TS. PS
* Lettre à la baronne de Chantal, 1611 ou 1612, t. XV, p. 320. 321; Voir aussi : Vrays entretiens spirituels. Entretien 11, t VI, p. 29.
que l'idée alors est éminemment incarnée, riche et complexe ; elle vous prend par toute votre mentalité ét par le fond de l'être, à où résident l'instinct de conservation et la premièrepoussée de la nature vers son bien. » Une oraïson qui ne serait que méditation, qui se hmiterat à des opérations cognitives et discursives, n’exercerait sur notre vie qu'une action médiocre, sans profondeur et par conséquent sans durée.
Mais au contraire, une oraison comme celle de saint François de Sales qui ne recourt aux considérations que pour amorcer les affections, qui tend à se fondre tout entière en affections, cette oraison-là est par essence d'uné efficacité merveilleuse. À sa phase contemplative surtout, quand les affections au lieu de s’éparpiller font bloc, elle est, en quelque sorte, toute puissante. Et c'est de quoi notre saint a parfaitement discerné la raison. Il n'est pas, allé à l'oraison affective et contemplative par une sorte d'instinct heureux mais irraisonné, il a connu, en grand psychologue qu'il était, le pourquoi ce de qu'il ensei-' gnait : (« La meditation, disait-il, considere par le menu et comme piece a piece les objetz qui sont propres a nous esmouvoir ; mais la contemplation fait une veüe toute simple et ramassee sur l'objet qu'elle ayme, et la consideration ainsy unie fait un mouvement plus vif et plus . fort. La meditation est semblable a celuy qui odore l'œillet, la rose, le romarin, le thym, le jasmin, la fleur d'oranger l’un apres l’autre, distinctement ; mais la contemplation est pareille à celui qui odore l'eau de senteur composee de toutes ces fleurs : car celuy-cy en un seul sentiment reçoit toutes les odeurs unies que l’autre avoit senti divisees et separees et n'y a point de doute que cette unique odeur qu provient de la confusion de toutes ces senteurs, ne soit elle seule plus suave et pretieuse que les senteurs desquelles elle est composee, odorees separement l'une après
2 À, Eymieu. Le gouvernement de soi-même. Paris, Perrm, p. 85.
a ‘lle « | la vertu et propriété de toutes le
tres. » ? Elle est forte tout à la fois par sa quahté et par | masse | 5.
n faisant de l'affection contemplative l'idéal à atteindre, aiguillant les âmes vers une oraison qui tend à se réduire out entière en ( attention amoureuse », saint François de Sales professait donc implicitement que l'essence de raison est dans l'acte affectif, dans l'acte générateur
de l’action.
L Traitté de l'amour de Dieu, |. VI, ch. v,t, IV, pp.318-319. Ailleurs, le saint, par une autre comparaison, essaie de nous faire comprendre à ren les affections nous pénètrent peu à peu et nous maîtrisent : « Ce sentiment, dit-il... demeurant un peu longuement dedans un œur amoureux, il se dilate, il s'estend et s'enfonce par une intime pal penetration en l'esprit et de plus en plus le detrempe tout de sa saveur, qui nest autre chose qu'accroistre l'union; comme fait l'onguent prétieux ou le baume, qui tombant sur le coton se mesle et sunit tellement de plus en plus, petit à petit, avec iceluy, qu’enfin on ne sçauroit plus dire, si le coton est parfumé ou s’il est parfum, ni si le par- fum est coton ou le coton parfum. » Traitté de l'amour, |. VIE, ch. 1, mt v,p. 10. $ 2 Traitté de l'amour de Dieu, 1. VI, ch. v, t.IV. p. 319. À
3 Saint François de Sales a compris en outre, comme sainte Thérèse, que le succès de l’oraison était lié à nos bonnes dispositions physiques. Le corps fait sa partie dans la contemplation. Pour qu’un paysage | agisse profondément sur nous, il faut que nous soyons dans un certain : équilibre physique, que nous nous trouvions dans un état favorable et réceptif. L'auteur de l’{nfroduction sait aussi qu’une certaine i € euphorie » corporelle n'est pas d'un médiocre secours parfois à celui qui médite. Tout ce qui peut disperser l’attention lui semble funeste. Contrairement à de grands saints qui se sont appliqués à prendre pendant la prière des positions douloureuses ou incommodes, il \ conseille, non pas toujours les attitudes les plus douces, mais les atti- tudes les plus favorables à l'attention. « En tout cas, dit-il à ses Visi- tandines, la posture qui nous apporte le plus d'attention est la meilleure. Ouy mesme la posture d'estre gisant est bonne, et semble que
Ainsi constituée en exercice essentiellement affectif, l'oraison salésienne n'est pourtant pas arrivée à son terme. Aux affections qui mobilisent nos puissances et les préparent à agir, il faut encore donner le couronnement des Là G FE ESS 7, résolutions qui sont déjà l’ébauche et le commencement de l'action.