‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 17 sur 102 · EN ENS · texte numérisé non relu

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Ferdinand Brunetière s'est mépris ou du moins s'est exprimé improprement, quand il a dit : («En vain François de Sales, en rendant la religion plus humaine et surtout plus traitable, s'était-il efforcé de l’accommoder. insensiblement au monde de peur que le monde ne s’habituât à se passer d'elle. » : Nous ne trouvons chez notre saint aucune trace d'un semblable calcul. La sécularisation qu'il fait de la piété n’est qu'une application logique à la vie commune de sa doctrine sur la valeur des actes. La dévotion, telle qu'il la conçoit, s’accommode d'elle-même à tous les états ; elle est du monde par une propriété de sa nature. C'est donc inexactement parler que de dire avec Brunetière que saint François de Sales l’a accommodée insensiblement au monde, comme s'il avait dû la solliciter, lui faire subir une violence, une mutilation, ou une transformation. C'avait été au contraire méconnaître son caractère que de la reléguer, comme on avait fait longtemps, dans la solitude et dans les couvents.

Ïl y eut toujours dans l'Eglise, nous le savons, une grande Ecole ascétique qui crut devoir pratiquer à l'égard du siècle une tactique de réserve et, si l’on peut dire, de timidité rétractile. Cette Ecole ne manqua jamais d’ailleurs de bons arguments pour justifier sa méthode ?. Quand parut saint François de Sales l'opinion commune tenait toujours

de perfection, si est ce que pour la mettre en la perfection il suffit qu'elles soyent observees, y ayant bien de la difference entre l'estat de perfection et la perfection, puisque tous les evesques et religieux sont en l’estat de perfection, ettous neanmoins ne sont pas en la perfection, comme il ne se voit que trop. »

1 Etudes critiques, 4 série, Paris, Hachette, p. 113.

2 Disons, en effet, à la décharge des anciens maîtres, que le monde dont ils croyaient nécessaire de s'évader était souvent bien périlleux, non seulement pour la piété mais pour la simple foi. Tout est sain aux sains, il est bien vrai, comme dit saint François de Sales, mais comment rester sain dans une société où tout conspire à corrompre? Il faut se représenter l'état du monde romain au V® siècle pour juger équitablement l’impétuosité de saint Jérôme à pousser ses contemporains au désert!

dé âmes aol et es corps dd ie une vie de loisir presque absolu, pour acquitter dans le monde les de observances et les austérités monacales qu'il prescrivait. Chaque jour, ses dirigées devaient réciter l'Office de la sainte Vierge, les sept psaumes de la Pénitence avec les litanies, le petit Office de la Croix avec les 16 Pater et les 16 Ave qui accompagnent la méditation de la Passion, vêpres, un nocturne et les laudes de l'Office des morts si le temps manquait pour réciter l'Office des morts en entier. Et tout cela sans préjudice des lectures pieuses, des œuvres de charité, de l'assistance à la messe et aux prédications’. Un tel programme n'était pas fait pour accréditer la doctrine que la sainteté est à la portée du monde. Tout au plus la croyait-on conciliable avec une existence libérée des liens sociaux comme celle dont Port-Royal donnera bientôt le d modèle aux portes de Paris. ï

L'évêque de Genève subit d'abord, re l'in:

fluence de cette opinion courante. Dans l'oraison funèbre du duc de Mercœur en 1602, il dit en effet : « Pour moy, je tiens qu'il n'est pas plus difficile qu’un fleuve passe par la mer sans se saler, que de demeurer en la cour sans y | apprendre et prattiquer des mœurs corrompues. ? »? Cette * sévérité n'est pas pour surprendre si l'on FORES à l° étrange 1 corruption qui sévissait à la cour en ces années là. M. Louis ‘Arnould, dans son grand ouvrage sur Racan, en a faitun tableau suggestif qui suffit bien à justifier la rigueur

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