‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 11 sur 102 · LOS · texte numérisé non relu

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nombre des étrangers admis à en être les témoins. Donc, si les moines passaient une si grande partie du jour et de la nuit à à vaquer à la louange divine, c'était avant tout pour eux-mêmes, c'était affaire. entre eux et Dieu. » Cf. L'idéal monastique, pp.123-124. Saint François n’a jamais. trouvé ( mesquin » d'édifier le peuple chrétien.

L Lettres, t. XV, pp. 400 et suivantes.

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besoin, vendre les calices et objets précieux non nécessaires

aux autres églises, pour faire ces dépenses et nourrir ces

âmes affamées, qui autrement sont exposées d'heure en heure à périr, afin qu'on ne puisse pas nous appliquer ces paroles : vous avez tué ceux que vous n’avez pas nourris. »! Une grande passion pour le culte, une confiance extrême dans son pouvoir de séduction sont dominées chez lui, et limitées à l'occasion, par une passion supérieure, celle du bien des âmes ?. Il ne s'attache pas aux objets cultuels

1 Lettre à Mgr Riccardi, Nonce à Turin, 13 octobre 1598, t. XI p. 359.

2 Sans doute, en matière de culte, le départ n’est pas toujours facile à faire entre l’utile et le superflu, et ce ne serait pas juger avec l'esprit dé finesse salésien que de porter en ces matières une rigueur géométrique. Pourtant 1l est infiniment vraisemblable que notre saint n’eût pas approuvé sans de fortes réserves les captieuses propositions d’un Huysmans dans sa campagne en faveur du « luxe pour Dieu ». Il eût hésité devant une page comme celle-ci : « Parmi ces concepts mystiques si peu intelligibles à la majorité des ouailles, il en est un plus obscur, plus fermé encore, s’il est possible, celui du luxe pour Dieu... Cette idée de l’homme offrant à Celui qu'il aime, à Celui qu'il doit aimer, ce qu'il a de mieux, me semble parfaitement juste et parfaitement claire ; mais il n’en est pas du tout ainsi, et c’est parce que je suis las de batailler à ce sujet avec nombre de laïques et de prêtres, que je veux répondre une bonne fois à ceux qui après avoir visité Solesmes, reprochent à ce monastère le luxe de ses nouvelles constructions, le gala de ses Offices canoniaux, la splendeur de ses chapes et de ses mitres... Il y a mieux, d’ailleurs, sur cette question : dans un autre couvent que je connais, les tentures intérieures du tabernacle sont constellées de clous de diamant. Car, personne ne les voit, sauf le prêtre qui ouvre, un instant, ce tabernacle, pour y prendre le saint ciboire. Comment douter dès lors que c’est pour magnifier le Sauveur seul qu'ils sont là? L'on peut remarquer, du reste, que si ces pierres étaient fausses, comme celles qui ornent maintenant la plupart des. autels et monstrances, personne n’y trouverait à redire. « Cf. De tout,

Paris, Stock, p. 249-254, — Le Dieu qu’on nous présente ict est-il

bien celui de saint François de Sales? Ce Dieu qui se plait à voir briller autour de soi, secrètement, des diamants de haut prix n’a-t-il point, plutôt, quelque ressemblance avec les dieux grossiers des Egyptiens et des Amorrhéens? Des diamants? J'y consens, dirait notre Saint, mais à condition qu'ils élèvent notre âme à Dieu et nous ms-

comme à des pièces précieuses constituant le trésor d'une église, mais comme à des moyens qui doivent rester mobiles, interchangeables et négociables, selon les nécessités de l'apostolat. Affranchi de l'esprit de système qui enchaîne certaines âmes à une méthode exclusive, il unit étroitement l'indispensable vie liturgique à l'indispensable vie intérieure, ou plutôt il retient le maximum de vie rituelle compatible avec une ardente vie intérieure. Il insère l’une dans l’autre les deux vies et il les nourrit l’une par l'autre.

Æ # Élève des Jésuites, saint François de Sales est, par édu-

pirent en sa présence une vénération qui nous soit en somme principe d’amendement. En de faux diamants ne peut-il donc y avoir la même vertu d'éducation? Et puis, comment oublier que ces diamants, inaperçus des hommes, impuissants donc à les exalter, représentent le salut de milliers d’âmes? Stérilement celés dans l'ombre du tabernacle et privant l’apostolat de subsides précieux, ils privent Dieu par là même du seul bien qu'il désire : nos cœurs et leur amour !

Je sais bien que saint François de Sales, sensible à tout mouvement de tendresse envers Dieu, n’eût peut-être pas considéré sans une sorte d’indulgence attendrie, ce geste de munificence obscure. Sans doute, il n'eût point posé lui-même ces diamants. Autre est sa tendance ! Mais s’il n'eût pas été bénédictin, il eût goûté pourtant « le charme bénédictin ». Les diamants eux-mêmes, il les eût considérés avec émerveillement, peut-être avec amitié, à moins que, soudain, devant sa pensée n'eût surgi la vision des pauvres qui souffrent, des âmes qui périssent, des écoles qu'il est toujours urgent de fonder, de pourvoir, de doter. Et se ressaisissant alors, il eût dit : « Mon Dieu, les diamants que je vous offrirai, moi, ce seront des âmes, des Âmes conquises et sanctiñées par mon effort.»

Par contre, saint François de Sales eût aimé l'acte ingénu et si émouvant de sainte Gertrude qui, un jeur, arrachait, les clous de fer de son crucifix et les remplaçait amoureusement par des clous de girofle aromatiques. Son geste n'était pas un simple geste de magnificence. Inspiré par l'amour, il menait à l'amour. L'âme de la sainte en tirait une émotion qui la portait vers l’action héroïque.

Mettre des fleurs à l'autel de la Vierge, faire brûler un cierge ou une lampe dans quelque sanctuaire, peuvent être aussi non seulement des gestes rituels, mais des gestes éducateurs.

cation comme par tempérament, un chrétien militant. De tout lui-même il sera, comme on dit aujourd’hui (un catholique d'action ». Dès l'enfance, il est comme fasciné par la vision de Genève infidèle, et son activité intellectuelle est aiguillonnée, multipliée par la pensée de reconquérir la mystérieuse « Ville-Eglise », ou de lui arracher ses conquêtes. Encore étudiant à Paris, simple laïque, déjà, comme il en fera plus tard la confidence, « il n’avoit point tant d'attention a ce qu'il estudioit comme à penser s’il pourroit un Jour bien servir Dieu et ayder le prochain par l'estude qu'il faisoit.» * A peine ordonné prêtre, à peine assis dans sa stalle de chanoine, c'est vers Genève encore qu'il tourne ses regards, comme saint Ignace, au lendemain de sa conversion, tournait les siens vers l'Orient, — car ces deux saints, ne l'oublions pas, issus d’une lignée guerrière, en se faisant d'Eglise restent soldats. Pour saint François de Sales nous avons un document révélateur qui nous montre bien dans quelle direction vont aller constamment ses pensées.

Le jour même où il prend possession de sa charge de Prévôt, 1l adresse à ses collègues du Chapitre une harangue qui est un programme et l’esquisse même de sa doctrine ascétique. Il disait : « Le projet de recouvrer Genève dont l’accomplissement est si vivement désiré depuis longtemps, doit, quelqu'en soit l’auteur, être adopté par nous avec enthousiasme, et, il le sera, je l'espère. » ? Bientôt 1l va partir avec un de ses cousins pour le Chablais, et là, durant plusieurs années, il va mener cette rude vie de missionnaire errant, que Nicole, un jour, devait trouver . si étrange.

Mais, prenons-y garde, si l’apostolat demeure le souci dominant de sa vie, si, comme nous l'avons dit, les goûts du missionnaire et du prêcheur subsistent toujours en lui,

1 Déposition de Claude-Louis-Nicolas de Quoex au procës de Canonisation, t. X, p. 14.

2 Sermons autographes, Harangue pour la prévoté, t. VII, p. 100.

rincipalement CE de tes Le et de la cation de plein air. Ses séjours à Paris l'ont muni d'un riche butin d'expérience. Il a bien regardé et bien vu. Il a vu les horreurs de la Ligue, la violence, l'assassinat, äl a vu. l'action tumultueuse, extérieure, intolérante parfois, d'un christianisme aux allures musulmanes. Îl a mesuré l'erreur de toute cette agitation superficielle au service . d'un « Christ empistolé, tout noirci de fumée », et il s'est dit : « Non, ce n'est point ainsi qu'on prépare et façonne des âmes chères à Dieu. Il faut renoncer à ces amples mou- . vements de masses, à ces ambitieux coups de filets qui. prétendent ressaisir les âmes par séries et qui ne capturent le plus souvent que des corps ; il faut revenir au culte en esprit et en vérité, à la prière intérieure du Christ ; il faut redonner le souffle vital à cette prière liturgique qui n’a plus par elle-même la vertu de maintenir en ferveur tant d'institutions monastiques déchues ; il faut tirer les âmes à part, une à une, sur la montagne sainte, dans le verger mystique, et leur apprendre à converser dans le silence avec Dieu, pour élaborer en elles le plus possible de divin et le répandre par émanation. Promoteur, nous l'avons vu, de cette culture individuelle qui s'efforce à faire de chaque âme un condensateur d'énergie, un foyer rayonnant de vie religieuse, il n'attendra même pas l'expérience du Chablais pour concevoir et proposer aux autres l'idée d'un apostolat, en apparence plus lent mais plus sûr, qui commence par la refonte de soi-même et s'achève dans la ue À des autres. ‘4 Voyons-le dessiner les grandes lignes de sa Mau future dans sa belle harangue déjà citée pour la Prévoté : « C'est par la charité, dit-il, qu'il faut ébranler les mursde Genève... Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l'odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale. Je n organise pas un de ces camps dont les soldats n'ont ni - foi ni piété... Voulez-vous une méthode facile pour emporter AO une ville d'assaut ? Je vous prie de

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