‹ Saint-François d'Assise [microforme]Chapitre 20 sur 23 · OP 7 0 NN · texte numérisé non relu

OP 7 0 NN

À son arrivée, il demanda que l'on écrivit à Frère Jacqueline pour qu’elle apportât de Rome ce qui était nécessaire à son ensevelissement, lui faisant dire qu’elle se hâtât si elle voulait le revoir en vie. Et comme la lettre était finie: ‘Laissez cela, dit-il. Notre Frère est en chemin.’ En en effet quelques instants après la dame de Settesoli arrivait à la Portioncule, apportant pieusement ce que le saint désirait, par une inspiration de Dieu.

Mais hâtons-nous, âmes pieuses, hâtonsnous de recueillir les dernières volontés et les dernières bénédictions du Stigmatisé de l’Alverne, notre Père!

Le vendredi 2 d'octobre (1) François fit assembler ses frères, les bénis une seconde fois, fit un signe de croix sur un pain qu'il partagea à tous, comme un symbole d'union et de concorde fraternelle. Tous les frères

(1) En 1226, le quatre octobre tomba un dimanehe. Or il est C2rtain que Ssint François mourut le samedi soir. La bénédiction du pain se place donc au vendredi,

RE ———— — —fondaient en larmes. Après un instant de repos, le saint Patriarche dicta son testament spirituel, dernière instruction de pénitence et d'amour.

Le lendemain 3 octobre, François se dépouilla du vêtement qu'il portait et on lui donna un habit d'emprunt qu'il accepta par Pauvreté et par obéissance ; il se fit aussi coucher sur la, terre nue. Vers le soir, l’illustre mourant, ainsi couché sur le sol, fit chanter le Cantique du Soleil et s’unit avec une allégresse indicible à ce chant d'amour. Le cantique achevé, il croisa de nouveau ses bras, donna, au nom et par la vertu de Jésus cruci-

fié, une suprême bénédiction, aux présents et aux absents, et il ajouta : “ Adieu, mes

Enfants ; je vous dis adieu à tous ! je vous laisse dans la crainte du Seigneur: demeurezy toujours. Le temps de l'épreuve et de Ja tribulation approche. Heureux ceux qui persévéreront dans le bien qu'ils ont commencé. Pour moi, je m'en vais à Dieu avec un grand empressement, et je vous recommande tous à sa sainte grâce ! ”

LA MORT 44i a = À

Il se fit lire ensuite la Passion du Sauveur. Après cette lecture, il commença lui-même à réciter, d’une voix presque éteinte, cette hymne de la délivrance :

‘Ma voix a crié ver: le Seigneur : je lui ai adressé mes vœux. — Je répands mes prières en sa présence: je lui dis mes douleurs, et mon esprit est près de défaillir. — C'est vous que j’implore, 6 mon Dieu, et j'ai dit: Vous êtes mon espérance et mon partage dans la terre des vivants. — Délivrez, Seigneur, mon âme de sa prison, afin que je puisse vous glorifier. Les justes sont dans l'attente de la récompense que vous me donnerez...

Lorsqu'il eut murmuré ces dernières paroles, il poussa un léger soupir: son âme avait brisé ses liens et s’envolait dans le sein de Dieu! C'était le samedi soir, 3 octobre de l’année 1226. Saint François était alors dans la quarante-cinquième année de son âge et la vingtième de sa conversion.

‘Un de ses frères et de ses disciples, dit Saint Bonaventure, vit cette Âme bienheureuse, sous l'apparence d'une étoile très bril-

————— mn,

lante, portée au-dessus des grandes eaux sur une nuée blanche, qui la conduisait droit au séjour de la gloire : c'était, continue le Docteur séraphique, l'image de l’éblouissante candeur de sa sublime sainteté, qui, avec une plénitude de grâce et de sagesse l'avait rendu digne d'entrer dans le séjour de la lumière et de la paix, où il repose avec Jésus-Christ pour l'éternité. ”

Frère Augustin d’Assise, Provincial de la Terre-de-Labour, homme juste et saint, qui était malade à l'extrémité et ne parlait plus, s’écria tout à coup : ‘‘ Attendez-moi, mon Père, attendez-moi | je m'en vais avec vous. ”’ Les religieux tout étonnés, lui demandèrent à qui il parlait. ‘* Hé quoi, leur répondit-il d’un ton ferme, ne voyez-vous pas François notre Père qui va au Ciel?’ A l'instant, sa belle âme se détacha de son corps et suivit celle de son bienheureux Père,

Quand le saint mourut, c'était la nuit tom- .bante : or des alouettes, ces petits oiseaux qui aiment la lumière et qui craignent l'ombre des crépuscules, parurent en très grand nombre

au-dessus de Sainte-Marie-des-Anges ; pendant longtemps elles voltigèrent là, :::: :1ne joie inaccoutumée, à la gloire du 52: qui durant sa vie les invitait avec tant de te.

dresse à chanter les louanges du Créntour ; les alouettes, ses chères petites Sœurs loi rendaient ainsi un dernier homriige aus; sra cieux qu’il était éclatant.

François, le serviteur et l'ami de D'e» le fondateur et le chef des Frères-Mineurs, Je grand maître de la Pauvreté, la règle de la Pénitence, le héraut de la vérité, le miroir de la sainteté, le modèle de la perfection évangélique, François marcha avec l’aide de la grâce, sans faiblir jamais, de Progrès en progrès, depuis le premier jour de sa carrière jusqu’au dernier. Cet homme prodigieux, d'autant plus riche en grâces qu'il se fit plus pauvre des biens de la terre ; d’autant plus élevé qu'il fut plus humble ; plus fort, qu'il se mortifia davantage; plus sage, qu’il fut plus simple de cœur ; cet homme extraordinaire par la pureté de toute sa vie, le Seigneur s’est plu à le faire grand aux yeux des hommes pendant qu'il

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accomplissait sa destinée sur la terre. Mais cette grandeur ne fut que le prélude de celle qui lui était réservée après sa mort. Au sortir de ce monde, en effet, pour entrer dans la sainte maison de son éternité, et buvant désormais avec plénitude aux ondes sacrées de la fontaine de vie, il laissait sur son corps des signes certains de sa gloire future. Cette chair crucifiée avec ses convoitises était devenue une créature nouvelle qui, par un privilège unique, portait l'empreinte divine -de la Passion de Jésus-Christ. Par la nouveauté même d'un prodige, qui n'avait pas eu d'exemple sur la terre, elle offrait aussi l’image de la Résurrection. On voyait dans ses mains, et dans ses pieds des clous noirs comme du fer, merveilleusement formés de sa chair par une vertu divine, et tellement adhérents à cette chair, que quand on les poussait d’un côté, ils avançaient de l’autre. Rien n’empêchait de voir la plaie de son côté qu'il cachait avec tant de soin pendant sa vie, cette plaie que la main de l’homme n'avait point faite et qui ressemblait à l'ouverture du côté du Sauveur, d'où sortit

LA MORT 445 eq manne tam le sacrement de notre Rédemption et celui de notre Régénération: sa couleur rouge et ses bords repliés en rond la faisaient paraître Comme une très belle rose. La chair du saint, qui était naturellement brune, et que ses maladies avaient rendue très basanée, devint extraordinairement blanche ; elle représentait les robes blanchies dans le Sang de l'Agneau dont les saints sont revêtus dans les splendeurs de la gloire. Ses membres étaient flexibles et maniables comme ceux d’un petit enfant, signes évidents de l'innocence et de la candeur de son âme. Toutes ces merveilles répandaient dans les âmes une grande suavité et excitaient l'admiration de tous les spectateurs!(r)

Pendant toute la nuit, les Frères-Mineurs chantèrent autour du Corps des psaumes et des hymnes avec une si grande jubilation d'amour qu'on aurait cru assister à une fête angélique dans le ciel plutôt qu'aux funérailles d'un

(1) Saint Bonaventure.

446 VIE DE SAINT FRANÇOIS sr “nd homme sur la terre. Aj::si s'expriment les compagnons du glorieux trépas de leur Séraphique Père.

Le lendemain dimanche eurent lieu les obsèques ; dès le matin, ie clergé et les magistrats d'Assise vinrent à Sainte-Marie-des-Anges, où s'était réunie une foule immense des popuiations ombriennes. Les Frères-Mineurs des couvents voisins étaient venus toute la nuit. Le convoi se mit en marche: le peuple portait des branches d'olivier ; les frères sur deux longues files tenaient à la main des torches ardentes. Le saint corps, placé sur de riches tapis, était porté par deux magistrats et deux Frères-Mineurs : le clergé fermait le cortège. Le chant des psaumes, des hymnes et des cantiques en langue vulgaire, n'était interrompu que par les sons éclatants des trompettes guerrières, placées de distanc : en distance. Au lieu de prendre le chemin direct qui même à Assise, on choisit le sentier détourné qui conduit à Saint-Damien, le couvent de Sainte Claire. On déposa le corps dans la chapelle des Pauvres-Dames afin

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qu’elles eussent la consolation de contempler une dernière fois le visage transfiguré de leur illustre Père. On ouvrit la grille du chœur des religieuses; et Claire, malade, portée dans les bras de ses filles, put vénérer et toucher, non sans verser beaucoup de larmes, les cinq plaies du stigmatisé de l’Alverne. Elle essaya d’arracher un des clous miraculeux pour le Conserver comme une pieuse relique ;: mais Voyant qu'elle n’y pouvait réussir, elle se contenta de tremper un linge dans le sang qui coulait de la blessure et de prendre la mesure exacte de la taille du saint Pour faire peindre Son portrait dans le chœur des religieuses.

Partant de Saint-Damien le cortège traversa les rues d'Assise, tendues de draperies et de guirlandes de verdure, jusqu'à l'église Saint- Georges, où la dépouille mortelle fut déposée dans une châsse en cyprès. “* C'est la que notre saint avait été initié à l'étude des lettres chrétiennes ; c'est là qu'il avait fait sa première prédication de pénitence et d'amour, Là aussi, dit Saint Bonaventure, devait être son premier lieu de repos. ’’

NS À la mort de Saint F rançois, Frère Elie était vicaire-général de l'Ordre. Frère Elie avait toujours été, durant sa vie, très attaché au saint dont il avait su ainsi gagner l'affection et garder la confiance ; et durant les grandes maladies de l’homme de Dieu, il l'avait entouré de tant de soins, qu’au témoignage de ses contemporains, il lui avait véritablement tenu lieu de mère. Il écrivit, à la mort du saint, à tous les Provinciaux de l'Ordre une Lettre dont nous donnons ici de longs extraits et qui est restée toute empreinte des tristesses de son âme. L'exemplaire que reçut le Provincial de France porte cette souscription ; ‘‘A mon Frère en Jésus-Christ, le Frère Grégoire, Ministre des Frères qui sont en France, et à tous ses frères et les nôtres, le Frère Elie, pécheur, salut. ”’ Elle est ainsi conçue :

‘‘ Avant de commencer, je soupire. Comme un torrent qui déborde ‘ainsi la douleur envahit mon âme. Hélas ! le malheur que je redoutais a fondu sur nous; celui qui nous consolait n’est plus. Chéri de Dieu et des hommes, il est monté au séjour de la lumière, lui qui en-

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seignait à Jacob la loi de la science et de la vie et qui a laissé À Israël le testament de la paix, Nous ne Saurions trop nous réjouir pour lui; nous ne Saurions trop pleurer sur nousmêmes, privés que nous sommes de sa présence et comme ensevelis à l'ombre de la mort. La perte est Pour tous ; le péril n’est que pour moi, à cause des Soucis et de l'affiction qui m'oppressent, Ma douleur est sans mesure ; voilà Pourquoi, mes Frères, je viens vous conjurer de la Partager, comme je partage la vôtre. Nous sommes orphelins et privés de la lumière de nos yeux.

diriger leurs pas Semblable au soleil it les esprits, et il

rant au Seigneur une génération nouvelle, Son nom s’est répandu jusqu'aux îles les plus lointaines, et les différentes contrées de Ja

terre ont admiré ses œuvres.

Cependant, ne vous attristez pas outre mesure, mes Enfants et mes Frères: Dieu qui est le Père des orphelins ne nous refusera pas ses divines consolations. D'ailleurs, François est passé à une vie meilleure ; et avant de mourir, il a béni tous ses enfants, comme un autre Jacob, leur pardonnant toutes les fautes qu'ils auraient pu commettre contre lui. Maintenant, voioi que je vous annonce une grande joie et un prodige inouï jusqu’à nos jours.

C'est que peu de temps avant sa mort, notre bien-aimé Père a reçu et porté dans sa chair les Stigmates de Jésus crucifié... Bénissez donc le Dieu du ciel et de la terre : louez-le de ses éternelles miséricordes ; et souvenezvous devant le Seigneur de notre incomparable Père, pour la louange et la gloire de Celni qui l’a exalté parmi les hommes et glorifié devant les anges... Le quatre des nones d'octobre, jour de dimanche, à Ja première heure de la nuit précédente, notre Frère et notre Père, François, est allé vers son Créateur !... Et parce que c'est une pensée salutaire de prier pour les morts, priez pour lui,

D D = TT c'est son dernier désir. Que chaque prêtre :

donc dise trois messes ; chaque clerc, le psautier; les Frères Laïcs, cinq pater, et que les clercs fassent en Commun la vigile des morts. Frère Elie, pécheur. ”’

An avoir dit en résumé dans sa Légende,

ce que nous venons de rapporter plus en détail sur les funérailles de Saint François, le Docteur Séraphique Saint Bonaventure continue ainsi.

“Désormais face à face avec Dieu, et illuminé sans interruption de la divine lumière, le Bienheureux manifesta son pouvoir et sa bonté par de nombreux prodiges: sa sainteté qui pendant sa vie s'était fait connaître au monde et l'avait édifié par les exemples d’une justice si haute, fut ainsi confirmée du haut du ciel, où il règne désormais avec Jésus-Christ, par les wéiracles que la puissance divine opéra par son intercession.”’ Et le saint Do:teur donne une longue liste des miracles qui ont suivi la mort de l’homme de Dieu, et dont nous reproduisons ici quelques-uns à la louange

APRÈS LA MORT 453 RE — de Dieu et à Ja gloire de notre séraphique Père.

Des morts RESSUSCITÉS, — Dans le bourg de Monte-Marino, près de Bénévent, une femme qui avait une grande dévotion à Saint François, subit le sort réservé à tous les hommes ; elle mourut. Des clercs, en grand nombre, se réunirent la nuit à la maison mortuaire pour célébrer les obsèques et pour chanter des PSaumes et des prières ; voilà que subitement, à la vue de tous les assistants, la défunte se leva sur son lit, et s'adressant à un des prêtres présents, elle lui dit : ‘‘Je veux, mon père, me confesser. Morte, j'étais réservée aux tourments d’une prison éternelle, parce que j'avais caché un péché que je vais vous avouer maintenant. Mais à la prière de Saint François, Pour qui j’ai toujours eu une grande dévotion, il a été accordé à mon âme de rentrer dans

- MON corps afin de refaire une bonne confsssion et mériter ainsi la vie éternelle. ”’ Elle se confessa donc, en tremblant, au prêtre qui tremblait lui-même, et après avoir reçu l’absolution de ses fautes, elle se remit tranquille-

ment au lit et s’endormit cette fois paisiblement dans le Seigneur.

— Dans le bourg de Pennaco, aux montagnes de la Pouille, un père et une mère avaient une fille unique, encore jeune, qu’ils aimaient tendrement. Une maladie grave la conduisit à la mort : ses parents qui n’espéraient pas une autre héritière se regardaient comme moñts avec leur fille. Les parents et amis se réunirent pour les funérailles. Sa pauvre mère était plongée dans une douleur telle qu'elle ne voyait plus rien de ce qui se passait autour d'elle. Cependant Saint François, seul avec un de ses compagnons, apparaît à cette mère désolée, qui lui avait voué, elle aussi une grande dévotion et il lui dit avec une pieuse affection : ‘Ne pleurez plus: car le flambeau de votre vie que vous croyez éteint, se rallumera par mon intercession. *’ La mère se lève sur-le-champ, et racontant à tous ce que le saint lui 4 rromis, elle ne permet point qu’on enlève e corps de sa fille défunte. Mais elle invoque Saint François avec une foi complète, et saisissant de ses mains sa fille morte, elle la

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soulève vivante et guérie; tout le monde la voit et admire l'étonnant miracle qui vient de s’accomplir.

— Des frères de Nocéra demandaient à un habitant du Pays, nommé Pierre, un chariot dont ils avaient besoin pour quelques instants; cet homme leur répondit en insensé, les accablant d’injures à cause du service qu’ils lui demandaient et blasphémant le nom de F rançois à l’occasion de l’aumêône que ces religieux imploraient en l’honneur du Bienheureux. Mais cet homme se repentit aussitôt de sa folie ; la peur le saisit ; il craignit la punition du ciel qui, en effet, ne se fit Pas attendre: à l'instant son fils aîné tomba malade et expira bientôt après. Son infortuné père, fou de douleur se roulait par terre, et, ne cessant d’invoquer Saint François il s'écriait: ‘ C'est moi qui ai péché, c'est moi qui ai mal parlé, c'était sur moi, sur moi seul, que devait tomber le châtiment, O grand saint, rendez à mon repentir ce que vous m'avez enlevé, à cause de mon impiété, Je ne cesserai désormais d'offrir à Jésus-Christ des louanges et des

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456 VIE DE SAINT FRANÇOIS ren tee PO AU actions de grâces, pour l'honneur de votre nom. ”’ © prodige! à ces paroles, l'enfant se leva, demandant qu'on cessât de pleurer, et confessant que son âme qui avait quitté réellement son corps venait de le reprendre, par la charitable intercession de Saint François.

— Dans la ville de Capoue, sur les rives du Volturne, un enfant jouait avec d'autres enfants. Il se laissa imprudemment tomber dans le fleuve ; et, entraîné par le courant, il . fut bientôt enseveli sous le sable. Ses camarades se mirent à crier, et une grande multitude accourut sur les lieux. Or, tout ce peuple suppliait le Bienheureux François et le conjurait dévotement par ses mérites de prendre en pitié son père qui lui était dévoué, en arrachant son enfant à la mort. En ce moment un nageur qui se tenait à distance, ayant entendu les clameurs, s’approcha : après de longues recherches, et lorsqu'il eut invoqué, lui aussi, le secours du Bienheureux François, il trouva enfin le lieu où le limon du fleuve avait recou vert le cadavre de l'enfant et lui avait fait une sorte de tombeau. Continuant ses efforts, il

UE DE pa ee NEIL le tira de cette position et ne put s'empêcher de gémir en le Voyant sans vie. Mais la foule qui ne pouvait s’arracher à ce triste spectacle, ne cessait de crier: ‘Saint François, rendez cet enfant à son père. ’’. Des Juifs eux-mêmes, ACCourus avec d’autres, émus de pitié, disaient : ‘Saint François, rendez cet enfant à son père. ’’ A la fin, subitement, au milieu des cris .de joie et d’admiration de la foule, l'enfant se leva parfaitement rendu à lui-même et se fit conduire immédiatement à l’église de Saint François, Pour remercier Dieu d'une si belle faveur, reconnaissant que c'était la vertu du Saint qui l'avait miraculeusement retiré des ténèbres de la mort.

— À Suessa, dans la rue des Colonnes une maison s'écroula tout à coup et couvrit de ses ruines un jeune homme qui fut tué. Des hommes et des femmes, au bruit que fit la chute de la maison, accoururent de tous points; ils écartèrent les débris de bois et de pierres, et Purent enfin retirer le cadavre du milieu des décombres. La mère du jeune homme qui était accourue, éclatant en sanglots, faisait enten-

dre ce cri douloureux : ‘Saint François, Saint François, rendez-moi mon fils. ’’ Et non seulement la mère, mais tous les assistants, priaient le saint avec elle; mais comme il ne se manifestait ni voix ni sentiment, ils placèrent le cadavre sur un lit, attendant le lendemain pour l’enterrer. Cependant la mère éplorée qui espérait en Dieu, à cause des mérites du saint, fit le vœu de couvrir son autel d’une nappe nouvelle, s’il rappelait son fils à la vie. Vers minuit, le jeune homme commença à remuer: ses membres reprirent leur chaleur naturelle. Enfin il se leva plein de vie et il convia tous les assistants À louer Dieu avec lui et à bénir son glorieux serviteur, le Bienheureux François.

PERSONNES PRÉSERVÉES DE LA MORT.— Dans le voisinage de Rome, un gentilhomme du nom de Rodolphe donna dans sa maison l’hospitalité à des Frères-Mineurs. Il faisait cet acte de charité d'accord avec sa pieuse épouse, tant pour l'hospitalité en elle-même que comme un hommage à Saint François et par amour pour le Bienheureux. Cette nuit-là,

. APRÈS LA MORT 459 ee RE au haut d’une tour, dormait un gardien du château étendu sur un tas de pièces de bois placés sur le bord de Ja tour; mais ces pièces se détachèrent les unes des autres, roulèrent en vas et notre gardien tomba aussi, d’abord sur le toit du Palais et de là sur le sol. Le bruit de cette double chute, du bois et de l’homme, éveilla toute Ja Maison, et on crut que c’en était fait du gardien, Le seigneur et la dame du château, ainsi que les bons Frères accoururent. Quant au gardien qui était tombé du haut de la tour, il était si profondément endormi, que ses deux Voyages successifs dans les airs et les secousses de ses repos forcés ne l’avaient point éveillé, non plus que l'agitation et les cris de toute la maison qui était venue à lui. On le Poussa, on le remua avec les mains, et il commença à se Plaindre enfin qu'on l’arrachât à un repos délicieux ; il dormait avec bonheur, dit-il, entre les bras du Bienheureux François ; mais il connut enfin par Je récit qu’on lui en fit, l'accident qui lui était sur-

venu. Il se voyait au pied de la tour, après

s'être couché sur le sommet et ne pouvait

assez étonner de ce fait, dont il ne s'était point aperçu pendant qu’il s’accomplissait. Il promit, en présence de tout le monde de faire pénitence et de mener toujours une sainte vie à l'honneur de Dieu et de son grand serviteur, Saint François.

— À Léontino, des hommes venaient d’extraire d’une montagne une pierre énorme, destiné à servir de base à un autel dans une église qu'on devait consacrer dans le voisinage à Saint François. Une quarantaine d'ouvriers employaient des efforts répétés à placer vette pierre sur un chariot, lorsqu'elle se renversa sur l’un d’eux et le couvrit comme d’une pierre sépulcrale. Les autres, abasourdis paï ce malheur ne savaient que faire et le plus grand nombre d’entr'eux désespérés, s’en allèrent. Il en resta dix qui se mirent à invoquer avec tristesse Saint François et à le conjurer de ne pas permettre qu’un homme mourût d’une mort si affreuse en travaillant à son service. Puis ils reprennent courage et se mettent à l'œuvre ; la pierre cède aussitôt à leurs eïforts, et aucun d'eux ne doute que ce succès facile ne doive

RE

être attribué à l'assistance de Saint François.

Leur Compagnon se releva parfaitement intact dans tous ses membres: bien plus, il recouvra une vue parfaite, lui qui l'avait auparavant très obscurcie. Ainsi tout le monde put comprendre combien dans les cas les plus désespérés, les mérites de François étaient d’une puissante efficacité.

— Quelque chose de semblable arriva près de San-Severino, dans la Marche d’Ancône. On apportait de Constantinople une pierre immense qui devait servir à Ja Basilique du Bienheureux F rançÇois. Traînée Par un grand nombre d'hommes, elle £glissa tout à coup de son assiette et tomba Sur un des ouvriers. Nonseulement on le Croyait-mort, mais on pensait qu’il était entièrement broyé: avec l’assis.

tance du Bienheureux François qui souleva la pierre, il put repousser ce poids énorme, et il se leva bien portant et sans aucune blessure.

Des sauvés pu NAUFRAGE. — Le Frère Jacques de Riéti traversait une rivière sur une petite barque avec d’autres frères: il déposa d’abord ceux-ci sur la rive opposée, et il se

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préparait à les suivre, lorsque la frêle embarcation vint par malheur à renverser. Le conducteur de la barque se mit à la nage et le frère fut lancé au fond de la rivière. Les frères qui étaient sur le bord invoquaient avec effusion le Bienheureux François et le suppliaient avec des gémissements et des larmes de secourir l’un de ses enfants, leur frère. Quant à celui-ci, enfoncé dans l’abîme, il ne pouvait faire entendre sa voix, mais il priait de cœur son Bienheureux Père de le

sauver. Par l’assistance du saint Patriarche, il marchait au fond du fleuve comme sur une

terre solide ; de plus, il relevait la barque submergée et parvenait avec elle au rivage. Ce qui est le plus extraordinaire, c'est que ses vêtements n'étaient pas humectés, et que pas une goutte d’eau n'avait atteint sa tunique ! — Le Frère Bonaventure traversait un lac sur une barque avec deux hommes. La barque, fort endommagée par la violence des eaux se perdit et précipita avec elle au fond du lac, le frère et les deux hommes. Dans cette triste position, ils invoquèrent avec confiance le

PR PR nn nn re Rienheureux Père Saint François : et aussitôt la barque, remplie d’eau, n’en monta pas moins au-dessus des flots, sous la conduite du saint, et arriva heureusement au port avec ses Passagers,

— Des matelots d'Ancône ballotés par une tempête affreuse se voyaient submergés : ils désespéraient de sauver leur vie, lorsqu'ils se mirent à invoquer Saint François. Une grande lumière apparut sur la mer, et avec cette lumière se fit divinement un calme parfait FU sembla que par son admirable vertu le Bienheureux pouvait Commander aux vents et à la mer.

Je ne crois Pas qu’il soit possible de raconter en détail tous les miracles par lesquels il se glorifie encore toutes les fois que sur les plages liquides il apporte secours et assistance à des hommes en danger. Et l'on ne doit pas s’étonner qu'il Jui ait été donné dans la gloire Puissance sur les Eaux, puisque durant sa vie sur la terre, toutes les créatures, revenues à

l’état de leur primitive origine lui obéissaient et le servaient d’une manière admirable,

DES AVEUGLES GuÉRis. — Au couvent des Frères-Mineurs, à Naples, un Frère nommé Robert était aveugle depuis bien des années.

Il lui avait poussé dans les yeux une excroissance de chair qui empêchait le mouvement et l'usage des paupières. Dans cè même couvent, plusieurs frères se trouvaient réunis, destinés à ld prédication dans les diverses parties du monde. Le Bienheureux Père, miroir de la sainte obéissance, pour les porter à continuer avec courage leur voyage apostolique, voulut les frapper par un miracle, et dans

cette vue, il guérit en leur présence le Frère Robert de la manière suivante :

C'était la nuit, et Frère Robert était étendu sur sa couche, malade mortellement : déjà même on avait fait la recommandation de l'âme. Le Bienheureux François se présenta en ce. moment à lui; il était accompagné de trois frères, qui tous ont laissé une réputation de grande sainteté; Frère Antoine, Frère Augustin et Frère Jacques d'Assise. Après l'avoir suivi fidèlement pendant la vie, ils l’accompagnaient heureusement après sa mort. Saint

François, avec un instrument tranchant, fit une incision, enleva l’excroissance de la chair, et rendit à Frère Robert la lumière qu’il avait perdue: il le rappela en même temps des ombres de la mort et lui dit a ec une grance douceur: ‘‘ Frère Robert, mon enfant, la faveur que je vous ai accordée est un signe donné à nos frères qui s’en vont dans des contrées lointaines. Ils doivent voir par là que je les précède et que je dirigerai leurs pas. Qu'ils aillent donc avec joie et qu’ils exécutent avec ardeur l'obéissance qui leur a été imposée.

— Dans la Campanie, un enfant de quatorze ans du bourg de Pophis, pris d’une douleur subite, perdit complètement l’œil gauche. La souffrance fut telle qu’elle déplaça l'œil de son orbite, et que, pendant huit jours, le ner’ étant relâché de la longueur d’un doigt, or vit l’œil descendre jusqu’à la mâchoire, et il se desséchait : c'était lamentable à voir. Tout remède humain était inutile. Le père du jeune adolescent se tourna alors tout entier vers le Bienheureux François; l’infatigable ami des

malheureux ne fut pas sourd aux prières de ce père infortuné : il replaça l'œil desséché dans son orbite, lui rendit son ancienne force et l'illumina des rayons de la lumière si désirée.

— Le fils d’un gentilhomme, aveugle de naissance, reçut par les mérites de Saint François la vue qu’on demandait pour lui.

Cette circonstance le fit nommé //uminé.

Plus tard, lorsqu'il fut en âge, il prit l’habit des Frères-Mineurs en reconnaissance du bienfait qu'il avait reçu par Saint François. Il fit de tels progrès dans la lumière de la vertu et de la grâce qu'il se montra en effet le fils de la vraie lumière. Enfin par les mérites de notre Bienheureux Père, des débuts si saints le conduisirent à une fin plus sainte encore.

— À Lachanto, bourg près d'Ananie, un soldat appelé Girard avait complètement perdu la vue. Or, il arriva que deux Frères-Mineurs, venant de loin, se présentèrent chez lui pour demander l'hospitalité. Ils furent pieusement accueillis et traités avec bienveillance par toute la famille, par respect pour Saint François. Ils rendirent donc des actions de grâces

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à Dieu et à leur hôte, et se rendirent à l’habitation des frères la plus voisine. Mais pendant la nuit, le Bienheureux François apparut en songe à l’un de ces frères et lui dit:

‘‘Levez-vous, allez avec votre compagnon à la maison de votre hôte : c’est moi, c’est Jésus- Christ qu’ila reçu en vous recevant. Je veux reconnaître ce bienfait ; il est devenu aveugle pour des fautes qu'il n’a Pas travaillé à expier par la confession et la pénitence. ”’ Le Bienheureux Père disparut; et le frère se leva aussitôt pour accomplir avec son compagnon l’ordre qu’il avait reçu. Ils vinrent à Ja maison de leur hôte: ils lui racontèrent en détail tout ce que l’un d’eux venait d'apprendre par révélation. Girard resta fort Surpris, mais, confirmant lui-même ce qu’on lui disait, il se repentit avec larmes, et fit une sincère confession, et promit sincèrement de se corriger. L'homme intérieur fut renouvelé entièrement ; et aussi. tôt la vue fut rendue à l’homme extérieur. Ce miracle fit grand bruit, et il en porta plusieurs, non-seulement à la dévotion envers François, mais encore à l’humble confession de leurs

fautes et à la pratique d’une charitable hospitalité.

Les miracles opérés en si grand nombre durant la vie du séraphique Patriarche, continuaient donc àse multiplier après sa mort ; aussi le jugement du Saint-Siège ne se fit-il pas longtemps attendre pour notre Bienheureux Père: Honorius III n'avait pas survécu longtemps au saint Fondateur des Frères- Mineurs ; il était mort le 18 Mars 1227. Dès le lendemain, les Cardinaux s'étaient assemblés et avaient élu tout d’une voix le Cardinal Hugolin qui, en montant sur la chaire de saint Pierre prit le nom de Grégoire IX. Les commencements de son Pontificat furent troublés par une sédition excitée dans Rome par les émissaires de l’empereur. (1) Le Pape, forcé momentanément de quitter la ville vint à Assise, comme dans un refuge, après avoir habité quelque temps Riéti et Spolète. Il donna à tous les évêques de l'Ombrie la com-

(1) C'était dans le temps des fêtes pascales en 1228,

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mission spéciale de faire dans toute l'étendue de leur juridiction des enquêtes sévères et détaillées sur la vie merveilleuse de François, et il nomma une commission de Cardinaux qui devait soigneusement examiner tous ces rapports, sous la présidence du Cardinal Rinaldi, Son neveu, à qui il avait confié la charge, si chère à son cœur, de protéger l'Ordre des Pauvres de Jésus-Christ. Grégoire IX, pour se conformer aux usages de l’Eglige Catholique qui agit toujours avec une si grande sagesse dans la canonisation des saints, voulut examiner lui-même, en plein consistoire, la validité de la procédure ; il fixa la solennité de la canonisation pour le dimanche, seizième jour de Juillet, moins de deux ans après la mort du saint !

Dès la veille, le Pape qui se trouvait alors à Pérouse, arriva, escorté de toute sa cour, et fit une entrée triomphale dans la patrie du saint, où l’attendaient l'évêque d'Assise et Jean Parent, récemment élu Ministre Général de l'Ordre (1227) et successeur 1nmédiat du séraphique Patriarche : de toutes les parties

de l’Italie s'était assemblée une grande multitude de prélats, de seigneurs et de peuple ; jamais la vieille cité d’Assise n'avait ouvert ses portes à tant d'empressement et d'amour.

Combien glorieux, au dimanche matin, se leva le soleil pour éclairer le triomphe de son Frère François. La petite église de Saint- Georges, ‘où tout enfant il avait appris à bégayer le nom du bon Dieu, dilata ses entrailles maternelles pour une si auguste solennité. La tombe du saint étant ouverte, le Pape, après une fervente prière, monta sur le trône qui lui avait été préparé, et dans l'ivresse de sa reconnaissance, sa parole s'élança comme un hymne :

‘Comme l'étoile du matin dans le milieu des nuages; comme la lune dans son plein ; comme le soleil dans tout son éclat, ainsi il a brillé dans le temple de Dieu.

“La dernière tête du dragon, portant le glaive des vengeances, agite le septième étendard ; il s'élève contre le ciel et cherche à attirer une grande partie des astres au nombre des réprouvés.

“Mais voilà que, du côté du Christ, un nouveau Légat est envoyé; sur son corps béni brille l’image de la Croix.

“François, noble prince, porte un signe royal; il rassemble les peuples dans tous les Pays de l'univers; contre la haine schismatique du dragon, il organise trois milices de chevaliers armés à la légère pour disperser les hordes infernales sur lesquelles s’appuyait le dragon...

“Quoique le grand éclat de la sainteté de François suffise Pour faire croire qu'il est dans l'Eglise triomphante, néanmoins l'Eglise militante ne l’aurait point encore déclaré saint, Parce qu'elle ne juge point ce qui n’est pas de Son ressort; mais Dieu ayant honoré de plusieurs grands miracles, dont nous sommes pleinement informés, une vie si notoirement sainte, et qui nous est si bien connue par les liaisons intimes qu'il avait avec nous lorsque nous étions dans un moindre rang ; de l'avis et du consentement de nos Frères, nous avons résolu de le mettre au catalogue des saints, ayant cette confiance que par la miséricorde

de Dieu, Nous et le troupeau qui nous est confié, serons aidés par ses suffrages, et que nous aurons au ciel pour protecteur, celui que nous avions pour ami sur la terre. (1)

Alors le Cardinal Octavien, cousin d’Innocent III, lut publiquement la relation des miracles examinés. La plupart de ceux sur qui ces miracles avaient été opérés se trouvaient présents ; ilss’écriaient : c’est à moi que cela est arrivé. Le Cardinal Rainerio Capoccio, qui avait eu des relations intimes avec Dominique et avec François, raconta ensuite tout ce qu’il savait de cet homme admirable. Sa voix était entrecoupée de vifs transports de tendresse ; l’auditoire était ému jusqu'aux larmes. Enfin le Souverain Pontife se lève au milieu de l'attente silencieuse, et, les bras étendus, il prononce ces solennelles paroles : ‘‘ A la gloire de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, de la bienheureuse Vierge Marie et des saints

(1) Bulle de canonisation : elle fut publiée à Pérouse le 19 Ji let.

Apôtres Pierre et Paul, et à l'honneur de l’E- £glise Romaine, Nous avons résolu de l’avis de nos frères les Cardinaux et les autres Prélats d'inscrire au catalogue des saints le bienheureux Père François, que Dieu a glorifié dans le ciel, et que nous vénérons sur la terre. Sa fête sera célébrée le 4 Octobre. »’ (G)

‘‘ Alors déposant la tiare, il entonra le 7z Deum que les Cardinaux et les Frères-Mineurs continuèrent avec lui. Le peuple y répondit par d'immenses acclamations, et les trompettes guerrières, placées à l'extérieur de l'église sonnèrent le triomphe. Descendant ensuite de son trône, Grégoire IX alla se prosterner devant le tombeau et y déposa son offrande.

Tous les cardinaux et les chevaliers l'imitèrent; et la châsse découverte fut placée au milieu du Sanctuaire, décorée avec la plus Somptueuse magnificence. Le Pape commença la messe. Tous les enfants du saint Patriarche portant des flambeaux et des branches d'oli-

(1) E. Chavin de Malan.

474 VI£ DE SAINT FRANÇOIS S vier, formaient une couronne autour de l'autel et chantaient en chœur :

“Franciscus PDauper et humilis, celum dives ingreditur ; hymnis cælestibus honoratur è François humble et pauvre, monte riche au ciel ; les chœurs angéliaues célèbrent son triomphe. ’’

Après la messe, le Souverain Pontife, ayant invoqué tout haut, le nouveau saint : ‘ Père Saint François, priez Pour nous, ’’ accorda les indulgences d'usage et donna la bénédiction papale.

La canonisation des saints est toujours une ovation sans égale dans l'Eglise de Dieu.

Celle du séraphique Père se distingue entre toutes par des circonstances exceptionnelles. C'était la première fois qu’en dehors de Rome, un pape accomplissait ce grand acte sur la tombe même du nouveau saint. Le Saint- Siège, nous l'avons déjà dit, porta un jugement définitif moins de deux ans, après la mort de l'élu de Dieu. Enfin on dit que la pieuse Pica, la vénérable mère de François était présente à cestriomphales cérémonies. Heureuse

Se M RU mère ! en retour d’une vie de sacrifices et d’immolation, elle goûtait la plus douce récompense qu’une mère puisse ambitionner ici-bas ; elle était couronnée dars son fils. *’ (r)

On n’a pas oublié que François avait dési-gné la Colline d’Enfer, où l'on exécutait les criminels, pour le lieu de sa sépulture. Quand le Frère Elie se mit en devoir d'exécuter les dernières volontés de son bienheureux Père, toute la cité se récria contre lui, regardant le choix de cet emplacement comme un outrage pour elle-même et pour la mémoire du plus illustre de ses enfants. Il fallut en appeler à la décision du Pape. Grégoire IX approuva les idées et les plans d’Elie, mais par une inspiration vraiment admirable, il décréta que dorénavant la Colline d'Enfer se nommerait la Colline du Paradis. Les consuls d'Assise, heureux de la décision, joignirent la Colline du Paradis aux autres fiefs du Saint-Siège,

Le Souverain Pontife Ccommanda au Frère

(1) Le R. P, Léopold de Chérancé, O. M. C. — Saint François d'Assise,

Elie de bâtir une basilique digne du trésor qu’elle allait contenir ; il en bénit lui-même la première pierre au lendemain des solennités de la canonisation, et quoique la révolte de Frédéric II rendît ces temps calamiteux pour le Saint-Siège, il contribua largement de ses Propres deniers à l'érection du mausolée. L'’obole du pauvre se mélait aux offrandes du Pape et à l’or des princes chrétiens, et le Frère Elie, soutenu par de si hauts encouragements, et aidé de l'architecte le plus renommé de cette époque, Jacques l'Allemand, poussa les travaux avec une incroyable activité. On ne peut se le dissimuler, l’entreprise était gigantesque. La Colline du Paradis n’était qu’une masse de roches plus ou moins irrégulière, adossée aux remparts, à l'extrémité occidentale de la ville. Il fallut arracher du sol une montagne énorme, pour poser dans cette crypte le tombeau de Saint François. Sur les «5ommets granitiques de la colline, nivelés avec art, Jacques l'Allemand assit solidement une église qui renferme autant de merveilles que de pierres.

APRÈS LA MORT 477 er ‘ Dès je Printemps de l’année 1230, le Ministre Général qui était toujours Jean Parent (x) après avoir rendu compte à Grégoire IX de l’état des travaux et avoir pris ses ordres, écrivit à tous les Frères-Mineurs et à tous les princes chrétiens, pour leur annoncer que la translation du corps de Saint François, de l'église Saint-Georges dans la nouvelle basilique, aurait lieu le 25 mai de la même année. Le Pape, ne Pouvant assister à cette fête, soit à cause de son grand âge (il était Presque centenaire, ) soit À cause de la gravité des événements politiques, députa trois légats pour déposer en son nom, sur le tombeau du glorieux Patriarche, une croix d’or, enrichie de pierres précieuses et contenant une parcelle de la vraie Croix, des vases sacrés en or et en argent, un rétable d’autel en or, rehaussé de perles et de pierreries, des ornements sacerdotaux d’une ‘grande richesse et

(1) Frère Elie qui avait été vicaire général jusqu’en 1227, ne fut élu ministre général qu’en 1233.

ms

une grosse somme d'argent pour l’achèvement de l'édifice. *? (x)

‘Le 25 mai, veille de la Pentecôte, la cérémonie commença. Un délégué du Pape lut publiquement au peuple les Lettres Apostoliques données à cette occasion. Grégoire IX y laissait parler son cœur :

‘‘Au milieu des maux dont nous sommes accablé, nous trouvons un sujet de joie et d'actions de grâces dans la gloire que Dieu répand sur le bienheureux François, notre Père et le vôtre, et peut-être plus le nôtre que de vous tous. Outre les merveilles éclatantes dont il a été l'instrument, nous avons des preuves authentiques que, depuis peu, un mort est ressuscité en Allemagne par son intercession. C’est ce qui nous anime de plus en plus à publier de toutes nos forces les louanges de ce grand saint, avec cette confiance que nous ayant si tendrement aimé lorsqu'il était dans le monde, où ii vivait comme hors du monde, il nous aime encore davantage, maintenant

(1) Le R. P. Léopold de Chérance, sbid.

eme Se — 4.

qu’il est plus uni à Jésus-Christ, qui est amour, et ne cesse point d’intercéder Pour nous.

Espérant aussi que Vous, qu’il a engendrés en Jésus-Christ et qu’il a laissés héritiers des richesses de Son extrême pauvre+”

nous portons dans les entrailles d

amour, avec un désir

bien de votre Ordre,

res pour obtenir de

soient utiles à notre

précédente + Les Frè-

ngues files,

ux. Autour

ois légats, Frère Elie,

les évêques, le clergé et ceux des frères spécialement désignés par le Pape pour être ses

vicaires apostoliques dans cette glorieuse circonstance. Les magistrats, suivis d’une troupe de citoyens armés, fermaient la marche et comprimaient les flots du peuple quise pressait detoutes parts. On chanta des psaumes et des hymnes composée par le Pape lui-même.

‘* Une race est sortie du ciel, faisant de nouveaux prodiges; elle découvre le soleil aux aveugles, elle ouvre des chemins dans la mer desséchée.

“Les Egyptiens sont dépouillés ; le riche devient pauvre, sans perdre ses biens et son nom ; il est heureux dans le malheur.

‘* François avec ses apô.res monte, comme le Christ, sur la montagne de la lumière nouvelle dar. ‘es richesse de la pauvreté.

‘ Suivant le vœu de Simon-Pierre, faites trois tentes où résidera éternellement le Très-Haut.

“A la Loi, au Prophète, à la Grâce, rendant un hommage de reconnaissance; dans une fête solennelle il célèbre l’office de la Trinité.

‘Tandis que l'hôte, par ses vertus, répare le triple hospice, et consacre au Christ le :emple des esprits bienheureux.

‘O François | notre Père, hâtez-vous !

venez, Ô Père! venez secourir ce peuple qui gémit sous le fardeau et est accablé par la boue, la paille et la brique ; ensevelissez l’Egyptien sous le sable ; amortissez nos vices et délivrez-nous. ?’ (Hymne des premières vépres.)

Dans cr: dernières lignes se reflète tout entière l’âme triste et mélancolique de Grégoire IX, qui avait survécu à ses deux saints amis Dominique (ï) et François, pour porter, Presque centenaire, au milieu des tribulations, le pesant fardeau de la sollicitude de toutes les Eglises.

Arrivés à la Colline du Paradis, les habitants d'Assise virent un mouvement, un empressement de la foule; ils crurent qu'on allait enlever leur trésor. Ils se précipitèrent sur le char, prirent tumultuairement le saint corps, entrèrent dans l’église, fermèrent les portes et placèrent ce sacré dépôt dans le lieu où il devait

(1) Saint Dominique était mort à Bologne, le 6 août 1221, à l’âge de 50 ans,

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être, sans qu’il fût permis aux prêtres, aux frères et au peuple de lui rendre aucun honneur. Le Pape, informé de ce grave désordre, en fut affligé douloureusement ; il écrivit aux évêques de Pérouse et de Spolète: ‘‘ J'ai comblé les habitants d'Assise de bienfaits ; ils devaient en avoir de la reconnaissance surtout dans une occasion qui m'était si sensible ; et les ingrats m'ont outragé! Sachant qu'après avoir canonisé Saint François, je fais bâtir en son honneur une église dont j'ai mis de mes Propres mains la première Pierre ; que je l'ai illustré de plusieurs titres qui honorent leur vie; que j'y fais transporter par l'autorité apostolique le Corps du saint; que j'ai établi mes vicaires à cet effet, le Ministre Général des Mineurs et d’autres bons religieux du même Ordre ; et que j'y ai attaché de grandes indulgences ; Comme Oza, ils ont été assez insensés Pour mettre leurs mains profanes et sacrilèges sur ce qui ne pouvait être touché que par des ministres sacrés ; ils ont empêché de rendre au saint l'honneur qui lui est dû ; ils ont troublé toute Ja fête.’ La ville d'Assise

es, aux EnVoya aussitôt des députés à Rome pour n hon- donner satisfaction, et tout fut pardonrné. sordre, Cet événement peu important par lui-même, it aux a jeté un voile mystérieux et impénétrable sur ‘ J'ai la vraie position du corps de Saint François its ; ils d'Assise. Le moyen âge avait bâti là-dessus de urtout belles légendes, consacrées par la peinture: le ; et François, les bras étendus vers le ciel, était ’après debout au fond d’un riche sanctuaire soutertir en rain. Ce n’est que dans notre siècle qu'on a e mes connu l’exacte vérité: c’est Pie VII, en 1818, je l'ai qui a comblé la basilique d’Assise de cett-. leur splendeur de gloire et de dignité qui paraissait torité manquer encore à son entière et parfaite illusétabli tration. Il permit au Frère de Bonis, Ministre néral Général de l'Ordre des Mineurs-Conventuels, t du de faire des recherches sous le maître-autel, ndes Paul V l'avait autrefois défendu expressé- 1ssez ment. Le travail fut entrepris en secret, pro- | s et longé pendant cinquante-deux nuits, et poussé | uché avec une vigueur incroyable. Après avoir brisé | ché et rompu des roches, des massifs, des murs, on

trouva une grille en fer, qui renfermait un squelette humain, couché dans un cercueil de

;ils sise

pierre, et d'où s’exhalait une odeur très suavi Le Souverain Pontife délégua les évêques d'Assise, de Nocera, de Spolète, de Pérouse et de Foligno, pour en faire l'examen juridique et en constater l'authenticité ; et ensuite conformément au décret du Concile de Trente, il nomma une commission de cardinaux et de théologiens, et le 5 septembre 1820, du haut de la Chaire de Pierre, il déclara dans un bref solennel :

‘‘Bénissant le Père de toute consolation, et animé de la vive confiance que la merveilleuse découverte du corps de Saint François nous est un éclatant témoignage et une nouvelle assurance de la protection et de l’assistance salutaire que ce grand saint nous accordera dans des circonstances aussi difficiles: de notre Autorité Apostolique, Nous déclarons, Ear la teneur de ces présentes, qu’il conste de l'identité du Corps récemment trouvé sous le maître-autel de la basilique inférieure d’Assise ; que ce corps est véritablement celui de Saint François, Fondateur de l'Ordre des Frères-Mineurs. ”

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