‹ Saint-François d'Assise [microforme]Chapitre 18 sur 23 · RER NS · texte numérisé non relu

RER NS

ticulier, La aussi, le développement de l'Ordre découvrit au principe d’abord admis des prolongements imprévus. F rançois et ses douze Premiers compagnons avaient pu vivre au’ jour le jour, dans une hutte de torchis, s’abandonnant pour l'efficacité de leur parole aux lumières directes de l'Esprit Saint, comme ils s’abandonnaient à la Providence divine du soin se les nourrir. Mais les milliers de frères qui dès 1219 formaient la famille franciscaine, pouvaient-ils Compter, non sur les secours ordinaires de la bonté divine, mais sur la continuité d’une assistance miraculeuse ? François lui-même ne le PEnSa pas; et comme ilinstitua peu à peu des maîtres pour les novices, des lecteurs pour les étudiants, des ministres pour les provinces éloignées, il dut consentir aussi à ce que de véritables couvents fussent bâtis, spacieux et durables.

Il ne fit rien‘de tout cela que sous la contrainte des circonstances, aveC une crainte persistante de: voir offenser sa Dame la Pauvreté. Mais il le fit. Et il avait montré une trop haute intelligence des besoins de son

époque dans la fondation de son Ordre, pour ne pas comprendre les besoins de ce même Ordre grandissant. L

Dans cette évolution qui s'imposait, Frère Elie fut son collaborateur.

C'est en effet un problème de la vie de notre saint, de connaître la cause de son attachement pour le Frère Elie, et la confiance que malgré tout il lu! garde jusqu’au tombeau. Il le perce à jour, lui et ses tendances; il prophétise sa lamentable apostasie ; il prie pour que du moins la damnation lui soit épargnée.

Et cependant il le choisit comme vicaire général, il le maintient dans cette charge après 1223 ; ille bénit spécialement avant de mourir, et c'est en lui qu'il bénit ceux qui s’attacheront à lui. C’est qu’en effet Elie est un homme exceptionnel: organisateur de premier ordre, supérieur excellent malgré sa rigueur, architecte, ingénieur, plein d'intelligence et de distinction et de plus ardemment dévoué à son Père. Ce sont sans doute ses qualités, sa noblesse de manières, son affection, qui lui conquièrent François.

Mais Elie était un prudent du siècle. La Pauvreté rêvée et vécue par François lui semblait non seulement ardue et cruCifiante, mais impraticable et chimérique. Sans toutefois rétrograder jusqu’à la vie monastique telle que les Bénédictins l’avaient reçue de l’Eglise orientale et suivie, il aurait accepté la vie apostolique nouvelle, mais débarrassée du précepte de la pauvreté absolue et de la défense de toucher l'argent. Il était prêt d’ailleurs à compenser par quelque prescription affictive, Par exemple celle de l’abstinence perpé.elle de viande, l’amoindrissement infligé à l'idéal de François. N'avait-il pas sous les yeux les admirables exemples de sainteté et d’apostolat des Frères-Précheurs à qui Saint Dominique avait précisément donné la Règle qu'Elie désirait imposer aux Frères-Mineurs ?

Après des siècles d'expérience, après les efforts des saints héritiers du zèle et de la pensée de François, après les explications de la Règle par l’autorité des Papes, il est facile de voir en quoi Elie excédait. Mais alors, dans le conflit des interprétations qui divisa les

Franciscains après la mort de leur Fonds. ur, le départ était plus difficile. C’est le titre éternel de Saint Bonaventure, VIII‘ successeur de Saint François, à la reconnaissance de l’Ordre, que d’avoir su adapter ses Constitutions aux nécessités vitales d’un grand Institut, sans rien sacrifier de la Règle.

Le temps d'ailleurs a fait preuve de la sagesse de son interprétation. Tous les réformateurs qui, au cours des siècles, ont prétendu revenir à la primitive pureté de l'idéal de Saint François, ont également dû revenir à son adaptation Bonaventurienne, dès que leur réforme a cessé d'être locale, restreinte, et que le nombre de leurs disciples s’est accru.

Le dessein du Frère Elie s’est perpétué jusqu’à nos jours dans la branche dite des Conventuels ; et il est bon de remarquer que la Règle de Saint François, telle qu’elle est observée dans cette branche, égale en sévérité, malgré sa mitigation, les règles religieuses les plus austères.

Quant à Elie, il réalisa malheureusement les prédictions de Saint François. Après avoir

ne UN TE

&ouverné l'Ordre avec plus de sagesse que de fidélité à l'esprit du fondateur, après avoir fait élever sur le tombeau du saint une basilique qui fait l’adi ration du monde et la gloire d'Assise, il se révolta contre le Pape, se mit au service de l’impie Frédéric II. Ilserait mort €xcommunié si la prière de Saint François ne lai avait mérité une tardive pénitence qui le réconcilia avec Dieu et avec l'Eglise, Homme étrange et Puissant, encore inexpliqué, qui n'a peut-être pas voulu tout le mal qu'il a fait, à qui toutefois on peut beaucoup pardonner, parce qu’il a beaucoup aimé Saint François.

Mais revenons à Fonte-Colombo, où nous avons laissé Saint François écrivant une seconde fois sa règle définitive, Ses enfants l'ayant acceptée, il partit au mois d'octobre, pour aller la faire approuver par le Souverain Pontife. A Rome il fut invité à dîne: par le Cardinal Hugolin, Protecteur de son Ordre, et qui, on le sait, avait pour lui une singulière affection : mais il ne s’y rendit, dit Saint Bonaventure, qu'après avoir quêté quelques Morceaux de pain; ce qu’il avait coutume de

faire, lorsqu’il mangeait chez des personnes de considération. Etant à la table, il tira ces morceaux de sa manche, se mit à manger, et en distribua aux autres conviés qui en mangèrent par dévotion. Après le repas, le Cardinal l’embrassa et lui dit en souriant : ‘ Homme simple, pourquoi venant dîner avec moi, m'avez-vous fait l’affront d’aller quêter du pain, et de le faire paraître à ma table ?

—Monseigneur, répondit François, bien loin de vous faire affront, je vous ai fait honneur, en honorant à votre table un plus grand Seigneur que vous, à qui la pauvreté plaît beaucoup, surtout celle qui va jusqu’à la mendicité volontaire pour l'amour de Jésus-Christ. J'ai résolu de ne point abandonner pour des richesses fausses et passagères, cette vertu qui est d’une dignité royale, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est fait pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions riches et héritiers du royaume des Cieux, en qualité de pauvres d'esprit. ?’

Le Cardinal présenta François au Pape pour demander la confirmation de sa Règle.

me = Le Saint Père la lut, et la trouvant trop rigoureuse, il voulait que l’on fit quelques changements; mais l’homme de Dieu protesta qu’il n’y avait pas mis de lui-même un seul mot, et au? Tésus-Christ l'avait dictée telle qu’elle était. Hono::us III en conféra avec les cardinaux et la confirma. Sa bulle, donné au Palais de Latran, est datée du vingt-neuvième jour de novembre de l’année 1223, et de son pontificat la huitième.

Le saint Patriarche parlant de cette Règle à ses religieux disait : ‘* Mes Frères et mes Enfants bénis à jamais, on nous. a fait une insigne faveur, en nous donnant cette sainte Règle. Car c'est le livre de vie, l’espérance du salut, le gage de la gloire, la moelle de l’Evangile, le chemin de la Croix, un état de perfection, la clef du Paradis et le nœud d’une alliance éternelle. ”

En quittant Rome, François se disposa à célébrer, cette année, la naissance du Sauveur avec une particulière solennité.

Il avait toujours pensé que si l’on pouvait représenter au naturel un mystère d’une dou-

ceur aussi divine, il n’y aurait cœur chrétien qui pôt résister à son charme et à ses enseignements. Mais l'Eglise autorisait-elle une telle représentation. Avec sa simplicité surnaturelle, François avait consulté le Pape, et le Pape avait souri au projet.

Il ne perdit pas un instant, manda un seigneur de Greccio, nommé Jean, homme noble et d'une grande dévotion, lui donna ses instructions pour que tout fut digne d’une telle solennité.

Dans la soirée du 24 décembre, les populations des campagnes voisines, les franciscains des plus proches couvents, tous portant des torches et des flambeaux qui illuminaient l’épaisseur des bois, se rendirent selon qu’ils avaient été convoqués, aux alentours d’une grotte où l’on avait disposé un autel, et derrière l'autel, bien en vue, une crêche de bois, remplie de paille, avec un bœuf et un âne. À cette vue les chants éclatent et remplissent d’échos sonores les bois déjà inondés de clarté. François paraissait brisé de tendesse, dit son historien. La messe commença à minuit. Le

ee mn

saint revêtu de la dalmatique chanta l’Evangile, puis il prêcha. Il parla avec nne suavité merveilleuse qui attendrit tous les assistants, de la naissance du Petit Roi, de son humilité, et sa pauvreté: le divin nom de Jésus, le mot Bethléem, qui révenaient sans cesse sur ses lèvres, y Passaient avec une onction communicative. Toute l’assemblée était dans une sorte de ravissement. L’illusion était complète, cha- Cun se croyait à Bethléem lors de la naisssnce de l'Enfant Dieu. Et le pieux ordonnateur de la fête, Jean de Greccio, affirma avoir vu dans la crêche, à un certain moment, un Enfant d’une beauté merveilleuse que François couvrait de ses baisers...

De cette grotte de Greccio est sorti le mouveément qui peu à peu a placé sous nos yeux la représentation au naturel des mystères de la vie de l'Homme-Dieu. Nos crêches, nos calvaires, nos chemins de croix, nos piétés humaines et douloureuses viennent de là. Sans qu'il y songeât, par la seule impulsion de son génie infiniment proche de Dieu et de la nature, Françôis allait renouveler l’art chrétien, puis

l’art humain, figé depuis des siècles dans l’hiératisme byzantin. Et sic’est, au prix du reste, la moindre des choses que lui doit l'Humanité, cette chose suffirait à la gloire d’un autre. Mais François, parce qu’il cherchait uniquement le royaume de Dieu et sa justice, voyait se réaliser en Lai l’oracle du Maître: Le reste lui était donné comme par surcroît.

Vers ce même temps, Claire et ses filles du monastère de Saint-Damien avaient prié instamment François de leur donner par écrit une Règle et une iorme de vie semblable à celle des Frères-Mineurs. Le saint en conféra avec son ami, le Cardinal Hugolin, Protecteur des deux Ordres, et ils la composèrent ensemble. Pendaut qu'il écrivait, le saint homme ne put retenir ses larmes, en considérant que de pauvres filles voulaient embrasser des austérités si extraordinairement au-dessus de leur faiblesse !

La Règle de Sainte Claire est en effet une adaptation de la Règle des Frères-Mineurs à la vocation contemplative. Mais le principe directeur des deux Règles reste le même:

L'amour et Ja Pratique austère de la très haute Pauvreté.

C’est encore Vers cette époque que le même ardinal ôta à François son Manteau de des- Sus les épaules et lui ordonna de l'envoyer à la Duchesse de Thuringe, Elisabeth, fille du Roi de Hongrie, en reconnaissance de ses libéralités pour ses frères et à Cause de son éminente sainteté.

L'amour que la sainte Patronne des Sœurs u Tiers-Ordre témoigna à la Dame de Saint François. lui méritait bien cette faveur. Née °n 1207, mariée en 1221 au Prince Louis de Thuringe, en qui elle trouva un époux digne d'elle, mais qui la laissa Veuve à vingt ans ; ses biens ; séparée de ses ie que sa Sainteté avait suscitée contre elle, elle vécut quatre ans <ncore, et connut toutes les gloires de la Pauvreté : le travail, les Privations, les opprobres. Elle se montra dans l’adversité la digne fille de François, comme dans l’opulence elle avait été son imitatrice Par sa tendre compassion Pour les indigents et par sa dévotion aux

lépreux. Elle garda comme un trésor sans prix le manteau du Séraphique Patriarche, reçu par elle en 1224. Elle ne survécut que cinq ans à Saint François, son Père selon la grâce. Sainte Elisabeth est, comme Sainte Claire, une copie fidèle de Saint François ; l’une dans le cloître et l'antre dans le monde, elles montrèrent, aux âmes innombrables qui devaient les suivre, que les voies de la Très Haute Pauvreté étaient ouvertes à tous. Quelle consolation ce fut pour le saint Fondateur de voir que son idéal, repoussé et amoindri par les uns, trouvait en d’autres de parfaits miroirs.

! ES jours de François étaient désormais comptés. Ruiné Par d’effroyables austé-

rités, par d’ Par les sollici-

Mais le Christ ardemment conformé

Nous touchons au couronnement de la carrière mortelle de François. Le ciel seul serait capable, au lendemain des jours où nous sommes arrivés, d'ajouter quelque chose à la gloire du Petit Pauvre de Dieu.

Au mois d'août de la même année 1224, le serviteur de Dieu voulut se retirer dans sa

ns

chère solitude de l’Alverne pour se préparer à la fête de Saint Michel et commencer avec encore plus de ferveur que de coutume son grand carême en l'honneur de cet lustre Archange, comme s’il eût eu le secret pressentiment des grandes merveilles qui allaient s'accomplir sur cette sainte montagne. Il prit avec lui les trois Frères, Massée, Ange et Léon. Lorsqu'ils furent arrivés au pied du rocher même de l’Alverne, François se reposa un peu sous un grand chêne ; c'est là que nous avons vu plus haut la multitude des oiseaux, ses petits frères, voltigeant autout du saint, battant de leurs ailes et lui faisant grande fête.

Le Comte Orlando qui avait donné la montagne à François et à son Ordre éprouva une vive satisfaction quand il apprit que le saint et ses trois frères étaient venus se fixer sur l'Alverne. Le lendemain de leur arrivée, il alla lui-même les visiter, et leur porta une abondante provision de toute sorte de nourriture. Il trouva les pieux ermites en prière, les aborda et les salua avec bonté. Saint Fran-

Sois se leva, reçut avec une joie pleine d’affection Orlando et Sa Compagnie, et ils s’entretinrent ensuite quelque temps. Le Saint remercia Orlando de la générosité avec laquelle il lui avait cédé l’Alverne et de la visite dont il l’honorait ; puis il le pria de lui faire construire une petite cellule au pied d’un beau hêtre, dans un lieu très recueilli, très propre à l’oraison et situé à Peu près à un jet de pierre de l'endroit où se trouvaient ses frères. Son désir fut immédiatement satisfait. Comme le soir approchait et qu'il fallait repartir, Saint François dit quelques paroles et bénit la petite troupe. Au moment du dernier adieu, Orlando prit à part Saint François et ses frères et leur dit: ‘Mes bien chers Frères, je ne Veux pas que sur cette montagne Sauvage ‘ous souffriez aucune nécessité corporelle qui vous empêche de vous livrer entièrement à la contemplation; je veux, et je vous le dis à présent pour toujours, je veux que vous veniez chercher dans ma maison tout ce qui vous est nécessaire; si vous faites autrement, j'en aurai beaucoup de peine.’ Après cela, Orlan-

do et sa compagnie retournèrent au château.

Alors Saint François fit asseoir ses compagnons et les instruisit sur le genre de vie qu'ils devaient mener, eux et tous ceux qui veulent vivre en solitaires. Il leur imposa l’observance de la sainte Pauvreté, et leur dit: ‘‘ Ne vous appuyez pas trop sur l'offre charitable du seigneur Orlando ; prenons garde de blesser notre profession de pauvreté. Soyez sûrs que si nous sommes de vrais pauvres, le monde aura compassion de nous ; si nous embrassons bien étroitement la pauvreté, il nous donnera libéralement ce qu'il nous faut pour vivre.

Dieu, qui nous a appelés dans la sainte religion pour le salut du monde, a fait ce pacte avec nous; nous devons donner au monde de bons exemples, et le monde doit fournir à toutes nos nécessités. Persévérons donc dans notre pauvreté, parce qu’elle est la voie de la perfection et le gage des richesses éter.

nelles. ’ Le saint donna encore à ses frères plusieurs autres avis et il ajouta en finissant : ‘Voilà donc le genre de vie que nous devons embrasser tous; pour moi, en particulier, je

me sens que je touche au terme de ma carrière, et je veux désormais me tenir dans la solitude, me recueillir en Dieu et pleurer mes péchés en sa divine présence. Frère Léon, quand il voudra, m'’apportera une petite provision de Pain et d’eau; mais ne laissez venir à ma cellule aucun séculier, pour quelque raison que ce soit ; je vous charge de répondre pour moi à ceux qui me demanderaient. "’ Ayant dit ces mots, Saint François bénit ses compagnons et se retira dans sa cellule, au pied du hêtre ; et les trois frères prirent dès lors la ferme résolution de se conformer aux règles que leur Père leur avait imposées.

Quelques jours après, le saint, considérant, de sa cellule, la disposition de la montagne, et contemplant avec étonnement les larges fentes et les grandes Ouvertures des énormes rochers qui l’environnaient, il lui fut révélé de Dieu que ces fentes s'étaient ouvertes miraculeusement à l'heure de la Passion du Christ, au moment où, selon le saint Evangile, les pierres se fendirent. Dieu avait voulu que ce prodige s'opérât d’une manière plus frappante

sur la montagne de l’Alverne, parce que là devait se renouveler dans l'âme de: François, par l'amour et la compassion, et dans son corps, par l'impression des sacrés Stigmates, la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Après cette révélation, le saint se renferma dans sa cellule et s’y recueillit, dans l'attente du mystère qui allait s’accomplir. Dès lors, la prière continuelle à laquelle il se livra lui fit éprouver plus fréquemment encore les douceurs de la divine contemplation ; aussi, très souvent il se trouvait tellement ravi en Dieu, que ses compagnons le voyaient corporellelement élevé au-dessus de terre et dans une extase qui le mettait hors de lui-même. Dans ces sublimes contemplations, Dieu lui révélait non seulement l'avenir, mais encore les secrètes pensées et les inclinations de ses frères. Frère Léon, son compagnon, en fut convaincu par sa propre expérience. Se trouvant tourmenté par une tentation de l'esprit, il lui vint en désir de posséder quelque pieuse pensée écrite de la main du saint ; et il espérait qu’une fois qu’il l'aurait obtenue, la tentation

TT oem

disparaîtrait, au moins en partie. Depuis quelque temps déjà, il nourrissait ce désir, et toujours il se sentait retenu par la honte et le respect. Mais l’Esprit-Saint révéla à Saint François ce que Son compagnon n’osait lui confier. Aussitôt il le fait appeler, lui demande ce qui est nécessaire Pour écrire, et traçant à la louange de Jésus-Christ quelques lignes tirées des Saints Livres et qu’il signe de la lettre T (Tau), il Jes remet au frère en disant: (r) ‘‘ Recevez ce papier, Frère Léon,

et conservez-le toute votre vie. Que Dieu vous accorde sa bénédiction, et qu’il vous protège contre les tentations. Que s’il permet que vous les éprouviez, ne vous en troublez

(1) Voici le texte de cette béaédiction, dont l’autographe se Conserve dans le trésor de la Basilique Patriarcale d'Assise :

“Benedicat tibj Dominus, et custodiat te. Ostendat faciem Suam tibi et misereatur tui. Convertat Vultum suum ad de, et det tibi DPacem 1 Dominus benedicat te, Fraisr Leo,” T:

“Que le Seigneur te bénisse et qu'il te garde ; qu’il te montre sa face et qu'il ait pitié de toi; qu'il tourne son visage vers toi et qu'il te donne la paix, * — 4 Que le Seigneur te bénisse, Frère Léon. ” T

pas; plus vous serez tenté, plus je vous regarderai comme le véritable ami et serviteur de Dieu, plus je vous chérirai; car, je vous le dis en vérité, personne ne doit s’estimer parfait ami de Dieu qu’il n’ait auparavant passé par beaucoup de tribulations et de tentations. ”’ Frère Léon reçut avec respect et confiance l'écrit du saint, et aussitôt sa tentation disparut complètement. Alors il retourna vers ses compagnons et leur raconta, plein de joie, la grâce que Dieu venait de lui accorder. Depuis il conserva toujours son écrit avec soin, et les frères s’en servirent ensuite pour opérer plusieurs miracles. Dès ce jour aussi, en toute simplicité et avec l'intention la plus pure, Frère Léon se mit à observer de plus près toute la conduite de Saint François et sa bonne foi lui mérita de le voir souvent ravi en Dieu, élevé au-dessus de terre à la hauteur de trois ou quatre brasses, quelquefois jusqu’au sommet du hêtre, et parfois même il le voyait si haut dans les airs et environné de tant de splendeur, qu’à peine il pouvait encore l'apercevoir. Et que faisait le bon frère quand le

LE GRAND MIRACLE 407 SE npemne e De MU SON R Saint n’était encore qu’à la hauteur d’un homme? Il allait doucement sous lui, lui baisait les pieds, les arrosait de ses larmes et il disait : “Mon Dieu, prenez pitié de moi qui suis un pauvre pécheur, et, par les mérites de ce saint homme, daignez me communiquer quelque petite portion de votre grâce. ’’

Un jour que Frère Léon se trouvait ainsi sous les pieds de Saint François, et qu’il était à une hauteur où il ne pouvait plus l’atteindre, il vit descendre du ciel un billet écrit en lettres d’or qui vint se placer sur la tête du Saint: sur ce billet étaient tracés ces mots : “Ici se trouve la grâce de Dieu. » Le frère eut le temps de Je lire, et il le vit ensuite remonter vers les cieux.

Sous l'impression de cette grâce divine qui le remplissait, Saint François n'était pas seulement ravi en Dieu par la contemplation, Souvent aussi il était consolé et fortifié par des grandes apparitions. Une fois entr'autres qu’il revenait d’un de ces ravissements qui l'élevaient de terre, Jésus-Christ parut, assis Sur une table de pierre fort basse, où le saint

avait coutume de prendre sa pauvre rourriture, il lui parla comme à un ami, avec la plus intime familiarité. Lorsque Notre-Seigneur eut disparu de dessus la table, Frère Léon, qui ignorait entièrement ce qui s'était passé, voulut la préparer comme à l'ordinaire, François l'en empêcha disant : ‘‘ Frère Léon, chère petite brebis, lavez cette pierre avec de l'eau.’ Frère Léon obéit. ‘Maintenant, reprit le saint, d’un visage rayonnant de joie, lavez-la avec du vin. *’ La pierre fut ainsi lavée. ‘‘Lavez-la avec de l'huile ”’, dit-il encore. Le frère obéit. ‘‘ Frère Léon, chère petite brebis, dit enfin Saint François pour la quatrième fois, lavez cette pierre avec du baume. — © mon doux Père, répondit le frère, comment trouver du #awme dans ces lieux sauvages. — Sachez, Frère Léon, chère petite brebis du Christ, reprit Saint François, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu reposer sur cette pierre. (1) Je vous ai

(1) Nous avons vu ceite table au Mont-Alverne, dans son petit oratoire, où elle sert actuellement de pierre d’autel, Elle porte

Page 1