque du Protestantisme, le Tiers- Ordre reprenait une vie et une activité toutes nouvelles. Luther et Calvin n'avaient pas de Plus implacables adversaires que les F. rères de la Pénitence. En Angleterre, la lutte contre Henri VIII était dirigée par des Tertiaires, en particulier par Thomas Morus qui paya de son sang ses Courageuses Protestations contre la tyrannie. En France, avec les Frères- Mineurs, ils étaient l'âme de la Ligue, de ce grand mouvement catholique qui préserva de l’apostasie le royaume de Charlemagne et de Saint Louis. Plus tard, comme leurs Pères du Premier Ordre, ils tiendront tête au Jansénisme ; et en face des Scandales royaux, ils donneront avec les Anne d'Autriche et les Marie- Thérèse, jusque sur les marches du trône, l'exemple du respect austère du devoir et de la charité envers les humbles.
Et pour citer des faits moins anciens, faut-il rappeler le rôle du Tertiaire Garcia Moreno dans les luttes dont la République de l’Equateur au xix' siècle a été le théâtre ?...Faut-il mentionner la courageuse résistance des catholiques Tertiaires au Culturkampf allemand, résistance qui finit par triompher de la politique sectaire de Bismarck ?
Le Tiers-Ordre a donc été une école de sainteté, d’apostolat et de dévouement ; et ce qui caractérise son influence, c’est une double action religieuse et matérielle. Ce que l'âme est au corps, le Tiers-Ordre franciscain le fut à la société civile. Il serait impossible de dire tout ce que l'Eglise et l'Etat ont reçu de bienfaits de l’action populaire chrétienne des Tertiaires à travers plusieurs siècles. Bien longue serait l’énumération de toutes les œuvres qu'ils ont suscitées. On retrouve, dans les œuvres du Tiers-Ordre, l'origine de presque toutes les institutions charitables vouées à tous les besoins, à toutes les souffrances : Education des enfants, soin des malades, des vieillards, des aliénés, des sourds-muets, des aveugles,
ÉpaEe onee ———"" #r EN des lépreux, des déshérités de tout genre.
Ajoutons les œuvres de catéchisme, de patronage, les ouvroirs, les orphelinats, puis les des monts-de-piété et les banques rurales et Populaires. Tel à été dans le passé le rôle fécond du Tiers-Ordre.
Et ce fut la pleine espérance qu’il se montrerait tel dans l'avenir, qui porta le génial - Pontife Léon XIII à faire de la Règle du Tiers- Ordre la base de la Réforme Sociale, ainsi qu'il s’en expliqua bien des fois. Il voulait ainsi opposer le Tiers-Ordre à la Franc-Ma- Sonnerie comme une invincible armée.
Son intention d’abord peu comprise, paraît aujourd'hui en voie d’être suivie et son plan exécuté, Le Tiers-Ordre compte dès maintenant dans ses rangs l'é/ite des chrétiens. (1) C'est l'indice que nos temps reverront Ja merveilleuse floraison de vertus et d'œuvres chrétiennes que suscita, au x1r1° siècle, l’ardent apostolat de Saint F rançois.
CPE
(1) Une récente statistique fixe à environ 2 500 000 le nombre des Tertiaires séuliers des deux sexes dans le monde entier.
A avoir établi son troisième Ordre, François continua ses prédications dans la Toscane. C'est en ce temps-là, vers le mois d'octobre, (1221) que l’homme de Dieu obtint la fameuse Indulgence de Sainte-Marie-des- Ange, autrement dite de la Portioncule. (1) Les grandes iumières que le saint homme recevait dans l'oraison, lui découvraient le malheureux état des pécheurs: il déplorait leur aveuglement, ilen était pénétré de compassion, et souvent il priait pour eux. Une nuit qu'il demandait à Dieu leur conversion avec beaucoup d’ardeur et beaucoup de larmes, il fut averti par un ange d'aller à l'église,
(1) Plusieurs Auteurs modernes font remonter cet évènement à une époque antérieure. — Les anciens n’en ont pas indiqué l’année précise.
LA PORTIONCULE 2 ee ne où il trouverait Jésus-Christ et sa très sainte Mère, accompagnés d’une multitude d'esprits célestes. Le saint y alla transporté de joie et se prosterna pour rendre ses hommages à la Majesté du Fils de Dieu. Notre-Seigneur Jui dit: “François, le zèle que vous et les vôtres avez pour le salut des âmes, fait qu’il vous est permis de demander quelque chose en leur faveur, à la gloire de mon Nom.’ Au milieu des merveilles qui le ravissaient, François fit cette prière: ‘Notre Père très saint, je vous supplie, quoique je ne sois qu’un misérable pécheur, d'avoir la bonté d’acr ‘er aux hommes, que tous ceux qui visit ont cette église, reçoivent l’indulgence plénière de tous leurs péchés, après s'en être confessés à un prêtre; et je prie la bienheureuse Vierge, votre Mère, l'Avocate du genre humain, d'intercéder pour me la faire obtenir, »’
La Sainte Vierge intercéda, et Jésus-Christ Prononça ces paroles : ‘‘ François, ce que vous demandez est grand ; mais vous recevrez des faveurs encore plus grandes. Je vous accorde celle-ci: je veux néanmoins que vous alliez
trouver mon vicaire à qui j'ai donné le pouvoir de lier et de délier, et que vous lui demandiez la même indulgence. ” Les compagnons du saint, qui étaient dans leurs cellules, entendirent toutes ces choses : ils virent une grande lumière qui remplissait l’église, ainsi que les troupes d’anges; mais une respectueuse frayeur les empêcha d'approcher.
Dès le matin, François les ayant assemblés leur défendit de publier cette merveille, et il partit, avec Frère Massée, pour Pérouse où se trouvait alors le Pape Honorius. Quand il fut en sa présence, François lui dit: “Saint Père, il y a quelques années que j'ai réparé une petite église dans votre domaine ; je vous supplie d'y accorder une indulgence qui soit libre et sans obligation de faire une ofrande. »’ Le Pape lui répondit que cela ne se pouvait pas raisonnablement accorder, parce qu'il était juste que celui qui voulait gagner une indulgence, la méritât en quelque manière, surtout par des œuvres de charité. ‘ Mais, ajouta-t-il, pour combien d’années me demandez-vous cette indulgence ? ’ — ‘* Très Saint Père, ré-
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pondit François, qu’il plaise à votre Sainteté de me donner non Pas tant des années que des âmes. — Et en quelle manière voulez-vous des âmes, répliqua le Pape ? — Je souhaite, poursuivit François, que sous le bon plaisir de Votre Sainteté, ceux qui entreront dans l’église de Sainte-Marie-des-Anges, contrits, confessés et bien absous Par un prêtre, reçoivent une entière rémission de leurs péchés pour ce monde et pour l’autre. Le Pape lui dit alors : “François ”’ vous demandez quelque chose de grand. La Cour Komaine n’a Pas coutume d'accorder une Pareille indulgence. — Très Saint Père, repartit François, je ne vous la demande pas de moi-même : c’est Jésus-Christ qui m'a envoyé : je viens de sa part.”’ Aces dernières paroles du saint, le pieux Pontife répéta publiquement jusqu’à trois fois: “Je veux bien que vous l'ayez. Je veux bien que vous l’ayez. Je veux bien que vous l'ayez.” Les cardinaux qui étaient présents représentèrent à Honorius qu'en accordant une si grande indulgence, il allait détruire celles de la Terre-Sainte et du Tombeau des Bienheu-
reux Apôtres. ‘La concession est faite, leur répondit le Pape, il n'est pas à propos de la révoquer : modifions-la seulement. *’ E. rappelant François il lui dit: ‘‘ Nous vous accordons l’Indulgence que vous Nous demandez :
c’est pour tous les ans à perpétuité, mais seulement pendant un jour raturel, depuis un soir, y comprenant la nuit, jusqu’au soir du lendemain.'' A ces paroles, François baissa humblement la tête. Comme il s’en allait, le Pape lui demanda: ‘Où allez-vous, homme simple ? Quelle assurance, avez-vous de ce que vous venez d'obtenir ? Très Saint Père, répondit-il, votre parole me suffit. Si cette indulgence est l'œuvre de Dieu, lui-même la manifestera. Que Jésus-Christ, sa sainte Mère et les anges soient à cet égard notaire, papier et témoins ; je ne demande point d’autre acte authentique. *’ Ces paroles du saint lui étaient dictées par la grande confiance que lui inspirait la vertu de cette grande apparition.
François partit de Pérouse pour retourner à Sainte-Marie-des-Anges, et au milieu du che-
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min, àun village nommé Collé, il s'arrêta dans un hôpital de lépreux, où il prit un peu de repos. À son réveil, il se mit en oraison ; puis il appela Frère Massée et lui dit avec une grande joie: “J'ai l'assurance que l'indulgence qui m'a été accordée par le Souverain Pontife, est confirmée au ciel, »
Le jour où cette indulgence Pourrait être gagnée n'était pas déterminé ; mais François, assuré de la volonté divine laissait à la Providence le soin de compléter l’œuvre de miséri-
corde qu’il avait sollicitée. En attendant, il continua sa vie apostolique et mortifiée, prêt
à donner mille fois sa 4.
salut de tant de pau dans l'oubli de Dieu et de la bienheureuse éternité.
Deux ans après, (1223) une nuit que le saint était en prière dans sa cellule à Sainte-Mariedes-Anges, le tentateur lui Suggéra de ne point tant veiller, cherchant à Jui Persuader qu’à son âge... le Sommeil lui était nécessaire.
François sentant la malice du démon, se lève, Court vers le bois, quitte son habit et se jette à
travers les ronces et les épines. “Il vaut mieux, disait-il à son corps déchiré et tout en sang, il vaut bien mieux souffrir ces douleurs avec Jésus-Christ que de suivre les conseils d’un ennemi qui me flatte.”’ Aussitôt une grande lumière l’environna, et il vit les buissons couverts de belles roses blanches et rouges, bien qu’on fût au mois de janvier et dans un hiver très rigoureux. Une troupe d’anges lui apparurent et lui dirent : ‘‘ François, hâtezvous d’aller à l'église ; Jésus-Christ vous y attend avec sa sainte Mère.’’ Au même moment, il se sentit miraculeusement revêtir d'un nouvel habit, éclatant de blancheur, cueillit sous l’inspiration qui le pressait, douze roses de chaque couleur, et se rendit à l’église dont le chemin lui semblait richement ornée.
Après une profonde adoration, il fit à Jésus- Christ cette prière sous la protection de la Sainte Vierge : ‘‘ Notre Père Très-Saint, Seigneur du ciel et de la terre, Sauveur du genre humain, daignez, par votre grande miséricorde, déterminer le jour de l'indulgence que vous avez eu la bonté d'accorder pour ce saint lieu.’
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Notre-Seigneur lui répondit avec une grande bonté: ‘‘Je veux que ce soit depuis le soir (1* août aux 1 Vépres) du jour où l’Apôtre Saint Pierre fut délivré de ses liens, jusqu’au soir du lendemain.
— Seigneur Très Saint, ajouta F. rançois, de quelle manière cette indulgence doit-elle être publiée ? Il pourra se faire que l’on n’ajoute pas foi à mes paroles.
— Allez de nouveau, lui dit Notre-Seigneur, trouver mon Vicaire sur la terre: faites-lui connaître ma volonté ; présentez-lui comme Preuve quelques-unes de ces roses miraculeuses; prenez avec vous quelques-uns de vos Frères qui, de leurs cellules, ont entendu ma voix. Allez: ma grâce fera le reste. »’
Jésus-Christ ayant cessé de parler, les chœurs angéliques entonnèrent le 7e Dem en‘action de grâces, et la vision disparut.
Le lendemain, François ayant choisi trois roses rouges et trois blanches, accompagné de trois frères qui avaient été témoins du prodige, partit pour Rome. Introduit au palais de Latran devant le Pape et les Cardinaux assem-
blés, il raconta avec beaucoup de simplicité sa merveilleuse vision, et présenta les roses blanches et rouges en témoignage de sa véracité.
Honorius considérant ces fleurs si belles, si fraîches, si parfumées (on était au cœur de l’hiver) et admirant plus encore la sainteté de François, accueillit favorablement sa requête. Il fixa la grande indulgence au 2 août et manda aux Evêques d'Assise, de Pérouse, de Todi, de Foligno, de Nocera, de Spolète et de Gubbio, de la promulguer solennellement en la fête de Saint Pierre-aux-liens. François était lui-même porteur des Lettres Pontificales.
On rapporte qu’au jour indiqué les sept Prélats ayant à leurs côtés le bienheureux Patriarche, montèrent sur une estrade dressée à la porte de la petite église de la Portioncule. (1) François invité à parler le premier à la foule assemblée, ‘fit un discours si plein de ferveur
(1) On conserve encore, à Notre-Dame-des-Anges, deux des poutres de cette estrade, dans la petite Chapelle des Roses, près de laquelle on admire / spineo ou le petit jardin des Rosiers miraculeux de Saint François, fowjours verts et sans épines.
Qu'il semblais d'un Ange plutôt que d'un homme, et il termina par ces paroles écrites sur un petit papier qu'il tenait à la main: “Je veux vous faire aller tous en paradis. Je vous annonce une Indulgence Plénière que j'ai tenue de la bonté du Père céleste et de la bouche même du Souverain Pontife. Vous tous qui êtes venus ici, le cœur Contrit, confessés et absous par un prêtre, vous aurez la pleine rémission de la peine due à vos péchés ; et il cn sera de même tous les ans, à Perpétuité, Pour tous ceux qui se présenteront dans les mêmes dispositions. Je souhaitais que cela durât huit jours, mais je n’ai pu l'obtenir. ”
premier la restreindre mais il ne put s'empêcher d comme François, à Derpétuité. êques essayèrent Successivement de mettre la restriction, et Dieu permit que, contre leur vouloir, ils répétassent tous à Derpétuité, Par là, ils reconnu-
rent tous la volonté du Ciel, et publièrent volontiers l’indulgence à perpétuité.
Tel est le résumé de la merveilleuse origine üe la célèbre indulgence que depuis près de sept siècles, les peuples vénèrent sous le nom d’Zndulgence de la Portioncule où de Grand Pardon d'Assise.
Depuis ce jour mémorable, tous les ans, le 2 août, les populations se portent en foule à la Portioncule, pour gagner la célèbre Indulgence.
Il faut voir, dit un auteur (1) qui, comme nous, a visité tous les lieux sanctifiés par les miracles de Saint François d'Assise, il faut voir ces troupes de quinze mille, de vingt mille pèlerins arrivant de toutes les parties du monde et campant dans la plaine deux ou trois jours avant l'heure sainte.
La journée est ordinairement consacrée à visiter la Basilique d'Assise, le Tombeau de Sainte Claire, Saint Damien, tous les sanctuaires vénérés de ce paradis de l’Apennin:;
{1) E, Chavin de Malan.
mais les bandes pieuses aiment surtout à aller en chantant des Cantiques prier un instant dans l’humble et très ancienne chapelle du couvent delle Carceri, Pour arriver à cette solitude chérie de Saint F rançois, il faut suivre une petite route qui serpente sur le flanc du Mont Subazio. Le Pauvre couvent occupé par les Pères Réformés est en partie adossé à un énorme rocher qui fait un des côtés du cloître. Au milieu d’une nature si pittoresque, si grandiose, en face de ce monument des saintes
douleurs de la pénitence, l’homme qui aime Dier. verse des larmes bien douces et des prières bien ferventes. (1)
(1) Ce petit couvent est resté tout embaumé du parfum des vertus de tant d’autres grands saints, qui, à l'exemple de leur séraphique Père, y ont pratiqué de rudes austérités, et il est tout rempli de merveilles. Ici c'est la peinture murale, représentant Notre-Seigneur qui allonge le bras Pour réveiller, un soir, un bon frère qui de retour de la quête et accablé de lassitude s'était endormi dans la petite chapelle, Là, c’est le rocher qui servait de lit à Saint François, et que les pèlerins vénèrent À genoux, après avoir Ôté leur Cheussure, Un peu plus loin c’est le crucifix miraculeux dont le saint se servait dans ses courses apostoliques
Le soir, après que chacun a pris son repas en famille, car il y a des familles entières, ou avec des compagnons de route, les uns se reposent de leur long voyage, les autres racontent d'édifiantes histoires, quelques-uns chantent en s’accompagnant des instruments de leur pays. Sous ce ciel d'Italie, pendant ces nuits d'été si sereines; si calmes, les anges descendent sur la terre et recueillent, pour les présenter à Dieu, toutes ces joies confiantes et ces douleurs résignées. Les portes de la Basilique restent toujours ouvertes, et des confes-
et qui, une nuit, revint seu/ de Rome où l'avait emporté par dévotion, un cardinal de la Sainte Eglise. A côté, on voit un pui:s immense, creusé dans le roc vif par le démon qui, chassé honteusement par Saint François montra ainsi sa rage impuissante. En face, le regard plonge au fond du torrent, véritable ablme, demeuré sec depuis le jour où le saint homme lui ccmmanda de ne plus troubler par le tumulte de ses eaux, la psalmodie des Frères. Au fond de ce torrent, l'œil étonré contemple le petit jardin, rempli de fraîcheur et qui jadis s’inondait comme signe avant-coureur de quelque calamité publique. De l'autre côté l’yewse verdoyante, sortant de la fente du :acher et surplombant l’abîme, sur laquelle les petits oiseaux de la forêt
seurs nombreux, assis au tribunal de la pénitence sont occupés à panser et à guérir les blessures de l'âme.
L'intérieur d: couvent présente l'aspect d’un grand Caravansérail, où se serait arrêtée une nombreuse caravane. Tous les bons Paysans des environs, qui, plus d’une fois dans l’année, ont accueilli le Frère Quêteur, descendent de leurs montagnes et viennent demander à leur tour une hospitalité qu’ils n’ont jamais refusée. D'ailleurs le couvent est
venaicnt se grouper Pour entendre chaque jour lu prédication du sérapüique Père, Le long da torrent, on montre encore, semées, çà et là, les grottes silencieuses où autrefois des amis du bon Dieu faisaient d'effrayantes Pénitences.. ,
Dans l'intérieur de ce petit couvent %s Prisons et qui mérite bien ce titre, les cellules primitives, creusées dans le roc et toujours existantes, sont si étroites et si basses, que voulant par Curiosité, en mesurer une, nos deux mains, en étendant les bras, touchaient sans effort, d’un côté à la voûte et de l’autre à toutes les parois environnantes. La petite et unique fenêtre destinée à lui donner l'air et la lumière mesure très exactement en haueur... ows6 pou:es, et sa largeur est naturellement encore plus restreinte !
par excellence la maison du peuple. Il s’y établit comme chez lui; dans la cour, il met son âne, son cheval, et il se couche tranquillement dans les corridors, dans les cloîtres et sur les marches des escaliers. Tout le long de la route, de Pérouse à Spolète, à plusieurs milles, des marchands dressent leurs boutiques ; on y vend des vivres, des étoffes et surtout des chapelets, des médailles et autres petits objets de dévotion ; chacun veut emporter un souvenir, un gage qui doit charmer les embrassements du retour.
Ce pèlerinage qui nous paraît encore si nombreux, n'est rien en comparaison de ce qu’il était dans les siècles de foi. Barnabé de Sienne, compagnon de Saint Bernardin, raconte dans la touchante histoire qu’il nous a laissée, qu'étant venu à la Portioncule pour gagner l’Indulgence avec son saint ami, ils y trouvèrent p/us de deux cent mille pèlerins !
En 1309, le Bienheureux Jean de l’Alverne se trouvant à la Portioncule pour confesser dans le temps de l’Indulgence, entendit la confession d'un homme âyé de plus de cent