CHAPITRE IV
En posant ce principe que la perfection est dans l'amour et l'amour dans l’accomplissement du vouloir divin, c'est-à-dire en somme dans l’accomplissement du devoir d'état, saint François de Sales aboutissait tout droit à cet idéal d'humanisme dont on fait généralement honneur à la Renaissance, mais qui est aussi bien, sauf les excès, l'idéal même du christianisme. A l’école de notre saint se forment des hommes complets qui ne s’estiment bons chrétiens qe s'ils sont d'abord totalement hommes. Je suis « tant homme que rien plus »:, disait de lui-même le maître de Philothée, signifiant par là que rien d’humain ne lui était étranger. Le chrétien selon son cœur, ce n’est pas un homme tronqué, amoindri dans l’une quelconque de ses facultés, c’est un homme dont l'intelligence, le cœur, le corps reçoivent tout le développement conciliable avec l'amour de Dieu. Et ceci, comme nous le verrons, peut aller loin.
Nettement en opposition avec les Jansénistes et les puritains de tous les temps qui ont jeté l’anathème sur toute joie humaine et donné comme coupable en soi le plaisir de savoir, d'aimer, de séntir, saint François de Sales évite, il est vrai, les excès du laxisme que flétriront Pascal et Bossuet, mais, en donnant comme souverain régulateur à notre vie l'amour de conformité, l’amour identifié avec la pratique du devoir d'état, il pose comme légitime l'épapouissement, variable mais universel, de l'esprit, du cœur du corps.
1 Leitre à la baronne de Chantal, 2 novembre 1607, t. XIE, p. 330. |,