‹ Saint François de Sales, directeur d'âmesChapitre 33 sur 102 · RAS · texte numérisé non relu

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à faire oraison dans les formes. Quand l’évêque de Montpellier, Fenouillet, eût pris connaissance de l’/ntroduction, il écrivit immédiatement à notre saint pour lui reprocher, d'ailleurs aimablement, d’avoir poussé trop « avant » Philothée dans les voies intérieures, lui faisant observer qu'il est peu croyable qu’on aille si loin et si haut sans avoir reçu le don d'oraison. L'évêque de Genève recueillit et. pesa l'objection. Mais il ne consentit pas pour autant à quitter son point de vue. Oui, dit-il, pour être parfait comme il est demandé à Philothée de l'être, il faut faire oraison, et pour faire oraison il faut en avoir reçu le don. Mais qu’à cela ne tienne! Tout le monde fera oraison, parce que tout le monde — ou très peu s’en faut — en reçoit le don. Et dans une nouvelle édition de son /ntroduction, il écrit intrépidement : « Le monde dira que je presuppose presque partout que ma Philothee ait le don de l’oraison mentale, et que neanmoins chacun ne l'a pas, si que cette /ntroduction ne servira pas pour tous. Il est vray, sans doute, j'ay presupposé cela, et est vray encor que chacun n’a pas le don de l’oraison mentale ; mais il est vray aussi que chacun le peut avoir, voyre les plus grossiers, pourveu qu'ilz ayent de bons conducteurs et qu'ilz veulent travailler pour l’acquerir, autant que la chose le merite. Et s'il s'en treuve qui n’ayent pas ce don en aucune sorte de degré (ce que je ne pense pas pouvoir arriver que fort rarement), le sage pere spirituel leur fera aysement suppleer le defaut par l'attention qu'il leur enseignera d'avoir, où a lire ou a ouir les mesmes considerations qui sont mises es meditations. » ? Ainsi pour l'évêque de Genève l'oraison est vraiment l'universel et nécessaire moyen de perfection. C’est à elle en conséquence, à elleou à ses succédanés — car tout pour lui se transforme en méditation — qu'il consacre la majeure partie de son Traitté de l'amour et de son Introduction. Elle est le pivot de toute sa pédagogie spirituelle ; et c'est à bon droit qu'on le considère comme l’un des initiateurs, l’un des créateurs de lorai-

1 Jntroduction à la vie devote, 3 partie, ch. xvui, t. III, p. 364.

pourrait Le ï que ue pores Lemble être née le jour où il entreprit de l'enseigner, tant il y mit d’élan, de savoir et de lucidité. Il a su lui communiquer commeune seconde vie ! ; . © La contemplation est ce qui distingue l’homme de la | brute » disait Taine ?. C’est aussi l'avis de saint François

de Sales. Nous nous tangélisons », pense-t-il, dans la mesure où nous contemplons et méditons. L'oraison mentale est … expressément conçue par lui comme le moyen de conduire jusqu’à leur complet épanouissement les pieux désirs, les idées de sainteté qui traversent un moment notre conscience *. S'il n'a pas à sa disposition toute la terminologie technique de nos modernes psychologues, les Ribot, les Janet, les William James, sur les synthèses mentales, sur le processus des idées en nous, sur leur passage de l'état froid à l'état chaud, il est en possession déjà de presque toutes leurs connaissances pratiques. Il a scientifiquement jalonné la marche des idées en nous, fixé les conditions de … leur cheminement et de leur passage à l'acte. Il a su quels obstacles peuvent barrer la route aux bons désirs ou même les faire périr, et comment on les rappelle à la vie. Cette culture des germes saints d’où sortiront les actes vertueux, c'est l’oraison méthodique qui l’assure, l’oraison pratiquée comme exercice indépendant, circonscrit dans le temps et

1 Emile Faguet. Propos littéraires, Paris. Société française d'imprimerie, 5° série, p. 9.

2 Cité par Emile Faguet. Propos littéraires. Société française d'imprimerie, |7 série, p. 273.

3 Quant M. Payot, écrivant son Education de la volonté, consacrait les deux tiers de son ouvrage à ce qu'il appelle « la réflexion méditative », comme principal moyen d'acquérir la maîtrise de soi, il ne

: faisait que suivre et transposer saint François de Sales. Son originalité était d'appliquer à la conquête de la science cet outil de l’introspection | que l'évêque de Genève appliquait à la conquête de l'amour. La fin était différente, mais la tactique était la même.

dans l'espace, selon des règles générales précises. Parlant des désirs de perfection qui sont à l’origine de toute sainteté, il disait à la baronne de Chantal : « Ayés en un bon, bien résolu, bien constant... Pour celuy la, ma Fille, il le faut arrouser souvent de l’eau de la sainte orayson. » ! L'oraison en effet donne l'accroissement à ce désir qu'il appelle dans la même lettre « l'arbre de vie», parce qu’elle le retient dans la conscience, parce qu’elle l’y fixe pour un temps et répand sur lui comme une rosée fécondante. En un mot, l'oraison pour saint François de Sales est efficace psychologiquement en tant qu’elle est un (arrosage » du désir, c'est-à-dire en tant qu’elle est un exercice d’une certaine durée. Méditer pour lui, c'est « mâcher » une idée, la considérer sous toutes ses faces, la retourner de vingt manières pour la rendre plus adhérente à l’âme. « En latin, dit-il, méditer n’est autre chose que mascher ; il n'y a autre difference sinon que le mot mascher est employé pour les choses corporelles, et celuy de mediter pour les spirituelles. Pour manger les viandes corporelles il les faut mettre dans la bouche, puis les mascher et les avaler ; ainsy pour cette manducation spirituelle, il faut prendre la viande qui nourrit l'âme, là mascher, c’est-à-dire la mediter pour par apres l'avaler et convertir en soy-mesme.… (C'est une chose si importante de bien mediter.… O Dieu, si l’on sçavoit l'importance de ce point ! Helas, il y a tant de personnes qui entendent la Divine parole mais que font-elles sinon l’engloutir comme des corbeaux, ours et lions, sans la ruminer?… Telles gens sont à plaindre, car quoy qu'il mangent de bonnes viandes, ils n’en tirent point de nourriture et demeurent maigres et moribonds. Et d’où vient cela ? C’est qu'ils ne font point de digestion. Il faut donques bien digerer ce que nous meditons, en tirant de bons desirs, de bonnes affections et resolutions. » * La vertu de l'oraison

Dh Li baronne de Chantal.9 aoûk 167, &: KA 16.

2 Sermons recueillis. Pour une vêture, 17 octobre 1620, t. IX, pp. 359

pour notre saint consiste donc en ceci qu'elle nous fait mâcher, ruminer, digérer les idées propres à nous inspirer

l'amour de Dieu.

Très différente de l’oraison diffuse du Moyen-Age qui consistait, nous disent ses récents apologistes !, en je ne sais quelle libre songerie autour des textes liturgiques groupés par l'Eglise dans l'Office divin, oraison qui n'était même autre chose que l'Office liturgique capté, recueilli par la conscience au fil de la récitation, l'oraison salésienne nous retient, pendant de longs instants chaque jour, et, s’il le faut, plusieurs fois par jour et plusieurs jours de suite, sur une idée déterminée, choisie parmi les plus actives en soi, ou parmi les plus convenables à notre état mental.

Au lendemain de la Ligue et de ses agitations, l'évêque de Genève avait été frappé du petit nombre des âmes vraiment intérieures. Il avait à son tour murmuré douloureusement son nemo est qui recogitet corde, et, marchant, nous verrons dans quelle mesure, sur les pas de saint Ignace, il allait pro-

1 « Ceux qu’on appelle les grands mystiques des XVI® et XVII siècles, écrit le P. Antoine de Sérent qui s’est fait l’apôtre, d’ailleurs habile, de cette oraison diffuse du Moyen-Age, ont-ils dit le dernier mot sur les rapports de l’âme avec Dieu? On a cru longtemps que sans l'usage de l’oraison, comme ils l’entendaient, on était dans une voie périlleuse. » Sur quoi il nous invite à revenir à l'oraison de nos pères c'est-à-dire à l'Office librement médité. « Objectera-t-on, dit-il, que les textes du missel et du bréviaire sont plutôt disposés pour la louange divine et que l’âme n’y trouve pas le temps pour réfléchir sur ses défauts et pour avancer dans les vertus? Je répondrai qu'avec la liturgie tout ceci se fait naturellement, absolument comme ce personnage qui, en parlant, faisait de la prose à son insu. Comment lire les psaumes avec attention sans faire à tout instant des retours sur soi-même? Si le psalmiste parle de sa fidélité à Dieu, on confesse intérieurement ne l'avoir pas imité et on promet de mieux faire. S'il parle de ses défauts, on se reconnaît coupable avec lui; tel péché ou tel défaut surgit devant l'esprit et le cœur crie : pardon ! mon Dieu. » Cf. La méthode d'oraison

du Moyen-âge, Lille, Giard, 1912, pp. 22-39

poser à tous un type d'oraison nettement différencié des autres exercices spirituels, pratiqué de telle heure à telle heure, muni d'un organisme propre, à la fois riche et simple. Îl ne s'agirait plus de papillonner au gré de sa fantaisie autour des textes sacrés, d’errer de fleur en fleur et d'accorder un regard furtif à vingt idées différentes en un quart d’heure:; il s'agirait de s'attarder longuement sur une même idée et de «se la convertir en sang et nourriture ». Saint François .de Sales ne méconnaît pas, nous l’avons assez dit, la vertu sanctifiante de l'Office divin, notamment des psaumes, et généralement de tous les beaux textes de la Liturgie catholique. Il peut même être tenu pour un « Liturge » décidé, s’il faut parler comme nos modernes! Il a escompté, conseillé, pratiqué ces retours sur soi que provoque aisément la récitation de l'Office chez les âmes recueillies. Mais il a connu par mainte expérience personnelle que cette récitation se fait rarement dans des conditions d'attention assez continue pour être complètement éducative. [Il a constaté que la fragilité humaine, l’imperfection de notre mécanisme cérébral fait trop souvent dégénérer en exercice machinal ces répétitions de formules toujours les mêmes et qui se déroulent inexorablement. Il a vu que l'Office par sa rapidité même ne permet pas d'ordinaire aux belles pensées qui le composent de se déposer en nous et d'y prendre toute leur force d'expansion bienfaisante. C'est pourquoi, comme les grands mystiques de son temps, il a cherché quelque exercice auxiliaire et complémentaire, qui fût capable de nous cultiver en profondeur.

Nous disons un exercice complémentaire et de renforcement, non pas un exercice de remplacement, l'oraison n'étant pas destinée, dans sa pensée, à se substituer à l'Office divin mais à l'aider, à lui fournir comme un substratum d'aptitude méditative. Méditons, dit-il, pour entrer en état d'attention, pour être plus aptes à nous laisser pénétrer, imbiber jusqu'aux moelles par les belles pensées que portent les textes liturgiques. Méditons, et l'Office mieux récité fécondera plus parfaitement notre âme. Sans doute

( des à âmes de Fu autour par nn. mo

tique, pourvues des mille secours que donnent la solitude,

4 le loisir, l'exemple. Pour des chrétiens vivant dans le siècle, dans un monde travaillé de dissidences, d’hérésies, de schismes, l’oraison méthodique était un bienfait et un progrès. Par un excellent procédé de condensation elle permettait à des gens sans loisir d'obtenir en moins de

temps le même rendement. Elle mettait le délicat travail d’introspection à la portée des gens du monde.

Elle achevait, elle parfaisait ce que la Liturgie, sauf

pour une minorité de contemplatifs placés dans des conditions exceptionnelles, ne pouvait accomplir seule. L'évêque de Genève ne dira jamais, comme certains liturges feignent de le croire : ceci à la place de cela, mais ceci ajouté à cela, ceci pour améliorer cela! On a dit des belles homélies qui entrent dans la composition de l'Office liturgique : « Voilà des sujets de méditation admirables. » : Oui, admirables sujets de méditation ! eût dit notre saint. Mais simples sujets ! Sur ces sujets, il nous reste à construire la méditation. Sur ces thèmes magnifiques, il faut que nous composions notre oraison, que nous fassions l'exercice - propre à fixer en nous, à nous incorporer les hautes pensées qu ils contiennent.

La valeur de sanctification d’un texte ne dépend pas seulement de sa beauté mais du travail que nous faisons sur lui. C'est en vain qu'Isaie aura prononcé des paroles

divines :. Si nous les répétons machinalement, elles auront

traversé notre âme en étrangères ! Pour qu’elles deviennent opérantes, 1l faut qu'elles soient repensées par nous. Rien de durable ne se fait sans la complicité du temps et de l'effort. La doctrine de saint François de Sales impliquait par avance ce mot d'ordre d'un contemporain :

1 Antoine de Sérent. La méthode d'oraison du Moyen-âge, p. 41.

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« Lorsqu'un sentiment favorable passe dans la conscience, l'empêcher de la traverser rapidement, fixer sur lui l’attention, l'obliger à aller éveiller les idées et les sentiments qu'il peut éveiller. En d'autres termes, l’obliger à proliférer, à donner tout ce qu’il peut donner. » : C’est exactement de cette manière que l'évêque de Genève a compris le rôle de l'oraison mentale. Il écrivait à la Présidente Brulart : « C'est un mot de merveilles que celuy que vous me dites ; faites le fondre en vostre bouche et ne l’avalés pas en gros, » ? Nous revenons toujours au même point. Il faut mâcher, remâcher l'idée, la faire fondre lentement, s’en laisser imprégner doucement. Il faut donner à cette idée, qu'on a choisie et fait sienne, le temps de grouper les éléments homogènes présents dans la conscience et de les fédérer pour en constituer une synthèse mentale compacte et autant que possible indestructible.

Mais pour obtenir ce résultat, pour que l'idée méditée soit féconde, est-il indifférent de conduire sa méditation au hasard et sans règle? Saint François de Sales ne l’a pas cru. Il a dit avec raison : «Il faut tenir methode sur toutes choses. » * I] n’a pas admis que l'oraison püût se passer absolument de méthode? Certes il n'aura pas, nous le verrons, la superstition de la méthode en cette matière. Il sera même d'avis que, pour certaines personnes et dans certains cas, la meilleure méthode est de n'en pas avoir, et l'on peut constater que plus il avance dans la vie plus il devient sur ce point tolérant et simplificateur. Certains de nos lifurges se sont efforcés de nous apitoyer sur le malheureux sort des chrétiens qui s’astreignent à méditer selon les

1 J. Payot. L'éducation de la volonté, Paris, Alcan, p. %5.

2 Lettre à la Présidente Brulart, mars 1605, t. XIII, p. 20. — Le mot de « merveilles » dont le saint félicite Me Brulart était celui-ci : « Que Dieu me mette en quelque sauce qu'il voudra, ce m'est tout un. »

8 Lettre à Mgr André Fremyot, 5 octobre 1604, t. XII, p. 315.

règles traditionnelles. A les entendre, les théoriciens de l'oraison mentale seraient en quelque sorte des tortionnaires spirituels. « Quand on pense, dit le P. À. de Sérent, qu'un auteur bien connu, donne en vingt et une méditations, vingt et une raisons d’être bien humbles ! Condamner des jeunes gens, vingt et un jours, pendant une demi-heure, parfois davantage, à s’appesantir sur la même idée, n'est-ce pas les faire prendre la prière en dégoût, regarder l'oraison comme un supplice et les auteurs spirituels comme des bourreaux ? » : Rassurons-nous et faisons ici l'économie de notre pitié. Saint François de Sales, qui a commis des forfaits analogues à celui qu'on dénonce chez cet (auteur connu », n'a ni le ton ni l'esprit d'un bourreau.

Ecoutons-le parler des méthodes, non pas par exception et pour mettre au large quelque pauvre âme contrainte, mais du haut d’une chaire, sans distinction, à ses Visitandines assemblées : Voyons, dit-il, comment il faut s'y prendre pour faire « d'excellente manière » notre oraison : « Plusieurs se trompent grandement, croyant qu'il faille tant de choses, tant de méthodes, pour la bien faire. Folie très grande, comme si l'Esprit de Dieu estoit si délicat qu'il despendist de la methode ou de la contenance de ceux qui font oraison. Je ne dis pas qu'il ne faille se servir des méthodes qui sont marquées, mais l’on ne s’y doit pas attacher et les affecter tellement que nous mettions toute notre confiance en icelles » ? Peut-on se montrer plus libéral et plus dégagé de parti pris à l'endroit des méthodes ?

Il est vrai qu'il a proposé un type d’oraison aux débutants, mais en les priant, en leur ordonnant même, de ne s’y point enchaîner. La méthode d’oraison dont il a tracé l’esquisse

1 Antoine de Sérent. La méthode d’oraison du Moyen-âge, pp. 50-51.

2 Sermons recueillis. Pour la fête de la Purification. 2 février 1620, t. IX, pp. 259-260. Ailleurs il adressait ce trait piquant aux personnes qui subtilisent trop sur les méthodes : « Telles personnes ressemblent à ceux qui se trouvant au lieu où ils pretendent d'aller, s’en retournent parce qu'ils n’y sont pas venus par le chemin que l’on leur a enseigné.» Vrays entretiens. xvin, t. VI, p. 348.

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reste, nous allons le voir, générale, schématique, infiniment souple, allégée de ces classifications méticuleuses, de ces cloisonnements rigides, dont le seul aspect décourage parfois les non initiés. Pour lui, il n’y a pas de type universel d'oraison. Chaque âme est en un point de croissance qui la différencie de toutes les autres âmes. Il devrait y avoir idéalement autant de méthodes d'oraison qu'il y a d’âmes. Il se passe ici un phénomène analogue à celui que nous observons dans le monde des corps : c’est en vertu de la même loi de gravité que les pierres tombent au sol et que les bulles de savon s’enlèvent vers le ciel. Ainsi la même oraison qui peut faire monter une âme en peut paralyser une autre.

C'est à l'expérience qu'il faut se confier ; c’est d’elle qu'il faut apprendre à modifier sans cesse l'économie de sa méditation selon les besoins changeants de son âme. Un jour que l’évêque s’entretenait de l’oraison avec ses Visitandines, 1l leur disait : Je. n’ai pas le « dessein d'expliquer chaque espece d'’icelle, parce que l’on en sçait plus par experience qu il ne se peut dire », et il ajoutait : (Aussi importe-t-il peu d'en sçavoir les noms, et je voudrois que jamais l’on ne demandast ni le nom ni quelle oraison l'on a, car s'il est vray, comme le dit saint Anthoine, que l’oraison en laquelle on s’apperçoit que l’on prie est imparfaite, aussi celle que l’on fait sans sçavoir comment on la fait et sans reflechir sur ce que l’on demande... est fort bonne. » : Toujours attentif à aider plutôt qu'à contraindre l’activité spontanée des âmes, en matière d'oraison comme en tout le reste, il permettait tout ce qui, à l’user, lui apparaissait comme bienfaisant. À celles par exemple qui difficilement pouvaient voler de leurs propres ailes et méditer sans le secours d’un livre, il disait : prenez un livre ! Qu'importe pourvu que vous arriviez au but qui est l'amour : « Or sus, écrivait-il à M€ Brulart, vous aves tous-jours le livre en main pour la meditation, autrement

1 Sermons recueillis, Pour le 3° dimanche de Carême, 22 mars 1615,

t. IX, P- 47.

que vous importe-t-il? » ! Très tolérant sur tous les dé il de méthode, le saint n’eût certainement pas hésité accueil. liravec sympathie, dans certains cas et pour certaines per- sonnes, cette étrange méditation écrite, qu'ont pratiquée Ft | enseignée, au siècle dernier, Mgr Dupanloup et leP. Gratry ! Mais toutes libertés étant sauves, libertés qui peuvent aller d'aventure jusqu'à la suppression de telle ou telle pièce de l'exercice, il reste néanmoins que l’oraison salésienne, dans sa forme commune — et réserve faite des orai- sons supérieures, — comporte, peut-on dire, quatre parties nettement différenciées : une partie préliminaire ou prébaration, une partie intellectuelle ou cognitive, une partie affective, et enfin une partie active ou résolutive. L’oraison ainsi constituée est un exercice organiquement distinct de tous les autres, vivant de sa vie propre, exercice par lequel, après nous être établis dans une sorte d'état méditatif, nousintroduisons dans notre conscience une idée sanctifiante pour la considérer avec notre entendement, notre imagination, et notre mémoire. Cette considération doit avoir pour but de nous émouvoir et de nous porter à des résolutions, puis à des actes conformes à l’idée ou à la vertu méditée. C’est même, nous le verrons, à nous faire produire ces affections et ces résolutions que va pour ainsi dire se réduire toute l’oraison. Le vouloir une fois déclanché, le but visé est atteint! Ainsi tout orientée vers l’action, l’oraison salésienne, telle que nous allons la décrire, doit être, et elle est, un merveilleux instrument d'éducation de la volonté.

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