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partialité sainte, qui ne fait aucune division, sinon celle du bien et du mal, des brebis et des chevres, des abeilles et des freslons, separation necessaire. Saint Hierosme, sant Augustin, saint Grégoire, saint Bernard et tous les plus grands serviteurs de Dieu ont eu de tres particulieres amitiés sans interest de leur perfection. Saint Paul reprochant le detraquement des Gentilz les accuse d’avoir esté gens sans affection, c’est-à-dire qui n'avoient aucune amitié. Et saint Thomas, comme tous les bons philosophes, confesse que l'amitié est une vertu : or, il parle de l'amitié particuliere, puisque, comme 1l dit, la parfaite amitié ne peut s'estendre a beaucoup de personnes. La perfection donques ne consiste pas a n'avoir point d'amitié, mais a n'en avoir que de bonne, de sainte et sacree. » 2 Il faut lire dans l’/ntroduction tout ce vif chapitre sur l'amitié qu'anime une petite flamme polémique. On y sent partout que le saint veut emporter une position contestée.
Contre les stoïques au cœur dur qui prétendent nous enfermer dans un impersonnel et froid amour de l’humanité, il veut qu'il nous soit permis de faire une selection dans cette humanité, et de nous choisir non seulement des intimes mais des «arch'intimes », comme il l’écrivait joliment à son ami Antoine des Hayes : «(Et puisque je suis sur ce sujet, Je diray encor qu il y a trois jours que je receu une lettre de M. de Santeul, qui... me dit que l'on en a parlé avec M. des Hayes, mon arch intime. Voyes vous, Monsieur, ce mot d’arch'’intime ne m avoit encor point esté devant les yeux ; maïs sur une si grande verité, il a esté receu de mon cœur tres intimement et le bon M. de Santeul ne me dit jamais un mot plus a mon gré.»? Réflexion charmante de spontanéité et de partiahté qui nous fait pénétrer jusqu’au fond d’un cœur d'homme et de saint.
* Introduction à la vie devote, 3° partie, ch. xix, t. LIL, pp. 202-205,
; sn à Antoine des Hayes. Commencement d'août 1609, t, XIV, p. 183.
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Îl se sent plus à Dieu à mesure qu'il appartient plus étroitement à ses amis. Son amitié avec sainte Chanta! !, — que nous aurons à étudier ultérieurement pour caractériser sa méthode de direction affective, — le purifie et l'élève à Dieu. Nature heureuse et droite, il aime, comme il dit, ses amis « d'un amour tout entier », et son amour pour Dieu n'en est point entamé, il en est au contraire exalté.
En un temps où Montaigne s’étonnait qu’on pût prendre plaisir à embrasser et cajoler de petits enfants ?, à la veille d'un siècle qui fera profession d'’insensibilité à leur égard et les écartera de sa vie et de sa littérature, saint François de Sales se montre pour eux d’une exquise sensibilité. Il leur fait place dans ses œuvres *. Educateur par tempérament il oubliera que l'enfant n’a pas encore sa pleine raison pour se souvenir qu'il a déjà une âme et que cette âme il faut la guider vers Dieu. Au surplus, a-t-il besoin de raisons ? Son cœur sensible, accueillant et bon, son goût d'artiste pour tout ce qui a de la grâce, suffisait à l'incliner vers la candide enfance. Il l'a aimée spontanément, sans calcul, parce qu'il a trouvé en elle le charme des choses
1 Lettre à la baronne de Chantal, 10 janvier 1606, t. XIIL, p. 140.
? Montaigne disait en effet : « Je ne puis recevoir cette passion de quoy on embrasse les enfans à peine encore nays, n’ayants ny mouvement en l’ame, ny forme recognoissable au corps, par où ils se puissent rendre aimables, et ne les ay pas souffert volontiers nourrir prez de moy. Une vraye affection et bien reglee devroit naistre et s’augmenter avecques la cognoissance qu'ils nous donnent d’eulx. » Essais, 1. II, ch. vit. De l'affection des peres aux enfants.
3 [I écrit par exemple à la Baronne de Chantal : « Groysi s’est blessé au doigt, mais de tout le reste il se porte bien. Je ne le veux point excuser mais accuser de quoy il ne vous escrit pas. mais ne laysses pas de l'aymer, car certes, il est bon enfant. Thibaut me dit que vous aves vostre petit baron qui fait merveilles, mais il me dit du bien de nostre Aymee avec un goust particulier; et de nostre Charlotte, il dit qu’elle est toute malade, et Françon toute jolie et grosse fille : J'aime bien tout cela! » Lettre du 7 mars 1608, t XIII, p. 376.
C'est dans le même sentiment qu'il a aimé la nature. Il l’a
aimée pour elle-même parce qu’elle est belle. Et il l'a aimée
parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, un reflet de sa Beauté. En son amour pour elle se sont rencontrés et conciliés le, symbolisme du Moyen âge et le réalisme de la Renaissance. Ïl a aimé les lieux qui furent successivement le cadre de sa . vie. Il a aimé Paris et son Université, il a aimé Padoue, il a aimé son petit Annecy, son beau lac et ses âpres montagnes. [Il a aimé la lumière, les fleurs, les arbres, les vertes vallées, les eaux courantes et chantantes de son admirable campagne alpestre. C'est même une question de savoir si
. . , % le spectacle de cette merveilleuse nature savoisienne n'a pas
contribué à pénétrer son âme d'optimisme et de tendresse pour un monde où les choses ont un visage si séduisant. Quoi qu'il en soit, dépassant Marot, Montaigne, Rabelais, et rejoignant Racan, Ronsard et du Bellay, il éprouvé
devant les beautés de la nature des émotions où les âmes …
modernes peuvent se reconnaître. Avec la ferveur d’un
Grec d'autrefois, il dit son amour pour la lumière, il
chante son hymne au soleil, où l’on peut déjà relever cette fine notation, que sans le magicien qu'est l’astre-toi, (toutes choses ne seraient que ce qu'elles sont ». « Et certes, dit-il, il est vray que le soleil, source de la lumière corporelle est la vraye image du bon et du beau car entre les creatures purement corporelles, il n’y a point de bonté ni de beauté égale a celle du soleil. Or, la bonté et la beauté du soleil consiste en sa lumière sans laquelle rien ne seroit beau et rien ne seroit bon en ce monde corporel. » : La vue des fleurs, la douceur de leurs parfums, le « frifillis des feuilles »,
3 Traitté de l'amour de Dieu, |. VIL, ch. v, t. V, p. 23. !