‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 15 sur 102 · VOTES · texte numérisé non relu

VOTES

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un désir à l'état violent et chronique. Or, la psycho-physiologie contemporaine nous a montré, par des expériences bien conduites, que les nerfs moteurs sont au service de la passion ainsi définie. Et de cette conséquence notre saint avait eu plus que l'intuition, il avait, pour ainsi dire, donné la formule scientifique. * Il avait parfaitement vu quetla

1 Voici, par exemple, une piquante comparaison où, sans forcer l'interprétation, nous pouvons discerner comme une ébauche de la théorie moderne sur le courant dominant : « Mon cher Theotime, dit saint François de Sales, aves-vous jamais veu cette petite merveille que chacun sçait, et de laquelle chacun ne sçait pas la rayson ? Quand on perce un tonneau bien plein, il ne respandra point son vin qu'on ne luy donne de l'air par-dessus, ce qui n'arrive pas aux tonneaux esquelz 1l y a desja du vuide, car on ne les a pas plus tost ouvertz que le vin en sort. Certes, en cette vie mortelle, quoy que nos ames abondent en amour celeste, si est ce que jamais elles n’en sont si pleines que par la tentation cet amour ne puisse sortir; mais la haut, au ciel, quand les suavités de la beauté de Dieu occuperont tout nostre entendement et les delices de sa bonté assouviront toute nostre volonté, en sorte qu'il n'y aura rien que la plenitude de son amour ne remplisse, nul objet quoy qu'il penetre jusques a nos cœurs, ne pourra jamais tirer ni faire sortir une seule goutte de la pretieuse liqueur de leur amour celeste. » Traitté de l'amour, 1. IV, ch. 1, t. IV, p. 217. — N'est-ce pas là toute la théorie de William James sur les € systématisations fortes » qui tour à tour s'installent dans l'âme et paralysent à leur profit les systématisations faibles? L'activité cérébrale, dit William James, « est toujours en train de s'organiser et de s’unifier, tantôt sous l'influence d’un courant, tantôt sous l'influence d’un autre : elle ne se partage pas entre eux, et celui qui prévaut dispose d’elle tout entière... Les courants cérébraux, ajoute-t-l, peuvent présenter une systématisation si forte, ou, si l’on veut, leur objet peut nous absorber si profondément que, non seulement les sensations ordinaires, mais même les douleurs les plus violentes se voient exclues de la conscience. Pascal, Wesley, Robert Hall ont poussé, dit-on, « l’abstraction » jusqu'à cette limite. C'est le cas de rappeler le fait si souvent cité des soldats qui ne s’aperçoivent pas de leurs blessures pendant la bataille. » Cf. Précis de Psychologie. Traduct. BAUDIN et BERTIER. Paris, pp. 281-282 et 290. Saint François de Sales avait connu cette puissance étrange des systématisations fortes. Quatre cents ans avant James il avait éent : « L'amour, quand il est vehement, porte si impetueusement l'ame en la chose aymee et l’occupe si fortement qu'elle manque a toutes ses autres operations, tant sensitives qu'intellectuelles.» Traitté de l'amour,

passion est, dans l’ordre affectif, ce que l'idée est dans l'ordre intellectuel » !, et que, si l’idée fixe, qui n'est, comme on a dit, que l'attention en permanence, mobilise toutes nos puissances intellectuelles pour les appliquer à un unique objet, de même la passion chronique, qui est l'émotion en permanence, opère la concentration de toutes nos puissances de sentiment pour en faire un faisceau presqueirrésistible. I] avait vu que la passion n’a pas seulement la force d'une émotion permanente mais qu'elle y ajoute toute la force d'une idée fixe ?. Il a connu que la passion, désir violent et

1. VI, ch. xv, t. V, p. 356. — Il ose même dépasser en ce point la pensée de son siècle. Pour lui, l'amour acquiert parfois une telle activité dominatrice qu'il va jusqu'à modeler le corps. A-t-on sufhsamment remarqué la pénétrante hardiesse avec laquelle il s'exprime, par exemple, sur les stigmates de saint François d'Assise? « Theotime, dit-il, j'ay souvent considéré cette merveille, et en ay fait cette pensée. Ce grand serviteur de Dieu, homme tout seraphique, voyant la vive image de son Sauveur cruciñé, effigiée en un Seraphin lumineux qui luy apparut sur le mont Alverne, il s’attendrit plus qu'on ne sçaurait imaginer, saisi d'une consolation et d’une compassion souveraine... Cette ame donques, ainsi amollie, attendrie et presque fondue en cette amoureuse douleur, se trouva par ce moyen extremement disposée à recevoir les impressions et marques de l'amour et douleur de son souverain Amant... Or, l'âme, comme forme et maistresse du cors, usant de son pouvoir sur iceluy imprima les douleurs des playes dont elle estoit blessée, es endroiïtz correspondans a ceux esquelz son Amant les avoit endurées. L'amour est admirable pour aiguiser l'imagination afhin qu'elle pénètre jusques a l'extérieur... Une imagination puissante fait blanchir un homme en une nuit, detraque sa santé et toutes ses humeurs. L'amour donq fit passer les tourmens interieurs de ce grand amant saint François jusques a l'exterieur, et blessa le cors d'un mesme dard de douleur duquel il avait blessé le cœur. » — Traitté de l'amour, 1. VI, ch. xv, t. IV, p. 359-360. — Sans doute notre auteur reconnait que pour « les ouvertures en la chair par dehors », il fallut l'intervention d'En-Haut, mais la théonie, telle qu'il la formule, va loin; elle confère à l'amour un pouvoir quasi souverain sur tout l'être.

1 Th. Ribot cité par Ma EYMIEU dans Le Gouvernement de soi-même. Paris, Perrin, p. 223.

2 Entre la passion et l’ idée fixe, comme le dit Eymieu, « ce n'est pas seulement une comparaison qu'il faut établir, c'est une addition. »

Op. cit., p. 224.

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chronique, se renlorce incessamment de l’idée fixe, que cette idée fixe posée cornme au sommet de l'esprit n’y reste point dans uñe sorte de splendide isolement mais se nourrit et s'avive des énergies affectives entretenues par elle’, en sorte que ces deux puissances associées, émotion chronique et idée fixe, se multiplient l’une par l’autre et finissent par constituer une synthèse mentale assez puissante pour para-

- lyser en quelque sorte la faculté d'agir en sens contraire. L'1-

dée, fortement imprégnée d'affectif, s'achève en action, et les actes, par leur répétition même accroissent la passion tout à la fois en sohdité et en intensité, tellement que la passion du bien, autrement dit l'amour de Dieu, en grandissant par son propre exercice, tend à nous pourvoir d'une sorte d'automatisme vertueux, tout comme la passion mauvaise, par son propre jeu nous jette à la longue dans une sorte de fatalité du mal. Mais à l'origine de toute la « synthèse

1 Les psycho-physiologues disent aujourd’hui que l’idée s’incarne, qu'elle passe de l’état chaud à l'état froid et qu’elle devient ainsi une idée-force. « Qu'’oa s'observe soi-même, dit Payot, et l'on verra qu'à part les actes devenus par habitude automatiques, toute volition est précédée d'une onde émotive, d'une perception affective de l'acte à accomplir. Tantôt, nous l'avons vu, l'idée du travail qu'on veut entreprendre est impuissante à nous jeter à bas du lit, tandis que le sentiment de honte d’être surpris au lit, malgré l'annonce qu'on a faite la veille d’un lever de grand matin, suffit à nous faire habiller en hâte. » — Cf. L'éducation de la volonté, Paris, Alcan, p. 51. — Saint François de Sales eût approuvé cette pensée de Stuart Mill : « Une sensibilité intense est l'instrument et la condition qui permet d'exercer sur soi-même un puissant empire, mais pour cela elle a besoin d’être cultivée. Quand elle a reçu cette préparation, elle ne forme pas seulement les héros du premier mouvement, mais les héros de la volonté qui se possède ! ! L'histoire et l'expérience prouvent que les caractères les plus passionnés montrent le plus de constance et de rigidité dans leur sentiment du devoir quand leur passion a été dirigée dans ce sens.» — Cité par PAYoT, p 51. — Tout l'effort de saint François de Sales sera d'organiser cette culture de l’amour de Dieu et d'établir dans l’âme, par les moyens que nous étudierons, une systématisation forte et permanente à son profit. [| emploiera les ressources de l'amour affectif pour constituer et consolider l'amour

effectif.

mentale » qui doit s'achever en amour, saint François de - Sales met judicieusement une (onde émotive ». « L'enthousiasme, a dit Spencer, est un bon moteur, peut-être un mcteur indispensable. » 1 Notre saint a tenu l'enthousiasme, ou la passion, pour un moteur indispensable, absolument, sans aucun peut-être.

Voilà pourquoi, avant tout, et presque à l'exclusion de tout autre souci grave, il a voulu poser l'amour de Dieu dans les âmes, sachant bien qu'après cela toutes les purifications viennent à leur heure et comme d'elles-mêmes, L'amour est lustral et les pensées nocives périssent pour ainsi dire d'inanition aux portes de la conscience occupée par lui ?. Archimède, tout à sa passion géométrique, ne peut plus avoir d'attention pour surveiller les plis de sa toge. Une âme amoureuse est une âme aliénée. Non seulement elle ne s appartient plus mais elle n'appartient plus à tout ce qui n'est pas son amour. Ainsi par l'amour le venin des choses disparaît. Tout est sain aux sains, dira Mme de Sévigné, Mais saint François de Sales l’avait dit avant elle. Un jour qu'il avait discouru sur le danger des caresses et des privautés entre jeunes gens, 1l en vient à poser cette question : ( S1 les baisers étaient si fréquents entre les anciens chrétiens, pourquoi ne le sont-ils plus aujourd’hui » Et àl fait cette réponse qui contient en germe toute sa philosophie affective : ( Jadis tous les chrétiens étaient saints et sains, nul donc ne craignait le contact des lèvres, personne n évitait une haleine pure. Donnez-moi des personnes qui æent l'innocence de Jacob et de Rachel et je leur permets

? L'éducation morale, Paris, Alcan, p. 172.

# C'est amsi que le critique littéraire qui aborde un kvre hhertin dans une intention d'étude porte en lui une « synthèse » mentale qui neutralise en partie les images licencieuses, Au contraire, le désœuvré qui prend le même livre pour s'amuser oflre aux lascivités une conscience libre et sans défense. Les pensées voluptueuses trouvent en lui mille éléments complices, inemployés, avec lesquels elles s’aggeomèrent et font masse.

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de se baiser. » ! L'amour qui nous rend saints et sains nous rend imperméables au mal. |

Non seulement l'amour nous garde du mal. Il nous jette au bien et, s’ilest ardent, nous porte aux cimes de l’héroïsme. « S1 je ne veux que sa volonté, dit-il, parlant de Dieu, et se souvenant des Jésuites dont les missionnaires faisaient déjà des prodiges, que m'importera-t-il que l’on m’envoye en Espagne ou en Irlande? Et si je ne cherche que sa croix, pourqüoy me faschera-t-il que l’on m'envoye aux Indes, aux terres neuves ou aux vieilles, puisque je suis asseuré que je la trouveray partout. » ? L'amour fait accepter le martyre éventuel, il mène au sacrifice de la vie en bloc ou en détail Devant quoi l’'amoureux recule-t-1l pour plaire à ce qu il aime? ( Une chaumière et un cœur » n'est point une vaine formule ! C’est seulement quand le cœur s’est refroidi que la chaumière ne suffit plus. Une méthode pour faire croître et durer l'amour, telle sera donc la spirituahté salésienne. Rappeler qu'il y aune éducation, une culture de l'amour, comme il y a une culture de la douceur, de la cha- . rité, de l’humilité, de la tempérance, et que cette culture de l’amour est plus féconde que toutes les autres en résultats, voilà sa part dans l’histoire de l’ascétisme.

Au lieu de commencer par dire comme tant de maîtres :

Soyez humbles, pauvres, tempérants, chastes, mortifiés », 1l dit d’abord : « Aimez, cultivez l'amour, faites-le naître et grandir ». On allait à l'amour par les vertus, il mène aux vertus par l'amour. Il pense que prescrire les vertus à une âme sans amour, c'est prescrire soudain l'athlétisme à un organisme sans vigueur. Boileau dira :

« Avant donc que d'écrire apprenez à penser ».

Avant toutes choses, dira saint François de Sales, apprenez à aimer. Dans l’ordre littéraire, ce que l'on conçoit

3 Sermons autographes. Seconde homélie sur l'histoire de Jacob, 1916. 2 Sermons recueillis. Pour la fête de l’Assomption, t. VIT, pp. 197-

bien s’énonce clairement; de même dans l’ordre spirituel tout acte de vertu se fait aisément si l'on a d'abord muni son cœur d'amour. Tout à l'heure nous disions : aimons ét nous éviterons le mal, car comment pourrions-nous offenser celui que nous aimons? Maintenant nous disons encore : aimons, car comment pourrions-nous ne pas tout faire pour plaire à qui nous aimons? Enfantillages, dira notre saint que de vouloir faire { tout ce que les saints ont fait » ! 1 Ne croyons pas que la perfection soit l'effet de quelque mystérieuse industrie. « Il semble, dit-il, que la perfection est un art, que si l’on pouvoit trouver son secret on l'auroit incontinent sans peine. Certes nous nous trompons, car il n'y a point de plus grand secret que de faire et travailler fidellement en l'exercice du divin amour. » ? Cet enseignement de ( l'amour d’abord » fut vraiment son iferum igitur : (« Mays de quoy faut-il repaistre ces cheres brebiettes? mandait-il à la Mère de Chantal. De l'amour mesme, car ou elles ne vivent pas ou elles vivent d'amour. » ° Pour lui, toute vertu est dans le prolongement de l'amour, et sans l'amour toute vertu est fragile.

Ce n'est point là d’ailleurs simplification arbitraire et périlleuse de la vie religieuse. Concentrer ses efforts sur un point fondamental ne signifie pas renonciation aux éléments secondaires de la perfection, notamment à la pratique des vertus particulières. Cela n'implique même pas l'intention de surseoir à cette pratique. La culture des vertus doit aller de pair avec celle de l'amour. La priorité que notre saint requiert pour l'amour est une priorité de dignité plus

qu'une priorité dans le temps. Appliquons-nous surtout

? Wrays entretiens. Entretien xn. t. VI, p. 204. 2 Vrays entretiens. Entretien 1x, t. VI, D 192:

a Lettre à la Mère de Chantal, 1 août 1612, t. XV, pp 252-

à l'amour, dira-t-il, mais simultanément aux vertus. D'ailleurs, par la tactique d'amour nous allons aussi sûrement aux vertus que si nous en faisions une recherche expresse et directe. L'afflux de la vie au cœur d’un organisme assure du même coup la santé de tous les organes tributaires. Usant d'une comparaison qui lui est chère le saint nous le rappelle : « Le roy des abeilles ne se met point aux champs qu'il ne soit environné de tout son petit peuple, et la charité n'entre jamais dans un cœur qu'elle n’y loge avec soy tout le train des autres vertus. » : Que l’amour de Dieu soit vif en nous, si l’acte d’une vertu se présente à accomplir nous nous y porterons d'un mouvement irrésistible : « L'amour est le plus pressant docteur et solliciteur pour persuader au cœur qu'il possede l'obeissance aux volontés et intentions du bienaymé. L'amour est un magistrat qui exerce sa puissance sans bruit, sans prevostz ni sergens, par cette mutuelle complaysance par laquelle, comme nous nous plaisons en Dieu, nous desirons aussi reciproquement de luy plaire. » ? Toutes les vertus font avec l'amour un système lié qui se développe et se meut d’ensemble « Qui ayme une vertu pour l'amour de la rayson et honnesteté qui y reluit, il les aymera toutes. Il fera tout ce que la rayson voudra en toutes occurences et par conséquent il prattiquera toutes les vertus... Et en somme une vertu n'est pas vertu parfaite si elle n’est accompagnée de toutes les autres. » * Pratiquer une vertu par amour c'est virtuellement les pratiquer toutes : «Celuy qui observe un commandement pour le vray amour de Dieu est tout prest d'observer les autres quand l'occasion s'en presentera. » ‘ Ce n'est donc

1 Jntroduction à la vie devote, 3° partie, ch. 1, t. II, p. 123. 2 Traitté de l'Amour de Dieu, ch. 1, t. V, pp. 61-62.

8 Ip. 1. XI, ch. vi, t. V, pp. 258-260.

# Ip. 1. VII, ch. 1x, t. V, p. 85.

La Fontaine, qui n'était pas grand clerc en théologie, a formulé sur la solidarité des vertus une théorie fantaisiste qui semble ne guère cadrer avec celle de saint François de Sales :

point à la méthode de saint François que l'on peut reprocher

de former de mystiques rêveurs qui croient avoir assez fait quand ils ont appris à soupirer d'amour. L'amour salésien s'épanouit en vertus solides.

De chaque vertu particulière, issue de l'amour, il faut dire ce que saint François de Sales disait de l'amour luimême : aucune d'elles n'entre dans un cœur « qu'elle n'y loge avec soi tout le train des autres vertus. » Il n'est donc pas d'importance capitale que ce soit à telle vertu plutôt qu'à telle autre que l’on donne, après l'amour, le meilleur de son attention. Quelle que soit celle que nous aurons choisie selon notre vocation, notre tempérament, ou l'utrlité de nos frères, elle nous apportera toujours la perfection totale si nous la pratiquons par amour. Nous contribuerons en outre à cette heureuse diversité qui est la parure de la société chrétienne. « Aïnsy, dit saint François de Sales, : entre les serviteurs de Dieu, les uns s’addonnent à servir les malades, les autres à secourir les pauvres, les autres à procurer l'avancement de la doctrine chrestienne entre les petitz enfants, les autres a ramasser les ames perdues et esgarées, les autres a parer les eglises et orner les autelz, et les autres a moyenner la paix et concorde entre les hommes. En quoy, ils imitent les brodeurs qui, sur divers fonds, couchent en belle variété les soyes, l'or et l'argent, pour en faire toutes sortes de fleurs ; car ainsy ces amgs pieuses qui entreprennent quelque particulier exercice de devotion, se servent d'iceluy comme d’un fonds pour leur broderie spirituelle, sur lequel elles prattiquent la variété de toutes les autres vertus, tenans en cette sorte leurs actions et affections mieux unies et rangées par le rapport

« A l'égard des vertus, rarement on les voit

« Toutes en un sujet éminemment placées

« Se tenir par la main sans être dispersées.

« L'un est vaillant mais prompt; l’autre prudent mais froid. »

— Cf. Les deux chiens et l'âne mort, 1. VIL, f. 24. La Fontaine confond ici les tendances naturelles, instinctives, avec les vertus proprement dites.

à À qu'elles en font a leur exercice principal. »1 Aussibien ce n’est

pas notre saint qui eût pu jamais déconseiller la poursuite des vertus une à une, lui qui s’appliqua plusieurs années durant, pour son propre compte, à conquérir la douceur.

Toutefois, il ne perd jamais de vue qu’elles ne sont pas l'essentiel et doivent être cultivées avec discernement. « Mais à quoy servent aussi les desirs si pressans et inquiets des vertus dont la pratique ne nous est pas necessaire? La douceur, l'amour de nostre abjection, l'humilité, la douce charité et cordialité envers le prochain, l’obeissance, sont des vertus, dont la pratique nous doit estre commune, d'autant” qu'elle nous est nécessaire, parce que la rencontre des. occasions nous en est fréquente ; mais quant à la constance, à la magnificence, et telles autres vertus que peut estre, nous n'aurons jamais occasion de pratiquer, ne nous en mettons point en peine ; NOUS n'en serons pas pour cela moins magnanimes ni généreux. » * Ne soyons préoccupés capitalement que de l'amour, puisque de l’amour, comme fleurs de leur tige, sortiront toutes les vertus.

Par l'amour nous devenons donc des héros en puissance, et nos moindres actes prennent une signification et une valeur infinies. « Car, dit saint François de Sales, comme en l'Arabie heureuse, non seulement les plantes de nature aromatique, mays toutes les autres sont odorantes, participant au bonheur de ce solage, ainsy en l'ame charitable, non seulement les œuvres excellentes de leur nature, mais aussi les petites besoignes, se ressentent de la vertu du saint amour et sont en bonne odeur devant la majesté de Dieu qui, a leur consideration, augmente la sainte charité. » * Et nous voici conduits, par ce beau texte, jusqu'aux abords d'une haute doctrine qui découle, comme un corollaire immédiat, de la doctrine salésienne de l’amour, telle que nous venons de la décrire.

1 Introduction à la vie devote, 3 partie, ch. 1, t. LIT, p. 127. 2 Vrays entretiens spirituels. Entretien xn1, t. VI, p. 216. 3 Traitté de l'amour de Dieu, 1. IE, ch. 11, t. EV, p. 170.

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