‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 10 sur 102 · CSS PNR DR PT EP UE TER · texte numérisé non relu

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de l’ascèse !. Avec lui s’achèvera vraiment le passage de

l'Opus Dei à l'Opus animarum. « Il est meilleur, dit-il,

d'assister le prochain et porter le lait de la sainte exhor-

tation aux faibles et ignorans que d’estre toujours occupé en des hautes contemplations, de softe que quelquefois il faut quitter l’un pour l'autre. Je ne dis pas qu'il ne faille point mediter et contempler ; 6 non certes. Mais je dis qu il faut faire l’un pour se rendre plus capable de l’autre. » ? Conquérir est pour saint François de Sales le terme de tout notre effort ascétique. Son Dieu à lui veut avant tout des âmes : les nôtres premièrement, puis celles des autres par nous. Qui, sans doute, dira-t-il, il faut des oiseaux chanteurs, des âmes « parfumières », des âmes bénédic- , tines, de petits groupes d'élite Ambés de constituer 1ci-bas une cour d'adorateurs à Jéhovah. Mais la portion principale de l’humanité, à laquelle il estime se devoir, prend pour mot d'ordre la parole du Christ : « Allez, enseignez, bapti-

- les ennemis de l'Eglise se multiplient et croissent chaque jour en

audace donnant ainsi plus de travail à ses défenseurs : on se sent obligé d’aller au plus pressé. À quoi bon continuer ces exercices du chœur, qui ont pris jusqu'ici un temps si considérable, et dont l'utrhté pratique est de plus en plus contestée? Et c’est ainsi qu'on vit

pour la première fois une milice régulière s'affranchir complètement,

dès son origine, de cette obligation estimée jusque là essentielle à tout institut rehgieux. Dieu, sans doute, avait ses vues... L'Eglise se proportionnait comme toujours à des besoins nouveaux. I] n’en résulta pas moins pour notre Ordre une sorte d'isolement.» Op. cit. pp. 119-

1 « Nobilior modus est, dit saint Thomas, provocandi homines ed

devotionem per doctrinam et prædicationem quam per cantum. » Cf.

Summa theol. I, II, q. 91, a. 2, ad. 3,— Un dominicain, le P. Mandon-. net, commentant saint Thomas, écrit de son côté : « L’excellence d'un Ordre religieux procède moins de sa rigueur que de la nature du but auquel il est ordonné et de la perfection des moyens employés pour atteindre sa fin. Or, dans la hiérarchie des religions, le sommet appartient à celles qui, vouées à l’enseignement et à la prédication, sont ainsi les plus proches de la perfection épiscopale. » Cf. Revue des Jeunes, 10 juin 1919.

2 Sermons recueillis. Sur le 1% verset du Cantique des Cantiques

non daté, t. IX, p. 465-466.

sez ! » Et ce ne sont pas seulement les prêtres qui doivent se faire conquérants, mais tous les hommes, parce qu'ils sont tous comptables du salut de leurs frères. Ne pas être un peu apôtre, pense-t-1l déjà, c'est être en quelque sorte un apostat. Ne pas servir sa foi, c'est l'opprimer. Se retirer sous sa tente pendant le combat, c'est oublier que Dieu veut avoir besoin de nous pour achever, comme dit saint Paul, l'œuvre de la Rédemption.

Sans doute, le salut individuel et la culture de soi demeurent à ses yeux l'affaire capitale : mais une forte piété individuelle n’est pas nécessairement une piété individualiste. Tout à l'heure nous l'avons entendu recommander la liturgie, la participation aux cérémonies publiques de

. l'Eglise, comme moyen de culture personnelle ; au plan de l’apostolat, nous le retrouvons liturgiste dans la mesure * exacte où le culte public est un instrument de conquête, un moyen de propagande. Le point de vue de l'utile domine tout encore ici. Ce n’est pas comme un stérile encens devant la Divinité qu'il conçoit la beauté du culte : il la veut pour les âmes, pour l’exaltation de celles qui sont conquises et pour la conquête de celles qui sont encoreen dehors du bercail. Cette préoccupation d’apôtre donne à son liturgisme un caractère très personnel. Prévôt, missionnaire, évêque, il reste constamment tel que nous le montre une lettre de jeunesse écrite au Duc de Savoie pour obtenir que le culte soit organisé dans le Chablais avec beauté et splendeur : (« Monseigneur, disait-il.…., sur tout il est besoin au plus tost de dresser et parer les eglises de ceste ville de Thonon et de la paroisse des Alinges.. Outre ce que cela: servira beaucoup pour apprivoiser le peuple a l'exercice de: la religion catholique, principalement s’il y a moyen de faire les offices honorablement, comme avec orgues et semblables solemnités, au moins en ceste ville qui est le rapport de tout le duché. » : On nous montre parfois un.

? Lettre aux Duc de Savoie, Charles-Emmanuel 1®7, 29 décembre 1595... t. XI, p. 169,

saint François de Sales influencé par le protestantisme, incliné par la Réforme vers une dévotion solitaire. On peut voir par ce texte à quelle distance 1l se tient du roïde puritanisme qui dénude les églises, bannit la musique et les fleurs, et fait taire même les orgues. Le service religieux qu'il rêve, c'est un service si éclatant que la lumière s’en répandrait de tous côtés. » Il restera toujours en lui du missionnaire qui, dans le Chablais, organisait avec un éclat inoui la solemnité des Quarante heures ? pour attirer les foules et faire pénétrer en elles par tous les sens l’émotion religieuse.

Cet évêque, que l’on se représente volontiers comme uniquement adonné à la culture silencieuse des âmes, fut aussi, chose remarquable, l'évêque des grandes cérémonies populaires. Non seulement il convie Philothee à se mêler aux { prières et devotions publiques, auxquelles, dit-il tant qu'il nous est possible, nous devons porter notre bon exemple, pour l'édification du prochain »,° mais pour

# Lettre au Conseil des Chevaliers des saints Maurice et Lazare,

21 février 1597, t. XI, p. 234.

2 Letire à Don Juan de Mendoça, 16 août 1598, t. XI, p. 347-348.

Dans cette lettre nous lisons ces lignes caractéristiques : « Nous sommes sur le point de célébrer dimanche, 23 de ce mois, les prières des Quarante Heures en cette ville, avec l'agrément de Sa Sainteté et de Son Altesse. Les préparatifs nécessaires à cette solennité n'ont pas été faits sans de grandes dépenses... Des multitudes considérables, venues de tous les environs se mettront en route cette semaine afin d'assister à une fête qui a été préparée pour la conversion de ces héré- ‘tiques. On en espère un très grand fruit. »

3 Introduction à la vie devote. 2° partie, ch. xv, t. II, pp. 103-104. — Notons encore combien cette conception apostolique de la liturgie

‘s'éloigne de la conception bénédictine. C’est Dom Germain Morin

lui-même qui le remarque pour nous : « Il est clair, dit-il, que cette

façon mesquine d'envisager la vie liturgique uniquement au point de

yue pratique et utilitaire, je veux dire, par rapport à l'édification qu’en

retire le peuple chrétien, n’a point été celle de nos pères. Très souvent

l'accès des églises monastiques était expressément interdit aux fidèles : ailleurs l'assistance venue du dehors était si insignifiante, qu'il ne pouvait y avoir proportion entre la pompe déployée au chœur et le

édification du he CAUONe E us le: ns pendar | son épiscopat favoriser ces grands Pardons d'An se célébraient périodiquement à Notre-Dame de L l'une des églises de sa ville épiscopale. Pour le Pardon de 1612, il nous est parvenu une pittoresque relation * qui nous le montre comme l'organisateur et le centre de cesfêtes prodigieuses où se portait toute la Savoie et qui se prolongeaient pendant plusieurs jours, avec défilés, jeux et: représentations théâtrales. R Uniquement soucieux de notre profit moral, il ne tolère- les solennités cultuelles que dans la mesure où elles dilatent et forment nos âmes. Il n’hésite pas, quand un bien proportionné est en vue, à engager de grandes dépenses, mais. ces dépenses, il ne les admet qu’en faveur d’un luxe | utile. Partisan de la beauté plutôt que du luxe, il cherche et trouve sa voie entre la nudité janséniste et la pompe clunisienne. Il ne balancerait pas, s'il le. fallait, comme saint Augustin, à vendre les ornements. et les vases sacrés pour subvenir aux besoins de l’apos- tolat, et d’autre part, il lui arrive de tout subordonner aux splendeurs cultuelles. Ces attitudes, contradictoires en apparence, se rejoignent et s ‘accordent dans le prin- cipe qui les inspire : la recherche de l’utile. Chose curieuse, une même lettre de saint François de Sales nous le montre faisant à la fois les deux gestes contraires. De sa. mission du Chablais, il mande au Nonce de Turin : «Les. intérêts de Jésus-Christ sont maintenant en tel état dans ces provinces, que si nous pouvons donner au culte la splendeur convenable, la tête du serpent sera brisée. Malheur à qui: | s'opposera à une œuvre aussi sainte !.…. Il faut même, au

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