RE I CES
1 Introduction à la vie devote, & partie, ch. xviut, t. IT, pp. 199-200. 2 ]ntroduction à la vie devote, 3° partie, ch. xviu, t. III, p. 198
les amours Adventices que essentiel!
mouvements de son cœur : « Vous me dites que ces senti mens sont de la creature ; mays Je pense que vous av voulu dire qu'ilz viennent a vous par la creature, et nean moins de Dieu, car il me semble que par le reste de vostre lettre, vous m'en donnes des argumens. Mais quand ik seroyent de la creature, encor ne seroyent-ils pas a rejetter, puisqu'ilz conduisent a Dieu, ou au moins qu'on les ; 2 conduit ; il faudroit seulement prendre garde a ne se poi laisser surpendre, selon les regles generales de l'usage des creatures.»! En conséquence, il aime les siens d’un amour surnaturel, en Dieu, et dans la mesure où ils sont plus prè de Dieu. (Que je vous ayme, écrit-1l à sa sœur, et plus que vous ne scaurles croire, mais principalement des que J' veu en vostre ame ce digne et honnorable desir de voulo aymer Nostre-Seigneur. » ? Mais il les aime aussi avec so cœur d'homme dus tendresse naturelle, à cause de la. parenté du sang ou pour une ( secrète correspondance ! de leur nature avec la sienne.
Îl se retrouve ici de l'école de Montaigne qui aimait La. Boétie par une sorte d'instinct parce que, disait-il, c'éfait lui. Saint François de Sales dit de même : « Il me semble . È
pas que mon cœur vous peust aymer comm'il vous ayme. si, par une secrette correspondance le vostre ne l’attiroit. »®
? Lettre à la sœur de Soulfour, 16 janvier 1603, t. XII, p. 166. * Lettre à Mme de Cornillon, sa sœur, 39 juin 1609, t. XIV, p. 172. l 8 Lettre à un inconnu, 31 mai 16p8, t. XII, p. 288. 5
LA CULTURE DE TOUT L'HOMME val
\ Il désavouait ainsi par avance la doctrine cornélienne qui » enchaïînera l'amour à la connaissance du mérite et finira par le confondre en somme avec l'estime, « car, écrivait-il, on “a beau dire que la connoissance des merites force a » l'amour (je dis a l'amitié), c'en est vrayement un grand motif, mais inutile si on nespere pas une reciproque affection. » ! Les affections humaines sont pour lui un + phénomène de la sensibilité, en quelque mesure indépendant de la raison et de la volonté. « Je vous porte toute -l'affection que vous scauries desirer, écrivait-il encore » à la Sœur de Soulfour, et ne m’ens çaurois empescher.» ? ” Règlons-les, ces affections, subordonnons-les, comme il a été dit plus haut, mais n'ayons pas l'illusion de croire que nous en pouvons décider à volonté l’éclosion ou la mort.
N'ayons pas non plus l’inhumaine rigueur d’un Pascal qui s'interdisait comme une défaillance de vertu toute caresse à sa petite nièce. Dans la mesure où il est permis d'aimer, 1l est permis de le manifester. Les parents et les amis peuvent se donner des marques d'affection comme tout à l'heure les époux. « I] faut icy remarquer, dit le saint, que le contentement que nous ressentons à la rencontre des personnes que nous aymons, et les tesmoignages d'affection que nous leur rendons en les voyant ne sont point contraires à ceste vertu de despouillement, pourvu qu'ils ne soyent point desreglés… car, comment se pourroit-il faire que les objets estans presens les puissances ne soyent
- point esmeües ? C'est comme qui diroit à une personne à la rencontre d'un lion ou d’un ours : n’ayez point peur. Cela n'est point en nostre pouvoir, De mesme, à la rencontre de
> ceux que nous aymons, il ne se peut pas faire que nous ne soyons esmeus de joye et de contentement ; c'est pourquoy
- cela n’est point contraire à la vertu... Ainsi vous voyez
3 Lettre à un inconnu, 31 mai 1607, t. XIII, p. 288. 4 Lettre à la sœur de Soulfour, 16 janvier 1603, t. XII, p. 166.
7 Nbre en l'esprit, et pensent que le cheri estrangement difficile ; en quoi ils se trompent e tort. » ! Une autre ne dans le Traitté de l'amour é il prenait la défense du baiser, alléguant qu'il était d'usa: entre les premiers chrétiens et que Notre-Seigneur |
même nous avait donné l'exemple d’embrasser ses di ciples quand il les rencontrait, et de prendre ( amour sement entre ses bras » les petits enfants de Judée.
Aussi voyons-nous saint François de Sales donner sans scrupule à ses parents et amis, ou à leur sujet, des marq ‘de tendresse, de douleur ou de joie. Saint Augustin, dar ses Confessions, crut devoir s’excuser d’avoir pleuré sa m: L'évêque de Genève qui n’a pas tout à fait sur la natu déchue les mêmes idées que l'évêque d'Hippone,
. s'embarrasse pas d’un tel souci de rigorisme. Il ne sembl
pas même en avoir été effleuré. Quand sa mère lui estenlevée,
il montre, il avoue son immense chagrin. « J'eu le courag
écrit-il à Me de Chantal, de luy donner la derniere bene-
diction, luy fermer les yeux et la bouche et luy donner dernier bayser de paix a l'instant de son trespas. Apres quo
Je cœur m ’enfla fort et pleuray sur cette bonne mère pl
que je n'avois fait des que je suis d'Eglise ; mais ce fut sar
amertume spirituelle, graces a Dieu. » ?
Comme s'il répondait au scrupule de saint Augustin, ul écrivait, parlant de cette ( pauvre petite Charlotte », un charmante fille de Mme de Chantal qui venait de mourir :
« Hélas, il la failloit neanmoins bien un peu pleurer, car
n'avons-nous pas un cœur humain et un naturel sen
sible. » * Et de même à la mort de son frère Bernard, il
* Wrays entretiens spirituels. Entretien vi, t. VI, pp. 123-124. 4 | * Traité de l'amour de Dieu, 1. 1, ch. 1x, t. IV, p. 52.
® Lettre à la Baronne de Chantal, 11 mars 1610, t. XIV, p. 262. # Même lettre, p. 264.