I. — Culture de l'Esprit
L'écrivain qui croyait un jour pouvoir dénoncer une sorte d'antinomie entre le catholicisme et la culture intellectuelle!, cet écrivain-là ne voyait certainement pas la pensée chrétienne à travers saint François de Sales. Il la considérait plutôt dans sa déformation janséniste ; il prêtait l'oreille aux dures invectives de Port-Royal contre le pernicieux désir de savoir, de voir et d'aimer: libido sciendi, videndi, sentiendi. Il ne voulait pas se souvenir que les vrais maîtres de la pensée chrétienne ont toujours tenu le vrai, le beau, le bien, comme trois aspects primordiaux mais identiques de l'Etre, qu'ils ont vu dans la culture du vrai et du beau un moyen de s'élever jusqu'au bien. Quand l’auteur du Traitté de l'amour nous dit : «le bon et le beau ne sont qu'une mesme chose, d'autant que toutes choses appetent le bon et le beau » ?, il n'écrit pas une vaine formule théorique dont iloublie de tirer les conséquences pratiques. La recherche du vrai et du beau lui semble salutaire par elle-même. Notre misère seule la rend accidentellement périlleuse. Le (principe » ou ( germe secret d'immoralité » * que l’on a cru voir dans l’art, ce n’est pas dans l’art ou dans la science qu'il le voit, lui, c'est en nous. C'est nous qui l'y portons. « La science, dit-il, n’est point de soy-mesme contraire, ains fort utile a la devotion, et si elles sont jointes ensemble elles
1 Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale, Paris, Calmann-
Lévy, & édit. p. 97.
? Traitté de l'amour de Dieu, 1. VII, ch. v,t. V, p. 23.
3 Cf. Ferdinand BRUNETIÈRE : L'art et la morale, dans Discours de combat, |" série, Paris, Perrin, pp. 69-70 : « Dans toute forme ou toute espèce d'art, dit-il, il y a comme un principe ou un germe secret d'immoralité. Notez que je ne parle pas des formes inférieures de l’art. Prenons les choses de plus haut. C'est du grand art que je vous parle, du plus grand art; c'est dans la notion du grand art que je dis qu'un germe d'immoralité se trouve toujours enveloppé. »
À bi