SAINT FRANÇOIS . SALES
qu'il luy sera possible. » : Si nous nous penchons sur nousmêmes ce n'est pas pour le simple plaisir de démêler les fils de notre trame intérieure, pour nous regarder penser et nous abîmer dans la contemplation stérile de notre moi. Nous nous analysons pour aimer, parce qu'on aime d'autant mieux qu'on sait pourquoi l'on aime. Aussi bien, nous ne sommes pas seuls de jeu en cet exercice. La préparation nous a mis en présence de Dieu et nous sommes allés devant Lui pour Lui parler. L'oraison n'est pas un soliloque, elle est un entretien, et, comme dit saint François de Sales, un colloque « Emmi les affections et resolutions, dit-il, il est bon d’user de colloque, et parler tantost a Nostre Seigneur, tantost aux Anges et aux personnages representés aux mysteres. » ? Un tel colloque n'a rien de commun avec ces analyses solitaires, à la mode parmi nous depuis Stendhal, simples exercices d'anatomie morale où l'on ne veut que voir jouer les pièces de son mécanisme psychologique.
Cette partie affective qui est le fond solide de l'oraison salésienne, nous devons tendre à n’en pas faire seulement une phase de l'exercice, mais l'exercice tout entièr. Ce n’est que provisoirement et comme pis-aller que, dans les débuts, nous greffons péniblement un acte d'amour sur une vue de l'esprit. Il doit arriver et il arrive un temps où, par l'effet de l'habitude et de la grâce, le passage de la connaissance à l'amour se fait sans effort et comme spontanément. Puis, les actes d'amour eux-mêmes, d'abord émis séparément, et laborieusement réitérés, tendent à s’unifier, à se simplifier, à faire gerbe, à n'être qu’un seul acte tout puissant dans son unité. « Apres que nous avons esmeu une grande quantité de diverses affections pieuses, dit l’évêque de Genève, par la multitude des considerations dont la meditation est composée, nous assemblons enfin la vertu de toutes ces affections, lesquelles de la confusion et meslange de leurs
! Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. vi, t. HI, p. 81. ? Introduction à la vie devote, 2° partie, ch. vin, t. IIL, p. 86.
forces font naistre une certaine quintessence d'affection, et d'affection plus active et puissante que toutes les affections desquelles elle procede, d'autant qu’encor qu'elle ne
. soit qu'une, elle comprend la vertu et propriété de toutes les vertus et se nomme affection contemplative. » !
Cet état de contemplation synthétique, de simple attention amoureuse, unissant en un seul faisceau toutes les forces affectives de notre âme est le point idéal vers lequel doit s’acheminer toute oraison. (© que bien heureux sont ceux, dit le saint, qui, après avoir discouru sur la multitude des motifs qu'ilz ont d’aymer Dieu, reduisans tous leurs regards en une seule veue et toutes leurs pensees en une seule conclusion, arrestent leur esprit en l’unité de la contemplation. a l'exemple du grand saint François qui, planté sur ses genoux en oraison, passa toute la nuit en ces paroles : O Dieu, vous estes mon Dieu et mon tout. » ?’ Contempler, tendre toute son âme vers Dieu d’un seul mouvement affectif, voilà ce que saint François de Sales propose comme but dernier à tous ceux qui méditent. L'’attention amoureuse indivise est le type même de l'oraison salésienne. Dès qu’une âme est en possession de cette : agihté spirituelle qui la porte d'un mouvement habituel et prompt à la contemplation globale, intermittente ou continue, notre saint la libère, en tout ou en partie, de l'appareil méditatif, qui lui fut d’abord imposé comme une discipline bienfaisante. Vers l’année 1612, écrivant à la Mère de Chantal pour lui donner sa liberté, après l'avoir retenue sept ans € dans le train ordinaire des meditations et considerations », 1l lui dit : « Gardés-vous des fortes applications de l'entendement puisqu'elles vous nuysent... soyés seulement bien fidelle a demeurer aupres de Dieu en cette douce et tranquille attention du cœur. et travaillés autour de vostre cher objet avec les affections tout
1 Traitté de l'amour de Dieu, 1. VI, ch. v, t. IV, p. 321. 2 Traitté de l'amour de Dieu, 2 partie, 1. VI, ch. t. IV, p. 320.
An mesure qu *elle Wie as anne L ue qe son pe. l'oraison de saint François de Sales devient
qui est son idéal Sn ja les Paie de Ro elle:
st même à peu près totalement affective. Et de [à vient Justement sa puissance active au regard de la psychologie. x Nous l'avons dit, les idées pures, abstraites et froides, n'ont. qù' une médiocre vertu d'action. Pour qu’elles deviennent des forces et nous fassent passer à l'acte, il faut qu ‘elles se chargent de sentiment et d'émotion. Les perceptions, les A raisonnements, les réflexions, les souvenirs, en un mot toutes les opérations cognitives, ou « considerations », sont par
. nature des états faibles parce que ce sont des états froids.
Au contraire les sentiments associés à des images, les mou-
vements d'amour ou de haine, les désirs, les prières, les regrets, en un mot tout les états que nous avons appelés les affections », sont de leur nature des états forts parce que: ce sont des états chauds. La force de l’idée pour pousser à l'acte tient non seulement à sa quantité, c'est-à-dire au. . nombre, à la richesse, à la complexité des éléments psycho. logiques qu'elle a groupés au cours des considérations présentes ou passées, mais à sa qualité c'est-à-dire à sa. puissance de vibration sensible. « Ainsi, comme le dit un. psychologue contemporain, l'énoncé du principe général : qu'il ne faut pas compromettre inutilement sa vie, vous laissera très calme. Mais si, dans une assemblée, vous voyez tout à coup une mèche qui fume, et si vous entendez ce cri : Une bombe ! Sauve qui peut! d’un bond vous êtes debout, vous précipitant pour sortir. C'est